Gilets jaunes : j'avais juré de me désintoxiquer, mais...


Franck Martin

Devant le déferlement inouï de haine et de passions dégradantes surgies d'un mouvement jaune qui, heureusement s'éteint, j'avais fait vœu de silence. Ne pas entrer dans l'arène puante des réseaux sociaux.

Mais voilà : Je suis sorti de l'enfance en lisant le journal d'Anne Franck. Je me suis éveillé à la conscience politique, par la révélation de la Shoah, de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, du massacre des manifestants algériens en France, en février 61.

Alors, je reste indéracinablement chatouilleux sur l'expression du racisme et de l'anti-sémitisme. Quand on attaque les juifs, ou les arabes parce qu'ils sont juifs ou arabes, je pars au quart de tour, je sors de mes gonds et... de mon silence.


L'affaire Dreyfus ( et ses manifestations de masse ) ont failli tuer la République

Il y a encore des intellectuels de gauche, aveuglés par la compassion envers les "pauvres gens", pour soutenir le mythe du " peuple descendu dans la rue " en gilet jaune.

Alors que l'anti-sémitisme de masse y fleurit, s'y épanouit et illustre l'essence d'un mouvement, certes composé majoritairement de braves gens, mais que j'ai dénoncé, dès le premier jour, comme pré-fasciste.

Tout mouvement qui attaque les élus, les élites, la presse, la légitimité des institutions républicaines en prétendant être le peuple finit à l'extrême droite. Rien d'étonnant que l'anti-sémitisme y fleurisse et s'y répande.

 

La République est un long combat... contre le mythe populiste et sa dérive antisémite

La République a failli mourir lors de l'affaire Dreyfus et ses manifestations de masse antisémites.

La démocratie - et sa forme la plus achevée, la République - n'est pas tombée du ciel. Les intellectuels qui soutiennent les gilets jaunes oublient que la République est le fruit d'un long combat contre la royauté, puis contre le bonapartisme ( dont l'assise populaire s'exprimait par le référendum, appelé alors plébiscite) enfin contre le populisme dont le général Boulanger se réclamait.

Certes, le giletjaunisme est un mouvement populaire. Le boulangisme l'a été aussi. Il n'a manqué aux gilets jaunes qu'un leader charismatique pour prendre le chemin des chemises noires de Mussolini ( leader socialiste déçu comme Mélenchon ).

En France, sans parler des Croix de Feu, ligues fascistes et Front national, la fusion du populisme d'extrême gauche et d'extrême droite, sous la houlette du général Boulanger peu après la naissance de la République, a débouché sur la dénonciation des juifs comme cause de tous les maux de la "nation", l'enracinement et la floraison vénéneuse d'un antisémitisme de masse, révélé peu après par l'affaire Dreyfus.

Le mouvement boulangiste, issu des classes populaires, a pris forme par des manifestations de masse "anti-système" dénonçant tous les partis politiques qui "n'écoutaient pas le peuple". Le mouvement boulangiste, était soutenu par l'extrême gauche et par l'extrême droite, qui se déclaraient "insoumis"  à la République. Le mouvement boulangiste a donné naissance, en France, à l'antisémitisme de masse, la dénonciation des élites coupées du peuple etc.

L'épidémie de peste antisémite ouverte, assumée, haineuse qui s'épanouit sur le terreau du populisme, chez les gilets jaunes, n'est pas un hasard. C'est l'expression de l'essence d'un mouvement qui affirme que tout ce qui n'est pas "le peuple", les élites ( forcément "enjuivées" ) et leurs serviteurs : la presse ( à la botte des juifs ) doivent être liquidées.

El l'on attaque le domicile des députés, après avoir envoyé des balles de Kalachnikov par la poste. Dans le climat actuel, le spectre de l'attentat contre Rathenau n'est pas loin.



 

Dans l'imaginaire des bobos, les gilets jaunes sont l'incarnation du tableau de Delacroix...
Dans l'imaginaire des bobos, les gilets jaunes sont l'incarnation du tableau de Delacroix...
Aveugle et amnésique, la gauche compassionnelle imagine voir le célébrissime tableau de Delacroix  La liberté guidant le peuple, dans les images télévisées de hooligans en gilet jaunes brisant les vitrines des commerçant et vandalisant la sculpture de la Liberté de Rude au flanc de l'Arc de Triomphe.

Ce n'est pas parce qu'on est en colère qu'on a raison. Les idiots compatissants de la gauche bien pensante, aveuglés par le fait que nombre de gilets jaune sont des braves gens en colère, excusent ce qui n'est pas un débordement minoritaire, mais l'illustration de l'essence du mouvement, la fleur carnivore de l'antisémitisme.


Qu'ils lisent ou relisent la magistrale étude de l'historien israëlien Zeev Sternhell : "NI DROITE NI GAUCHE, La naissance du fascisme en France."

Leur regard sur les gilets jaunes s'en trouvera peut-être changé.

Lire ou relire Zeev Sternhell

Dans le monde réel, les hooligans en jaune détruisent la Liberté, bas-relief de Rude sur l'Arc de Triomphe
Dans le monde réel, les hooligans en jaune détruisent la Liberté, bas-relief de Rude sur l'Arc de Triomphe


Samedi 16 Février 2019



1.Posté par Roland Liénard le 17/02/2019 15:26
merci Franck pour ton écrit...Une fois de plus ton analyse est d'une justesse "haut de gamme" et méritent les chroniques du "Monde" ou de "Libération"... et encore?
MERCI encore, ça fait du bien. Roland Liénard.

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