Jacques Attali bat les estrades



Talentueux, visionnaire et... volubile, Jacques Attali mène campagne sur le thème de « Paris et la Mer ». Par l'intermédiaire de Jacques Robert, je livre un compte rendu de Philippe Cléris, ardent partisan de la réunification, sur le cycle de conférences tenues par Jacques Attali.


Jacques Attali bat les estrades
Ce compte rendu émane du « Collectif Bienvenue en Normandie ». [url:http://[www.normandie.canalblog.com/]

Devant une assistance de 300 personnes environ assemblées sous un vaste chapiteau monté sur la terrasse du CID de Deauville avec une lumière et un ciel qu’aurait apprécié un Eugène Boudin, devant les « décideurs » politiques et économiques présents (Philippe AUGIER maire de Deauville ; Laurent BEAUVAIS président du CRBN ; Pascale CAUCHY vice- présidente du CRBN pour la culture ; les trois présidents des CCI de l’Estuaire normand...) Jacques ATTALI commence par évoquer quelques souvenirs d’enfance et de villégiature avec « le souvenir ébloui de la mer et de la lumière à Deauville » avant une entrée en matière plutôt brutale :

« « J’enrage de voir gâchées vos chances qui sont aussi celles des autres.
Depuis un siècle environ, il y a ici une juxtaposition d’autismes : le récent succès des Bleus en Afrique du Sud nous démontre que cultiver l’autisme était le plus sûr moyen d’emporter la victoire... » »


Jacques ATTALI brosse rapidement un tableau de ce que fut une Normandie maritime figure de proue d’une France puissance trop terrienne incapable de faire quoique ce soit de décisif et d’important dans son histoire avec des avantages maritimes exceptionnels.
Au XVI e siècle, les marins et armateurs normands étaient aux avant-postes de la grande aventure maritime mondiale de l’Europe au même titre que les Portugais, les Espagnols, les Italiens, les Hollandais ou les Anglais : pêche à la morue ; découverte du Brésil et du Canada ; grand commerce européen et atlantique; les Normands (avec La Rochelle) portaient la France maritime.
Cent années de guerres plus ou moins permanentes entre la France et l’Angleterre de Louis XIV à Napoléon ont ruiné ce magnifique potentiel qui resurgira dans la formidable expansion atlantique et américaine du port du Havre au XIXe siècle après la signature de l’Entente Cordiale.
Aujourd’hui après le traumatisme de la dernière guerre et la modernisation étatique des années 1960- 1970, ce potentiel portuaire normand qui demeure le premier du pays (Le Havre premier port français pour le trafic conteneur et Rouen premier port européen pour le trafic des céréales) n’est pas mis en valeur correctement, il même devenu fragile et semble ne par faire l’objet d’une priorité nationale pour des élites parisiennes d’esprit continental qui ont privilégié, depuis plus de 30 ans, le raccordement de la région parisienne à l’Europe par les voies terrestres du Nord et de l’Est. La France, second propriétaire des océans mondiaux, continue de méconnaître la mer et Paris continue de mépriser la Normandie sa fenêtre sur la Mer.


Le Havre a le potentiel d’être l’avant-port de l’Europe, puisque situé à l’ouest à trois jours de navigation du « Northern Range » et avec la capacité d’accueillir, quelque soit le niveau de la mer, les navires ayant les plus grands tirants d’eau.

Jacques ATTALI, se fait alors imprécateur tel un prophète :

« Il va falloir faire vite pour dire ce que vous voulez, c'est-à-dire d’ici la fin de l’année 2010. Il faudra vous entendre pour qu’on vous entende : l’argent public va se faire rare, d’autres territoires ont d’autres ambitions et avancent. Ainsi, les universités, il faut avancer sur la mutualisation d’un pôle rassemblant les trois universités normandes car du grand emprunt vous n’aurez pas un sou ! »

(Précisons que la rencontre du 16 juin à Rouen a été plutôt tendue face à un président de l’université de Rouen qui n’a pas apprécié que certaines vérités soient dites sur l’inepte querelle actuelle autour du siège du futur PRES entre Rouen et Caen...)


A nouveau, ATTALI insiste sur la mer : l’atout principal de la Normandie avec la qualité exceptionnelle de son territoire en matière culturelle, naturelle et patrimoniale...

« La Mer ce sera l’enjeu de demain : commerce mondial ; ressources naturelles et énergétiques ; tourisme ; enjeux urbains et portuaires ; tout l’avenir économique des territoires se jouera sur la Mer et sur le littoral ». Mais y –a-t-il encore en Normandie, au Havre un esprit maritime qui souffle encore ?

« Au Havre, il n’y a que sept chambres d’hôtel qui disposent d’une vue sur la mer » lance un Jacques ATTALI désabusé...

Assurer la meilleure qualité de territoire possible devient stratégique : « il faut considérer le territoire comme un hôtel avec les meilleurs services possibles pour retenir les clients pour que ces derniers préfèrent revenir ici plutôt que d’aller voir ailleurs » avant de préciser que l’industrie touristique était désormais l’une des plus puissantes et l’une des plus sophistiquées au niveau mondial.

L’organisation de grands événements culturels permet une communication sur les symboles et permet de créer une image valorisant une destination : prenant l’exemple de l’organisation du Bicentenaire de la Révolution française en 1989, Jacques Attali affirme qu’en quatre jours la fréquentation de la destination « France » a augmenté de 20 millions de visiteurs et depuis la France a confirmé sa place de premier pays le plus visité au Monde, non sans ajouter, toutefois, que le piètre comportement de l’équipe de France de foot lors de la coupe du Monde d’Afrique du Sud risque de nous faire « reculer de quelques cases ».

A la rigueur, cela ne concerne pas la Normandie qui bénéficie d’une exceptionnelle sympathie à l’Etranger. « Le travail stratégique d’établir une notoriété, vous Normands, vous avez le privilège de ne pas avoir à le faire : il ne faut pas cependant en abuser ! »

Le festival « Normandie Impressionniste » s’annonce comme un événement culturel majeur en France et plus encore à l’étranger : « Profitez en pour enfin penser cette région dans son ensemble : Deauville, Trouville, Caen, Rouen et Le Havre, l’Impressionnisme ça concerne tout le monde ! »

Les atouts normands sont immenses mais il manque « un état-major normand » pour mener une guerre sur le terrain de la compétitivité territoriale : « il faut cesser d’avoir peur et le meilleur moyen de ne plus avoir peur, c’est d’avoir des projets ». ATTALI prend alors l’exemple de la ville de Châteauroux, ville perdue, au fond du Berry dans le centre de la France : là-bas, ils ont décidé de faire quelque chose de l’ancienne base aérienne en pariant sur le développement du fret aérien lié au boum du commerce sur Internet. Pas sûr que cela marche mais ils ont décidé d’y croire et de tout faire pour que cela marche...

ATTALI termine finalement assez vite son plaidoyer : « Les deux Normandie nous avons besoin de vous ! »


Vient ensuite le moment d’un dialogue avec « trois grands témoins » de nos affaires normandes : Christian MATEI président de l’agence « Atout France » pour la promotion touristique de la destination « France » ; Philippe LAVILLE, directeur général du Comité Régional de Tourisme de Normandie et Jacques Sylvain KLEIN, commissaire général du festival « Normandie Impressionniste » avec lequel nous eûmes ensuite le grand privilège et le grand plaisir d’une rencontre après la réunion pour une exceptionnelle discussion de près de deux heures ( !!) sur tous les grands dossiers de la question régionale normande...

Ce moment est introduit par une question du journaliste modérateur : « Pour que les choses bougent enfin en Normandie, faut-il donc une grande menace extérieure ou l’arrivée d’un homme providentiel ? »

Jacques ATTALI acquiesce : la peur du déclin peut être un bon début pour prendre conscience de l’existence d’un intérêt général. Et Attali de dire : « il y a un engourdissement lent qui vous empêche de voir votre déclin : on se dit, à Caen, à Rouen voire au Havre, on s’en sortira toujours alors que l’on peut faire ici tellement plus ! Il faut remplacer la menace par un grand projet : osez la mégalomanie ! Le rêve américain, tout le monde en rêve... Et le rêve normand ? Cela pourrait faire sourire... Osez ! »

Ensuite Jacques ATTALI énumère plusieurs exemples de villes et de territoires en détresse économique, sociale et symbolique mais qui ont réussi à conjurer la fatalité du déclin par une mobilisation collective autour de grands projets notamment culturels : on connaît bien l’exemple de Bilbao et de son musée Guggenheim dessiné par l’architecte canadien Franck Gehry qui fait office de modèle d’une renaissance territoriale par la culture, mais on peut évoquer la résurrection de Liverpool ou de Glasgow ces 15 dernières années suite à une reconquête architecturale et urbaine des friches portuaires et industrielles. « La ville est le seul être vivant qui peut rajeunir ! » rappelle Jacques ATTALI. Même chose aux USA avec Pittsburgh la ville du charbon de l’acier et de Bruce Springsteen désormais dotée d’un grand musée, d’un orchestre symphonique, d’une salle de concert et d’un campus scientifique désormais très attractif. Constat de Jacques ATTALI : « Les orchestres symphoniques vont de pair avec les campus universitaires : ça se vérifie partout dans le monde ! ».

A quand un « orchestre symphonique de Normandie » ? A Caen ? Puisqu’il y a déjà un « Opéra de Normandie » à Rouen...

En France, Lille avec Euralille, le TGV Paris-Londres, l’orchestre symphonique et la Grande Braderie a fait la même opération couronnée par l’immense succès de « Lille capitale européenne de la culture ». ATTALI précise, sans ambages : « Lille et Nantes sont vos ennemis. Il y a même une alliance objective de Lille, Anvers, Rotterdam pour le service de la région parisienne contre Rouen et la Normandie ».

M. MATEI prend la parole : « il est devenu stratégique de créer du désir sur une destination en créant des grands événements qui permettent de construire l’image d’un territoire : ici l’échelle c’est, bien sûr, la Normandie »

Question impertinente du journaliste : « Comment donner envie de Normandie ? C’est si proche de Paris... ».
Réponse du corse MATEI : « Il y a ici l’atout de la mer même si on a l’impression que cette belle région maritime s’est détournée de la mer. Je ne connais pas la Normandie, c’est donc exotique. Cet exotisme, s’il s’agit de faire découvrir ou redécouvrir une région que l’on croit trop connaître, il faut le transformer en services et avoir une vision globale de la destination Normandie. Il faut créer une identité et distinguer une identité normande avec la difficulté, notamment ici, d’avoir à faire travailler des partenaires publics et privés multiples qui n’ont ni les mêmes intérêts ni les mêmes urgences... »

Philippe LAVILLE, directeur du CRT Normandie tient à donner des précisions sur ce qui pourrait faire l’originalité de l’identité normande car chaque région de France a ses atouts :
« Ici en Normandie, nous avons une rare combinaison entre le patrimoine, le paysage, la culture et les hommes qui permet des expériences humaines très riches et très profondes. De part la richesse et la densité de son patrimoine historique, la Normandie est dotée d’une rare notoriété internationale et possède des icônes mondiales : les plages du Débarquement ; le Mont Saint Michel ; Sainte Thérèse de Lisieux ; Etretat et Deauville ».

Jacques ATTALI réagit en faisant part de son scepticisme sur l’entretien d’un tourisme de la Mémoire du D.Day, très problématique à ses yeux : « les souvenirs de guerre ne peuvent pas faire l’objet d’une rente touristique, au même titre que le Mont Saint Michel, connu et reconnu dans le monde entier. Sauf que bien peu savent que le Mont est en Normandie : beaucoup de gens croient qu’il se trouve en Bretagne ».

Les atouts d’une Normandie touristique sont donc considérables mais l’éparpillement des acteurs normands est tout aussi ... considérable ! Le directeur du CRT de Normandie précise, c’est une information, qu’il vient de changer de président (un ouf de soulagement ?

Un Alain chasse l’autre puisque Alain TOURRET, vice-président du CRBN et dont on connaît les évidentes sympathies pour l’unité normande, sera chargé d’animer le CRT notamment à l’occasion du XIe centenaire de la naissance de la Normandie en 2011)


Jacques-Sylvain KLEIN, commissaire général du Festival « Normandie Impressionniste » prend la parole :
« Déjà 30000 visiteurs pour l’exposition de Rouen ouverte depuis le 4 juin dernier et déjà 100000 visiteurs à Giverny depuis avril dernier ! C’est un grand succès... Les retombées médiatiques sont déjà considérables en France mais plus encore à l’étranger : Une page entière de publicité sur la Normandie dans le « Financial Times » et un dossier spécial de plusieurs pages dans le premier quotidien japonais qui tire à 3 millions d’exemplaires... Avec, au départ, à peine 5 millions d’euros de budget pour l’organisation du festival : la sympathie pour la Normandie est exceptionnelle. En moins de deux ans, des dizaines de chef-d’œuvres ont été rassemblés et 300 événements organisés dans toute la Normandie, 50 élus mobilisés, les deux régions, les départements et les trois grandes villes. Ce festival est un vrai prototype : rien n’avait été fait d’aussi ambitieux et à l’échelle de toute une région. Un universitaire travaille d’ores et déjà à l’évaluation du festival qui sera faite en octobre prochain. L’objectif sera d’arriver à une périodicité, tous les 3 ou 4 ans. Le festival va permettre de mettre en mouvement les populations normandes, de redonner de la fierté et de faire œuvre de pédagogie. A l’étranger, cela aura permis d’activer un réseau des amitiés normandes qui pourrait être précieux pour le rayonnement international de la région. »

Puis évoquant le colloque du 4 MAI dernier au Havre autour du thème « Seine d’avenir », Jacques-Sylvain KLEIN s’est souvenu que Bertrand DELANOE, maire de Paris avait proposé de « mettre en Seine la Normandie à Paris » : des partenariats culturels entre la ville de Paris et la Normandie pourraient se faire, notamment dans le cadre de l’association « Eaux et Lumières » qui réunira les villes du val de Seine intéressées par le patrimoine pictural de l’Impressionnisme. La Seine doit donner envie de découvrir un art de vivre... en Normandie !


M. LAVILLE reprend la parole pour préciser que l’on ne travaille pas assez avec Paris et que la critique principale faite par les visiteurs, notamment sur les courts séjours en Normandie, c’est l’état lamentable des transports. La SAPN, au lieu de prélever bêtement ses péages devrait être l’autoroute de l’Impressionnisme...

Jacques ATTALI réagit : « Unissez vous ! Coordonnez vous car la Normandie, en dépit de ses richesses exceptionnelles risque d’être définitivement à la traîne des autres régions : il n’y aura pas d’argent pour tout le monde ! Regardez donc du côté de la Lorraine : Nancy et Metz ont mis 20 ans pour comprendre qu’ils étaient en train de se suicider. Ils ont fait un compromis et sont passés rapidement à autre chose, c'est-à-dire, l’arrivée du TGV ; Beaubourg Deux à Metz ... etc .


Jacques-Yves KLEIN tient a faire une critique précise quant à l’ouvrage présentant les 50 propositions « Paris et la Mer, la Seine est capitale » puisque finalement, et fort paradoxalement, il fut assez peu question du contenu du livre au cours de cette réunion : le livre a-t-il été beaucoup lu depuis sa parution depuis le 16 mai dernier ? Jacques ATTALI s’ennuierait-il lors de ces grandes messes récentes en Normandie ? On pourra, en effet, dire : « une réunion de plus pour arriver au même constat lucide sur la panne normande, ses causes, ses conséquences » alors qu’il faut AGIR ! Ou être définitivement ... agi. Fort justement, le commissaire général du festival « Normandie Impressionniste » n’a pas trop apprécié le fait que la Normandie soit considérée comme « le jardin du Grand Paris ». Un grand jardin placide et reposant pour le cadre parisien stressé avec des Normands « nains de jardins » et des Normandes boniches à tout faire dans la future économie de service à haute valeur ajoutée touristique qui fait rêver Jacques ATTALI ? Il y a aussi des industries, des villes, des savoir-faires d’une haute compétence dans cette région...

La question essentielle est là : Y a-t-il encore à Caen, à Rouen et au Havre des cerveaux normands pour faire bouger la Normandie ou faut-il s’en remettre complètement et définitivement aux crânes d’œuf parisiens ? C’est le principal enjeu, géo-politique, finalement de la réussite du festival « Normandie Impressionniste » : dire à Paris et à l’Etranger que la Normandie bouge et existe encore !


Les élus présents réagissent. Philippe AUGIER d’abord pour souligner combien il y avait désormais tant à Deauville qu’au Havre, une vraie dynamique de l’Estuaire normand avec des projets en cours et à venir. Dans le cadre de la toute nouvelle association des CCI de l’Estuaire, un projet symbolique est à l’étude : la réouverture de la ligne maritime Le Havre-Honfleur- Trouville pendant la saison touristique estivale dans un premier temps.

Laurent BEAUVAIS, président du CRBN a voulu rappeler que certains dossiers difficiles avançaient grâce au volontarisme de certains acteurs politiques « au-delà des problématiques institutionnelles ». La bataille du rail pour un vrai TGV normand est bien partie de même que pour le PRES « ça avance » nous assure le président du CRBN. C’est vrai que ça presse ! Enfin Laurent BEAUVAIS a voulu souligner que le Mémorial de Caen n’était pas qu’un musée de la Guerre mais aussi un lieu unique pour apprendre la Paix et la géopolitique des conflits. Le classement UNESCO des plages du Débarquement n’est pas synonyme de nostalgie : il faut simplement pérenniser le souvenir de lieux qui demeurent porteurs d’une intense émotion. La sympathie pour la Normandie au niveau mondial vient de là : la Normandie, crucifiée pour la Liberté en 1944 est aussi un haut lieu de la Mémoire américaine.

La salle pose à son tour quelques questions. Parmi celles-ci, notre intervention : au titre du collectif Bienvenue en Normandie, je regrette que la communauté universitaire normande des géographes, historiens ou plus largement, les écrivains et intellectuels normands qui écrivent depuis des années sur la « question régionale normande » n’ait pas été associée à la démarche du cabinet « Attali et associés » (justement !). Je cite alors les noms d’Armand Frémont, d’Yves Guermond et de François Guillet qui a écrit le maître livre sur l’histoire de la renaissance contemporaine d’une identité régionale normande grâce à la contemplation esthétique, savante et érudite du patrimoine historique et naturel de la Normandie. De même, je déplore que les concitoyens normands restent largement en dehors de toutes ces réunions qui n’intéressent surtout que les acteurs institutionnels. Réponse de Jacques ATTALI : « Vous avez raison ! ».
François DUBLARON intervient quant à lui pour rappeler qu’en 2011 c’est l’occasion de fêter le XIe centenaire de la création de la Normandie avec l’opportunité de faire du « lobbying territorial » et valoriser les entreprises et savoir-faire de la Normandie. Réponse de Jacques ATTALI : « excellente initiative ! ».
Le président du parc naturel des Boucles de la Seine Normande intervient pour expliquer que le patrimoine normand était aussi un patrimoine naturel apprécié comme tel dès le XIXe siècle que s’il n’y a pas beaucoup de croisières sur la Seine c’est à cause des contraintes du pilotage en Seine qui demeure onéreux pour les opérateurs...
Un adjoint au Maire du Havre intervient sur le thème du blocage normand en posant une question impertinente : « tous les élus vont-ils à la même vitesse ? ». Réponse de Jacques ATTALI : « n’attendez pas pour faire des projets ! »

Comme d’habitude, il faut que cela soit une « horsaine » citoyenne de base, en l’occurrence une champenoise de Reims récemment installée dans notre région pour que les pieds soient mis dans le plat : « vous parlez d’agir pour la Normandie, pourquoi n’y a-t-il pas plus d’actions entre la Haute et la Basse Normandie ? Vous parlez de la Mer : vous oubliez la Manche ! Je veux dire le département de la Manche et le port de Cherbourg »
Réponse d’ATTALI : « le cœur du système c’est le val de Seine portuaire de Paris au Havre mais il faut l’inscrire dans un grand angle Cherbourg-Dieppe »


C’est là aussi un enjeu essentiel : la Normandie vue de Paris consiste à voir surtout un « petit estuaire » qui va du Havre à Deauville au débouché du Val de Seine Paris-Rouen-Le Havre. A cette vision quelque peu mesquine, il revient aux décideurs politiques normands de proposer et de défendre une vision de « grand estuaire » Cherbourg-Dieppe-Paris avec le triangle métropolitain normand Caen-Rouen-Le Havre en son centre. Vision défendue pour le moment par les élus bas-normands...

Il revient, pour finir à un chef d’entreprise habillé en touriste en vadrouille sur les planches de poser finalement la question de la réunification normande : « On a une petite PME bas-normande, une petite PME haut-normande, alors que nous pourrions avoir en fusionnant une grande entreprise normande multinationale ».

Réponse de Jacques ATTALI : « c’est difficile de fusionner deux entreprises, plus difficile voire impossible, semble-t-il de fusionner deux régions : il n’en reste pas moins que la question de la réunification normande est surtout une question de bon sens ! »

Là encore, pour faire taire les tartuffes de l’unité normande ou pour rassurer les messieurs Jourdain de la réunification, une seule chose : AGIR ! Avec dans un coin de la tête cette citation du poète et résistant René Char : « va, cours vers ton bonheur, à te regarder, ils s’habitueront ! ».

La bataille pour le TGV ; l’urgence de garder en France, au Havre, le premier port français ; l’urgence de fixer l’avenir de notre jeunesse normande dans nos villes ; l’urgence de faire que l’avenir soit encore possible en Normandie ; l’urgence du calendrier : fin 2010 pour fixer le projet de TGV normand ; le PRES ou courant 2011 pour le compromis métropolitain... et d’une manière générale, une solution normande globale d’ici 2020, toutes ces urgences militent pour une action politique de grande ampleur et de haute tenue. Les hommes politiques actuellement en poste en Normandie capables d’assumer cette perspective ardue ne sont pas nombreux et sont déjà aux postes clefs : Fabius à Rouen ; Rufenacht au Havre ; Duron à Caen et Beauvais au seul conseil régional normand qui compte... On tient là notre quatuor et notre directoire normand.


Conclusion de Jacques ATTALI : « je sens un frémissement, une région qui prend enfin conscience maintenant. L’avion normand est en train de décoller. Pensez bien ceci : vous avez ici entre les mains un intérêt national à savoir reconstruire une relation privilégiée de Paris à la mer. C’est l’intérêt de Paris d’aider la Normandie mais c’est à vous de faire vos projets ! »

Soyons Normandes et Normands, sans complexes !
Philippe Cléris p/o le collectif « Bienvenue en Normandie »