USA... La dernière ligne droite... et après

USA : Jour J -23


Franck Martin

Trump acceptera-t-il le verdict des urnes ou déclenchera-t-il une crise constitutionnelle ?


Le calendrier de la présidentielle

La courbe de Biden culmine et se stabilise, Trump engrange une - légère remontée
La courbe de Biden culmine et se stabilise, Trump engrange une - légère remontée
La course qui mène à la maison Blanche entre dans la dernière ligne droite. Mais, à la différence du processus électoral français, il restera plusieurs étapes à franchir après le scrutin du 4 novembre, avant que le président élu ne prenne ses fonctions à la tête des Etats-Unis, au lendemain de la cérémonie d'investiture du 21 janvier.

Dans mon précédent billet, je rappelais l'inéquité structurelle du scrutin indirect, qui a toujours favorisé les candidats républicains. Inéquité parfaitement illustrée par l'élection de 2016 : Hillary Clinton, en 2016, a perdu l'élection bien qu'elle ait devancé Trump de... 2,7 millions de voix sur l'ensemble des USA.

Autre particularité du système fédéral : les modalités du vote sont différentes dans chaque Etat. Ainsi, depuis plusieurs semaines, les urnes sont ouvertes dans certains Etats et le vote par anticipation bat son plein. Dans certains Etats, le vote se fait par correspondance, d'autres Etats ne l'autorisent pas.

Or, à cause de la pandémie, le vote par correspondance et le vote par anticipation sont massivement utilisés depuis plusieurs semaines : ces modes de scrutin permettent d'éviter les files d'attente devant les urnes, potentiellement contagieuses.

22 octobre :
Dernier débat Donald Trump et Joe Biden, à Nashville (Tennessee). On ne connait pas encore si la commission indépendante qui l'organise a trouvé la bonne recette pour éviter le chaos qui a dégradé le premier débat...

3 novembre :
Jour de vote. Traditionnellement, l’élection présidentielle américaine se déroule le mardi suivant le premier lundi de novembre.
Les Américains sont aussi appelés aux urnes pour renouveler le Congrès, en élisant la Chambre des représentants (435 sièges), le tiers du Sénat (35 sur 100). Ce même jour ont lieu des scrutins et référendums locaux.

4 novembre :
Au lendemain du scrutin, les Américains connaitront-ils le nom du président élu ? Rien n'est moins sûr.

On se souvient de l'élection de l'an 2000. Pour à peine 50 000 voix d'écart, la Floride semblait donner à George Bush les 27 "grands électeurs" qui pouvaient faire basculer la majorité du collège électoral.

S'appuyant sur d'incontestables irrégularités constatées dans cet Etat - dont le gouverneur était le propre frère G.W.Bush - le candidat démocrate Al Gore ( qui avait largement emporté le vote populaire ) a contesté le résultat dans l'Etat de Floride et demandé le recomptage des bulletins.

Pendant près d'un mois, les Américains sont restés en haleine pendant que l'on comptait, recomptait les bulletins jusqu'à ce que la Cour Suprême adjuge la victoire à George Bush. Le démocrate Al Gore ( qui avait largement emporté le vote populaire ) avait contesté le résultat dans l'Etat de Floride et demandé le recomptage des bulletins.

14 décembre :
Le premier lundi qui suit le deuxième mercredi de décembre le collège électoral élit le Président et le Vice-Président des Etats. Pour être élu, il faut obtenir la majorité absolue (270 voix).

6 janvier 2021 : Le Congrès annonce solennellement le nom du prochain locataire de la Maison-Blanche.

20 janvier 2021 : Cérémonie d’investiture.
 

 


En cas de défaite, jusqu'où ira Trump ?

Les milices d'extrême-droite, souvent armées, se mobilisent pour perturber le scrutin
Les milices d'extrême-droite, souvent armées, se mobilisent pour perturber le scrutin
Depuis plus d'un an, les Républicains ont ouvert une offensive juridique sans précédent pour limiter le droit de vote. Le "gerymandering" (charcutage des circonscriptions) atteint des proportions inconnues ainsi que la privation du droit de vote des populations les moins "intégrées" supposées voter démocrate.
Depuis des mois, Trump  affirme que les sondages sont truqués. Il clame qu'il ne peut être vaincu que par une fraude massive, alimentée par le recours au vote par correspondance.

Il n'existe, bien entendu, aucune preuve que le vote par correspondance permet la fraude.
Mais Trump tente de provoquer le chaos en sabotant les services postaux : Il a nommé à la tête de la Poste fédérale un homme politiquement dévoué, qui a lancé une véritable opération de désorganisation des services postaux. Le gouvernement fédéral a drastiquement diminué les crédits alloués à la Poste américaine pour gérer l'afflux des bulletins de vote.
Plus inquiétant encore : les milices d'extrême-droite se mobilisent pour se rendre sur les lieux du vote et intimider les électeurs. Les Républicains promettent d'envoyer des milliers "d'observateurs" dans les bureaux de vote, pour mettre la pression.

La stratégie est claire : perturber le déroulement du vote, puis en contester le résultat  et engager une bataille juridique de grande ampleur. Sur le plan juridique, c'est la Cour suprême qui aura le dernier mot.

Si ce scénario se réalise, la Cour suprême devra délibérer et trancher sous la pression de la rue, dans une Amérique où les partisans de Trump, les milices armées de l'extrême-droite entretiendront un climat de guerre civile.

La bataille pour la Cour suprême.

Un événement inattendu, divine surprise pour Donald Trump, est venu prolonger la crise politique jusqu'à la Cour suprême.

Ruth Bader Ginsburg, la doyenne progressiste et féministe de la Cour est morte, âgée de 87ans. Ce décès crée la vacance d'un siège que Trump entend combler en nommant un juge conservateur de plus, sans attendre le résultat de l'élection.
Trump ne cache pas qu'il entend bien contester le vote des Américains, puis gagner l'élection sur le tapis vert, devant une Cour Suprême déséquilibrée par la nomination d'un.e juge ultra-conservateur,( conservatrice ? ) Amey Coney Barrett, figure de la droite religieuse américaine, farouchement opposée à l'avortement.
La victoire électorale de Joe Biden doit être massive pour être incontestable dans la rue ou dans le prétoire.

Lundi 12 Octobre 2020

Franck Martin