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  <title>Carrefour Kairos - Site personnel d`Hermann Giguère</title>
  <description><![CDATA[Carrefour Kairos est la page web personnelle d`Hermann Giguère. Questions de société, de spiritualité, d`évangélisation,  de pastorale, de la vie de l`Église catholique. Début avril 1997.]]></description>
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   <title>Carrefour Kairos - Site personnel d`Hermann Giguère</title>
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   <title>Les défis de la mission dans l'Église de Québec aujourd'hui et les moyens d'y répondre - Bertrand Roy p.m.é.</title>
   <pubDate>Fri, 18 Nov 2011 02:06:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Bertrand Roy</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Actualité SME Archives]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Le 17 novembre 2011, 125 prêtres venant de toutes les parties de la région pastorale de la Rive Nord se sont retrouvés pour entendre Bertrand Roy p.m.é. sur le thème de la mission aujourd'hui. "Pasteurs au coeur d'une Église missionnaire et évangélisatrice" lisait-on dans le programme. La veille, à la salle du Journel à St-Joseph-de-Beauce, 75 prêtres de la région pastorale de la Rive Sud avaient pu bénéficier des enseignements concrets, pratiques et théologiques du conférencier.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.wmaker.net/carrefourkairos/photo/art/default/3447549-4959743.jpg?v=1321586070" alt="Les défis de la mission dans l'Église de Québec aujourd'hui et les moyens d'y répondre - Bertrand Roy p.m.é." title="Les défis de la mission dans l'Église de Québec aujourd'hui et les moyens d'y répondre - Bertrand Roy p.m.é." />
     </div>
     <div>
      <b>Voir plus loin le texte intégral des interventions de l'abbé Bertrand Roy p.m.é, </b>       <br />
              <br />
       La journée de la Rive Nord s'est déroulé à la maison généralice des Soeurs de la Charité à Beauport. Elle a commencé par une <span style="font-style:italic">Lectio divina </span>à partir de 2 Corinthiens 5, 11-21 présidée par Mgr Gérald C. Lacroix, archevêque de Québec et primat du Canada. Après cette méditation riche et remplie, Bertrand Roy p.m.é. a commencé sa série de trois entretiens : deux en avant-midi et un en après-midi.       <br />
              <br />
       Le contenu de ces entretiens a été d'un richesse remarquable. Ils furent donnés avec aplomb, expérience et clarté. Le conférencier a été des plus appréciés par les participants. Vous trouverez ici un aperçu de ces entretiens présentés bien sommairement. Vous en trouverez le texte intégral plus loin.        <br />
              <br />
       Allons-y pour quelques notes prises sur le vif.       <br />
              <br />
       <b>Première conférence : &quot;La charité du Christ nous presse&quot; (2 Corinthiens 5, 14) ou devons-nous être &quot;de moins en moins prêtres et de plus en plus évêques&quot;?</b>       <br />
              <br />
       Cet exposé visait à situer l'exercice du sacerdoce ministériel (fonction) dans le contexte de la pratique et de la théologie de la mission. Le conférencier s'est demandé s'il était possible de &quot;faire église&quot; autrement . Existe-t-il une autre façon? Oui, répond-il, et c'est plus qu'une question de tâche, c'est dans l'exercice de la charité pastorale que le prêtre trouvera du bonheur. C'est ce que dit le <span style="font-style:italic">Décret sur le Ministère et la Vie des prêtres</span> de Vatican II au numéro 14 que <span style="font-style:italic">Pastores dabo vobis </span> reprend largement. La charité pastorale prend tout son sens lorsque le ministère sacerdotal est envisagé dans sa dimension missionnaire. Le prêtre développe alors une attitude de &quot;conversion pastorale&quot; permanente. Il accepte ainsi d'aller vers des horizons toujours nouveaux comme l'y invite la lettre aux prêtres de <span style="font-style:italic">l'Assembleé des évêques catholiques du Québec </span>en 2009.       <br />
              <br />
       Pour mieux situer l'exercice du sacerdoce ministériel, le conférencier montre l'importance d'une théologie et d'une pratique de la Mission. Avant d'arriver aux moyens concrets, il est essentiel de mettre au point une vision éclairée et solide de la Mission.       <br />
              <br />
       Du <span style="font-style:italic">point de vue théologique</span>, la MIssion nous renvoie au Dessein de Dieu. L'Église n'existe pas pour elle-même, mais pour les autres. L'Église est au service du Dessein de Dieu, du mouvement de l’amour trinitaire qui embrasse toute l’humanité, c’est le souffle de l’Esprit qui unit toute l’humanité au mystère pascal du Christ, d’une façon que Dieu connaît. Cette constatation incontournable implique deux conséquences : 1) écoute et discernement des signes de l'action de l'Esprit et 2) conversion du regard ecclésial sur soi et sur les autres.       <br />
              <br />
       Du <span style="font-style:italic">point de vue pratique</span>, la Mission empruntera la même route que celle du Christ, comme le rappelle le Décret <span style="font-style:italic">Ad gentes</span> de Vatican II. La mission de l’Église écrivent les Pères du Concile Vatican II « continue et développe au cours de l’histoire la mission du Christ lui-même, qui fut envoyé pour annoncer aux pauvres la bonne nouvelle; c’est donc par la même route qu’a suivie le Christ lui-même que, sous la poussée de l’Esprit du Christ, l’Église doit marcher, c’est-à-dire par la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service… » (numéro 5). L'Église est en chemin. La forme de la marche de l'Église c'est le pèlerinage - Ecclesia peregrinans - et  sa mission est sans cesse marquée par un dialogue prophétique entre les membres de l'Église et avec les autres qui l'entourent et avec lesquels elle interagit. C'est au coeur même des transformations que nous vivons que la &quot;nouvelle évangélisation&quot; se réalise. La vérité de l'Évangile est attestée par la qualité des relations que l'Église suscite à l'intérieur et à l'extérieur dans une gratuìté à l'image de la gratuité du don de Dieu.        <br />
              <br />
       Bertrand Roy  p.m.é. termine cette première conférence avec une image saisissante en comparant le ministère presbytéral à un diapason. Le prêtre, explique-t-il, n'est pas le chef d'orchestre, il ne joue pas de solos, il ne chante pas plus haut que les autres, il entend le &quot;la&quot; et il permet à la communauté de chanter juste.       <br />
              <br />
       <b>Deuxième conférence : &quot;La charité du Christ nous presse&quot; (2 Corinthiens 5, 14) ou la passion des &quot;supermans de la pastorale&quot;?</b>       <br />
              <br />
       Dans cette deuxième conférence, Bertrand Roy p.m.é. aborde la spiritualité de la MIssion. Son exposé vise à approfondir la dimension existentielle (être) de l'exercice du sacerdoce ministériel dans une perspective de spiritualité missionnaire. Il serait trop long ici de reprendre les multiples exemples que le conférencier a apportés Qu'il suffise de noter son insistance pour situer cette spiritualité de la Mission dans  un mouvement qui la précède et qui la dépasse, celui du Dessein de Dieu qui vient vers l'humanité et lui donne son Fils. &quot;C'est, dit-il, un problème de foi, de foi risquée&quot;. Comme Paul, le prêtre engage toute son existence au service de la mission. La spiritualtié missionnaire est avant tout existentielle. Exemples: Mgr Gustave Prévost et Charles de Foucauld. Des témoins, une présence, une communion, une vocation qui va toujours en avant, ouverte dans l'espérance, voilà des caractéristiques d'une authentique spiritualité missionnaire.       <br />
              <br />
       <b>Troisième conférence : &quot;La charité du Christ nous presse&quot; (2 Corinthiens 5, 14) ou &quot;l'avenir d'un ministère au service de la communion missionnaire&quot;?</b>       <br />
              <br />
       Dans cette conférence, Bertrand Roy p.m.é. a identifié quelques pistes d'avenir pour l'exercice &quot;consolant&quot; d'un ministère aux horizons nouveaux. Il en a indiqué cinq.       <br />
              <br />
       1) Mettre en fonction une communauté de collaborateurs et de collaboratrices qui ont un coeur rempli d'espérance, qui ont des désirs ardents et qui prennent le temps de partager ensemble dans la familiarité de la vie quotidienne et la détente.       <br />
              <br />
       2) Passer de la logique du succès à celle de la fécondité, ce que Mgr Lacroix avait appelé plus tôt en s'adressant à ses prêtres &quot;réussir&quot; versus &quot;accomplir&quot; en donnant l'exemple de Jésus qui n'a pas &quot;réussi&quot;, mais qui a &quot;accompli&quot; sa mission : &quot;Père, tout est accompli&quot; (Jean 19, 23) . Le Seigneur demande au pasteur de porter du fruit. Le pasteur est un semeur, c'est Dieu qui donne la croissance, mais le pasteur doit sarcler; bêcher, arroser pour que la semence s'enracine et porte du fruit. Il est important dans nos évaluations pastorales de le faire toujours en terme de &quot;fruits&quot; et non en termes de &quot;réussites&quot;.       <br />
              <br />
       3) Maintenir une saine tension entre le local et l'universel. &quot;Des racines et des ailes&quot;.... Être enracinés dans un milieu précis est essentiel à la Mission. D'autre part, l'ouverture, la mobilité sont nécessaires. Enracinement dans un contexte global.       <br />
              <br />
       4) Développer la fraternité sacerdotale et relever le défi des &quot;inters&quot; : l'inter-générationnel, l'inter-culturel, l'inter-ministères. Le conférencier donne ici plusieurs illustrations concrètes de cette piste.       <br />
              <br />
       5) Cultiver la formation, la formation initiale (séminaire, stages etc.) et la formation permanente.       <br />
              <br />
       Le conférencier termine par un souvenir de Paul VI à la fin de sa vie, en juillet 1978, qui, s’adressant à des représentants de diverses traditions religieuses du Japon venus le rencontrer, au moment de quitter ses invités, improvisait une salutation en leur disant simplement: «Nous prions le Seigneur de pouvoir être toujours digne de vous aimer et de vous servir». Que les pasteurs, à l'exemple de Paul VI,  soient toujours conscients que c'est une dignité d'aimer et de servir ses frères et soeurs.       <br />
              <br />
              <br />
       On peut lire une conférence de Bertrand Roy p.m.é. donnée au Montmartre canadien à Québec le 20 février 2008 qui touche plusieurs des points abordés dans les entretiens qui précèdent :  <a class="link" href="http://www.lemontmartre.net/archives/conference_bertrand_roy.pdf">L’évangélisation au XXIe siècle : Quelles surprises nous attendent?</a> 
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <HR>       <br />
       <b>Bertrand Roy, p.m.é. </b>       <br />
              <br />
       Directeur et rédacteur en chef de la revue <span style="font-style:italic">Missions Étrangères</span> de 1985 à 1986 et directeur de la publication depuis 2003, Bertrand Roy a été missionnaire en Indonésie de 1976 à 1982 et au Cambodge de 1995 à 1996. Il dirige aujourd'hui des dossiers relatifs à la formation en plus d'enseigner la missiologie à l'université. Il est membre du Conseil central de la Société des prêtres des Missions Étrangères depuis 2003, poste qu'il avait auparavant occupé de 1985 à 1991.        <br />
       ¨       <br />
       <HR>       <br />
              <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div>
      <b>Texte intégral des interventions de l'Abbé Bertrand Roy p.m.é.</b>       <br />
              <br />
       <b>Pasteurs au cœur d’une Église missionnaire et évangélisatrice</b>       <br />
              <br />
       <span style="font-style:italic">Rencontres régionales des prêtres – Novembre 2011       <br />
       Archidiocèse de Québec</span>       <br />
              <br />
       	Durant la dernière année, ce fut pour moi un privilège que de faire le tour des régions pastorales pour une réflexion sur la paroisse dans la perspective de la nouvelle évangélisation. Je vous en remercie sincèrement. Aujourd’hui un autre cadeau m’est offert : collaborer à une réflexion sur la dimension missionnaire de notre ministère sacerdotal dans le contexte de la réorganisation pastorale en cours. Quel est l’avenir de notre ministère et de notre être comme prêtres à l’intérieur du grand chantier des réaménagements pastoraux?       <br />
              <br />
       	En préparant cette journée, je me suis laissé interpeller par des questions soulevées par le Conseil presbytéral du 19 septembre dernier.  «  On note un changement dans le service et la présence au gens dans ce nouveau redécoupage des  communautés. Dans ce nouveau contexte, nous sommes de moins en moins prêtres et de plus en plus évêques. Comment allons-nous passer de la conversion structurelle à la conversion pastorale? » Je m’inspire de cette question pour tenter de situer l’exercice du sacerdoce ministériel dans une perspective missionnaire : « La charité du Christ nous presse » (2 Cor 5, 14) ou devons-nous être « de moins en moins prêtres et de plus en plus évêques »?       <br />
              <br />
       	Je pense ici à mon premier évêque dans le Nord de Sumatra en Indonésie, Mgr Pius Datubara, un capucin indonésien. Il avait une telle une âme de pasteur qu’il semblait se reprocher d’être évêque, comme s’il y avait ainsi un prêtre de moins pour répondre aux besoins pastoraux immédiats des communautés. Les prêtres devaient faire la queue avec tous les pauvres de la ville pour pouvoir lui parler. Je pense aussi à un autre évêque, un prêtre diocésain polonais, que j’ai connu durant mes années d’étude dans son diocèse. Il était toujours en voyage et s’en remettait à ses collaborateurs pour les tâches administratives et la gestion du quotidien. Les foules l’adoraient, mais ses collaborateurs étaient parfois essoufflés, souvent laissé à eux-mêmes.       <br />
              <br />
       	Tous les deux, Pius Datubara et Karol Wotyla, furent pour moi des témoins de la charité pastorale, de cette « charité du Christ qui nous presse ». Cette charité pastorale, comme service de proximité et présence quotidienne aux gens, devient-elle un idéal impossible à vivre dans le contexte des réaménagements pastoraux actuels? Somme-nous condamnés à  être « de moins en moins prêtres et de plus en plus évêques »?       <br />
              <br />
       Réaménagements pastoraux et exercice de la charité pastorale       <br />
              <br />
       	En avril 2010, dans une lettre qu’ils adressaient aux prêtres à l’occasion du Jeudi saint, les évêques du Québec exprimaient leur encouragement et leur reconnaissance. Dans cette même lettre, il était question des préoccupations actuelles des prêtres, qu’il s’agisse des réorganisa­tions pastorales, du lien avec leur évêque, de leur formation, de leur équilibre de vie, de leur situation financière. Après avoir rappelé le contexte diffi­cile dans lequel les prêtres sont appelés à exercer leur ministère aujourd’hui au Québec, souvent en se butant à l’indifférence des uns ou à l’agressivité des autres, les évêques du Québec affirmaient que « les réalités sociologiques et une décroissance numérique nous convainquent de plus en plus qu’il faut &quot;faire autrement&quot; pour que notre tâche soit humainement supportable et spirituellement gratifiante. On doit cependant l’affirmer clairement : la situation actuelle nous oblige à revenir à ce qui est la source de notre sacerdoce. » (AECQ, Lettre d’amitié des évêques du Québec à leurs confrères prêtres à l’occasion du Jeudi saint de l’année sacerdotale, 1er avril 2010).       <br />
              <br />
       	Faire autrement. Cette expression est devenue un slogan dans notre environnement politique, social et même ecclésial. On parle de faire Église autrement. Dans certaines Églises locales au passé missionnaire glorieux, on entend même des invitations à la désobéissance. Si l’exercice du ministère des prêtres devient une tâche qui n’est plus humainement supportable ni spirituel­lement gratifiante, il y a un sérieux problème dans la demeure et il faut évidemment faire autrement.       <br />
              <br />
       	Existe-t-il une autre façon de faire permettant de contrer la pénurie de main d’œuvre, l’abandon prématuré, l’épuisement professionnel ou le senti­ment de libéra­tion quand sonne enfin l’heure de la retraite. Il y a certainement moyen de faire autrement puisqu’il y a des prêtres heureux dans leur ministère. Nous en connaissons. Nous en sommes. Nous savons aussi que la même tâche peut être écrasante et terrible pour l’un et stimulante et valorisante pour un autre. C’est plus qu’une question d’ouvrage. Etre heureux comme prêtres dans la situation actuelle suppose que nous retrouvions constamment le chemin qui mène à la source de notre sacerdoce.        <br />
              <br />
       	Selon le décret de Vatican II sur le ministère et la vie des prêtres, c’est dans l’exercice de la charité pastorale, en menant la vie même du Bon Pasteur dans l’unité de la mission de l’Église, que les prêtres trouveront l’unité de leur propre vie et leur bonheur (cf. Vatican II, Presbyterorum Ordinis, 14). S’il faut faire autrement pour que la tâche des prêtres soit humainement supportable et spirituelle­ment gratifiante, il faut revoir notre façon d’exercer cette charité pastorale.       <br />
              <br />
       	La charité pastorale implique une loyauté et un effort inlassable, à la manière du Bon Pasteur qui appelle ses brebis chacune par son nom, qui donne sa vie pour elles, qui s’éloigne même du gros du troupeau pour rechercher celle qui est perdue. Cette loyauté et ce don de soi sans compter s’accommodent mal d’une froide description de tâche, d’un encadrement juridique bien défini, d’un horaire régulier non négociable, de directives officielles à appliquer mur à mur. La charité pastorale semble appartenir plus au domaine de l’improvisation qu’à celui de la planification. Elle appartient plus à la relation d’amitié et de liberté qu’à la responsabilité administrative et aux procédures contraignantes. Elle appartient plus au don gratuit qu’au devoir professionnel de répondre à des besoins, tels les besoins religieux de nos concitoyens.        <br />
              <br />
       	Pour donner tout son espace vital à la charité pastorale, il est nécessaire de faire autrement afin que les prêtres y trouvent l’unité de leur vie et leur bonheur. C’est ici qu’il peut être indispensable d’envisager le ministère des prêtres dans une perspective missionnaire. Ne sommes-nous pas confrontés nous aussi à la conversion pastorale dont a parlé la Ve Conférence du CELAM à Aparecida, au Brésil?       <br />
              <br />
       Nous avons besoin de déve­lop­per la dimension mission­naire de la vie dans le Christ. L’Église a besoin d’une forte secousse qui l’empêche de s’installer dans le confort, la stagna­tion et la tiédeur, en marge de la souffrance des pauvres du continent. Nous avons besoin que chaque commu­nauté chré­tien­ne se convertisse en un centre de rayonnement de la vie dans le Christ. […] Nous sommes appelés à assumer une attitude de conversion pastorale permanente, ce qui implique écouter avec attention et discerner « ce que l’Esprit dit aux Églises » (Ap 2, 29) à travers les signes des temps où Dieu se manifeste. » (CELAM, Aparecida – Document final, 2007, 360-362)       <br />
              <br />
       	Quelle conversion pastorale permanente, quelle forte secousse, quelle attention aux signes des temps, sommes-nous appelés à assumer pour vivre la charité pastorale du sacerdoce ministériel dans une perspective missionnaire?        <br />
              <br />
       Prêtres-missionnaires : héritiers et pionniers…       <br />
              <br />
       	Peut-être que « devenir de plus en plus évêques » n’est pas une si mauvaise idée après tout, non pas dans le sens d’être débordé de tâches administratives au point de priver l’Église de ses pasteurs ou de partir en voyage en laissant l’ouvrage aux autres, mais dans le sens de collaborer de plus en plus au ministère des évêques. Or ce ministère est d’abord et avant tout un service apostolique, autrement dit un service missionnaire.         <br />
              <br />
       	Encore faut-il bien s’entendre. Une certaine image traditionnelle de la mission, même si nous savons qu’elle est dépassée, demeure bien ancrée dans notre imaginaire ecclésial. Par exemple, il ne suffit pas de faire le prêtre dans un autre pays pour le faire autrement. Il ne suffit pas de savoir se débrouiller avec peu de ressources pour faire la mission. Ou encore, il ne suffit pas d’être un bon improvisa­teur, d’avoir un grand réseau d’amis et d’être généreux sans compter pour vivre la charité pastorale dans une perspective missionnaire. Comment se présente l’exercice de notre ministère dans cette perspecti­ve?       <br />
              <br />
       	J’aime bien me rappeler cette affirmation du rabbin Abraham Josuah Heschel : « Pour être un héritier spirituel, il faut être un pionnier. Pour être digne d’être un pionnier, il faut être un héritier spirituel. » Les prêtres du Québec, ou mieux encore les prêtres de Québec, sont les héritiers d’une longue tradition de prêtres-missionnaires, de prêtres-pionniers ouvrant des chemins nouveaux. Jusqu’en 1908, toute l’Amérique du Nord était considérée comme une terre de mission et plusieurs prêtres d’ici ont fait leurs valises pour aller vers l’Ouest, vers le Sud ou vers le Nord comme missionnaires. Et ceux qui restaient ici ouvraient de nouvelles paroisses, bâtissaient des églises, fondaient des communautés religieuses et peut-être même devenaient chanoines.        <br />
              <br />
       	En 1921, il y a 90 ans, les évêques du Québec ont exercé leur service missionnaire en fondant une maison de formation, un Séminaire en vue d’organiser la participation de leur clergé diocésain à la mission universelle de l’Église. Ce Séminaire sera le berceau de la Société des Missions-Étrangères. À l’époque, on partait en mission au loin, comme ambassadeurs d’un peuple apostolique, pour sauver une par une les âmes « qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort » et surtout pour fonder une Église locale à l’image et à la ressemblance de celle qui vous envoyait. L’attitude de ces missionnaires, généreux et audacieux, n’était pas toujours une attitude de sympathie face aux autres cultures et aux autres religions. Les jugements sévères et la confrontation des différences accom­pagnaient la disponibilité à rendre service aux gens et le désir de leur faire connaître la religion du Bon Dieu, comme on disait alors. La devise épiscopale du premier évêque de la Société des Missions-Étrangères, Mgr Louis-Adelmar Lapierre, p.m.é., vicaire aposto­li­que de Szepingkai en Mandchourie était : « Caritas Christi urget nos ». Tel est notre héritage spirituel.       <br />
              <br />
       	La perspective missionnaire a beaucoup changé depuis 1921 dans la mouvance des transformations sociales, religieuses et ecclésiales du XXe siècle, mais l’imaginaire ecclésial n’absorbe que très lentement ces changements. La mission actuelle en dialogue prophétique avec les pauvres, les cultures et les religions est toujours confrontée aux tentations de puissance, d’uniformité et de confrontation qui refont surface sous des habits nouveaux.       <br />
              <br />
       	L’appel à une conversion pastora­le missionnaire lancé par le CELAM à Aparecida n’est pas une nouveauté. Comme l’a fait l’Église du Québec, par exemple avec l’enquête Risquer l’avenir il y a 20 ans, cet appel recueille l’héritage du difficile chemine­ment post-conciliaire qui a changé notre vision et notre pratique de la mission.        <br />
              <br />
       	Par exemple, ce changement était évoqué discrètement par le comité des minis­tères de l’AECQ dans un message sur l’identité presbytérale intitulé : « Les prêtres-serviteurs au cœur du monde et de l’Église ». Dans la dernière section du message, sous le titre : « Appelés et envoyés », ce message situe ainsi le ministère des prêtres dans une perspective missionnaire :        <br />
              <br />
       […] La communauté locale ne doit pas s’occuper uniquement de ses propres fidèles : elle doit veiller à maintenir vive la préoccupation missionnaire qui la fera aller vers tous les hommes et toutes les femmes de leur temps. Les prêtres ont à cœur d’animer cet esprit missionnaire de la vie de la communauté. Les prêtres, au cœur de la communauté des baptisés, se rendent ainsi disponibles, par toute leur vie, à exercer un ministère aux horizons nouveaux, afin de collaborer d’une façon particulière à la mission du Christ, une mission elle aussi aux horizons toujours nouveaux… (AECQ, Comité des ministères, Les prêtres-serviteurs au cœur du monde et de l’Église (L’identité presbytérale), Année sacerdotale 2009-2010.)       <br />
               <br />
       	En ce qui regarde le ministère des prêtres dans une perspective missionnaire, le changement évoqué par le comité des ministères va bien au-delà de l’animation missionnaire de la communauté. La conversion pastorale qu’il suggère ne signifie pas la recherche de nouvelles stratégies. Il s’agit plutôt d’élargir notre regard à la mesure des horizons toujours nouveaux de la mission pour y resituer le ministère des prêtres et l’exercice de leur charité pastorale dans cette perspective.       <br />
              <br />
       	Pour évoquer brièvement ces horizons nouveaux de la mission et y situer le ministère des prêtres aujourd’hui et demain, j’adopterai trois points de vue : d’abord celui de la théologie de la mission, puis celui de la pratique de la mission, et enfin celui de la spiritualité de la mission.        <br />
              <br />
              <br />
              <br />
       La mission a une Église       <br />
              <br />
       	Un premier point de vue est celui de la théologie de la mission. Dans la mouvance de Vatican II, nous avons redécouvert le sens théologique de la mission. Son origine, son centre et son but se trouvent dans le mouvement de l’amour trinitaire vers toute l’humanité. Plus qu’une activité de l’Église, la mission est sa raison d'être comme communauté croyante. Nous connaissons cette affirmation du décret Ad Gentes : « De sa nature, l’Église, durant son pèlerinage sur la terre, est missionnaire, puisque elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père. Ce dessein découle de « l’amour dans sa source », autrement dit de la charité du Père (Vatican II, Ad Gentes, 2).        <br />
              <br />
       	Toute l’Église est missionnaire car elle trouve son origine et son but dans ce mouvement de l’amour trinitaire qui la précède et la dépasse pour rejoindre toute l’humanité et l’embrasser de ses deux mains que sont le Verbe et l’Esprit, la Parole et le Souffle de Dieu. L’horizon de la mission s’élargit considérablement. Plus qu’une activité de l’Église, c’est la mission qui a une Église. L’Église est au service de cette mission de Dieu comme signe et sacrement. Mentionnons seulement deux enjeux de ce nouvel horizon de la mission pour le service que l’Église est appelée à rendre.       <br />
              <br />
       	Un premier enjeu est le passage à une compréhension de la mission qui dépasse le salut individuel. Cette mission, qui prend forme sacramentelle dans l’Église, concerne la réalisation dans toute l’histoire humaine du dessein de Dieu dans l’ordre de l’amour, de la libération du mal, d’une nouvelle création. Il en résulte un regard plus positif quoique critique sur les projets d’humanisation que portent les différentes cultures, idéologies et traditions religieuses de l’humanité. Le service de l’Église missionnaire exige un constant discernement des « signes des temps », des signes de l’amour de Dieu à l’œuvre dans l’histoire. C’est la condition indispensable pour que l’Église soit fidèle à sa raison d’être et puisse dire aux femmes et aux hommes de son temps : « Si tu savais le don de Dieu. »       <br />
              <br />
       	Un deuxième enjeu de ce nouvel horizon de la mission est une conversion du regard ecclésial sur soi et les autres. Si nous avons longtemps défini les autres, les destinataires de la mission, en fonction de nous (qu’il s’agisse des païens, des infidèles, des hérétiques, des non-chrétiens, des non-pratiquants, des distants, etc.), le service de la mission de Dieu à l’œuvre dans le monde par sa Parole et son Esprit nous conduits à découvrir notre identité comme Église dans la relation avec les autres, dans le dialogue et le service. Selon le théologien Karl Rahner au lendemain de Vatican II, au moment où l’organisa­tion missionnaire de l’Église était en pleine crise, si l’Église est missionnaire, c’est parce qu’elle a besoin des autres pour vivre sa foi. Jean-Paul II évoquera la même pauvreté quand il affirmera que « la mission renouvelle l’Église, renforce la foi et l’identité chrétienne, donne un regain d’enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi s’affermit lorsqu’on la donne. » (Jean-Paul II, Redemptoris missio, 2).         <br />
              <br />
       	Selon ce point de vue de la théologie de la mission, un premier point de repère pour situer le « ministère aux horizons nouveaux » des prêtres est la conscience qu’une Église missionnaire, de par sa nature, est une Église toute entière ministérielle, c’est-à-dire toute entière au service du don reçu gratuitement du Christ ressuscité pour être partagé avec tous dans la mouvance de son Esprit. Dans l’Église missionnaire, tous les baptisés incorporés au Christ sont participants de l’unique mission du Christ en coopérant selon la mesure du don reçu à sa triple fonction prophétique, sacerdotale et royale. Tous sont dans les Christ des femmes et des hommes de Dieu autant que les prêtres, quoiqu’en pense le sentiment populaire beaucoup plus sacral qu’ecclésial.        <br />
              <br />
       	Sur cet horizon nouveau, comment se situe le ministère des prêtres? Le sacerdoce ministériel se redécouvre comme un sacerdoce de service pour aider toute l’Église à devenir et demeurer elle-même à la suite du Christ qui l’appelle et l’envoie. Pour reprendre une affirmation du P. Jean-Marie Tillard : « Pourquoi donc cette nécessité du ministère, porté par l’Esprit du Christ, alors que tout vient du Christ ?  Précisément, afin de bien manifester que tout vient du Christ » (J.-M. Tillard, Chair d’Église, chair du Christ, Paris, Cerf, 1992, p. 162)       <br />
              <br />
       	Le ministère des prêtres, coopérant à la mission apostolique des évêques, se situe ainsi comme un don appartenant à la structure même de l’Église mission­naire.  Selon les mots de Jean-Paul II : « Dans son être même et dans sa mission sacramentelle, le prêtre apparaît, dans la structure de l’Église comme signe de la priorité absolue et de la gratuité de la grâce, qui est donnée à l’Église par le Christ ressuscité. Par le sacerdoce ministériel, l’Église prend conscience, dans la foi, de ne pas exister par elle-même, mais par la grâce du Christ dans l’Esprit Saint » (Jean-Paul II, Pastores dabo vobis, 1992, 16).       <br />
              <br />
       	Si, par sa nature missionnaire, l’Église n’existe pas par elle-même mais par la gratuité de la grâce du Christ, elle n’existe pas non plus pour le seul bénéfice de ses membres mais pour le salut du monde. Ici aussi le don du sacerdoce ministériel est essentiel comme signe de l’universalité de la mission du Christ confiée à l’Église. Selon les mots bien connus du décret conciliaire sur le ministère et la vie des prêtres, « le don spirituel que les prêtres ont reçu à l’ordination les prépare non pas à une mission limitée et restreinte, mais à une mission de salut d’ampleur universelle, « jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8) (Vatican II, Presbyterorum Ordinis, 10).       <br />
              <br />
       	Dans cette perspective, le prêtre n’est pas un agent de pastorale parmi les autres. Ce qui n’est pas sans susciter des débats. Par exemple, dans la mise en œuvre de nouveaux projets missionnaires de la Société des Missions-Étrangères, l’opportunité d’accepter la responsabilité d’une charge pastorale fut souvent questionnée par des confrères prêtres qui souhaitaient être libres pour de nouvelles initiatives d’évangélisation. Dans une Église toute entière ministérielle, le prêtre n’a pas à assurer tous les ministères dont a besoin l’Église pour accomplir sa mission. Qu’il soit de moins en moins possible de le faire est sans doute une libération. Cependant, son service spécifique dans l’Église demeure essentiel comme signe personnel de la gratuité du don du Christ et de l’universalité de son amour dont les sacrements doivent être des signes.        <br />
              <br />
       La mission en dialogue       <br />
              <br />
       	Un deuxième point de vue pour évoquer les nouveaux horizons de la mission où se situe le ministère des prêtres est celui de la pratique de la mission, à savoir comment l’Église continue et développe dans l’histoire la mission du Christ envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Selon les mots du décret Ad Gentes, « c’est par la même route qu’a suivie le Christ lui-même que, sous la poussée de l’Esprit du Christ, l’Église doit marcher, c’est-à-dire par la route de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort, dont Il est sorti victorieux par sa résurrection » (Vatican II, Ad Gentes, 5).        <br />
              <br />
       	La bonne forme de l’Église missionnaire est celle du pèlerinage, d’un peuple en route, Ecclesia peregrinans. Sur la route, elle se fait « parole, message et conversation » selon les mots de Paul VI dans Ecclesiam Suam. Elle passe de l’anathème au dialogue, elle se tourne vers l’autre, si différent soit-il. En partageant la recherche de salut, de libération, d’authenticité, d’harmonie des peuples dont elle se reconnaît solidaire dans sa propre pauvreté, l’Église de Vatican II approfondit l’Évangile de Jésus-Christ qu’elle proclame. Sa compréhension de l’évangélisation, au sens strict de la prédication de l’Évangile, s’élargit en cours de route. Ainsi, en 1971, le synode des évêques affirmait que « l’activité en faveur de la justice et la participation à la transformation du monde nous apparais­sent pleinement comme une dimension constitutive de la prédication de l’Évangile» Synode des évêques, La justice dans le monde, 1971).       <br />
              <br />
       	Puis, à la suite du synode de 1974 sur ce thème de l’évangélisation, Paul VI écrit l’exhortation Evangelii nuntiandi (1975), où la compréhension de l’é­van­­gé­li­sation s’élargit encore pour inclure l’évangé­li­sa­tion de la culture et des cultures. Plus encore, non seulement l’Église est-elle appelée à évangéliser, selon son identité la plus profonde,  mais elle aussi «a toujours besoin d’être évangélisée, si elle veut garder fraîcheur, élan et force pour annoncer l’Évangile» (Paul VI, Evangelii nuntiandi, 15). C’est dans le dialo­gue avec les pauvres, les cultures et les religions que se constitue une véritable Église locale, en bonne forme missionnaire. L’inculturation, un nouveau mot qui apparaît durant ces années-là, désigne cette ecclésiogénèse, cet engendrement ecclésial. Non pas une adaptation superficielle ou encore un clonage mission­naire, mais la réponse nouvelle, inédite, que donne un peuple à l’annonce de l’Évangile.       <br />
              <br />
       	La journée de jeûne et de prière pour la paix tenue à Assise en octobre 1986, il y a 25 ans, fut un évé­ne­ment hautement symbolique du nouvel horizon ouvert par la pratique de la mission en dialogue. Cette rencontre recueillait les fruits des initiati­ves de dialogue œcuménique et interreligieux qui se sont multi­pliées, avec des hauts et des bas, à la suite du concile. Jean-Paul II résumait ainsi le sens de cette rencontre : «Voyons en ceci une anticipation de ce que Dieu voudrait se voir réaliser dans l’histoire de l’humanité: un cheminement fraternel dans lequel nous nous accompagnons mutuellement vers un objectif transcendant qu’il prépare pour nous» (Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux &amp; Congrégation pour l’évangélisation des peuples, Dialogue et annonce, 1991, no 79).       <br />
              <br />
       	Cette mission en dialogue prophétique est une réalité complexe, aussi diversifiée que les situations où l’Église est appelée à servir l’Évangile. Les nouveaux horizons de la mission qui s’ouvrent ainsi dépassent largement l’image géographique des missions lointaines. Il peut s’agir de la mission ad gentes, là où l’Évangile n’est pas connu ou mal connu, souvent dans des milieux marqués par d’autres traditions religieuses ou idéologiques. Dans les milieux déchristianisés, où l’Évangile est méconnu ou archivé sur la tablette du patrimoine, on parlera de nouvelle évangé­lisa­tion. Et cette mission en dialogue se poursuit aussi à l’intérieur même de l’Église. Celle-ci a constamment besoin de se convertir à l’Évangile, qu’il s’agisse du mouvement œcuménique, des rapports entre divers réseaux d’Église portant des projets contrastés, ou encore de l’activité pastorale avec toutes ces tentations de rivalités, de cléricalisme et d’esprit de parti.         <br />
              <br />
       	Dans la diversité de ces situations, cette mission évangélisatrice est plus que l’enseignement d’une doctrine, la promotion d’une morale, l’apprentissage d’un rituel religieux et ses règles, comme ce fut souvent le cas en terres de mission. Pour reprendre l’expression très simple d’un confrère, missionnaire au Japon pendant des décennies : la mission, me disait-il, c’est d’abord et avant tout  une « affaire de relations ».  Simple, mais très exigeant.       <br />
              <br />
       	Dans les sessions de formation missionnaire, j’insiste toujours sur le fait qu’il n’y a pas de missionnaire tout seul. Si la relation de l’envoyé avec celui qui l’envoie est fondamentale, c’est dans la relation avec les destinataires que se vérifient l’authenticité et la crédibilité du missionnaire. La qualité de cette relation est le lieu vital où agit la puissance de l’Esprit du Christ, où l’expérience de la foi prend forme, où la vérité de l’Évangile est annoncée, où l’Église est convoquée. Dans le vif de la rencontre interculturelle et interreligieuse, la qualité de cette relation est mise à l’épreuve dans la mission en dialogue. 	Jusqu’où cette relation de la mission favorise-t-elle la gratuité, le partage des dons ? Jusqu’où est-elle hospita­lière, inclusive, ouverte aux pauvres, sans frontière? En somme, jusqu’où cette relation de la mission est-elle le signe du mouvement de l’amour trinitaire qui précède et dépasse le missionnaire ? C’est l’horizon nouveau qu’ouvre la pratique de la mission en dialogue.       <br />
              <br />
       	Du point de vue de la pratique de la mission en dialogue, nous identifions un autre point de repère pour situer le « ministère aux horizons nouveaux » des prêtres. La vérité de l’Évangile est annoncée et attestée d’abord et avant tout par la qualité des relations de communion et de service que l’Église suscite à l’intérieur et à l’extérieur d’elle-même. La vérité de l’Évangile, c’est-à-dire l’amour personnel et universel de Dieu manifesté en Jésus Christ et à l’oeuvre dans le monde par son Esprit, est un don reçu gratuitement et il est partagé dans une communion de vie fraternelle et de dévouement désintéressé ouverte à tous. C’est la forme de la mission en dialogue.        <br />
              <br />
       	Dans l’Église missionnaire, le ministère des prêtres comme collaboration au ministère apostolique des évêques concerne précisément la qualité de ces relations de communion et de service qui témoignent de la vérité de l’Évangile. Le sacerdoce ministériel est le signe personnel de la gratuité du don de Dieu dans le Christ et de son ouverture universelle. Sans ce ministère de la gratuité du don de Dieu et de son universalité, la communion ecclésiale risque de se replier sur elle-même, de se justifier à la mesure du milieu ambiant ou de s’effriter. Sans ce ministère, le service missionnaire de toute l’Église dans le monde peut s’essouffler, se mesurer uniquement au succès ou à la bonne réputation.       <br />
              <br />
       	Dans son ministère sacramentel, que ce soit dans l’Église ou sur le perron de l’Église, le prêtre est appelé à jouer l’Évangile in persona Christi non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois. Les Évangiles sont remplis de nouveaux sacrements à découvrir en mission. Il y a beaucoup de petites eucharisties à célébrer pour conduire à la grande Eucharistie       <br />
              <br />
       	Tous les disciples du Christ sont sans doute appelés à jouer les Évangiles. La tradition apostolique nous a légués les Évangiles comme autant de partitions qui ont besoin d’être interprétées par des personnes vivantes pour exprimer toute leur beauté pour la vie du monde. L’exercice de la charité pastorale des prêtres ne consiste pas à jouer toutes les partitions, ni même à faire le chef d’orchestre. Son ministère spécifique est plus de l’ordre du diapason, du signe personnel ordonné à bien manifester que tout vient du Christ, gratuitement et pour tous.        <br />
              <br />
       	 « La charité du Christ nous presse » (2 Cor 5, 14). Devons-nous être « de moins en moins prêtres et de plus en plus évêques »? Dans une perspective missionnaire, notre service est amené à prendre autant de formes que les situations où la communauté ecclésiale est conduite dans son pèlerinage, y compris les réaménagements pastoraux que réclame la réalité du milieu. En ce sens, dans le contexte d’une nouvelle évangélisa­tion, dans ce pays où nous sommes les héritiers d’une histoire locale de l’Église avec ses grandeurs et ses lourdeurs, peut-être le temps est-il venu non pas de la démission face à des tâches qui nous dépassent mais plutôt de la « permission » dans le sens de permettre, d’encourager, d’autoriser la liberté et la créativité face à des façons de faire reçues de nos prédécesseurs et peut-être sacralisées à outrance.       <br />
              <br />
       	Oui, « pour être un héritier spirituel, il faut être un pionnier » comme dirait le rabbin Heschel. L’essentiel est de veiller à la qualité des relations de communion et de service qui attestent de la vérité de l’Évangile aujourd’hui. Dans cette perspective, le sacerdoce ministériel comme signe personnel du Christ vivant est essentiel pour aider les communautés à rester au diapason du don reçu gratuitement en vue d’être partagé avec tous.        <br />
              <br />
       	L’expérience nous apprend que des changements importants, s’ils peuvent surprendre ou bouleverser des habitudes, sont souvent le fruit d’une longue germination invisible et ils peuvent conduire à leur tour vers d’autres changements imprévisibles mais dépassant toutes nos espérances. Les conversions structurelles en cours ici et ailleurs, comme ce fut le cas dans le passé et comme cela se répétera dans l’avenir, sont le lieu où nous sommes appelés à jouer la nouveauté de l’Évangile, à être les pionniers d’une nouvelle façon d’être Église en interprétant à nouveau l’Évangile de l’accueil, du partage, du pardon, de la guérison, de la fête, de la vie. Oui, « pour être digne d’être un pionnier, il faut être un héritier spirituel. »       <br />
              <br />
       L’espérance d’une vocation : « Non plus serviteurs mais amis » (Jn 15, 15)        <br />
              <br />
       	Qu’en est-il de la dimension existentielle de l’exercice du sacerdoce ministériel dans une perspective missionnaire. Mon propos s’inspire ici d’une autre préoccupation du Conseil presbytéral de septembre dernier en relation avec l’être prêtre aujourd’hui. « Comment être des acteurs positifs au cœur des réaménagements proposés par le cadre de référence? Comment garder un équilibre dans l’exercice du ministère pour le vivre dans la durée? Quand on regarde la liste des confrères, on voit une liste de charges qui réclament d’eux qu’ils soient des supermans de la pastorale. Il faut se pencher sur ceux qui sont là et avoir de la compassion pour ceux à qui ont va donner des charges terribles. » Je m’inspire de cette préoccupation pour situer la dimension existentielle de l’exercice du sacerdoce ministériel dans une perspective missionnaire : « La charité du Christ nous presse » (2 Cor 5, 14) ou la passion des « supermans de la pastorale »       <br />
              <br />
       	La charité du Christ qui nous presse fait-elle de nous des personnes tellement pressées que nous risquons d’être écrasés? Dans sa correspondance avec l’Église de Corinthe, Paul ne se gêne pas pour évoquer toutes les tribulations qu’il a affrontées au service de l’Évangile. Il en met beaucoup au point d’écrire : « Si nous avons été hors de sens, c’était pour Dieu : si nous sommes sensés, c’est pour vous » (2 Cor 5, 13). Et c’est par la suite qu’il écrit : « L’amour du Christ nous étreint, à cette pensée qu’un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts » (2 Cor 5, 14 - TOB).        <br />
              <br />
       	Si Paul consacre toute sa vie au Christ et affronte toutes les tribulations que nous connaissons, c’est sous la motion de la charité – celle du Christ pour lui provoquant la sienne pour le Christ. Or cet amour est actif, généreux et repose sur une conviction : Jésus a donné sa vie par amour. C’est le jugement que Paul pose sur la vie et le ministère de Jésus qui lui permet de trouver le sens des tribulations qu’il affronte lui-même. « Il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2 Cor 5, 15). S’il y a des « supermans de la pastorale », il y a aussi des « supermans de la mission », et c’est le même problème. Un coup d’œil à l’expérience missionnaire de la Société des Missions-Étrangères que je connais un peu mieux peut être révélateur à cet égard.        <br />
              <br />
       	Une approche pour connaître l’expérience missionnaire de la Société des Missions-Étrangères pourrait être le récit de ses tribulations, individuelles ou collectives. Ces  tribulations, ce sont les conversions et les résistances de ses missionnaires, les beaux plans qui ne se sont pas réalisés, les conflits imprévus, les maladies et les accidents, les difficultés pour parler une autre langue, les malentendus et les frustrations dans le creuset de la rencontre interculturelle. Ces tribulations, ce sont aussi des événements qui bouleversent tout : guerres civiles, révo­lu­tions popu­laires, dictatu­res militai­res, séche­res­ses ou inonda­tions.       <br />
              <br />
       	Non seulement les missionnaires se sont-ils retrouvés à la merci des cir­cons­tances de temps et de lieu, mais ils ont souvent fait exprès pour se rendre vulnéra­bles en prenant l'ini­tiative de franchir des frontiè­res géographiques, mais aussi culturelles, sociales, économiques. Et que dire de l’apprentissage de la patience pour appren­dre une nou­velle langue, pour s'ini­tier à la culture d'un peu­ple, pour trouver sa place et se bâtir un réseau de rela­tions person­nelles. Le chemin parcouru fut souvent une route de tribulations, de participation au mystère pascal du Christ.       <br />
              <br />
       	Sur cette route souvent cahoteuse, le missionnaire expérimente l'action libératrice de l'Esprit du Christ.  Dans le creuset de la rencontre intercul­turelle et interreligieuse, quand apparaît la vulnérabi­li­té de ses convic­tions, de sa liberté, de son amour, il entend le Seigneur lui dire:­ « Ma grâce te suffit » (2 Cor 12, 9).­ Aller à la frontière et transgres­ser les limites ne va pas sans risque. Dans les échecs où l'orgueil est blessé, cette épreuve est féconde pour la mission si elle est le lieu d'une rencontre réconci­liatrice avec le Christ ressusci­té. Cette expérience de la joie pascale fonde le témoignage,­ inspire le courage missionnaire.         <br />
              <br />
       	Dans cette expérience de tribulations, nous avons appris la valeur de la rencontre de l’autre, si différent soit-il. Non seulement cette différence doit-elle être respectée, mais elle est une richesse offerte dans l’hospitalité. De l’accueil reçu, sans mérite de notre part, nous tenons la conviction que la mission au service de l’Évangile n’est pas d’abord une tâche à accomplir, quel que soit notre activisme. Cette mission est avant tout un don reçu pour être partagé. Un autre nous précède en Galilée et combien de fois il nous a surpris sur la route d’Emmaüs quand la tentation était forte de rentrer dans nos terres.       <br />
              <br />
       	Une leçon que nous apprenons à travers nos bons et nos mauvais coups, c’est que le missionnaire s’inscrit dans un mouvement qui le précède et le dépasse. Ce mouvement de la mission de Dieu, qui prend forme sacramentelle dans l’Église, n’est pas une idéologie, un projet bien programmé, une « success story », mais un problème de foi, la foi risquée dans la rencontre de l’autre, si étranger soit-il, où l’action de l’Esprit nous révèle le visage du Christ. Selon les mots de Jean-Paul II, « la mission est un problème de foi, elle est précisément la mesure de notre foi en Jésus et en son amour pour nous » (Jean-Paul II, Redemptoris missio, 11). Parler de la mission, c’est donc parler de la foi, de sa vitalité et de sa maturité, comme don reçu pour être partagé.       <br />
              <br />
       	Ce troisième point de vue pour évoquer les nouveaux horizons de la mission, après la théologie et la pratique de la mission, est celui de la spiritualité de la mission touchant précisément la dimension existentielle de la foi comme suite du Christ. La tradition des « missions étrangères » a été fortement marquée par une spiritualité de la configuration au Christ dans son incarnation et son sacrifice. Cette spiritualité se manifestait dans l’importance donnée à l’exode en terre étrangère sinon hostile, à l’obéissance, à la communauté de destin dans le don de soi jusqu’à la fin, le martyre étant la consécration sinon souhaitée du moins valorisée de l’identification au Christ.           <br />
              <br />
       	Dans la perspective des horizons nouveaux ouverts par la redécouverte du sens théologique de la mission et de la pratique de la mission en dialogue, la spiritualité de la mission s’est renouvelée dans le sens de l’écoute, de la présence et du dialogue pour découvrir l’action de Celui qui dans le dynamisme de son Esprit nous précède en Galilée.       <br />
              <br />
       	Une attention nouvelle est accordée à la vocation missionnaire comme charisme qui rend apte et disponible à se charger comme d’un office propre de la mission d’évangélisation qui appartient à toute l’Église (cf. Vatican II, Ad Gentes, 23). Cette vocation « est le paradigme de l’engagement missionnaire de l’Église, qui a toujours besoin que certains se donnent radicale­ment et totalement, qui a toujours besoin d’élans nouveaux et audacieux » (Jean-Paul II, Redemptoris missio, 66).        <br />
              <br />
       	Dans l’itinéraire post-conciliaire de la Société des Missions-Étrangères, au fil des transformations de notre pratique missionnaire et aussi de notre vie communau­taire apostolique avec l’association de laïques hommes et femmes ainsi que l’ouver­ture internationale de notre membership, cette vocation missionnaire commune est devenue le point de convergence qui permet de vivre la mission en communion. Et en retour, c’est le ressource­ment à cette vocation qui permet le renouveau de la  pratique missionnaire et de la vie communautaire face aux défis de l’inter-généra­tion­nel, de l’interculturel, de la diversité des ministères. Cette vocation missionnaire est l’énergie de l’Esprit qui permet de vivre la mission en communion. Je ne vous garantis pas que tout baigne toujours dans l’huile, mais la flamme se transmet même si parfois il y a des étincelles.       <br />
              <br />
       	La vocation missionnaire, vocation modelée sur celle des apôtres (cf. Jean-Paul II, Redemptoris missio, 65), est un don de l’Esprit qui rend contem­porain du Christ et permet de voir, juger et agir à sa manière. Elle permet de reconnaître avec gratitude la fidélité de Dieu dans notre histoire personnelle et collective. Elle invite à la vigilance en formant notre regard pour lire les signes des temps et discerner l’action de l’Esprit. Elle nous appelle à accueillir et servir dans l’espérance, dans le courage de l’avenir.       <br />
              <br />
       	Cette vocation missionnaire est à la source du ministère apostolique de Paul, un ministère vécu dans les tribulations selon la Deuxième Épître aux Corinthiens. Par son accent très personnel, cette lettre livre le secret même de la vie apostolique de Paul et constitue un véritable exposé de spiritualité missionnaire. « Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile… Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés… sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps » (2 Cor 4, 7, 8, 10). Par opposition aux chrétiens de Corinthe qui misent sur les dons extérieurs de l’Esprit, Paul ne se lasse pas de répéter que les signes de l’apostolat ne sont autres que des signes de faiblesse et d’impuissance, des signes de conformité avec la passion de Jésus. Il voit ses tribulations en relation avec celles de Jésus. Dans cette faiblesse, il voit le Christ qui s’est fait pauvre jusqu’à la croix et en qui l’amour de Dieu s’est manifesté avec puissance jusqu’à la gloire de la résurrection.       <br />
              <br />
       	Selon ce point de vue de la spiritualité de la mission, à la lumière de la « passion » de Paul, un autre point de repère pour situer la vie et le ministère des prêtres sur l’horizon nouveau de la mission est le renouvellement dans leur ministère par ressourcement à l’espérance d’une vocation. Inspirons-nous ici encore du décret Ad Gentes. Dans la conclusion de l’article consacré à la spiritualité missionnaire où on peut lire : «  Les Ordinaires et les Supérieurs devront, à époques fixes, réunir les mission­naires pour qu’ils soient fortifiés dans l’espérance de leur vocation et renouvelés dans leur ministère apostolique » (Vatican II, Ad Gentes, 24).       <br />
              <br />
       	Quelle est la source de l’espérance de cette vocation? Un confrère qui fut longtemps missionnaire en Asie et qui célèbre cette année son 60e de sacerdoce m’a dit qu’il se reconnaissait totalement dans l’homélie faite un autre prêtre lors de la célébration de son propre 60e d’ordination. Dans cette homélie prononcée le 29 juin dernier à Rome, ce prêtre citait l’Évangile de Jean. « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ! » (Jn 15, 15) – et il commentait : «  Non plus serviteurs mais amis : dans cette parole est contenu tout le programme d’une vie sacerdotale. » (Benoît XVI, 29 juin 2011). Cette amitié du Christ, dont témoignait Benoît XVI, est la source de l’espérance où se renouvelle l’exercice du ministère des prêtres. Cette amitié est un don gratuit et sans limite, accueilli dans les hauts et les bas de la mission, qui permet d’être à son tour le signe du don gratuit et sans limite du Christ à tous ceux et celles qui le cherchent.         <br />
              <br />
       	Le renouvellement du ministère des prêtres, la possibilité de faire autrement, ne tient pas d’abord à des circonstances extérieures favorables ou non. Dans une perspective missionnaire, ce renouvelle­ment ne se fait pas par adaptation mécani­que de nouvelles façons de faire mais par ressourcement à une vocation spéciale, à cette espérance que donne l’amitié du Christ. Un confrère longtemps missionnaire à Cuba et au Pérou, à qui je demandais des suggestions pour préparer cette intervention, me disait : « Demande-leur s’ils ont encore des illusions? »  En français, le mot « illusions » peut faire penser à des mirages décevants, mais selon le génie de la langue espagnole ce mot évoque plutôt les espérances qui font vivre en ouvrant des horizons nouveaux.       <br />
              <br />
       	L’exercice de la charité pastorale au cœur d’une Église missionnaire et évangélisatrice est une invitation continuelle à aller à la rencontre des surprises de la mission. En nous risquant dans l’inconnu de la rencontre de l’autre, sans craindre les tribulations, nous pouvons expérimenter combien la mission est d’abord un don, une grâce, comme l’hospitalité généreuse reçue en terre étrangère. Encore faut-il sortir et prendre le large dans l’espérance.        <br />
              <br />
                            Comme expression de cette espérance sur une route avançant vers l’inconnu, les mots les plus justes ne sont-ils pas ceux de Paul VI à des repré­sen­tants de diverses traditions religieuses du Japon venus le rencontrer à la fin de juillet 1978, quelques semaines avant sa mort? Au moment de quitter ses invités, il improvisait une salutation en leur disant simplement: «Nous prions le Seigneur de pouvoir être toujours digne de vous aimer et de vous servir» (Allocution à des représentants des religions du Japon, 26 juillet 1978, Il dialogo interreli­gioso nel magistero pontificio (Documenti 1963-1993), a cura di Francesco GIOIA, Libreria Editrice Vaticana, 1994, p. 227). Désirer être toujours digne d'aimer et de servir les personnes et les communautés vers lesquelles nous conduit la mission au service de l’Évangile, n’est-ce pas la qualité évangé­li­que du signe ecclésial que les prêtres sont appelés à offrir aujourd’hui et demain?       <br />
              <br />
       Bertrand Roy, p.m.é.       <br />
       SRHP 11406-01/115.11       <br />
       
     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position: relative;">Tiré du site internet Carrefour Kairos, site internet  d'Hermann Giguère www.hgiguere.net</div>
   ]]>
   </description>
   <photo:imgsrc>https://www.wmaker.net/carrefourkairos/photo/art/imagette/3447549-4959743.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.wmaker.net/carrefourkairos/Les-defis-de-la-mission-dans-l-Eglise-de-Quebec-aujourd-hui-et-les-moyens-d-y-repondre-Bertrand-Roy-p-m-e_a441.html</link>
  </item>

  <item>
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   <title>Comment se développe la spiritualité des ministres ordonnés (prêtres et diacres)?</title>
   <pubDate>Wed, 15 Feb 2006 02:22:00 +0100</pubDate>
   <dc:language>fr</dc:language>
   <dc:creator>Mgr Hermann Giguère, ptre p.h.</dc:creator>
   <dc:subject><![CDATA[Allocutions et conférences]]></dc:subject>
   <description>
   <![CDATA[
   Entretien avec les prêtres et les diacres de la Région de Charlevoix à St-Hilarion jeudi le 9 février 2006 de 9h15 à 11h45 par Mgr Hermann Giguère P.H., supérieur général du Séminaire de Québec. Existe-t-il une spiritualité particulière pour les prêtres : une spiritualité presbytérale (je reviendrai dans la première partie de mon exposé sur cette façon de la désigner que je préfère à "spiritualité sacerdotale") et une spiritualité particulière pour les diacres : une spiritualité diaconale? Éléments de réponse.     <div style="position:relative; float:right; padding-left: 1ex;">
      <img src="https://www.wmaker.net/carrefourkairos/photo/art/default/299140-372620.jpg?v=1289459895" alt="Comment se développe la spiritualité des ministres ordonnés (prêtres et diacres)?" title="Comment se développe la spiritualité des ministres ordonnés (prêtres et diacres)?" />
     </div>
     <div>
      <A HREF="http://www.carrefourkairos.net/spm/"><FONT SIZE=2 color="#800000">Cliquez ici</A>  pour consulter les notes du cours Spiritualité des ministères à  la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval à  Québec et au Grand Séminaire de Québec déposées dans le site internet hgiguere.net, site personnel du professeur Hermann Giguère.</FONT><br /><br />

Lorsque j’ai accepté, après quelques coups téléphone, de venir vous rencontrer, je savais que si je le faisais je serais amené à m’interroger, à me regarder dans ma vie de prêtre, de ministre ordonné au service de l’Évangile. Je savais que je me retrouverais devant vous non comme un professeur qui partage son savoir, mais comme un de vous, un « cum fratres », un « avec ses frères », un « confrère » portant les mêmes questions, les mêmes espoirs, les mêmes limites, les mêmes joies, les mêmes déceptions, mais partageant le même idéal : celui d’un serviteur du Christ pour ses frères et sœurs dans la communauté de l’Église.
<br />
<br />
Où en suis-je après 40 ans de sacerdoce, de vie presbytérale, de vie sacerdotale? Comment s’est vécue et se vit cette existence qui est la mienne dans sa configuration concrète, dans son histoire?
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<br />
À la fin du cours classique , en choisissant le ruban blanc lors de la cérémonie solennelle de la prise des rubans qui marquait l’intention de me présenter au Grand Séminaire comme candidat à la prêtrise, j’écrivais dans le livre-souvenir des finissants de mon collège au nom du groupe de confrères qui faisaient le même choix ce qui suit : 
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<UL>
<FONT size=1>
« Pourquoi nous avons choisi… le clergé séculier?<br />

On entend parfois sur le sacerdoce et le clergé séculier des réflexions jetées en l’air, sans malice, mais qui n’en laissent pas moins une impression un peu amère. Eh bien! N’allez pas croire que les porteurs de rubans blancs ambitionnent dans le sacerdoce une vie aisée, une vie de tout repos; ils choisissent au contraire une vie remplie, tout entière consacrée à Dieu. En effet, le prêtre reste dans le monde, mais il ne vit plus avec le monde. 
<br />Son ministère baigne dans le surnaturel, c’est à lui que revient la charge des âmes. Il laisse de côté le domaine matériel pour s’attacher uniquement à son ministère et pour être une présence qui chante l’Infini.
<br />Tel m’apparaît le prêtre.
Pour être différent des autres professionnels, le prêtre l’est assurément, avant tout, il est un « professionnel » de Dieu.
<br />Ceux qui se destinent au clergé séculier savent que leur vie sera différente de celle du monde, ils savent que le Dieu qu’ils servent est un Dieu jaloux et qu’il n’accepte pas de demi-mesure; ils savent aussi qu’ils sont faibles, qu’ils sont de pauvres humains, qu’ils sont des instruments dans la main de Celui qui est prêtre selon l’ordre de Melchisedech.
<br />Mais Dieu qui les appelés saura aussi les soutenir et forts de cette assurance, ils envisagent l’avenir avec confiance. 
</UL>
</FONT>
<br />
<br />Et c’est signé : les futurs prêtres par Hermann Giguère.
<br />
<br />Quarante ans et quelques poussières plus tard, je suis encore prêt à signer cette présentation avec la devise que j’avais choisie : « Ut vitam habeant » - « Pour qu’ils aient la vie » (Jean 10,10).
<br />
<br />
Mais venons-en à la question que vous m’avez posée : Comment naît et se développe une spiritualité des ministres ordonnés (prêtres et diacres) aujourd’hui? Je tenterai de répondre à cette question en trois étapes. Nous commencerons par nous arrêter à quelques points de repères essentiels pour discerner l’origine et le développement d’une spiritualité qui est le reflet d’une identité spirituelle personnelle comme nous le verrons. Ensuite dans un deuxième point, je vous commenterai une grille de lecture pour décrire la dynamique de l’actualisation d’une spiritualité concrète. Enfin, dans un troisième point, je partagerai avec vous le résultat de mon retour sur ma vie de prêtre en vous présentant les quatre pistes de croissance qui soutiennent le plus ma vie presbytérale.
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<B>

I- REPÈRES POUR DÉCRIRE UNE SPIRITUALITÉ DES MINISTRES ORDONNÉS (PRÊTRES ET DIACRES)
</B>
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<br />
Dans ce point, nous nous arrêterons à quelques conclusions importantes pour décrire une spiritualité presbytérale ou diaconale pertinente et incarnée dans le temps et l’espace que je ferai suivre dans le second point d’un cadre de référence pour les « spiritualités des ministères » dont nous retrouverons la structure dans la « spiritualité presbytérale », dans la « spiritualité diaconale » et dans la « spiritualité des ministères laïcs » que je présenterai sous forme de tableau commenté. Pour les prêtres, on utilise dans les documents pontificaux et dans bien d'autres écrits le terme "spiritualité sacerdotale". Je n'exclus pas le terme "spiritualité sacerdotale", mais je retiens celui de de "spiritualité presbytérale" dans le sillage de "Presbyterorum Ordinis" qui a pris soin de distinguer "sacerdos" et "presbyter".  Ceci étant dit, je ne rejette pas l'utilisation courante qui est faite du terme "spiritualité sacerdotale" quoique "spiritualité presbytérale" me semble plus approprié.  Voir les remarques de Father Cozzens plus loin.
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<br />
En commençant notre parcours, nous nous devons de prendre acte à partir de l’histoire de la spiritualité que les formes que prend une spiritualité varient selon les contextes et selon les «théologies» qui l'entourent, c’est pourquoi un <I>premier constat</I> s’impose :  <B>il n'y a pas « une » spiritualité des ministères, mais «des» spiritualités des ministères, non pas «une» spiritualité presbytérale, mais «des» spiritualités presbytérales, non pas «une» spiritualité diaconale, mais «des» spiritualités diaconales. </B>
<br />
<br />
Si on constate ce fait, ce n'est pas pour réduire ces spiritualités à quelque chose de vague et informe, mais plutôt pour marquer qu'une spiritualité est de l'ordre d'une vie, d'un dynamisme, d'un processus toujours en action. Vouloir l'enfermer dans une «structure» fermée c'est la tuer et la condamner à n'être qu'une série de gestes, d'attitudes répétitives où la personne devient prisonnière au lieu de développer son identité spirituelle personnelle.
<br />
<br />
</I>Deuxième constat qui découle du précédent: les «spiritualités»  nous renvoient non seulement à des individus, mais aussi à des groupes, à des conditions de vie communes, à des tâches, des services qui ont des exigences semblables, une « mission commune », un « service commun », c'est pourquoi, on peut dire qu'il existe des configurations  <B>plus générales, des «familles», des «affinités» de groupe.</B> C'est à ce plan que se situent selon nous la « spiritualité presbytérale » et la « spiritualité diaconale ».
<br />
<br />
Enfin, en <I>troisième lieu</I>, on se doit de retenir qu'une spiritualité n'est pas d'abord une application de principes, un déduction à partir d'une théorie, mais elle <B>est le résultat d'une expérience</B> d’un sujet-croyant qui se dit, qui se structure et se donne les moyens d'aller plus loin. 
<br />
<br />
Les spiritualités naissent donc d'une expérience, d'un charisme particulier. Elles sont reçues plutôt qu'elles ne sont créées. Elles prendront des configurations variées. Leur naissance et leur développement mettent en œuvre un processus continuel d'interprétation qui est partie inhérente de toute expérience spirituelle personnelle. 
<br />
<br />
Regardons-y de plus près si vous le voulez bien. L’expérience spirituelle se caractérise par son intégralité et sa globalité, mais cela n’exclut pas qu’elle ne se vit pas toujours au même niveau. On peut distinguer comme trois niveaux de celle-ci ou de l'expérience de Dieu si l'on veut. Sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) écrivait avec sagesse et discernement qu’autre chose est d’ « avoir l’expérience », de « percevoir » ce qui se passe et de l’ «  expliquer ». 
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<br />
Le<I> premier</I> niveau est celui de l'expérience elle-même, indicible et unique. « Ce qui est vécu ». Le <I>second</I> niveau est une première « perception de ce qui est vécu ». On le raconte, on le décrit, on tente de l’exprimer dans des mots ou autrement. Ce second niveau implique donc une première interprétation soit par des récits autobiographiques, des confidences, des «relations» où les descriptions à consonances psychologiques seront privilégiées (Thérèse d'Avila en est l'exemple le plus connu et a fait école pendant les siècles qui l'ont suivie) soit par des symboles, des «figures», des «visions», des œuvres apostoliques, des engagements sociaux,  des oeuvres poétiques ou artistiques etc. Ce champ de la première interprétation est aussi vaste que les moyens d'expression dont on bénéficie et à la mesure des talents naturels des protagonistes. C'est sur ce terrain que naissent et se développent des «écoles de spiritualité», des «familles spirituelles» et des « spiritualités particulières » dans l'Église comme celle des pasteurs (prêtres) et des serviteurs (diacres). 
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<br />
Enfin, souvent, mais pas tout le temps, il y a un <I>troisième</I> niveau qui met en action « une élaboration systématique » qui vient se greffer sur les deux premiers. « On explique » ce qui est vécu dira Thérèse d’Avila. On pousse plus loin le processus d'interprétation en développant une, une réflexion d'ensemble, des « référents », une «théologie», pourrait-on dire, qui présente une vision particulière reliée aux réalités de la foi. 
<br />
<br />
La « spiritualité du prêtre » et la « spiritualité du diacre » s’élaborent en grande partie aussi à ce troisième niveau parce que comme nous le verrons dans le second point, ces spiritualités se construisent au fil des jours dans une tension productive et créatrice entre, d’une part, une situation ecclésiale donnée qui est reçue par l’imposition des mains de l’évêque et, d’autre part, le contexte concret dans lequel évolue la personne (le sujet) qui est amené à découvrir et développer une identité spirituelle personnelle marquée par cette situation existentielle nouvelle créée par l’ordination. 
<br />
<br />
Il ne faut pas oublier cependant que ce troisième niveau ne dois jamais exclure les deux premiers car, comme toute spiritualité, la « spiritualité presbytérale » et la « spiritualité diaconale » intègrent dans leur actualisation ces deux premiers niveaux qui demeurent toujours incontournables puisqu’une spiritualité ne peut jamais n’être qu’une application de principes extérieurs au sujet, une théorie, une simple doctrine spirituelle. En effet, elle implique toujours une appropriation personnelle par la personne (le sujet) des réalités de la foi dans les circonstances de temps et de lieu où elle se trouve.  
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<br />
<B>
II- GRILLE DE LECTURE POUR DÉVELOPPER UNE SPIRITUALITÉ PERSONNELLE DE MINISTRE ORDONNÉ (PRÊTRES ET DIACRES)
</B>
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Je vous ai mis sous forme de schéma - avec tous les raccourcis que cela comporte -  une grille de lecture qui un cadre de référence auquel on peut revenir pour discerner et développer son identité spirituelle personnelle de pasteur ou de serviteur. En voici une présentation sommaire.
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<br />
Au cœur de toute spiritualité se trouve une personne (un sujet interprétant) qui vit une expérience personnelle où elle exprime et interprète son identité spirituelle. Dans le cas des ministères ordonnés, il  y a une situation ecclésiale et sacramentelle qui est la consécration pour une mission. Tout baptisé est consacré et envoyé en vertu du sacerdoce commun des fidèles, mais les ministres ordonnés sont « configurés » au Christ d’un manière particulière. Voilà une situation « ontologique » qui les marquent à jamais. Les personnes exerçant des ministères laïcs, sans être ainsi transformées sacramentellement, sont marquées par leur « vocation » confirmée par l’Église sous forme de mandat ou autrement qui devient ainsi l’équivalent de la « consécration » des ministres ordonnés. 
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Nous avons donc dans la « spiritualité presbytérale » et dans la « spiritualité diaconale » une situation « existentielle » incontournable où comme y a insisté le Concile Vatican II dans le <I>Décret sur le Ministère et la Vie des prêtres</I> au numéro 2 « consécration et mission » sont indissociablement unies, car il n’y a pas de consécration sans mission et il n’y pas de mission sans consécration. C’est le point de départ à ne jamais oublier. 
<br />
<br />
Cette situation « existentielle » s’incarne dans des conditions de vie concrètes : état de vie, circonstances de lieux et de temps, etc. Ce deuxième volet de la formation de l’identité spirituelle d’une personne engagée dans un ministère viendra colorer toute sa spiritualité ainsi que celle de son groupe. Nous le savons par expérience. Les habitudes et les moyens en usage du temps de notre Grand Séminaire ont évolués et pour les plus vieux parmi nous, ils ont parfois disparus et ont été remplacés par d’autres, et s’ils sont demeurés, ils sont pratiqués bien souvent assez différemment, je pense à la méditation et aux exercices de piété qui prennent maintenant des formes complètement nouvelles, mais tout aussi riches et efficaces si on se donne la peine de les cultiver et de les mettre dans son agenda.
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Au-delà de ces deux assises fondamentales, diverses exigences vont retentir comme des appels et solliciter une réponse de la personne. Elles sont issues de l’Évangile lui-même qui interpelle tous le chrétiens de façon personnelle : ce sont les exigences que nous avons appelées « évangéliques ». D’autres exigences retentissent au nom du ministère dans lequel la personne est engagée : ce sont les exigences « ministérielles ». Et, enfin s’ajouteront des exigences particulières que l’Église impose ou recommande : ce sont des exigences que nous appellerons « ecclésiastiques ». 
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Ces repères nous permettent de décrire comment peut se développer une spiritualité liée à un ministère. Ils ne sont pas les seuls repères. On pourrait en ajouter d’autres, mais ceux-ci ont été abondamment décrits et utilisés dans les documents du Magistère et dans les témoignages tirés de l’Écriture ou des saints qui nous ont précédés.
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Regardons maintenant comment ils peuvent nourrir le prêtre, ensuite comment ils peuvent aussi s’appliquer concrètement dans l’existence diaconale.
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Le prêtre
</B>
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En ce qui concerne l’interpellation des exigences évangéliques, aucune n’est laissée dans l’ombre, mais le prêtre privilégie celles qui ont trait aux serviteurs puisqu’il se définit comme tel à la suite du Christ, le Serviteur par excellence, Tête et Pasteur. C’est l’interaction de toutes ces exigences toutefois qui marque continuellement le processus de production d’une spiritualité propre et particulière aux prêtres qu’on désigne maintenant sous le nom générique de « spiritualité presbytérale » et dans le cas des évêques de « spiritualité épiscopale ». De la même façon ces exigences évangéliques mesureront la « spiritualité diaconale » puisqu’elles sont incontournables pour les « serviteurs » et que la « spiritualité du diacre » est avant tout celle du service. 
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	Voici un choix d’impératifs évangéliques en relation avec les manifestations concrètes d’un « esprit de serviteur » chez le ministre ordonné qui rejoint les trois ordres diaconat, presbytérat, épiscopat et qui met devant nos yeux des exigences toujours actuelles même si elles  ne sont jamais complètement réalisées.
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<I>	Choisis par grâce</I>
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	Les serviteurs de Jésus et de son Évangile ont répondu à un appel. Ce ne sont pas eux-mêmes qui se sont désignés ou choisis (Jn 13, 18; 15, 16). Leur mission est grâce, avant tout. L'orgueil, la vanité, la conscience de classe etc., sont donc non fondés et illégitimes.  

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<I>Tous égaux et frères</I>
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Il n'y a pas lieu d'établir une hiérarchie spirituelle. Il n’y a pas de « serviteur idéal ». Chacun y va de sa générosité et de ses talents. Il y a des chances égales, une égale magnanimité et un salaire égal, pour tous les serviteurs (Mt 20, 1-16).
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<I>Respect absolu et total des personnes</I>
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Les serviteurs de l'Évangile ont l'obligation absolue <I>d'être miséricordieux</I>, parce qu'envers eux aussi l'on a été miséricordieux (Mt 18, 23-25). Il ne leur revient ni d'évaluer, ni de juger, ni de condamner (Lc 6,37 s.). La moisson n'est pas leur affaire, et ils n'ont aucune décision à prendre au sujet de l'ivraie (Mt 13, 24-30). Dans l'exacte mesure où les serviteurs ont eu connaissance de la volonté de leur maître - et dans la mesure où ils y auront réfléchi - eux-mêmes seront châtiés, au cas où ils se seraient mis à battre les autres serviteurs et servantes, à manger et à boire et à s'enivrer (Lc 12, 45-48). Quiconque « bat » autrui de manière quelconque sera lui-même compté au nombre des infidèles (Lc 12, 46). 
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<br />
<I>Recherche de fécondité et d’efficacité</I>
<br />
<br />
De la part des serviteurs, l'on attend <I>absolument l'efficacité</I>, la fécondité du travail. Quel que soit le trésor confié à leur sollicitude (l'Évangile, en l'occurrence), il ne leur est pas confié pour qu'ils le « conservent », mais pour qu'ils lui fassent porter du fruit en faveur du Dieu jaloux, plein d'amour (surtout: Lc 19, 12-27; également Mt 25, 14-30).  Les serviteurs sont invités à se regarder eux-mêmes comme inutiles, en dépit de l'exigence absolue de fécondité et de rentabilité qui leur est adressée (Lc 17, 10). On peut se passer d'eux et ils sont interchangeables. C’est la mission qui est première et non pas leur personne ou leurs créations individuelles ou collectives.
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<I>Exigences ministérielles</I>
<br />
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Au plan des exigences ministérielles, celles-ci ne sont pas d’une nature autre que le ministère lui-même. C’est le ministère presbytéral (ou diaconal) lui-même qui apparaît comme le « moyen authentique » de suivre les traces de Jésus. Les numéros 12, 13 et 14 de <I>Presbyterorum Ordinis</I> repris dans <I>Pastores dabo vobis</I> le développent avec brio : Parole, Sacrement, Présidence de la communauté.
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<br />
Dans le cas du diacre, il faudra ici moduler ce principe comme je dirai dans un instant, car, dans le cas d’un diacre marié, son « ministère » ne peut se substituer à son engagement dans le mariage-sacrement. 

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<I>
Exigences ecclésiastiques
</I>
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<br />
Celles-ci font partie de configurations données. Elles traduisent en dispositions ecclésiastiques un « style », une « manière d’être » qui n’enlève jamais la place fondamentale irremplaçable et fondatrice qu’occupe le ministère lui-même.  
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<br />
Ces exigences « ecclésiastiques » ont connu des développements et ne peuvent se présenter comme nécessaires et essentielles. Aujourd’hui elles se cristallisent autour de l’exigence du célibat, de celle de la prière des Heures, de celle de l’incardination pour le prêtre diocésain et de celle des vœux et du rattachement à sa congrégation ou à son Ordre pour le prêtre religieux. 
<br />
<br />
Ces dernières exigences qui ont une dimension juridique ne sont pas pour autant de simples exigences extérieures. Le célibat, par exemple, engage la personne dans ce qu’elle a de plus intime. La prière des Heures, quant à elle, actualise la fonction d’intercession inhérente au ministère presbytéral lui-même. L’incardination déborde le seul rattachement juridique : elle créée un lien « mystique », et les « vœux » du religieux attestent une volonté de radicalisme évangélique dans l’Église qui engage la personne de façon irréversible et stable. 
<br />
<br />
Sur ce plan des « exigences ecclésiastiques », il faut faire ici une place aux moyens de sanctification que les documents du Concile et les documents du Magistère recommandent. À strictement parler, il ne s’agit plus ici d’ « exigences », mais, l’insistance avec laquelle ils sont proposés et surtout leur utilisation marqueront la spiritualité du prêtre. Moyens de sanctification no 18 de PO. 
<br />
<br />
<B>
Le diacre
</B>
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Comme pour le presbytérat et l’épiscopat, le fondement de la spiritualité diaconale est le ministère lui-même. Michel Cancouët note avec justesse que l'ordination est un appel à la sainteté et la grâce pour la vivre se trouve dans le ministère lui-même. Et il propose d'appliquer aux diacres ce qui est dit des prêtres dans le décret de Vatican II <I>Le Ministère et la Vie des prêtres</I>: «C'est l'exercice loyal, inlassable, de leurs fonctions dans l'Église du Christ qui est pour les prêtres (pour les diacres) le moyen authentique d'arriver à la sainteté».  
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La spiritualité diaconale, et la grâce reçue par le sacrement pour vivre la sainteté dans le ministère sont clairement indiquées: il s'agit de suivre Jésus venu pour servir et non pour être servi.
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Toutefois, dans le cas des diacres mariés, sans enlever la place fondamentale du ministère (relevant de leur consécration et mission) on se doit de souligner la place qu’occupe leur état de vie. Dans la formation et le développement de leur identité spirituelle personnelle, l’état de vie sanctionné par le sacrement de mariage a déjà formé celle-ci. L’ordination au diaconat d’hommes mariés  ne vient pas enlever cette identité déjà présente.  
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On pourrait dire que pour le diacre le ministère est formellement le cadre de sa spiritualité, mais que son état de vie en est essentiellement partie prenante.
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Du côté des exigences ecclésiastiques, le diacre est tenu à la liturgie des Heures et dans le cas du décès de son épouse, il accepte de ne pas se remarier. 
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Il n’est pas facile de tracer les contours de la spiritualité diaconale tant à cause de sa richesse qu’à cause de sa « jeunesse ». Pour dessiner un portrait de celle-ci, rien de mieux à ce stade-ci que d’interroger et de regarder vivre ceux qui ont reçu ce ministère et d’en esquisser les principaux traits à partir du témoignage des personnes engagées actuellement dans le diaconat permanent.
Soulignons toutefois une caractéristique particulière de la « spiritualité diaconale ». C’est son caractère universel et commun à tous les ministères puisque tout  « ministère » dans l’Église est « service ». C’est le modèle du Christ lavant les pieds des apôtres qui doit inspirer toutes les personnes qui exercent n’importe quel ministère dans l’Église. Voilà pourquoi nous parlons ici du caractère « paradigmatique » de la spiritualité diaconale, car elle peut être donnée comme un modèle qui se retrouve dans les autres formes de « spiritualité des ministères ». 
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Le document des évêques du Québec sur la complémentarité des ministères va dans ce sens lorsqu’il écrit : « Les diacres sont, dans l’Église, les veilleurs du service…les diacres signifient constamment aux baptisés qu’il sont serviteurs et servantes de Dieu dans l’Église et dans le monde et qu’ils le sont au nom de l’Évangile.» 

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III- QUATRE PISTES DE CROISSANCE DE LA VIE SPIRITUELLE DU PRÊTRE DU TROISIÈME MILLÉNAIRE À PARTIR DE MON EXPÉRIENCE PERSONNELLE
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En terminant ces réflexions plus générales sur la « spiritualité des ministères ordonnés », j’ai pensé qu’il serait indiqué que je vous partage les pistes que je privilégie personnellement dans le développement de mon identité de pasteur.  Ce sera le troisième point de mon entretien. Vous  y reconnaîtrez les marques du ministère qui a été le mien, d’un ministère où je n’ai jamais eu la responsabilité d’une paroisse, même si j’ai interagi avec beaucoup de communautés chrétiennes à divers niveaux, notamment dans les groupes de prière et comme pasteur dans deux dessertes estivales depuis plus de trente ans.
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Ceci étant dit, <B>la première piste</B> qui m’apparaît comme un pilier essentiel de mon identité de pasteur, c’est le fait que le pasteur que je suis demeure toujours un baptisé. Son ministère presbytéral qui le transforme sacramentellement par une consécration le rendant « signe du Christ, Tête et Pasteur » ne le sort pas de son sacerdoce baptismal par lequel comme tout baptisé il offre sa vie tout entière en « sacrifice spirituel » comme le Christ qui a offert la sienne dans une obéissance totale à la volonté salvifique du Père.  Je retrouve cette expérience qui m’a toujours suivi tout au cours des années dans un texte du Père Vanhoye dont je vous citerai quelques extraits.
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Dans la vie et le ministère des prêtres, il convient, me semble-t-il, écrit le Père Vanhoye, de distinguer les deux sacerdoces [sacerdoce commun des fidèles et sacerdoce ministériel]. Distinguer, non pas séparer. Distinguer est utile pour la clarté des concepts doctrinaux; séparer par contre serait contraire à la vocation concrète. 
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Il semble, au contraire, nécessaire de distinguer: le prêtre est appelé à vivre toujours le sacerdoce commun, parce que tout chrétien est appelé à offrir toute sa vie, soit qu'il mange, soit qu'il boive, quoi qu'il fasse... (cf. I Co 10, 31 ; Col 3, 17).  Mais il n'exerce pas toujours son sacerdoce ministériel; quand il mange, quand il se détend, il n'exerce pas son ministère, il n'est pas signe et instrument du Christ médiateur; il doit cependant être uni à Dieu par le Christ, ce qui correspond au sacerdoce commun.  …ce qui doit envahir toute l'existence, c'est le sacerdoce commun, sacerdoce réel. Il doit imprégner les actes ministériels eux-mêmes. L'activité proprement ministérielle donne lieu, elle aussi, à l'exercice du sacerdoce commun. Là encore, la séparation ne serait pas normale. Dans tout ministère, il y a un aspect sacramentel de l'activité qui appartient au sacerdoce ministériel, mais il y a également un aspect personnel de l'activité qui revient normalement au sacerdoce commun. « Imitamini quod tractatis » « Imitez ce que vous faites » ou « Soyez ce que vous proclamez »
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Prenons l'exemple le plus simple: la célébration de la messe. En célébrant la messe, le prêtre est signe et instrument du Christ médiateur qui s'offre au Père et unit les croyants à son offrande. La consécration est action ministérielle; elle n'est pas une action personnelle du prêtre, elle ne dépend pas du mérite du prêtre. Cependant, en célébrant la messe, le prêtre est appelé à adhérer personnellement au mystère. Cet aspect se distingue du premier, il peut aussi en être séparé, mais la séparation est anormale. Un prêtre peut célébrer la messe sans adhérer personnellement au sacrifice du Christ, par exemple avec une volonté de vengeance mortelle contre une personne qui l'a offensé. La messe ne sera pas invalide; les fidèles pourront s'y unir au sacrifice du Christ. Le prêtre aura exercé son sacerdoce ministériel tout en refusant d'exercer le sacerdoce commun. 

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Les trois autres pistes de croissance qui m’ont permis de développer et nourrir ma « spiritualité de pasteur» sont en relation directe avec le ministère et se rattachent à cette affirmation incontournable du Décret sur le Ministère et la Vie des prêtres au numéro 13 où il est dit : « C’est l’exercice loyal, inlassable, de leurs fonctions dans l’Esprit du Christ qui est, pour les prêtes, le moyen authentique d’arriver à la sainteté ».
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La <B>seconde piste</B> pour moi se trouve dans la prédication notamment sous la forme de l’homélie qui m’oblige à chaque fois à me situer dans mon rôle de pasteur et de « donneur de la Parole » selon une expression que j’emprunte à un auteur américain qui présente le prêtre comme « Tender of the Word » « Celui qui tend, qui offre la Parole ». La prédication sous la forme homélitique et non pas les sermons à la Lacordaire ou à la Bourdaloue qui avaient comme but un exposé de la doctrine chrétienne .La prédication dominicale ou quotidienne dans une assemblée célébrante est le lieu par excellence où le ministre se laisse envahir et interpeller par la Parole et où il actualise dans les conditions concrètes où il se trouve les traces et les appels que celle-ci lance encore aujourd’hui à ceux et celles qui l’ouvrent et qui l’écoutent : « Bienheureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent », dit Jésus.<br />
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La spiritualité du prêtre diocésain émerge de son ministère comme prêtre et prédicateur, écrit Father Donald Cozzens. Il prie dans le but de prêcher et il prêche dans le but de prier. Il prie dans le but de servir et il sert dans le but de prier. Tout ce qu’il fait s'enracine dans le don de la grâce et en faisant précisément ce que font les prêtres, son âme est renouvelée. Il est possible donc de parler de la spiritualité du prêtre comme d'une spiritualité dialectique. La nature dialectique de la spiritualité du prêtre apparaît le plus clairement dans sa prédication, dans son service de la parole de Dieu. 
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L'encouragement à donner l'homélie aux célébrations eucharistiques quotidiennes, aussi bien qu'à celles du dimanche constitue un développement structurel majeur dans la spiritualité du prêtre qui émane de Vatican II. Car l'homélie quotidienne exige la prière et la réflexion, l'étude et la contemplation. 
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Elle appelle le prêtre à acquérir l'imagination du romancier et le coeur du poète L'acte créateur de la prédication, dans laquelle la parole de Dieu transforme le prédicateur et l'auditeur et nomme la grâce de la vie quotidienne, sert de clef de voûte à la spiritualité du prêtre diocésain. Prêcher bien et efficacement, être le guide-serviteur de la communauté catholique, évangéliser la société, constituent à la vérité une mission héroïque -- la mission du prêtre.

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La <B>troisième piste</B> de croissance qui soutient ma vie spirituelle de prêtre est reliée directement elle aussi au ministère du prêtre et participe de la même dynamique que l’homélie. Elle touche non seulement les gestes à faire mais renvoie le sujet à lui-même dans ce qu’il est lors de la célébration des sacrements en présence du peuple (avec la communauté chrétienne)
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De la même façon que pour l’homélie, cette célébration de l’eucharistie et des autres sacrements avec la communauté ramène le prêtre dans la dialectique d’intégration de sa « consécration », de sa « grâce », de sa « mission » et de son « ministère ». Elle lui donne un lieu concret d’intégration. Elle ne le met pas à part de la communauté, au contraire elle l’y insère et lui rappelle continuellement que ce qu’il célèbre n’est pas seulement pour les autres  mais aussi pour lui qui comme baptisé se nourrit de la même grâce, de la même vie, de la même source.
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La <B>quatrième piste</B> relève d’un sentiment d’appartenance qui m’est cher et qui m’a toujours habité. Je l’appellerais d’un terme un peu barbare : la « diocésanité ». Qu’est-ce que je veux dire par ce mot? Il exprime pour moi l’attachement à mon diocèse, aux gens de ce territoire qui est une véritable Église, un diocèse, une Église locale ou particulière unie au successeur des apôtres qui la guide et la conduit :  l’évêque. Le sens de la solidarité avec mes frères prêtres et avec l’évêque ne m’a jamais quitté même si parfois cette solidarité que le Concile Vatican II appelle « obéissance responsable » au numéro 16 de <I>Presbyterorum Ordinis</I> ne fut pas toujours facile et de tout repos.
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Il reste que je me suis toujours senti lié, « incardiné » à cette Église diocésaine que je sers, non seulement juridiquement, mais aussi spirituellement. L’incardination (la « diocésanité ») ouvre sur la solidarité et la communion comme valeurs spirituelles indispensables dans la vie spirituelle du prêtre. Elle amène aussi un positionnement personnel dans la façon de vire l’obéissance à l’évêque, d’une part, parce que c’est lui qui par l’ordination au diaconat ou par une lettre d’incardination établit le rattachement à une Église particulière et, d’autre part, parce que l’Église particulière n’existe pas sans l’évêque (<I>Pastores dabo vobis</I>, numéro 28). Enfin, on pourrait ajouter un autre bienfait de cette appartenance à une Église diocésaine qu’est l’incardination. L’être humain a besoin d’un terrain où s’enraciner pour donner de bons fruits. L’incardination en fixant le prêtre dans une Église locale ou particulière lui offre ce terrain stable pour avancer, pour grandir vers la maturité spirituelle.
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Ces pistes ne sont pas exclusives, loin de là, et elles ne disent pas tout, car je pourrais ajouter l’importance de la prière en groupe avec des gens de tout horizon et dans une spontanéité rafraîchissante qui m’a bien nourri pendant de nombreuses années. Et que dire de ces retraites à l’écart qui m’ont permis de faire le point en compagnie d’amis comme François d’Assise et Claire d’Assise ou Charles de Foucauld. 
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Je vous ai fait part simplement de mon expérience personnelle qui correspond j’en suis sûr à celle de plusieurs confrères. À travers ces pistes de croissance spirituelle se dessine une spiritualité propre au prêtre diocésain qui n’est pas seulement un amalgame de dévotions ou d’exercices, mais qui s’intègre de façon concrète à sa vie de pasteur et qui en respecte les particularités.
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Concernant la prédication et la célébration des sacrements, j’entends monter une question : n’êtes-vous pas en train de nous centrer sur les sacrements et d’oublier que le ministère du prêtre ne se limite pas à ceux-ci?  Je comprends la question.
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Laissez-moi répondre que ces deux pistes sont situées ici sur le terrain de l’expérience intérieure du prêtre, de son « vécu », de son identité spirituelle personnelle qui ne peut se construire sans un ancrage solide dans ce qu’il est et dans ce qu’il fait. 
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Les deux moyens que je privilégie ne sont pas les seuls sur ce plan. Pour certains, le bréviaire, la célébration quotidienne de l’Eucharistie, les rencontres en équipes de vie, la participation à des mouvements, l’engagement social, les pèlerinages ou encore une dévotion particulière seront des riches pistes de croissance. Comme j’ai insisté pour montrer qu’il y a plusieurs configurations que peut prendre la spiritualité du prêtre diocésain, je serais mal venu de vous présenter une recette normative. 
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La raison pour laquelle, j’ai mis ces deux pistes en évidence, c’est qu’elles m’ont bien servi dans la formation d’une identité personnelle de prêtre : Si tu prêches comme un perroquet qui répète des choses qu’il ne comprends pas ou qu’il a seulement apprises sans les vivre, tu agis comme un fonctionnaire dirait Drewerman, tu n’agis pas comme un ministre du Christ. D’autre part si tu t’adresses à tes frères et sœurs comme celui qui a la vérité, sur un ton d’autorité écrasante, tu oublies que tu es au service d’une Parole qui ne t’appartient pas et que toi aussi tu dois méditer et écouter.
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CONCLUSION
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En guise de conclusion de ces exposés, je vous laisse sur ce beau texte de Henri Nouwen qui saura vous accompagner sur le chemin de la formation et du dévelopement d’une identité spirituelle personnelle marquée au plus haut degré par le ministère que vous accomplissez ou que vous accomplirez au service du Peuple de Dieu et au service de l’Évangile.
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L'identité du pasteur, qui devient visible dans son service pastoral, naît d'une tension imperceptible entre l'affirmation de soi et le renoncement à soi, la réalisation de soi et le sacrifice de soi, la satisfaction personnelle et l'anéantissement. Selon les périodes de la vie, l'accent sera mis davantage sur un pôle ou sur l'autre, mais, en général, à mesure qu'une personne acquiert plus de maturité, elle aura tendance à moins rechercher à ceindre ses reins elle-même et plutôt à tendre les mains et à suivre Celui qui a trouvé sa vie en la perdant. 
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Hermann Giguère, ptre<br />

8 février 2006
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<I>Questionnaire sur l’identité spirituelle du ministre ordonné </I>
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Comment se construit mon identité spirituelle personnelle dans mon ministère de prêtre ou de diacre?
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Pour vous aider dans cette réflexion vous pouvez  vous demander :
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1) Est-ce que j’ai eu un appel à ce ministère? Comment s'est-il manifesté?
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2) Quelles personnes ou quelles situations m’interpellent et me nourrissent spirituellement?
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3) Quels moyens ai-je développés pour entretenir le "feu" au fil des jours?
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4) Quelles sont les motivations principales qui m’animent actuellement dans l'exercice de mon ministère?
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 5) Y a-t-il des exigences spirituelles que je privilégie dans l'exercice de mon ministère?
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6) Comment ma vie personnelle est-elle touchée par mon ministère? Et à l'inverse, comment mon état de vie marque-t-il spirituellement mon ministère?
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7) Comment décrirais-je les traits spirituels essentiels à l'exercice "conscient"  et "dans l'Esprit du Christ" du ministère dans l'Église d'aujourd'hui?


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     </div>
     <br style="clear:both;"/>
     <div style="position: relative;">Tiré du site internet Carrefour Kairos, site internet  d'Hermann Giguère www.hgiguere.net</div>
   ]]>
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   <photo:imgsrc>https://www.wmaker.net/carrefourkairos/photo/art/imagette/299140-372620.jpg</photo:imgsrc>
   <link>https://www.wmaker.net/carrefourkairos/Comment-se-developpe-la-spiritualite-des-ministres-ordonnes-pretres-et-diacres_a20.html</link>
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