Certains, qui ne m'ont pas lue, se figurent que j'ai révélé le nom du père de Marion Le Pen. Selon eux, j'aurais commis une faute en relatant dans mon livre ce que Yann Le Pen, la sœur cadette de Marine, m'a raconté d'elle-même : comment, à la naissance de sa fille Marion, Marine lui a servi de père.


Quelques lignes de mon livre à paraître sur les femmes politiques « Les Conquérantes » me valent un flot de réactions de lecteurs apparemment pro- Le Pen « Si vous avez bavé le nom du père de Marion, c’est à vomir.. », « Choqué que vous diffusiez cette info, alors que vous vous étiez engagée à ne rien dire… » « Vendue… Mais bientôt elle sera au pouvoir et j’espère qu’elle va vous couler… »
Je coupe les fautes d’orthographe et les termes insultants de ces courriels adressés sur mon site et qui ne donnent pas une haute idée des partisans de Marine et Marion Le Pen. Mais il est vrai que ce genre de lettres, plus souvent anonymes, n’est pas la spécialité exclusive du FN. On rencontre partout des excités, en quête de gens à haïr.
Qu’ai-je donc écrit ? Qu’ai-je dévoilé au juste ?
En p 132 de mon livre, alors que je relate une rencontre, dans leur maison de Saint Cloud, avec Pierrette Lalanne-Le Pen ( la mère de Marine et Yann et la grand-mère de Marion ) et sa fille Yann, cette dernière me raconte spontanément, et sans que je l’aie interrogée sur le père de Marion, comment, mariée une première fois et séparée, en instance de divorce, elle a eu « une aventure avec un journaliste ». C’est ainsi qu’elle s’est trouvée enceinte de Marion :

« Marine, ma petite sœur, a été son papa à l’accouchement. Elle m’a aidée à l’élever. Cela tisse des liens très forts. Marine et moi, on est plus que des sœurs. Et Marion a pour sa tante un véritable amour filial. »

On l’a compris : il s’agissait avant tout des relations entre Marion et Marine. On dit souvent qu’elles sont rivales et que le père, Jean-Marie, attise cette rivalité. Yann m’expliquait le contraire. A aucun moment, me voyant prendre des notes, elle ne m’a demandé de ne pas la citer.
Pouvais-je relater les deux années qui ont tissé un lien particulier entre les deux soeurs sans relater les conditions de la naissance de Marion , sous la protection de Marine ? Ces cinq lignes desservent-elles les intéressées ou, au contraire, les servent-elles ? Mon éditeur -et plusieurs de mes lecteurs depuis – les ont jugées « très sympathiques ». D’autres, qui n’ont pas lu le livre ( à paraître le 18 novembre ) les trouvent scandaleuses… Je vous laisse juges.
En tout cas, j’ai volontairement omis de donner le nom du journaliste cité par Yann, bien que celui-ci fut connu de plusieurs de mes confrères. Mes confrères de l’Express ont décidé, eux, de le publier . A mes yeux, leur décision se défend aussi, à partir du moment où elle apporte, sur une femme politique d’avenir comme Marion Le Pen, une information révélatrice de son caractère : Marion a décidé de porter le nom de son père adoptif Samuel Maréchal, elle a décidé aussi de rencontrer son père « biologique »…Voilà une jeune fille qui « assume » !
Quoi qu’il en soit, ce livre, comme les 18 autres publiés depuis « Le Bonheur d’être Français » qui me valut, en 1982, le Prix Albert Londres, est avant tout un livre de portraits de la France. C’est une approche psychologique de celles qui vont diriger notre pays et qui sont déjà arrivées à de hauts postes de responsabilité. Pas, contrairement à ce que pensent les furieux qui m’écrivent sans l’avoir lu ( et pour cause : il n’est pas encore en librairie ! ) un livre de ragots.
A ceux qui s’interrogent, je conseille de regarder l’émission « Bibliothèque Medicis » sur « Public Sénat » vendredi 15 novembre. Jean-Pierre Elkabbach, qui me reçoit, en compagnie d’Anne Hidalgo et Valérie Pécresse, deux de mes personnages de « Conquérantes », ainsi qu’avec l’auteur d’un livre sur Germaine de Staël, Eric Egnell, nous fait évoquer bien des aspects du parcours des femmes à la conquête du pouvoir : la personnalité du père ( dans le cas de Martine Aubry, Ségolène Royal, Marine Le Pen, Nathalie Kosciusko-Morizet …) celle de la mère, celle des compagnons, les enfants… A aucun moment nous n’évoquons ce qui a fait « le buzz » depuis quelques jours à propos de ce livre. Tant d’autres choses ont paru plus intéressantes à Jean-Pierre Elkabbach et à mes premiers lecteurs !
Quant à moi, je reste fidèle à la devise de mon maître Albert Londres « Notre métier n’est pas de faire plaisir. Ni de porter tort. Il est de porter la plume dans la plaie. »