Midi Libre

5 Janvier 2014

Oublier Dieudonné, Louer Carpentier


Normalement, le Pr Alain Carpentier, chirurgien cardiologue français couvert de décorations britanniques et américaines, aurait dû, retraité de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris, émigrer vers les Etats-Unis comme l’a fait le Pr Luc Montagnier, « découvreur » du virus du Sida et Prix Nobel de médecine, âgé comme lui de plus de 80 ans. Les Américains auraient mis à sa disposition les meilleurs chercheurs et ingénieurs. Eh bien ! Voilà une raison d’espérer, alors que nous venons d’apprendre que nos enfants étaient parmi les plus nuls des pays occidentaux en lecture et en maths et que nous allons, faute d’industries de pointe assez nombreuses et performantes, régresser de la 5ème à la 8ème place mondiale et connaître, au contraire de l’Angleterre et de l’Allemagne, une croissance négative. On n’a pas assez insisté sur cet exploit. D’ailleurs, si le président de la République a signé à la fin de l’année 2013 plusieurs promotions – dont celle d’un banquier d’affaires - au grade de Grand Croix dans l’Ordre de la Légion d’honneur, le Pr Carpentier n’était pas sur sa liste. François Hollande s’est contenté de vanter, dans ses vœux du 31 décembre, le premier cœur artificiel posé à l’Hôpital Georges Pompidou sur un patient de 75 ans. Il aurait pu souligner qu’Alain Carpentier est resté en France car il a pu mener à bien ses travaux grâce au concours d’ingénieurs d’EADS ( qui fabrique Airbus ) et grâce au soutien financier du regretté Jean-Luc Lagardère, un grand patron patriote . Que retenir encore de cette première mondiale, qui rappelle la première transplantation cardiaque réalisée, en 1968, par un autre Français, le Pr Christian Cabrol, ou le premier vol de Concorde ( 1969) ? L’alliance entre public et privé et entre médecine et industrie ; et la mobilisation d’une équipe autour d’un provincial, né à Toulouse où son père était ingénieur des Ponts, et devenu un grand médecin à la fois patient, acharné et désintéressé Oublier Dieudonné. Louer Carpentier Ce n’est pas le Pr Carpentier, pourtant, qui fait les gros titres, alors que nous sommes en tel manque d’espérance. Mais un « humoriste » quadragénaire, Dieudonné M’Bala M’Bala, qui, déjà condamné onze fois pour injures antisémites, entame une tournée explosive – que le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, ne parviendra pas à empêcher sans faire de lui une victime. Inquiétant parcours, et qui rappelle étrangement celui de « collabos » des années 40: fils d’une Bretonne et d’un Camerounais, né dans la banlieue parisienne, Dieudonné, qui est très doué, entame dans les années 1990 avec Elie Semoun, alors son copain, une carrière à succès. Il milite à gauche et se présente, à Dreux en 1997, contre le FN. Mais au fil des ans – déceptions professionnelles ? Influence d’antisémites fanatiques comme le révisionniste Faurisson ou l’iranien Ahmadinejad ? – il traverse l’échiquier au point de demander à Jean-Marie Le Pen d’être, en 2008, le parrain de sa fille. Désormais, sa vision du monde est terriblement simpliste : tout ce qu’il nous arrive de mal – la crise, les guerres, la misère, etc – relève d’un « complot des banquiers juifs »… dont les ancêtres auraient fait fortune dans le trafic d’esclaves ! Parfois, les attaques de Dieudonné sont directes (« Quand je l’entends, Patrick Cohen, je me dis : tu vois, les chambres à gaz… ») Parfois aussi, elles sont insidieuses et d’autant plus dangereuses, sur un public qui n’a pas forcément écouté les beaux discours de Christiane Taubira : celle-ci, qui se dit horrifiée par la dérive de ce « vil bouffon » n’a pas attendu en effet Dieudonné pour faire voter , du temps où elle était simple députée de la Guyane, une loi faisant de l’esclavage un « crime contre l’humanité ». Or, il y a de tout, parmi les adeptes du salut fasciste « la quenelle »lancé par Dieudonné : de vieux pétainistes, des intégristes religieux forcenés, mais aussi des jeunes incultes, trop faciles à embrigader sous l’étendard noir de la haine. A ceux-là, notre responsabilité n’est-elle pas d’apporter, envers et contre tout, une vision positive ? Regardons donc Alain Carpentier. CC