Impressions

7 Mars 2016

Le "spécial mode " de Elle, c'est un peu , pour François Hollande qui s'y confie, l'équivalent du "Fouquet's " pour Nicolas Sarkozy ! un message du genre " J'aime les super-riches! "


A quoi pensent donc les petits marquis qui conseillent le Président de la République pour sa communication ? Ont-ils vraiment cru, en programmant une interview exclusive «  Les Femmes et moi » par François Hollande dans le magazine Elle, que le président allait ainsi toucher une « clientèle »  féminine  qui lui en veut encore de son comportement à l’égard de Ségolène Royal puis de Valérie Trierweiler, et plus récemment, de ses ministres femmes renvoyées grossièrement comme Fleur Pellerin ou excusées maladroitement comme Myriam El Khomri, la ministre du Travail dont l’absence d’un jour a été justifiée par un «  accident domestique » ?
Ils n’avaient pas dix ans, pourtant, ces enfants gâtés du palais présidentiel,  quand Eliane Victor et Françoise Giroud, fidèles à l’esprit de la fondatrice Hélène Gordon Lazareff, firent de Elle un journal de progrès pour toutes les femmes. Ils ne peuvent pas se souvenir de cette époque là. Ils savent bien que Elle, aujourd’hui, est devenu un magazine pour « beautiful people », femmes sexuellement «  libérées », intéressées par les pauvres  si leur misère est exotique, mais évidemment pas par les 2 millions de mères de famille seules avec enfants qui vivent avec moins de 1500 euros par mois. A quoi bon, d’ailleurs, celles-là ne voteront probablement  jamais Hollande. Elles n’ont pas les moyens d’acheter un magazine féminin.
   Donc, les jeunes conseillers du Président ont visé une catégorie bien supérieure. Celle des femmes super bien payées comme Anne Lauvergeon, qui peut se permettre de faire perdre des centaines de millions à son entreprise.  Ou des femmes dont le mari gagne beaucoup d’argent. Car il en faut énormément, pour s’habiller comme  les modèles qui s’affichent dans des poses sexy tout au long des 350 pages de papier glacé couleur du « spécial mode »  de luxe qui forme comme un écrin scintillant autour du Président en costume sombre , les pieds sur un tapis d’Aubusson, la tête sur fond de tenture dorée. Hermès, Vuitton, Kenzo, Dior … toutes les marques du groupe LVMH y figurent – à l’exception du joaillier fétiche de Carla Bruni-Sarkozy, Bulgari, dont la présence eut été jugée contre productive.
  Difficile de ne pas songer au film «  Merci patron ! » applaudi ces jours-ci dans les salles  de Montparnasse et où l’on voit un couple de malheureux «  Sans dents » , licenciés d’une usine textile du Nord et arrivés en fin de droit, obtenir, grâce au chantage du cinéaste  François Ruffin,  une indemnité du Pdg  Bernard Arnault  qui leur permettra au moins, pour prix de  leur silence supposé, de pouvoir garder leur pauvre maison d’ouvriers.  A feuilleter le numéro spécial de Elle à la recherche d’un sac à moins de 1000 € ou d’une robe abordable ( j’en ai trouvé une seule à 165 €, portée par une jeune fille :  très courte, à manches courtes, et en « denim » genre ouvrier ) on comprend que le monde de Hollande n’est décidément pas – Valérie Trierweiler avait peut-être vu juste -  celui des ouvrières, des secrétaires, des vendeuses et des caissières de supermarchés. On se doutait depuis longtemps que ses phrases «  J’aime pas les riches »  ou «  Mon adversaire, c’est le monde de la finance ! » n’avaient été lancées que pour faire campagne  à gauche et qu’il ne fallait en déduire aucune empathie  pour les Français d’en bas.  L’ennui, c’est que ce très luxueux numéro paraisse justement la semaine où le projet de loi sur la réforme du Code du Travail dit «  loi El Khomri » fait l’objet d’une mobilisation populaire contre le gouvernement et le Président. Mais cela, les petits marquis de l’Elysée ne pouvaient pas le prévoir.