Midi Libre

17 Novembre 2019

Le plan d'urgence pour l'hôpital est votre victoire. N'arrive-t-elle trop tard?


Mid Lib 17 11 19
Christine Clerc
Lettre à Agnès Buzyn
 
C’était il y a vingt-cinq ans. Ministre de la Santé , Simone Veil  annonçait la suppression de 17 000 lits d’hôpital. Comment ne pas s’en souvenir ? Vous  étiez  l’épouse de l’un de ses fils . Et vous occupez désormais,  Ministre de la Santé , son bureau au septième étage d’un immeuble  de verre et  béton . Elle était passée par  la magistrature avant d’entrer en politique à la demande du président  Giscard d’Estaing, qui cherchait une femme  pour défendre ( en 1974 ) la loi  sur l’Ivg . Professeur d’hématologie et d’immunologie, vous avez été choisie par Emmanuel Macron pour  votre expérience  hospitalière et votre  caractère. Mais  - est-ce cela qui fait penser à celle qui fut votre belle-mère ? - Dans vos yeux gris passe parfois , entre deux  éclairs d’arrogance ou  de colère, la  tristesse qu’on percevait dans ses yeux bleus. Vous n’avez pas connu  à 16 ans les camps nazis, mais votre  père, Elie Buzyn, y a vu mourir, adolescent à Auschwitz-Birkenau,  sa propre mère. Comme Simone Veil . Cela laisse des  traces profondes , mais aussi une détermination : lutter contre le retour  du totalitarisme et œuvrer à construire une Europe forte.  Tout cela, on ne le décèle pas tout d’abord lorsque vous entrez en scène. On vous voit en grande  bourgeoise, remariée à un haut fonctionnaire que le Canard Enchaîné vous accuse d’avoir fait nommer « Conseiller d’Etat extraordinaire »  au moyen d’un chantage à la démission, puisque votre nomination à la Santé l’empêchait de rester directeur de l’Inserm ( Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale).  On ricane aussi en apprenant que , dans un excès de rigueur, vous avez interdit toute consommation de vin aux tables de votre ministère . Et puis,  le 20 juillet  à l’hôpital de  La Rochelle,  vous êtes chahutée, insultée à votre tour . Vous mesurez l’ampleur du malaise des blouses blanches, mais aussi des patients. Quelques semaines plus tard, après avoir promis un meilleur remboursement des lunettes et des soins dentaires, vous lancez un «  pacte de refondation des urgences ». Les Finances protestent, mais  le président de la République annonce, jeudi à Epernay, dans un discours plein de  respect  pour «  la colère et l’indignation des femmes et des hommes travaillant en hôpital », un grand plan d’urgence. C’est votre victoire. Mais n’arrive-t-elle pas trop tard ?