Midi Libre

16 Février 2020

Votre image de jeune conquérant inventeur d'un "nouveau monde" prend un coup fatal


Avant même que Benjamin Griveaux ne vous confie sa décision, vous l’aviez compris : la vidéo  diffusée par un délinquant russe contre votre candidat à la Mairie de Paris, c’est vous , en réalité, qu’elle visait à affaiblir ! Comme lors de l’affaire Benalla, vous voilà donc  accusé de légèreté ou d’excès d’orgueil pour avoir mal choisi vos hommes de confiance. Et cela, au moment même où, conforté par la baisse du chômage, vous  démarriez, en anorak tricolore du haut de la mer de glace , la campagne pour votre réélection à l’Elysée ! Durant ce week-end où les dirigeants européens se réunissent à Munich pour conférer sur  le déclin de leur puissance,  aurez-vous sorti de votre chapeau l’oiseau rare capable de braver Anne Hidalgo et Rachida Dati ? Sauf si Agnès Buzyn se laisse convaincre, la suite du scénario paraît  écrite : la capitale demeure aux mains d’une alliance PS- Verts. Quelques cités  « macronistes »comme Lyon  sont enlevées par l’opposition. Elu maire du Havre, votre propre Premier ministre, Edouard Philippe,  est poussé par la droite à devenir votre rival. Et votre image de jeune conquérant, inventeur d’un « nouveau monde », prend un coup fatal. Car en vous entourant de jeunes fidèles[[C1]]url:#_msocom_1   trop arrogants, vous vous êtes exposé . Instruit par les déboires  de votre prédécesseur, vous vous êtes gardé de confier trop de pouvoir à des personnalités  charismatiques,  ambitieuses…ou risquant de le devenir ! Celles-ci, pourtant, auraient pu constituer vos remparts. Certes,  la classe politique unanime refuse le voyeurisme . D’ici un mois (sauf rebondissement… ) on ne devrait donc  plus parler de cette minable affaire. On débattra à nouveau des retraites, et vous poserez à nouveau en  réformateur . On célèbrera le quatre-vingtième anniversaire de « l’Appel du 18 juin », et  vous  trouverez les accents d’un résistant. Peut-être un historien vous glissera-t-il alors qu’à l’âge de 15 ans, le futur Général de Gaulle, pensionnaire chez les Jésuites, dut partir terminer sa scolarité en Belgique,  notre loi de 1905 sur la laïcité ayant interdit aux religieux d’enseigner en France ? Peut-être, fortifié par cet exemple, aurez-vous alors le courage de décréter que la loi française s’applique également aux Islamistes et qu’il est  temps de la faire respecter ?  Cela marquerait, mieux que « l’affaire Griveaux », le tournant de votre quinquennat

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Midi Libre

19 Janvier 2020

Mais parfois, vous vous égarez: " ambassadrice des pôles"! Qu'alliez-vous faire dans cette galère ?


J’ai admiré votre « bravitude » quand tant d’autres en riaient.  Cela me valut  de figurer, parmi des  féministes comme la chanteuse «  Diam’ » ( qui  ne portait pas encore le voile ), sur la liste de vos soutiens présumés à la présidentielle de 2007. Vous plaidiez  pour un « ordre juste » et pour la défense de l’environnement . Sur bien des sujets comme les «  foyers monoparentaux » -   2 millions de femmes seules avec enfants - vous étiez en avance . N’aviez- vous pas aussi,  jeune ministre, ordonné que les enseignants pédophiles ne soient plus  mutés dans d’autres écoles pour y violer d’autres enfants, mais renvoyés de l’Education nationale ?  Cela n’empêchait pas ces messieurs de droite et de gauche de vous traiter avec une ironie méprisante lorsque vous clamiez «  Je suis une maman ! » Le père de vos enfants, François Hollande, sabotait votre campagne tandis que Laurent Fabius rigolait «  Qui va garder les enfants ? »  Je me souviens  des railleries, au soir de votre défaite présidentielle, quand vous rendiez grâces aux 17 millions de Français qui  avaient déposé dans l’urne un bulletin à votre nom. Je me souviens d’une nuit de congrès socialiste à Lille, lorsque des votes arrivés in extremis  d’Outre mer  permirent  à Martine Aubry de vous doubler pour être élue Première Secrétaire du PS . Je me souviens encore du terrible ciel bleu de la Rochelle, lorsque tomba comme un coup de tonnerre un tweet de la propre compagne du Président Hollande , Valérie Trierweiler, soutenant votre adversaire aux législatives. Une seule fois, je vous ai vue au bord des larmes, lorsque vous avez appris que  7% seulement des socialistes vous soutenaient encore. Mais chaque fois, vous avez  redressé la tête avec fierté, comme vous l’ont enseigné un père colonel intraitable  et une mère courage de huit enfants.  En grande dame, vous avez même fait campagne  pour Hollande, qui  vous avait trahie. Mais parfois , vous vous égarez. «  Ambassadrice des pôles ! » Qu’alliez-vous faire dans cette galère ? Et pourquoi, alors que vous deviez ce poste à Emmanuel Macron , fustiger aujourd’hui sa «  frénésie de brutalité » ? Vous avez mieux à faire. Candidate à la prochaine présidentielle  contre Le Pen  et  Macron ? Pas sûr. Mais bâtisseuse d’une  «  troisième voie »  écologique et sociale : voilà, à 66 ans, un beau rôle. Celui de l’apaisement.

Midi Libre

5 Janvier 2020

C'était votre bon vieux temps. Tout était permis à l'élite intellectuelle, à commencer par le viol des enfants.


C’était votre bon vieux temps. On s’habillait en jean ou en dandy .  Les uns  rêvaient d’ une révolution menée par les adorateurs de Mao. Les autres, comme vous, regrettaient  les églises où l’on chantait en latin. Mais l’on respirait en tout cas un parfum de XVIIIème siècle à la cour du Duc d’Orléans : tout était permis à l’élite intellectuelle – ou supposée telle- à commencer par le viol des enfants. La littérature n’était-elle pas,  rappelait hier un célèbre animateur d’émissions littéraires, «  au dessus de la morale» ? Or vous étiez écrivain. Un écrivain sans best-sellers ( malgré votre Prix Renaudot 2013 ) au point que la Ville de Paris et le Ministère de la Culture avaient dû vous loger et vous verser une pension, mais non sans talent et sans élégance. Jean d’Ormesson ne voyait-il pas en vous un « séducteur intellectuel », et François Mitterrand, un «  séducteur impénitent, mélange de Dorian Gray et de Dracula », tandis qu’un grand journal du soir, publiant en 1977 une pétition contre une révision du code pénal qui aurait pu protéger les enfant des prédateurs sexuels, vous comparait à Gide et Casanova et vantait votre « aura d’homme cultivé qui ose briser les tabous » ? On admirait  votre charme slave hérité de parents russes,  forcément princes plutôt que bourgeois. On admirait aussi votre audace : non seulement vous étiez capable de dépenser en une nuit avec une adolescente ou deux petits garçons toute la subvention de la République française dans un palace de Venise ou de Bangkok , mais, au contraire de ces minables curés condamnés à assouvir leurs désirs en cachette, vous vous en vantiez ! Sartre, Beauvoir,  Sollers et bien d’autres adoraient ça. Et quand Denise Bombardier osait vous le reprocher, on la traitait de « mal baisée » ! Mais voilà : les temps ont changé. L’affaire d’Outreau  nous a dévoilé en 1997  la hideuse vérité des pédophiles. L’une de vos anciennes proies, Vanessa Springora, vous dénonce aujourd’hui en utilisant vos propres armes : un livre ( Le consentement, Grasset )  et le talent. Nous  découvrons soudain  que, l’an dernier , 8700 viols de mineurs –  plus d’un par heure – ont été commis en France . Et nous en sommes  scandalisés.  Ce grand retournement des mentalités, vous, l’artiste trop imbu de son talent, n’avez pas su le pressentir. Vous en voilà donc, à 83 ans, la victime expiatoire.            
 

Midi Libre

15 Décembre 2019

Mais qu'avez-vous fait pour les plus fragiles ?


Lettre à Philippe Martinez
Souvent, en vous regardant et vous écoutant, je pense au défunt « milliardaire communiste » Jean-Baptiste Doumeng, un petit paysan qui avait fait fortune dans le commerce  de bétail  avec l’Union soviétique .  Comme je lui demandais s’il n’était pas inquiet du déclin du PC et de la CGT ( qui a encore perdu 30 000 adhérents l’an dernier sous votre direction ) il répliqua, superbe :«  Avec 10% à la SNCF, je bloque le pays ! » Vous avez retenu la leçon. Avec votre moustache stalinienne d’ admirateur de l’ex URSS comme votre père , un communiste espagnol engagé  en 1936 dans les Brigades internationales ,  vous  gravissez les échelons depuis votre poste de technicien  Renault, en brandissant le drapeau rouge. En 2015, à la faveur de l’éviction  de Thierry Lepaon, vous devenez,  avec le soutien de votre compagne Nathalie Ganiochipi qui passe en force pour vous apporter les voix de la Cgt santé, le secrétaire général  de l’organisation syndicale encore la plus puissante de France.  Négociateur souvent brutal (  A la TV, vous  coupez la parole d’un «  Ecoutez , quand je vous parle ! ») vous  adoptez une ligne dure afin de tenir compte  du poids grandissant de l’ultra gauche . Et c’est ainsi que, en mai 2016, dans le but de forcer le Premier ministre Manuel Valls à retirer son projet de «  Loi Travail », vous empêchez la presse quotidienne, qui refuse de publier votre tribune, de paraître.  Mais il vous arrive de manœuvrer assez finement. De même qu’en 1968  la CGT de Georges Séguy, d’abord marginalisée par le mouvement étudiant,  avait réussi in fine à s’imposer dans la négociation face au pouvoir gaulliste, vous  réussissez à récupérer bon nombre de ces «  Gilets Jaunes »  qualifiés par vous l’an dernier d’ « extrème droite ». Joli virage ! Grâce auquel, aujourd’hui, avec l’appui des conducteurs en grève de la SNCF et de la RATP, vous semblez  mener le jeu face à Emmanuel Macron devant votre rival de la CFDT, Laurent Berger.  Vous voilà donc l’invité vedette ce dimanche de BFM TV. Avant, mardi, de mener la grande manif  annoncée à Paris. Mais qu’avez-vous fait pour  les plus fragiles - aide soignantes, femmes de ménage et  employés de petits commerces, sans oublier  les agriculteurs  ?   De plus en plus nombreux et vulnérables, ces « travailleurs » là ne vous intéressent pas. A vos yeux, comme  à ceux des grands patrons capitalistes , ils ne pèsent rien.

Midi Libre

1 Décembre 2019

"D'un coup, il est devenu violent. Il m'a strangulée..."


Elles s’appelaient Muriel, Leila ou Marianne… Elles avaient 18, 40 ans, parfois même 80. Elles vivaient à Montpellier, Toulouse ou dans un village du Nord . C’est là qu’elles ont été tuées  par leur compagnon à coups de poings, à coups de couteau,  de trois balles de fusil ou avec une bouteille de vin… parfois devant leurs enfants qui criaient «  Maman ! » Cette année,  en France, elles ont été 127. Un après-midi d’octobre, un jeune député , Aurélien Pradié, rapporteur d’une proposition de loi sur les violences conjugales, a  égrené leurs noms  dans l’hémicycle du Palais Bourbon. Mais l’on ne connaissait pas leurs visages ou si peu. On ignorait presque tout de leur vie. Les cris des militantes « Metoo », les discours  de la ministre  Marlène Schiappa , la manif «  Nous toutes » avec  banderoles et  hauts parleurs et même les récits poignants de  fuites éperdues, la nuit, de  plaintes au commissariat devant des  flics indifférents , d’ efforts héroïques, enfin,  pour masquer les traces d’un martyr quotidien…  Tout cela avait fini par couvrir des centaines de tragédies individuelles  pour ne plus composer plus qu’un chœur immense  «  Ca suffit ! ».
Et puis, vous êtes apparue sur le petit écran. Vous, la star  couronnée par deux César, découverte à l’âge de 16 ans par Maurice Pialat qui vous fit tourner «  A nos amours » avant que tous les grands réalisateurs français, de Varda à Lelouch, ne vous confient des rôles. Les cheveux courts en arrière, pas maquillée, sans bijoux, le cou offert comme pour monter à l’échafaud – ou au bûcher, telle Jeanne d’Arc que vous avez  jouée  avec tant d’ intensité – vous aviez les larmes aux yeux.  Vous avez dit «  D’un coup, il est devenu violent. Il m’a strangulée … » Et nous avons découvert, pétrifiés, que, grandie en HLM dans une famille de onze enfants , vous aviez connu en 2000 un « amour toxique » - «  un mec  qui n’allait pas très bien » mais que vous avez protégé pendant quatre ans, jusqu’au jour où… Triple fracture de la mâchoire, dont il vous reste des séquelles à vie, huit dents cassées. Sans compter le traumatisme psychologique infligé aussi à vos deux filles. Il vous a fallu un  grand courage pour le révéler. Il vous en faudra  davantage encore pour représenter désormais toutes les  femmes  qui se sont  reconnues en vous. C’est le rôle le plus lourd de votre vie. Le plus généreux.

Midi Libre

17 Novembre 2019

Le plan d'urgence pour l'hôpital est votre victoire. N'arrive-t-elle trop tard?


Mid Lib 17 11 19
Christine Clerc
Lettre à Agnès Buzyn
 
C’était il y a vingt-cinq ans. Ministre de la Santé , Simone Veil  annonçait la suppression de 17 000 lits d’hôpital. Comment ne pas s’en souvenir ? Vous  étiez  l’épouse de l’un de ses fils . Et vous occupez désormais,  Ministre de la Santé , son bureau au septième étage d’un immeuble  de verre et  béton . Elle était passée par  la magistrature avant d’entrer en politique à la demande du président  Giscard d’Estaing, qui cherchait une femme  pour défendre ( en 1974 ) la loi  sur l’Ivg . Professeur d’hématologie et d’immunologie, vous avez été choisie par Emmanuel Macron pour  votre expérience  hospitalière et votre  caractère. Mais  - est-ce cela qui fait penser à celle qui fut votre belle-mère ? - Dans vos yeux gris passe parfois , entre deux  éclairs d’arrogance ou  de colère, la  tristesse qu’on percevait dans ses yeux bleus. Vous n’avez pas connu  à 16 ans les camps nazis, mais votre  père, Elie Buzyn, y a vu mourir, adolescent à Auschwitz-Birkenau,  sa propre mère. Comme Simone Veil . Cela laisse des  traces profondes , mais aussi une détermination : lutter contre le retour  du totalitarisme et œuvrer à construire une Europe forte.  Tout cela, on ne le décèle pas tout d’abord lorsque vous entrez en scène. On vous voit en grande  bourgeoise, remariée à un haut fonctionnaire que le Canard Enchaîné vous accuse d’avoir fait nommer « Conseiller d’Etat extraordinaire »  au moyen d’un chantage à la démission, puisque votre nomination à la Santé l’empêchait de rester directeur de l’Inserm ( Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale).  On ricane aussi en apprenant que , dans un excès de rigueur, vous avez interdit toute consommation de vin aux tables de votre ministère . Et puis,  le 20 juillet  à l’hôpital de  La Rochelle,  vous êtes chahutée, insultée à votre tour . Vous mesurez l’ampleur du malaise des blouses blanches, mais aussi des patients. Quelques semaines plus tard, après avoir promis un meilleur remboursement des lunettes et des soins dentaires, vous lancez un «  pacte de refondation des urgences ». Les Finances protestent, mais  le président de la République annonce, jeudi à Epernay, dans un discours plein de  respect  pour «  la colère et l’indignation des femmes et des hommes travaillant en hôpital », un grand plan d’urgence. C’est votre victoire. Mais n’arrive-t-elle pas trop tard ?       

Midi Libre

3 Novembre 2019

La mondialisation heureuse à laquelle vous avez cru ne fait que creuser les inégalités


«  Never complain, never explain…» Cette devise de la reine d’Angleterre est aussi  la vôtre. Comme le sens de l’humour  qui vous fait  conseiller aux femmes : «  Quand les hommes sont intelligents, dites- leur qu’ils sont beaux !  » Et l’on est pas étonné d’apprendre que  votre mère, prof de latin-grec et veuve à 38 ans avec trois enfants ,  vous  répéta «  Serre les dents et souris ! » Mais est-ce là la clé d’une carrière aussi exceptionnelle ? Comment une fille d’enseignants havrais, certes championne de natation  et bonne élève , capable d’écailler les daurades à s’en rougir les mains  dans une poissonnerie  pour payer ses études de Droit et Sciences Po, est-elle devenue, comme  présidente de la Banque Centrale Européenne, la femme la plus puissante du monde ?   On vous regarde si droite,  mince et  souriante sous vos cheveux blancs impeccables, et l’on songe  à ce choix cruel  : avoir dû laisser vos deux fils en France pour entamer une carrière internationale . D’abord associée  dans un cabinet de riches avocats américains , puis ministre de l’Economie de  Sarkozy, et enfin directrice à Washington du Fonds Monétaire International  avant que Macron ne vous rappelle, quel est le secret de votre ascension?  Une formidable capacité de travail, bien sûr, une vaste expérience internationale, et un art de manifester votre attention – aux femmes, en particulier, dont vous  défendez la cause, en vous gardant toutefois de  blesser les hommes . Un art, aussi, de plier devant les plus forts ? Cela s’appelle la souplesse. Ou le sens politique. Vous ne l’avez pas toujours eu. Nouvelle ministre,  vous  lancez, de la tribune du Palais Bourbon. «  La France est un pays qui pense ! Cessons donc de penser et retroussons nos manches ! » On est en 2007. Quel tollé ! Droite et  gauche vous baptisent «  la grande sœur des riches ». Depuis, vous avez  découvert que la mondialisation heureuse à laquelle vous aviez cru ne faisait que creuser les inégalités. Et que le  modèle européen , pris en tenailles entre l’Amérique et la Chine, était menacé. C’est à ce moment décisif, votre prédécesseur Mario Draghi ayant déjà utilisé toutes les armes  pour éviter une récession, que vous prenez possession de son bureau au sommet d’une tour de verre à Francfort. 500 millions d’Européens attendent de vous que vous ne soyez plus seulement une diplomate. Mais une combattante.

Midi Libre

20 Octobre 2019

Par respect envers les morts, n'avez-vous jamais songé à changer votre voile noir pour un foulard de couleur comme en porte Latifa Ibn Ziaten ?


Lettre à Fatima, la femme voilée
 Etes-vous née en France ou arrivée enfant dans notre pays ? De famille  musulmane ou récemment convertie  ? Je sais seulement  que vous avez  34 ans, que vous êtes belle – telle qu’on vous voit sur la photo où vous serrez contre vous votre fils en anorak rouge – et que vous faites  partie des deux millions de femmes  qui , en France,  élèvent seules leurs enfants. Il y a dix jours , vous étiez une inconnue. Soudain, vous êtes devenue un symbole : «  la femme voilée ». Un symbole qui divise le gouvernement. Et  le pays : les partis se déchirent  sur la question de l’interdiction du voile dans l’espace public.  90 personnalités  médiatiques  signent une pétition sommant le président de la République de dénoncer « urgemment » les agressions verbales dont vous avez été l’objet . Même à l’extrême droite, on critique l’élu RN qui a osé vous demander, au  Conseil Régional de Bourgogne où vous aviez accompagné des élèves , d’ôter votre hijab. J’ignore si vous avez subi  aussi des menaces  comme celles que dut affronter il y a quelques mois une autre mère de famille, Ingrid Levavasseur, alors Gilet Jaune, agressée verbalement et physiquement par ses camarades  au point que des CRS durent l’exfiltrer d’une manifestation. Dans tous les cas, cette violence, qui ne peut qu’engendrer la violence,  doit être condamnée.  Les mots lancés l’autre vendredi à Dijon vous ont , dites-vous, « détruite ». Ils  vous ont amenée,  sur le conseil des avocats du CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France ) à déposer plainte. La loi  est  de votre côté : le port du voile , s’il est interdit aux enseignantes, ne l’est pas aux accompagnatrices. Pourtant, je le confesse, il m’arrive de m’interroger : vous est-il arrivé de penser aux centaines de victimes d’attentats islamistes en France depuis que, le 19 mars 2012 à Toulouse, Mohammed Merah tuait d’une balle à bout portant une petite Myriam  ? Savez-vous que Aurelia, la policière égorgée par un « radicalisé »à la Préfecture de Police de Paris, avait deux garçons de 5 et 8 ans ? N’avez-vous jamais songé à changer votre voile noir pour un foulard  de couleur, comme en porte Latifa Ibn Ziaten, la mère du soldat  assassiné par Merah ? Ce serait un geste de respect envers les morts .Un signe de compassion envers les orphelins dont la vie a été détruite . Et un symbole d’attachement à notre République.

Midi Libre

6 Octobre 2019

Désormais, beaucoup de Français attendent de vous que vous preniez la tête du combat contre les filles Le Pen.


Toute la France était là –  ses éminences politiques et religieuses, côtoyant  80 chefs d’Etat et de gouvernement venus du monde entier, et surtout son peuple, au milieu duquel on croyait  reconnaître les visages attristés de dizaines de Gilets Jaunes… Comme d’habitude, pour ce père que vous appeliez «  Chirac », vous aviez tout organisé –  les deux cérémonies des Invalides et de St Sulpice et ces longs défilés de Français désireux de signer le livre d’or de l’Elysée et de redire, devant le grand cercueil , «  Adieu, Jacques Chirac ! ».  Pour accueillir ces milliers de fidèles connus ou inconnus, vous vous teniez droite, mince et belle selon la règle que votre fils Martin a retenue de son grand-père : «  Ne jamais laisser voir sa peine ou son émotion. Se tenir debout, simplement ». Et puis soudain, tard dans la nuit,  revenue serrer les mains des anonymes qui attendent encore leur tour de rendre  hommage à ce Président  dont on ne savait pas qu’il  était tant aimé, vous posez la main sur votre cœur. Vous envoyez à la foule  un baiser symbolique.   Et là, nous disons, comme votre mère Bernadette «  C’est une vraie Chirac … faite pour la politique ». Certes, vous y êtes plongée depuis longtemps. Après avoir échappé à la machine du pouvoir qui a broyé votre aînée Laurence   en partant découvrir les Etats-Unis sous la protection de Line Renaud,  vous rentrez participer en 1988 à la campagne pour le lancement du «  nouveau Chirac »- un chef de parti et maire de Paris rajeuni, qui va aux concerts Madona et pose en short. C’est un échec. Vous découvrez la solitude et la souffrance des vaincus. Mais sept ans  plus tard,  à l’Elysée où l’on vous verra toujours l’œil aux aguets, le téléphone portable à l’oreille , vous régnez comme conseillère en communication, tandis que votre mère, Bernadette, se voit refuser l’accès à un  déjeuner de jeunes agriculteurs   au prétexte que « cela  ferait trop papa, maman et les enfants… » Ce temps-là est bien passé. Vous êtes devenue la protectrice de votre mère,  comme vous avez été celle de votre père. Mais désormais, beaucoup de Français attendent de vous davantage :  que vous preniez la tête du combat contre les filles Le Pen.  Vous aurez bientôt 57 ans – dix ans de plus que n’en avait Simone Veil quand elle fit voter l’IVG. N’est-ce pas  le bel âge pour une femme  en politique ?  L’âge auquel elle passe du rôle de fille à celui de mère.

Midi Libre

22 Septembre 2019

Voilà maintenant que vous vous comparez à Victor Hugo !


« Vous ne serez pas le nouveau François Mitterrand » , vous écrivais-je il y a près d’un  an. C’était au lendemain de la perquisition  au siège des «   Insoumis ». Vos rugissements de colère, vos gestes menaçants envers le procureur et les policiers, vos yeux exorbités et ces  grandiloquents « Ma personne est sacrée !  La République, c’est moi ! »  avaient choqué  vos propres électeurs . Mais quoi ! Tout  se retourne en politique  et vous pouviez espérer, après une brève traversée du désert, que votre talent de tribun vous permettrait de subjuguer à nouveau sinon le peuple, du moins ces « bourgeois » de gauche qu’Emmanuel Macron  accuse aujourd’hui d’ ignorer que l’ immigration massive  pèse sur les classes populaires.  Le mouvement des Gilets Jaunes ne devait-il pas vous servir de tremplin ? Hélas ! Ce n’est pas le peuple – ses souffrances et en particulier celles des femmes  qui doivent élever seules leurs enfants avec moins de 1300,00€ par mois – qui vous émeut. C’est votre propre personne. En 180 pages d’un journal rédigé en un mois d’été, du Mexique  au Brésil   ( «  Et ainsi de suite », Plon ) Vous ne parlez que de vous. Vous et votre procès .  Vous et « l’instrumentalisation délibérée de la justice et de la police par le pouvoir pour atteindre un but d’élimination politique d’un adversaire ». Comme si Nicolas Sarkozy et François Fillon n’avaient pas été eux aussi  interrogés pendant des heures. Et comme si , tel Patrick Balkany, vous étiez condamné à de la prison ferme . Vous encore et Emmanuel Macron, dont vous contestez la victoire à la présidentielle de 2017. Vous enfin et  Victor Hugo . On croit rêver : l’actuel président  aurait-il, tel Napoléon III,  fait tuer des milliers de Français pour réussir un coup d’Etat ?  Et vous, le chef des « Insoumis », auriez-vous été contraint, tel le poète des « Misérables », de fuir déguisé en ouvrier  et de demeurer en exil  non pas un mois au soleil de l’Amérique latine  mais dix- sept années  dans les brumes de Guernesey ? Si  nous aimons tant Victor Hugo, voyez-vous, c’est parce que ce  pair de France,  académicien, orateur et écrivain de génie  ne se contentait pas d’ effets de tribunes : il visitait les taudis, prenait la défense des plus humbles  et cherchait non  à attiser la haine mais à susciter des prises de conscience généreuses. Il n’aimait pas seulement Gavroche et Cosette. Il nous aimait.    

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8 Septembre 2019

Vous êtes le seul à ne pas dire du mal de l'ex-Président. Mais méfiez-vous de lui ...


C’était à Rouen, en pleine bataille  Hollande- Sarkozy. Grelottant sous leurs parapluies,  douze  reporters  pestaient contre le retard du candidat socialiste  lorsqu’un petit homme au style très « british », vêtu d’un pardessus  à col de velours et coiffé d’un chapeau du même vert olive, vint leur dire qu’ils ne pourraient pas  suivre  François Hollande à travers la ville de son enfance,  Valérie Trierweiler en ayant exigé l’exclusivité . Je me souviens d’avoir admiré  le calme  de ce porte parole -  vous-même, Bernard Cazeneuve - et de m’être interrogée sur les raisons de votre fidélité à un homme qui n’avait ni  votre élégance  ni votre langage littéraire. Depuis, j’ai appris que votre flegme britannique  était celui d’un fils d’ instituteur pied noir , passé par Sciences Po avant de devenir maire socialiste de Cherbourg . J’ai ri quand vous vous êtes moqué de vous dans l’hémicycle de l’Assemblée ( «  Assis ou debout, j’ai la même taille : c’est un avantage qui me rapproche de M. Ciotti »…)  . J’ai admiré comment, Ministre  de l’Intérieur  lors des attentats  de Nice et du Bataclan puis  Premier ministre, vous vous êtes imposé par votre autorité. Aujourd’hui, vous ne craignez pas de choquer votre propre camp  lorsque, tout en plaidant  pour une «  transition écologique sociale et républicaine » vous  déclarez qu’on ne pourra pas se passer  du nucléaire. L’ effervescence médiatique  qui vous grise un peu ne vous empêche pas de rester  fidèle : vous êtes le seul à ne pas dire de mal de l’ex-président !  Reconnaissant,  Hollande  saluait en vous jeudi « l’un des  autres que moi qui feront de grandes choses ». Méfiez-vous :  s’il voit une chance de revenir à l’Elysée, il vous doublera.  Or, à force de répéter «  Je ne suis pas du tout désireux d’être candidat… » à force , aussi, de souligner la complexité de « la transition écologique associée à la réduction des inégalités » vous n’oubliez pas seulement de faire rêver ceux qui voudraient reconstruire la gauche . Vous  évitez de poser la question essentielle  : celle de la survie de l’Europe face aux géants chinois et américain. Et là, vous vous montrez semblable aux autres prétendants. De gauche ou de droite.       
 

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23 Juin 2019

Vous êtes le seul capable de rassembler la droite. Mais voilà...


Parfois, quand les Français vous écoutent, rient à vos plaisanteries, s’émeuvent au récit de vos souvenirs dans votre livre «  Passions »et  vous applaudissent debout, vous pourriez vous croire revenu en 2007 - l’année de votre élection à l’Elysée . Alors, vous soupirez, comme jeudi à St Cyr sur Loire. «  La vie est très difficile …On ne peut pas faire de politique si l’ on n’aime pas les gens »  Ou bien, invité vedette vendredi d’un colloque sur Georges Pompidou , vous dissertez avec émotion sur « ces personnages qu’on aime infiniment, d’autant plus qu’ils ont quitté la terre avant que la vie ne les ait abîmés… » avant d’ajouter cette phrase terrible : «  La vie ne leur a pas laissé le temps de déchoir ». «  Déchoir ! » Un président déchu,  convoqué, comme Jacques Chirac, devant les juges , accusé, quasiment, de malversations ! Voilà ce que vous redoutez d’être devenu, quand vous guettez le sondage qui vous fera perdre votre place de personnalité française la plus populaire derrière Nicolas Hulot, Jack Lang et Alain Juppé…à moins qu’il ne vous fasse encore grimper. Car vous êtes le seul, on vous le répète, capable de rassembler la droite. Tel Pompidou qui  fit face au déferlement de mai 68 et augmenta les salaires, n’avez-vous pas tenu bon comme Ministre  lors des émeutes de 2005 puis comme Président, lors de la crise financière mondiale de 2008 ? N’avez-vous pas  instauré le paiement d’ heures supplémentaires sans charges pour ceux qui voulaient travailler plus de 35 heures  par semaine ? « C’était le bon temps », vous disent même ceux qui ont voté contre vous. Et vous vous revoyez , gravissant les marches d’un podium dressé pour vous à la Porte de Versailles  un certain 14 janvier 2007  . A vos pieds, Delon, Johnny et tant de stars . Et derrière eux, 80 000 supporters  fous de bonheur quand vous leur racontez la France de Jeanne d’Arc, de  Jaurès et du jeune communiste Guy Môquet fusillé par les Allemands, et scandez «  J’ai changé !» Sans doute avez-vous changé , même si l’on vous reproche de vouloir, pour vous rassurer, gagner toujours plus d’argent.  Mais vous le savez bien : ce n’est pas son changement qui fait la popularité d’un homme politique. Mais son éloignement.
 

Midi Libre

23 Juin 2019

Vous êtes le seul capable de rassembler la droite. Mais voilà...


Parfois, quand les Français vous écoutent, rient à vos plaisanteries, s’émeuvent au récit de vos souvenirs dans votre livre «  Passions »et  vous applaudissent debout, vous pourriez vous croire revenu en 2007 - l’année de votre élection à l’Elysée . Alors, vous soupirez, comme jeudi à St Cyr sur Loire. «  La vie est très difficile …On ne peut pas faire de politique si l’ on n’aime pas les gens »  Ou bien, invité vedette vendredi d’un colloque sur Georges Pompidou , vous dissertez avec émotion sur « ces personnages qu’on aime infiniment, d’autant plus qu’ils ont quitté la terre avant que la vie ne les ait abîmés… » avant d’ajouter cette phrase terrible : «  La vie ne leur a pas laissé le temps de déchoir ». «  Déchoir ! » Un président déchu,  convoqué, comme Jacques Chirac, devant les juges , accusé, quasiment, de malversations ! Voilà ce que vous redoutez d’être devenu, quand vous guettez le sondage qui vous fera perdre votre place de personnalité française la plus populaire derrière Nicolas Hulot, Jack Lang et Alain Juppé…à moins qu’il ne vous fasse encore grimper. Car vous êtes le seul, on vous le répète, capable de rassembler la droite. Tel Pompidou qui  fit face au déferlement de mai 68 et augmenta les salaires, n’avez-vous pas tenu bon comme Ministre  lors des émeutes de 2005 puis comme Président, lors de la crise financière mondiale de 2008 ? N’avez-vous pas  instauré le paiement d’ heures supplémentaires sans charges pour ceux qui voulaient travailler plus de 35 heures  par semaine ? « C’était le bon temps », vous disent même ceux qui ont voté contre vous. Et vous vous revoyez , gravissant les marches d’un podium dressé pour vous à la Porte de Versailles  un certain 14 janvier 2007  . A vos pieds, Delon, Johnny et tant de stars . Et derrière eux, 80 000 supporters  fous de bonheur quand vous leur racontez la France de Jeanne d’Arc, de  Jaurès et du jeune communiste Guy Môquet fusillé par les Allemands, et scandez «  J’ai changé !» Sans doute avez-vous changé , même si l’on vous reproche de vouloir, pour vous rassurer, gagner toujours plus d’argent.  Mais vous le savez bien : ce n’est pas son changement qui fait la popularité d’un homme politique. Mais son éloignement.
 

Midi Libre

16 Juin 2019

Dans son très beau livre " Le naufrage des civilisations", Amin Maalouf se souvient d'un Liban heureux où cohabitaient les religions.


Pour en finir avec la haine  : Maalouf se souvient du Liban
Par Christine Clerc   
Amin Maalouf, Prix Aujourd’hui 2019 pour «  Le naufrage des civilisations »( Grasset, Essai, 331 pages, 22 €  )
Pas un mois, pas une semaine en ce printemps-été 2019, sans que paraisse  un document historique,  , une enquête de journalistes ou un roman sur  le « chaos » du Proche Orient, « L’Islamisation à visage découvert » en Seine Saint Denis comme en Midi Pyrénées,  ou encore «  La question antisémite » - une question redevenue brûlante  quand des réseaux djihadistes  infiltrent ici un quartier de banlieue, là une université ou un  courant syndical …
 Pourquoi le jury du Prix Aujourd’hui , créé il y a 57 ans par des journalistes prestigieux comme André Frossard et attribué, depuis, à des écrivains et historiens parmi lesquels de futurs Académiciens comme  Hélène Carrère d’Encausse, sa première lauréate  ( en 1978 pour «  L’empire éclaté »  ) , a-t-il choisi cette année, parmi tant d’ auteurs qui ont traité ces sujets brûlants, Amin Maalouf ? Le franco-libanais, reçu voilà sept ans sous la Coupole,  n’est-il pas déjà couronné de succès pour ses ouvrages  «  Le Rocher de Tanios » ( Goncourt 1993)  et «  Léon l’Africain » ?
Mais Maalouf nous raconte, avec une rare sensibilité, son histoire personnelle : celle d’un enfant libanais, grandi en Egypte, et qui, à l’âge de 8 ans se rend pour la dernière fois dans la maison familiale d’Heliopolis et se souvient «  le paradis de ma mère était irrémédiablement perdu ». Or,  cette histoire est aussi la nôtre : le Mal dont Maalouf observe les premiers signes dans son pays natal, dépeint comme un paradis dont les habitants chrétiens, juifs et musulmans vivaient en harmonie et dans le respect mutuel, a gagné  depuis toute la planète.  Ce mal, l’historien et romancier, longtemps grand reporter en Iran, en Chine et aux Etats-Unis, le voit se déclarer en 1979. Cette année-là, l’Ayatollah Khomeiny est de retour en Iran. En Chine, Deng Xiao Ping lance sa « révolution conservatrice »..Et en Occident, les ultra- libéraux Margaret Thatcher et Ronald Reagan triomphent. Difficile, à première vue, de faire un lien entre  ces évènements . Mais sous la plume de Maalouf, tout s’éclaire. Il apparaît que 1979 fut celle du «  grand retournement ». Est-ce la faute des dieux, qui auraient condamné l’Humanité à se retourner sur elle-même tous les quarante ans, en écrasant des millions de ses enfants ? Ou la faute des hommes, aveuglés par leur propre puissance mais aussi par leur ressentiment ?  Rares, trop rares, furent les chefs qui, tels Nelson Mandela, eurent l’intelligence et le courage non seulement de pardonner à leurs ennemis, mais de les inviter, comme le fit le grand leader sud-africain, à mettre en œuvre un  projet commun de redressement. Maalouf veut croire, cependant, que de tels leaders charismatiques, oeuvrant pour la paix, peuvent encore apparaître et l’emporter. Contre ceux qui,  tels Donald Trump, misent à nouveau aujourd’hui sur la haine de chaque peuple envers les autres.  En attendant,  il nous donne un merveilleux plaisir de lecture.
(Christine Clerc  est présidente du jury du Prix Aujourd’hui )    
 

Midi Libre

9 Juin 2019

Vous avez laissé l'espoir filer chez les Verts


Enfin !  Presque au fond du gouffre ,  vous trouvez  des raisons de rire ! Il faut dire que c’est amusant, de voir la seule femme de droite  douée  de quelque chance  de parvenir à la tête de son camp – Valérie Pécresse, présidente de la  puissante région Ile de France – démissionner le lendemain du jour où elle a obtenu  la démission du chef abhorré, Laurent Wauquiez. Amusant aussi d’observer le contentement du Président du Sénat, Gérard Larcher, qui prétend  reconstruire une union forte de la droite et du centre à partir de « territoires »  dans lesquels la droite elle-même  voulut supprimer des  milliers d’emplois publics…Oui, amusants, ces retournements, s’ils n’étaient  pathétiques. Les commenter vous évite de ressasser vos propres échecs . Car enfin ! Mitterrand avait déclaré la guerre à «  l’argent qui corrompt, l’argent qui avilit » et juré de créer un million d’emplois. Et la France atteignit avec lui  «  la crête des 2 millions de chômeurs ». Hollande avait désigné pour ennemi «  le monde de la finance » et nous eumes la mondialisation du capitalisme ultra libéral, l’explosion des salaires de grands patrons comme Carlos Ghozn . ..et le chômage. Survint Mélenchon, le tribun  qui jouait les modernes en hologramme …Son attirance pour la dictature du Venezuela, ses  colères et ses pratiques antidémocratiques ont fait fuir les militants et les électeurs. Restaient  un PC microscopique, les banlieues ouvrières étant passées chez Le Pen, et un PS recroquevillé , n’osant  même pas présenter sa propre liste aux Européennes .  L’espoir allait pourtant être incarné par des visages jeunes et ardents : le communiste Yan Brossat, qui fustige d’un ton nouveau les multinationales et le socialo-centriste Glucksmann, qui donne envie de croire en une France généreuse  ouvrant les bras aux immigrés. On connait le résultat . Car si vous avez  raison de fustiger  une mondialisation financière impitoyable, où sont vos alliés pour créer un modèle européen capable de tenir tête aux Etats-Unis et à la Chine ?  Vous avez laissé l’espoir filer chez les Verts. Le nouvel homme fort , à gauche, est Yannick Jadot. Mais il a déjà la grosse tête. Et il n’est  pas sûr qu’il soit de gauche. 

Midi Libre

2 Juin 2019

Repartir des territoires, dites-vous ? Mais qui a abandonné la France périphérique ?


L ‘étonnant, c’est que vous ayez tenu si  longtemps. Peut-être parce que vous vous disiez «  gaulliste » ? Mais le gaullisme, c’était  une  volonté de redresser le pays au prix de sacrifices  partagés .  Un grand rêve brisé de  « participation » , et non d’augmentation infinie des revenus du «  grand capital » aux dépens  des  salariés . Or, vous avez, comme la  gauche, renié vos serments.  Avec  Chirac, vous promettiez  de réduire «  la fracture sociale » et de ne pas limiter  les dépenses de santé…et vous avez dû annoncer un plan drastique d’économies. Avec  Sarkozy, vous avez lancé un  plan Grenelle pour l’Environnement …et déclaré quelques mois plus tard que  l’Ecologie, c’était «  du vent ». Avec  Fillon, votre favori en 2017, vous avez juré de réduire de 500 000 postes la fonction publique… ce qui ne vous a pas  empêchés , quand Macron  en  a supprimé quelques centaines, de protester . Quelle ambition vous restait-il  après la cuisante défaite de  l’homme qui se prétendait gaulliste et se faisait payer ses costumes  par un affairiste libano-sénégalais ? Votre nouveau chef, Wauquiez,  crut  habile de renchérir sur  Le Pen  en tonnant contre  l’immigration   –  une vraie ligne de partage avec la gauche   Mélenchon ou  Glucksmann  -  mais aussi en reprenant  les thèmes d’une « droite Trocadéro » qui veut oublier que ses propres enfants sont parfois nés homos et que le très catholique Général  fit voter, dès 1967, la loi autorisant la pilule. Résultat :  jamais le parti du fondateur de la Vème République n’était tombé si bas ! Alors, dans une ultime tentative  de remobiliser les maires  et  leurs électeurs ,  un gaulliste à l’allure rustique et aux ruses de radical-socialiste,  Larcher, président du Sénat,  lance son appel  du 1er Juin aux « territoires ». Comme si la droite n’était pas responsable, de même que la gauche , de la désertification des centres ville et de la fermeture de services publics dans la « France périphérique » !  Je me demande si, pour vous refaire une santé, vous ne feriez pas mieux de soutenir  Emmanuel Macron et son Premier ministre de droite, Edouard Philippe!

Midi Libre

26 Mai 2019

La crise que nous venons de traverser a enfin attiré l'attention sur les 2 millions de femmes qui élèvent seules leurs enfants


Ce dimanche n’est pas seulement celui de l’Europe :  il est le vôtre puisque c’est la fête des mères.  On devrait vous offrir des fleurs,  peut-être  hélas un robot électroménager  ( Je dis « hélas » car  c’est une façon de vous assigner à votre rôle de « ménagère ». J’espère  plutôt que ce dimanche, le père de vos enfants se mettra aux fourneaux…)  Vous recevrez aussi des dessins d’enfants avec  des «  Je t’aime » que vous conserverez avec nostalgie durant des années. Pour quelques millions d’entre vous, ce sera un jour de fête. Mais pour 2millions d’autres , qu’on appelle les «  foyers monoparentaux », je sais que ce sera un jour de  solitude, de chagrin et d’angoisse. Car 40% des femmes seules avec enfants sont sans emploi , plus de la moitié vivent en dessous du seuil de pauvreté. Sans espoir de s’en sortir, puisque 33% d’entre elles ne possèdent aucun diplôme et ne disposent ni de moyens de transport  ni  de temps libre pour suivre une formation. D’ailleurs, à qui confier les enfants si l’on n‘a pas près de soi une grand-mère  disponible ? C’est déjà assez angoissant pour les mères qui travaillent, souvent loin de leur domicile, de  partir tôt le matin en les laissant aller seuls à l’école et de n’être pas là à leur retour . Assez culpabilisant de lire dans les regards «  mauvaise mère ! » Pourtant, les choses changent.  Les mois  que nous venons de traverser ont enfin attiré l’attention des politiques et de la société tout entière sur le problème des mères divorcées  qui connaissent une brutale dégradation de leurs conditions de vie. Des mesures vont  être prises  pour qu’elles touchent enfin les pensions alimentaires qui leur sont dûes. Des projets surgissent.  L’un d’eux, lancé par la  nouvelle Association  créée par l’ex «  Gilet Jaune » Ingrid Levavasseur,  aide soignante dans une clinique de Normandie et mère de deux jeunes enfants , vise à  créer des villages de mamans autour d’ une garderie d’enfants mais aussi d’un lieu  culturel avec des livres et des instruments de musique. Déjà, quelques architectes de renom, comme Roland Castro, s’y intéressent. L’espoir renaît. Mobilisez-vous ! Allez voter pour votre Europe !

Midi Libre

12 Mai 2019

Mais si vous parveniez au pouvoir ? Si vous deviez alors avouer aux Français que vous avez menti sur le poids de l'Europe dans notre économie et nos emplois ?


On dirait que, soudain, votre ciel s’éclaire . «  Il y a un an, lanciez-vous hier, très applaudie à Cers, on nous enterrait ! Aujourd’hui, nous sommes le premier parti de France ! »  Les sondages, en effet, placent le Rassemblement National au coude à coude avec les pro-Macron . Le choix de Jordan Bardella, 23 ans,  pour conduire votre liste européenne, plaît aux jeunes et aux moins jeunes puisque ce fils d’immigrés italiens dénonce «  la vague migratoire ».  Le couple Ménard, qui soutint Nicolas Dupont-Aignan, se range sous votre bannière. Et voilà que votre nièce , Marion Maréchal Le Pen, longtemps la préférée de Jean-Marie Le Pen, décide de ne plus porter son nom ! Vous vous retrouvez donc seule héritière légitime du titre. Portée par la vague Gilets Jaunes , soutenue à l’extérieur de nos frontières par[[CC1]]url:#_msocom_1   un mouvement populiste qui, nourri des conseils  de l’Américain Steve Banon, a gagné l’Italie de Salvini comme l’Angleterre du Brexit, vous promettez « la paix des Nations » contre un « Empire européen » qui nous mènerait selon vous à la guerre. Face à un Emmanuel Macron affaibli, vous redressez crânement la tête. Enfin, vous  espérez effacer le souvenir de ce calamiteux débat de campagne présidentielle de mai 2017, quand  des millions de télespectateurs virent le rouge de la honte  envahir votre visage et votre cou . Votre père vous le disait : la  promesse de sortie de l’Euro effrayait votre  électorat. Au risque de devoir assumer une contradiction de plus ( rester dans l’Euro en plaidant pour une sortie de l’Union européenne) vous l’avez écouté. Ses ricanements ne vous poursuivent  plus. A 50 ans, mère de trois grands enfants, vous parvenez presque à oublier votre adolescence  de lycéenne confrontée très tôt à la violence tandis que ses parents se séparaient à grand bruit. Vous affichez un sourire d’acier. Mais une petite voix vous taraude : et si vous parveniez au pouvoir ?  Si vous deviez alors avouer aux Français que vous avez volontairement sous-estimé le poids de l’Europe dans notre économie ? Parvenu en 2001 dans la même impasse, l’ancien para Le Pen  préféra  provoquer l’opinion. Et perdre.         

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Et voilà que, tel Hollande, Sarkozy et Chirac, que vous avez méprisés, vous découvrez combien le pays est fragile.


Parfois, vous nous agacez. Nous avons élu voilà bientôt deux ans un premier de la classe pour donner un visage jeune et une allure mince et rapide au vieux pays que nous sommes, guetté par l’embonpoint, mais nous détestons, en fait, les premiers de la classe. Surtout s’ils sont  trop sûrs d’eux ! Voilà pourquoi nous ne cessons  de vous rappeler que c’est  le peuple et pas  Jupiter  qui commande et de nous esclaffer« Waouh ! » devant les mesures annoncées  dans votre première conférence de presse. Mais parfois aussi, honteux des plaisanteries obscènes qui prennent pour cible Brigitte Macron comme naguère Marie-Antoinette  - Oui, inquiets des violences répétées du samedi et du climat de haine  fasciste  montant d’une France qui n’est ni celle des bâtisseurs de Notre-Dame de Paris ni celle des résistants de la France libre - nous prenons votre défense. Ou du moins, nous nous rassurons en évoquant le passé. Nul ne fut plus  caricaturé sur l’air de «  Ca ira ! »et de «  Le Vieux, à l’asile ! »que le Général de Gaulle, qui quitta l’Elysée voilà  juste cinquante ans lorsque 52,4 % des Français dirent « Non » à son projet de  régionalisation.   Nul ne fut plus insulté et haï que François Mitterrand, qui disait «  Cela me fait espérer d’être un jour le plus aimé ». Tous deux trônent aujourd’hui au panthéon des présidents de la République les plus populaires… Certes, votre ambition n’est pas encore de les y rejoindre. Vous rêviez  d’une « Révolution » : « Depuis trente ans, écriviez-vous dans votre programme publié  sous ce titre, nous avons choisi de substituer à la croissance économique celle de la dépense publique… » Et voilà que, tel  Hollande, Sarkozy, Chirac, que vous avez méprisés, vous découvrez que le pays est fragile et craignez soudain de toucher au 35 heures, à l’âge de la retraite  et au nombre de fonctionnaires . Vous distribuez des milliards  au risque d’aggraver les déficits. Vous tenez un discours plus humble, vous accusant même d’avoir nourri un sentiment d’injustice et promettant de «  remettre l’humain au cœur » de votre projet. C’est le début d’un long apprentissage du dur métier de président français.       

Midi Libre

17 Avril 2019

Si vous gagnez contre Marine Le Pen, ce sera la victoire d'Emmanuel Macron. Si vous perdez...


Si jamais, le dimanche 26 mai, la liste Renaissance  que vous menez aux élections européennes arrive largement en tête avec plus de 24% des voix – le score que lui prêtent  les sondages- contre celle menée par Marine Le Pen (  créditée de 20% )  le vainqueur  sera Emmanuel Macron. Mais si la présidente du RN engrange de nouveaux suffrages, tandis que François- Xavier Bellamy , 33 ans, réussit sa percée à la tête de LR (  en progrès de 1,5 points à 13, 5%) … Alors, vous le savez , vous serez la grande vaincue ! Déjà, dans les rangs du parti du Président, on s’alarme : il faudrait vous « relooker » , vous faire travailler votre voix, vous apprendre à toucher les Français  en  manifestant un peu d’ émotion…Il faudrait aussi vous expliquer, quand vous défendez la liberté de porter le voile en invoquant  Sœur Emmanuelle et Latifa Ben Ziaten,  que la première, qui consacra sa vie aux enfants musulmans des chiffonniers du Caire,  portait un foulard gris découvrant ses cheveux blancs,  tandis que la seconde, mère courage du soldat  assassiné par Mohammed Merah,  porte des foulards de  couleurs dégageant largement son front pour aller parler aux enfants des écoles de la République. Rien à voir avec «  le voile » qui est, aux yeux de vos électeurs,  le voile noir islamiste. Quelle étrange confusion ! Comme si, à 55 ans bientôt,  et nantie d’un impressionnant CV qui vous mène de Sciences Po au Ministère des Affaires Européennes en passant par des postes en Indonésie, au Sénégal et à Paris à la direction de l’Ena, vous aviez tout à apprendre de la vraie vie en France ! Il est vrai que, née à Neuilly, fille et épouse de banquier, vous n’avez pas l’ expérience d’une Marine Le Pen, 50 ans, qui a grandi dans le combat politique et  s’est fait élire dans  une région Nord-Pas de Calais sinistrée par la désindustrialisation . Vous n’avez pas eu, non plus,  à surmonter les mêmes humiliations. Il vous faut tout apprendre. En écoutant les femmes : celles de votre liste, comme  Fabienne Keller, la sénatrice d’Alsace, riche d’une profonde expérience humaine et politique. Celles, aussi, du terrain.  Allez à leur rencontre ! Ecoutez-les ! Avec humilité.

Midi Libre

31 Mars 2019

Enivré par votre propre image, on dirait que vous avez renoncé à dessiner un avenir pour vos concitoyens



Je me souviens  de la sortie de «  Merci Patron ! ». C’était en février 2017, trois mois après la déclaration de candidature présidentielle du  jeune ex-ministre de François Hollande, Emmanuel Macron. A 42 ans , vous étiez alors un inconnu . Ce premier film, dans lequel vous jouiez le rôle d’un Robin des Bois venu au secours d’un couple d’ouvriers du Nord usés par le travail et le surpoids  au moment où leur usine était fermée par le groupe LVMH, allait faire de vous une star. Ayant réussi à assister à une assemblée d’actionnaires, vous aviez obtenu du Pdg  Bernard Arnault l’envoi chez vos protégés , Serge et Jocelyne, d’un directeur des « relations humaines ». Pour faire cesser votre bruyante campagne , celui-ci leur proposait  40 000 Euros afin de payer l’emprunt sur leur maison pourrie.  A la fin du film, la salle applaudissait debout.  Même si votre méthode aboutissait,  pour les autres ouvriers de l’usine condamnée,  à une injustice aggravée, j’étais  émue. Il  y avait chez vous  de l’empathie pour ceux que Jean-Luc Mélenchon appelle « les gens ». Trois mois plus tard,  élu député de la Somme, vous faisiez le buzz par vos interventions  d’une voix rauque  et  vos gestes véhéments.  Pour « faire peuple », vous qui avez été élevé, comme  Macron, à la très bourgeoise et jésuite école de «  La Providence » d’Amiens,  sortiez  votre chemise de votre jean avant de monter à la tribune de l’Assemblée nationale. Cela rendait jaloux vos camarades de «  La France Insoumise », auxquels vous ne  daignez pas vous mêler , à commencer par Mélenchon . Car le seul rival que vous jugiez à votre taille,  c’est le président de la République .  Votre livre «  Ce pays que tu ne connais pas », est l’expression d’un «  rejet physique, viscéral, que nous sommes des millions, affirmez-vous, à éprouver contre lui ». Votre nouveau film «  J’veux du soleil », une tournée des gilets jaunes, est, dites-vous, « un film d’amour » pour les Français  Mais surtout, de haine contre Macron. Il y  a deux ans,  nouvel  élu, vous parliez  de «  régler le problème du chômage et retrouver le chemin du progrès ». Enivré par votre propre image, on dirait  que vous avez  renoncé à dessiner un avenir  pour vos concitoyens