RTL

11 Avril 2006
Le premier ministre a reconnu, hier soir, sur TF1, qu’il avait « mal apprécié les peurs des Français ». Peut-il encore rebondir ?

Ce serait une première. Souvenez-vous d’Alain Juppé, dont la popularité stagnait à 32 % en avril 97, à la veille de la dissolution, ou d’Edith Cresson, tombée à 22 % lors de son renvoi par François Mitterrand, le 2 avril 92.

Selon le même baromètre mensuel Sofrès-Figaro Magazine, Dominique de Villepin se situe aujourd’hui entre les deux prédécesseurs que je viens de citer, à peine 29 % des Français lui voient encore un avenir. Or, il va devoir mener un nouveau combat défensif, pour sauver le CNE. Pourtant, et bien qu’il soit apparu hier, littéralement sonné, répétant mécaniquement « mission, service de la France », et égrenant des dispositifs, des formules compliquées à n’en plus finir, le Premier Ministre s’est juré de remonter la pente.

Quels sont ses atouts ? 
La croissance, plus forte que prévu, devrait entraîner une baisse du chômage. Le contrat nouvelle embauche lancé l’été dernier, pourrait accentuer l’effet d’embellie, même si les chiffres scandés par Villepin, sont très contestés. D’ici quelques temps, il pourra dire « ah, si je n’avais pas été tout seul au galop, en première ligne ! », et ce discours trouvera un écho auprès d’une certaine droite qui ne se limite pas à Le Pen, lequel s’amuse à saluer son courage, pour semer la zizanie.  

L’ennui pour Villepin, c’est que la majorité silencieuse qui commençait à oublier le traumatisme de la dissolution, s’est finalement retournée. Trop de mépris des parlementaires et des partenaires sociaux, trop de désordre. « Villepin, soupirait hier un élu du club des 22 villepinistes, fait peur ». Quand il arrive en juin, le successeur de Raffarin, tient pourtant un discours rassurant, très « fils de Chirac ». L’égalité, l’Etat, le service public, et surtout pas de discrimination, fut-elle positive.            
Le socialiste George Semprun avec qui il publie un livre, voit même en lui, un héritier de Jaurès. Ca marche jusqu’en décembre. Lors des émeutes de banlieues, on entend des rapeurs chanter « plutôt Villepin que Sarko ». Quant aux Socialistes, ils crient que Villepin copie la gauche, quand il parle de « parcours professionnel sécurisé ».

Il y revient aujourd’hui justement ?
Oui, mais après quel virage. En janvier, s’avisant que son positionnement ne lui permettra pas de mobiliser son camp au premier tour d’une présidentielle, Villepin décide de doubler Sarkozy sur sa droite. On connaît le résultat. Ce matin dans Le Figaro, Sarkozy peut donc jouer le triomphe du bon sens, à l’intention du fils blessé, qui a failli entraîner le père dans l’abîme, il lance cette flèche : « jamais depuis longtemps, je ne me suis retrouvé autant en phase avec le Président de la République ».

RTL

22 Février 2006
 -  Vous avez assisté, hier, à l’Assemblée Nationale, au débat sur la motion de censure. Et vous avez eu l’impression d’assister au démarrage de la campagne présidentielle ?

Oui. Le Chef du parti socialiste, François Hollande, était impatient d’en découdre. Il sait que c’est dans le rôle du procureur qu’il est le meilleur. Il avait soigneusement préparé ses formules, féroces, et parfois drôles, comme « la France n’est pas en déclin, elle est entre de mauvaises mains ». Hollande les livre au pas de charge, en s’époumonant. « Votre CPE, clame-t-il, c’est une arme de destruction du contrat à durée indéterminée ». L’ennui c’est que le contrat sécurité-formation qu’il propose, n’est pas plus convaincant. Quant au projet socialiste, ce serait à l’entendre, un retour aux années Jospin.        
François Bayrou suivait. Lui aussi a étudié les discours de Mitterrand pour en tirer un certain art de la mise en scène. Imaginez le style « la jeune fille ou le jeune homme qui travaille depuis un an et demi, et qui apprend que son contrat est rompu, et personne n’a l’obligation de lui dire pourquoi ». Par moment, quand il assure que « même Margareth Thatcher n’a pas osé faire ça », on se dit que le président de l’UDF est passé à la gauche du PS. Oui mais voilà qu’il se tourne vers les Socialistes, « partout, accuse-t-il, vous voulez que l’Etat intervienne, réglemente, sanctionne ». Le programme de Bayrou, c’est donc ni gauche, ni droite, ou la synthèse entre les deux. En attendant il ne joint pas sa voix à celles des 178 qui votent la censure. Son plaisir se limite à monter à la tribune.
Villepin leur répond longuement, avec force. « Que faites vous ? Que proposez vous ? ». « Rien » répondent en chœur les députés de la majorité. Alors le Premier ministre parle « d’une France plus mobile, plus diverse », il évoque « la volonté de dépassement des Français », appelle à « entrer sereinement dans la modernité », invoque « le souffle de l’humain ». « En cédant trop souvent à l’immobilisme et à la peur, insiste-t-il, nous n’avons que trop tardé ». On se demandait quand Villepin prendrait ses distances avec Chirac. C’est fait. Oubliant peut être que Chirac était Premier ministre en 86, il scande « ça fait 20 ans que nous utilisons les même recettes, 20 ans que nous hésitons ». Et là on croit entendre Sarkozy.
 
Le ministre de l’Intérieur était présent ?
Non, vous savez Sarkozy ne reste pas quand ce n’est pas lui la vedette. Après avoir répondu à une question sur l’antisémitisme des assassins d’Ilan Halimi, il a filé. Lui, sa campagne, il l’avait lancée samedi devant 3.000 nouveaux adhérents de l’UMP, sur le thème « la France d’après ».

Et Ségolène Royal ?
Elle a applaudi sagement son compagnon François Hollande, en présentant aux caméras son profil de madone, bronzée et souriante. Pourquoi parlerait-elle quand tout parle pour elle ? Plusieurs orateurs de la majorité se sont tournés vers Ségolène, soit moins élevés que ceux de la Provence-Côte d’Azur, soit pour citer son hommage récent de Tony Blair. La ficelle est un peu grosse. Il s’agit d’exciter la jalousie des prétendants du PS, alors qu’un nouveau sondage publié par l’Express, montre que 47 % des Français la préfèrent à Jospin. Mais tout profite à Ségolène. A commencer par une tactique très sarkozyste, qui consiste à se mêler le moins possible aux autres, pour se montrer seule, au milieu du peuple.

RTL

1 Janvier 2006

Vendredi 22 juillet 2005


-  Olivier Jay :
Bernadette Chirac est à la une de Paris-Match cette semaine. Est-ce que cela a pour vous une signification politique ?

-  Christine Clerc :
Evidemment. Dans la communication présidentielle, rien n’est laissé au hasard. Cette interview de 4 pages accordée à l’académicien Jean-Marie Rouart le 15 juillet a té soigneusement relue à l’Elysée.
On en retiendra 2 phrases pleines de sous-entendus : « Les hommes politiques sont très exposés à la tentation. Certaines femmes sont comme des papillons, attirées par la lumière ». Et puis : «Mon mari est un guerrier. Il se battra jusqu’au bout ».
Coïncidence, la veille, « la fille de cœur des Chirac », comme titrait Le Parisien-Aujourd’hui, faisait la une du quotidien. A 47 ans, Anne Dao, une Vietnamienne recueillie par les Chirac en 1979, s’exprime pour la première fois pour dépeindre celui qu’elle appelle « mon père », comme un grand protecteur affectueux. A la question : « Pensez-vous qu’il se représentera en 2007 ? », elle répond elle aussi : »Il se battra jusqu’au bout ».
De quoi relancer une rumeur qui court depuis quelques semaines dans l’entourage de Nicolas Sarkozy. Voyez Roselyne Bachelot, qui fut porte-parole de la campagne présidentielle en 2002. Remerciée du gouvernement Raffarin, elle n’avait pas revu le Président depuis un an. Il faut dire qu’elle ne le ménageait pas, allant jusqu’à dire en riant : « J’ai fait un rêve : Chirac annonçait qu’il ne se représenterait pas ».
Et bien, il y a quelques jours, Roselyne est reçue par le Secrétaire Général de l’Elysée, Frédéric Salat-Barout quand la porte du bureau s’ouvre et le Président paraît. Pour l’ancienne Ministre de l’Environnement, c’est le signe d’une opération reconquête. Requinqué par les derniers sondages, Chirac va rependre ses tournées en province, et quand il est à Madagascar, il parle de Danone et des salariés français.

- Alors, est-ce que cela signifie vraiment qu’il envisage en 2007, à 75 ans, un 3ème mandat ?
- Pas forcément. Mais il ne veut pas partir sous les huées comme Giscard en 1981. Voilà pourquoi Bernadette remonte au front, comme en 2002, quand François Hollande voyait en elle « un vrai chef de campagne ».        
Tout au long de la campagne du référendum, elle était restée silencieuse, même quand elle accueillait en Corrèze Nicolas Sarkozy, qui la qualifiait de « bonne fée », mais elle n’en pensait pas moins.

- Et selon vous, ça lui pèse cette fin de règne ?
- Pas tant que çà. Contrairement aux autres premières dames de France, d’Yvonne de Gaulle à Danièle Mitterrand, Bernadette Chirac ne considère pas l’Elysée comme une prison. Parfois, quand ses conseils ne sont pas écoutés, elle soupire : »Je ne suis personne, vous savez », ou bien quand les fées lui donnent raison, comme le 21 avril 2002, elle lève les yeux au ciel, douloureusement. Mais quand elle parle des rosiers qu’elle a fait planter dans le parc du palais, ou bien de son opération pièces jaunes et de ses tournées des hôpitaux, où on lui confie tant de choses, elle est intarissable et presque gaie, comme si, après avoir attendu de si longues années avant d’être considérée par son mari, par sa fille Claude et par les journalistes comme une vraie politique qui apporte des joies précieuses, elle jouissait de chaque moment gagné. Avec une sorte de ferveur, Bernadette Chirac laisse alors échapper : « J’aime cette vie ».

Lundi 2 mai 2005


-  Jérôme Godefroy :
Pour la première fois depuis 2 mois, un nouveau sondage indique que le oui redevient majoritaire dans les intentions de vote. Sondage TNS Sofrès pour RTL, Le Monde et LCI. Est-ce que ça veut dire qu’il y a eu un effet Jospin ?
                                                                                                     
Christine Clerc :         
Non, car ce sondage a été réalisé avant son intervention sur France 2. Mais Jospin reste la mauvaise conscience des électeurs de gauche. En tout cas, 62 % des sympathisants socialistes souhaitent le voir revenir en politique. Ils l’ont donc écouté attentivement, même si 54 % seulement d’entre eux envisagent maintenant de voter oui, ce qui est faible par rapport à la droite.                                             
Hier soir sur France 2, Nicolas Sarkozy se vantait que 84 % des électeurs UMP marchent avec lui pour le oui.

Alors, comment expliquer cette différence énorme entre l’UMP et le PS, alors que Chirac et Jospin, comme Hollande et Sarkozy finalement, font cause commune ?         
Elle est historique cette différence. Laurent Fabius le rappelle souvent. En 1992, ce furent les propres électeurs de Mitterrand qui faillirent faire capoter le Traité de Maastricht.
10 ans plus tard, le 21 avril, plus de 50 % des jeunes ouvriers apportaient leurs voix à Le Pen. Pourquoi ? … Parce qu’ils attendaient de l’Europe qu’elle les protège contre le chômage et l’immigration massive. Or, chaque jour, l’annonce d’une délocalisation accroît l’angoisse des ouvriers et des employés. Sans compter les véritables provocations qu’on dirait ourdies par des comploteurs du non, telle que la proposition d’un patron de réembaucher ses salariés à l’Ile Maurice pour 110 euros par mois, tandis qu’un autre patron, celui de Carrefour, part à la retraite avec plus de 30 millions d’euros…
Alors évidemment, ce n’est pas en traitant ces salariés menacés de « frileux » voire de « franchouillards », comme l’ont fait les « beautiful people » enrôlés par Jack Lang et revenus tout bronzés de Marrakech pour délivrer leur leçon de morale, qu’on les rassure. Pas non plus en leur répétant, comme Chirac, « n’ayez pas peur » ou en leur expliquant, comme Jospin, que « les non sont incompatibles ».      

-          Et pourtant, ça bouge, Christine. 
Oui, parce que d’autres retraités de la politique se sont lancés dans la bataille en y mettant leur cœur et leurs tripes. Quand l’ancien Président Socialiste de la Commission de Bruxelles, Jacques Delors, lance dans le Nouvel Observateur : « Imaginez que 60 millions de syndicalistes réclament un salaire minimum européen », il transforme les victimes en acteurs et redonne de l’espoir.                    
Et quand l’ancienne Présidente Centriste du Parlement Européen, Simone Veil, qui fit voter il y a 30 ans la loi sur l’IVG, quitte les salons dorés du Conseil Constitutionnel pour venir, vendredi soir, sur l’esplanade du Trocadéro dire à un millier de femmes sa tristesse qu’on n’ouvre pas les bras à ces peuples de l’Europe de l’Est, qui ont tellement souffert à notre place pendant 40 ans, un frisson passe. Il faut dire que Jacques Delors et Simone Veil ont évité de traiter en mauvais élèves ceux qui ne voudraient pas seulement donner leur avis sur le nouveau Traité, mais sur la façon dont l’Europe se construit.          
Si orgueilleux soient-ils, l’une et l’autre, ces deux grands Européens ont montré enfin le chemin de l’humilité. On verra demain soir si Jacques Chirac sait le prendre à son tour.