Télégramme de Brest

29 Février 2020

Une même attention aux personnes âgées et aux enfants n'empêche pas les combats idéologiques


Sur les 34 900 maires de France, elles sont encore à peine plus de 5 900, soit 18, 4%  des élus des villages et 16, 7% de ceux des grandes villes. Mais elles progressent. A Paris, un trio attire les lumières : face à l’ex ministre macroniste de la Santé, Agnès Buzyn, ( 58 ans, 3 enfants ) qui joue l’apaisement,  Rachida Dati, (54 ans, un enfant)  scande  «  propreté , sécurité » et obtient, à défaut du soutien de la droite tout entière, celui de Nicolas Sarkozy,  vedette de son prochain meeting. De quoi faire un peu peur à la maire socialiste sortante Anne Hidalgo (60 ans, trois enfants ) qui joue la carte écolo-vélo . Mais si les électeurs de la fille d’un déporté à Auschwitz ( Buzyn) se ralliaient au second tour à  la fille de maçon algérien( Dati)  pour affronter la fille d’ ouvrier espagnol ( Hidalgo )? Quel film  sur la diversité française ! Et quels beaux scénarios aussi à Quimper, où rivalisent trois  femmes,  dont une ( Isabelle Assih, PS, 49 ans ) est mère de cinq enfants. A Rennes, où la maire sortante PS Nathalie Appéré ( 44 ans, deux enfants )  doit  affronter quatre femmes qui lui reprochent d’avoir «  enlaidi » la ville  qu’elle veut  « verdir » ! A Nantes enfin, où  cinq femmes défient la maire socialiste sortante, Johanna Rolland ( 40 ans, deux enfants ).  Jeudi, à l’Espace Simone de Beauvoir, les cinq nantaises tombaient d’accord sur ces priorités :  combat contre les violences faites aux femmes,  construction de crèches, trottoirs plus larges pour les poussettes. Mais aussitôt, elles se déchiraient à propos du « mariage pour tous » ! Preuve que l’attention aux enfants et aux personnes âgées n’ empêche pas les combats idéologiques. Au moins peut-on espérer , avec ces mères de famille, éviter de nouveaux scandales Griveaux.
 
 

Télégramme de Brest

22 Février 2020

Il est urgent de promouvoir un modèle national ,forcément de qualité


 Tandis que nos partenaires européens font pression pour une baisse du budget agricole de la Communauté, les défenseurs ou pseudo-défenseurs  de notre santé exigent qu’on en finisse  avec  l’élevage intensif  comme avec le glyphosate… Entre les deux,  430 000 paysans  travaillant plus de 50 heures par semaine ,  souvent   pour des revenus et une retraite de misère, sont pris en tenailles . Désespérés, nombre d’entre eux  se suicident. C’est alors que nous, les 66 millions de consommateurs français,  découvrons,  avec la crise du Coronavirius , les risques de la mondialisation et  la nécessité de conserver  une autonomie  indispensable à notre survie . Emmanuel Macron  en est conscient  . Avant  d’entamer ce samedi son marathon au Salon de l’Agriculture, il a donc tenu à envoyer ce double message «  Il faut  réussir la transformation du modèle agricole ». Et  «  Je ne tolèrerai aucune violence à l’égard du monde agricole ». Cela suffira-t-il à  éviter les sifflets contre le Président de la République, les agressions contre les éleveurs et le boycott imbécile de productions nationales ? On en doute quand on voit des chaines de TV diffuser des « reportages » visant, au prétexte d’écologie, à nous faire consommer, plutôt que du jambon  de Bretagne ou du  bœuf du  Charolais… des steaks de soja (  lequel soja est importé du Brésil, où l’on brûle la forêt amazonienne pour en planter !) Jamais, pourtant, le «  En même temps »macroniste n’aura été aussi  approprié : il est urgent à la fois de s’opposer à la construction d’ « usines » de poulets inhumaines et qui polluent  les plages et d’alerter les Français sur les dangers d’une concurrence mondiale sans frein. Urgent de promouvoir un modèle  national, forcément de qualité.   

Télégramme de Brest

15 Février 2020

Sans savoir encore d'où vient le coup, on comprend que sa véritable cible est Macron


 « L’honneur d’un homme jeté aux chiens ! »s’écrie-t-on ( comme Mitterrand aux obsèques de Beregovoy ) en voyant Benjamin Griveaux , accablé, abandonner sa campagne pour la Mairie de Paris afin de protéger sa famille. Il y avait jusque là une exception française : au pays du « Vert Galant », les affaires de sexe étaient  propagées… avec indulgence. Sinon, que seraient devenus Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy puis  Hollande ?  Mais les réseaux sociaux  et l’américanisation de notre société ont tout changé. Les images se propagent trop vite, engendrant le dégoût voire  la haine. Voilà pourquoi, après avoir été « Tous Mila », nous étions hier  « Tous Griveaux ».
L’émotion, pourtant, n’empêche pas les questions : pourquoi  Griveaux, se sachant si vulnérable, s’est-il engagé si loin ? Et pourquoi l’ « affaire » éclate-t-elle – curieuse coïncidence-  juste après qu’Edouard Philippe, qui aurait pu être le meilleur candidat  de la Macronie dans la capitale, a annoncé, faute d’encouragement  de l’Elysée, sa candidature au Havre ? Juste après, aussi, que Cédric Villani a été imprudemment exclu du parti présidentiel ?  Sans savoir encore d’où vient le coup  porté via un délinquant russe, on comprend que sa véritable cible  est Macron. Au moment même où, conforté par la baisse du chômage, le Président entre en campagne pour sa réélection,  il est  touché , comme lors de l’affaire Benalla, en la personne d’un proche. Même si LREM trouve  un  candidat ou une candidate  pour affronter Anne Hidalgo et  Rachida Dati, Paris semble perdu . Ce sera un échec personnel. Et déjà, les devins prédisent la suite :  Edouard Philippe, élu Maire du Havre, est poussé à devenir un rival  pour Emmanuel Macron… Ce ne sont là qu’élucubrations. Mais cela dit que « le nouveau monde » prend l’eau.

Télégramme de Brest

11 Février 2020

Certes, le droit au blasphème est reconnu par la Constitution. Mais ...


 Après avoir  tendu la main  au gouvernement pour qu’il prenne enfin en compte la pénibilité  de certains métiers et reconnu  à  la CGT - dont les nervis ont  agressé ses  propres locaux  ! – le droit de refuser la négociation, le secrétaire national de la CFDT, Laurent Berger , lançait hier ( sur BFM ) «  Un peu de fraternité ! » Ce n’est pas parce qu’elle vient après « Liberté, Egalité » dans la devise républicaine, pas non plus parce que Ségolène Royal en fit, voilà douze ans, son slogan en chantant «  Aimez-vous les uns les autres », qu’il faudrait rire de la Fraternité  : plus que jamais, après une année 2019 secouée de violentes manifestations et un début d’année 2020 marqué par une polémique explosive entre défenseurs et adversaires de Mila ( l’adolescente qui «  met le doigt dans le c… » du dieu des musulmans) mais aussi par les provocations d’un « artiste » chantant sur une  radio nationale «  Jésus est pédé ! », il est temps de l‘invoquer. Certes, le droit au blasphème est reconnu par la Constitution. La Ministre de la Justice a eu tort de l’oublier. Mais ne peut-on, sans être accusé d’être pleutre ou « collabo » ( avec l’Islamisme  qui fait si peur)   appeler à la retenue sur des réseaux sociaux qui répandent  la haine – c’est-à-dire,  nous  rappelle  Robert Badinter, «  la mort » ? Il est urgent d’arrêter l’escalade . Le président Macron s’en préoccupe : il s’apprête à nous présenter un plan de lutte contre le communautarisme – et notamment contre le radicalisme musulman dans les écoles - afin de « retrouver du commun ». Pourvu qu’il sache trouver des mesures fermes et des mots justes sans attiser, comme il le fit en dénonçant « la colonisation, crime contre l’Humanité », les rancoeurs !

Télégramme de Brest

25 Janvier 2020

On dirait parfois que " le nouveau monde " de Macron n'a d'autre ambition que de faire des économies.


«  L’espérance de vie des bûcherons, c’est 62 ans, rappelle Laurent Berger ( CFDT) . On ne peut pas leur imposer une retraite à 62 ans ! » Constat d’évidence. Et pourtant ! Face aux cortèges  qui n’en finissent pas ,  on dirait parfois que le  «  nouveau monde » de Macron n’a d’autre ambition, malgré de réels progrès proposés par sa réforme notamment en faveur des femmes,  que de faire des économies. Après s’être arc bouté sur l’âge pivot,  le gouvernement s’apprête à soumettre aux parlementaires un projet de 150 pages  accompagné d’une « étude d’impact » d’un millier de pages…Tout ça pour prolonger un «  vieux monde »  où la majorité des travailleurs exerce durant toute sa vie le même métier, fut-il pénible. Une évidence  devrait pourtant  sauter aux yeux de tous les politiques, syndicalistes et patrons  de bonne foi :  dans ce monde-là, né avec la révolution industrielle du 19ème siècle,  trop d’hommes et de femmes sont encore assignés  durant plus de 40 ans à des métiers pénibles . La question essentielle aujourd’hui n’est donc pas de savoir s’ils pourront  les exercer jusqu’à 64 ans grâce aux progrès de la médecine. Elle est d’ améliorer leurs conditions de travail – comme celles des conducteurs de train qui n’ont plus à charger le charbon dans la locomotive. Elle est aussi de  permettre à un nombre croissant de Français de changer de métier au tournant de la quarantaine en bénéficiant d’une solide formation . Au lieu de  finir épuisés devant leur TV , les jeunes futurs retraités seraient alors  heureux d’apprendre et  fiers de participer  à des révolutions technologiques  qui sont loin d’être toutes négatives. Une utopie ? Certes : n’est-ce pas cela, le «  nouveau monde » ? Le reste, si coûteux soit-il, ressemble à du rafistolage.

Télégramme de Brest

18 Janvier 2020

Une fois de plus, l'ex-présidente de la région Poitou-Charentes a montré un certain flair


On peut reprocher à Ségolène Royal bien des erreurs , depuis son échec à la présidentielle de 2007  (où elle rassembla tout de même  17 millions de Français).  Sa façon très personnelle d’interprêter le rôle d’ambassadrice des pôles qui lui fut attribué en 2017 par Emmanuel Macron  a dérouté. Sans même attendre  d’être « virée » lors du prochain conseil des Ministres, sa violente contre attaque ciblant  le président de la République, son « manque d’écoute » et sa « frénésie de brutalité », a choqué. Mais une fois de plus, l’ex présidente de la région Poitou - Charentes ,  première à réagir aussitôt diffusée jeudi  la candidature présidentielle de Marine Le Pen, a montré un certain flair. Citer  Mitterrand sur «  les forces de l’argent », affirmer que «  le reste à vivre diminue quand les financiers s’enrichissent »et qu’une politique libérale «  fait s’effondrer le modèle social français » , c’est  parler, en termes clairs, loin du charabia « paradigmique » ou « systémique » du débat sur les retraites, à l’électorat de gauche. Enoncer trois priorités- le modèle social français, la question écologique et la question démocratique,- c’est s’adresser aussi à une droite en quête de discours social, à des Verts qui s’interrogent sur leurs alliances  et même  à certains élus LREM qui désertent  les bancs de l’Assemblée. Entre Macron et Le Pen, Ségolène Royal se voit- elle donc en sauveur providentiel ? Elle est sans doute la seule à y croire . Mais un Bernard Cazeneuve, socialiste à la fois modéré et  doué d’autorité, aujourd’hui en tournée en Bretagne , un  Yannick Jadot, conscient de la nécessité de rassembler au-delà d’EELV,  méditeront son message : un nombre grandissant de  Français aspire à l’apaisement par « une troisième voie ».

Télégramme de Brest

11 Janvier 2020

Les 305 députés LREM sont saisis par le doute. Certains songent même à rejoindre leur famille d'origine gauche ou à droite...


Enfin ! Ils ont souri !  Ils ont même dit qu’ils allaient s’écrire ! A 18h 20 hier, après 37 jours de grève et à la veille d’un nouveau samedi de manifs, on pouvait, en voyant le Secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger , sortir de Matignon épuisé mais ayant «  senti une volonté d’ouverture » , puis en entendant le Premier ministre Edouard Philippe annoncer, souriant, « On a bien avancé », espérer un accord . Puisque la CFDT en a fait sa pomme de discorde , le gouvernement devrait céder un peu  sur le fameux «  âge pivot » de la retraite…à la condition que des moyens de financement soient trouvés  lors d’une longue « conférence ». Ce serait le prix à payer pour que le syndicat réformiste soutienne le projet  gouvernemental sans  perdre trop d’adhérents : certains d’entre eux  étaient en effet tentés de rejoindre le front des «  Nous ne lâcherons rien » mené par une CGT  qui  joue là, appuyée sur ses derniers bastions,  son va tout . La concession d’ Emmanuel Macron  serait aussi le prix à payer  pour que la majorité présidentielle n’éclate pas , alors que les  305 députés LREM ,  pris à partie par leurs électeurs sur les marchés du samedi, sont saisis par le doute, certains songeant même à rejoindre leur famille d’origine, à gauche ou à droite . Avant de faire les comptes des millions d’Euros perdus par la SNCF mais aussi par des centaines de PME contraintes d’envisager fermeture ou  licenciements,  on devrait donc  pousser un soupir de soulagement. Mais comment  ne pas s’interroger sur ce formidable gâchis qui fait de la France le mauvais élève européen pour le dialogue social ? Comment ne pas songer qu’un peu moins de vanité du chef de l’Etat et un peu plus de vraie concertation auraient évité à des millions de Français une véritable « galère » ?     

Télégramme de Brest

4 Janvier 2020

La légitimité même du pouvoir est mise en cause


Et maintenant, les avocats et les pilotes dans la rue ! Alors que le Président Macron  affirme  « la réforme des retraites sera menée à son terme » et presse en même temps  son Premier ministre de «  trouver la voie d’un compromis rapide », la situation, à la veille de la reprise des discussions  à Matignon, semble s’aggraver. Certes, les Macronistes veulent se rassurer :  la popularité présidentielle n’a-t-elle pas  remonté ? De 24% fin 2018, au début de la crise des Gilets Jaunes, à 33% après un mois  de  grève des conducteurs de trains . Lassés du désordre, 50% des électeurs d’une droite ex-filloniste ne soutiennent -ils pas désormais Emmanuel Macron ? Ainsi se constitue ce que Jérôme Fourquet, directeur à l’Ifop et auteur du célèbre « l’Archipel français » appelle  «  un bloc élitaire et bourgeois ». Mais,  loin de former la majorité dont le gouvernement a besoin pour poursuivre ses réformes, ce « bloc » ne fait qu’ illustrer voire renforcer les divisions françaises.   Sans concessions majeures aux syndicats « réformistes » on ne voit pas comment le gouvernement pourra résoudre la crise, même si la participation des conducteurs de train au baroud d’honneur mené par une CGT déclinante s’effiloche. Car au fil des jours, alors que les seuls hôtels et restaurants accusent  740 millions d’Euros de pertes, le pessimisme gagne. La légitimité même du pouvoir est mise en cause. Comment la retrouver, sinon par le suffrage universel ? Les municipales de mars  seront un signe. Mais le vrai test, ce serait des législatives. Chacun a évidemment en tête la dissolution manquée de Jacques Chirac en 1997.   Mais comment gouverner fut-ce avec  303 députés LREM ( sur 507 ) si cette majorité ne représente plus le pays ?

Télégramme de Brest

1 Janvier 2020

A la fin des repas de fêtes, les discussions politiques restant une spécialité française, revient souvent la question: qui pour remplacer Macron ?


«  Nette embellie sur le front de l’emploi » . En cette fin d’année gâchée par les grèves qui menacent des milliers de PME, ce n’est pas un journal macroniste qui le dit : c’est le quotidien  Le Monde, réputé critique à l’égard du pouvoir. Et si la mobilisation des grévistes allait  s’effilocher ?  Si la CFDT ,  obtenant quelques satisfactions, rompait le front du refus ? Alors, Emmanuel Macron pourrait présenter aux Français, pour ses vœux présidentiels , un visage sinon de vainqueur ( sa propre femme lui a-t-elle assez fait la leçon  là-dessus !) mais de président à la fois humble et confiant dans l’avenir . Seulement voilà : le jeune homme doué et si sûr de lui  peut-il encore gagner les cœurs ? Ou bien, tel Giscard d’Estaing avant lui,  a-t-il définitivement échoué à tisser avec les Français  un lien affectif ? A la fin des repas de fêtes,  les discussions politiques restant une spécialité française, revient souvent la question :  qui, pour  remplacer Macron ?  Nicolas Sarkozy ? Il est le plus populaire à droite, mais ses procès…Edouard Philippe ? Il n’ose même pas se présenter à la Mairie de Paris : Macron lui couperait la tête.  Xavier Bertrand ? Populaire dans sa région Nord-Pas de Calais,  guère au delà. François Baroin, le filleul de Jacques Chirac, séduisant quinqua président de l’Association des Maires de France ? Velleitaire… Et  à gauche ? Ségolène Royal  a lassé ses derniers partisans. Anne Hidalgo  va peut-être garder Paris, mais  peut-elle rassembler les Français ? Bernard Cazeneuve est intelligent, cultivé, doué d’autorité …mais  « vieux jeu » à 56 ans. Alors , François Hollande ? Là, les dîneurs s‘esclaffent avant de répéter en choeur : «  il faut pourtant  quelqu’un pour éviter le duel Le Pen- Mélenchon ! »    


Télégramme de Brest

14 Décembre 2019

Macron tient à entrer dans l'Histoire comme un réformateur plus courageux que Chirac, Sarkozy et bien sûr Hollande.


A pied, à trottinette, bloqués au volant de leur voiture ou prenant d'assaut des bus bondés pour se rendre  à leur travail...Comment les non-grévistes, victimes épuisées bien que présumées consentantes des grèves SNCF  et RATP , ne s'interrogeraient-ils pas ? Combien de temps va durer ce qu'un proche de Macron appelle " la chorégraphie habituelle" des mouvements sociaux en France ? " Chorégraphie": voilà qui en dit long sur une forme de cynisme du Président. Il sait bien qu'il devra puiser encore des milliards dans les caisses , que chaque jour qui passe aggrave les pertes des commerçants et artisans et, peut-être, les licenciements. Mais il tient à entrer dans l'Histoire comme un réformateur plus courageux que Chirac, Sarkozy et, bien sûr, Hollande. Alors tant pis pour la casse! En face, le patron de la CGT, Philippe Martinez, a deux objectifs: doubler la CFDT qui lui a ravi la première place et absorber le mouvement des Gilets Jaunes qui l'a déstabilisé, l'an dernier. Il y parvient provisoirement en s'appuyant sur les conducteurs de train. ceux-ci, bien payés et bien lotis en matière de retraite, disposent du pouvoir exorbitant de bloquer le pays. Alors, tant pis pour les vraies "misérables" - femmes de ménage, aide soignantes - qui risquent,  elles, d'y perdre leur santé et leur emploi. Quant au patron de la CFDT, Laurent Berger, il avait une raison de protester quand le Premier ministre a "franchi la ligne rouge" en fixant à 64 ans " l'âge d'équilibre" de la retraite: le haut commissaire Jean-Paul Delevoye ne lui avait pas dit cela ! Mais en rejoignant la manif annoncée, Berger défend-il les oubliés? Ou cherche-t-il à reprendre l'avantage sur Martinez et à se faire respecter par Macron ? 

Télégramme de Brest

30 Novembre 2019

Concilier une meilleure protection des rivières et le niveau de vie des agriculteurs...


 70% des Français se disent désormais très concernés par l’ écologie, plus de 50%, prêts à changer leurs habitudes. Rien d’étonnant, donc, si les Verts ont le vent en poupe et si , après avoir obtenu aux Européennes un score de 13, 5% - certes inférieur à celui de Dany Cohn-Bendit en 2009 ( 16% ) mais tout de même ! – ils se voient en position d’emporter en mars plusieurs grandes villes comme Nantes et Rennes. Rien d’étonnant non plus si nombre de citoyens, inquiets de voir le paysage politique se réduire à un duel Macron-Le Pen, souhaitent voir grandir , autour d’EELV, une « troisième force » qui aurait, n’en déplaise à Mélenchon, des alliés à gauche comme au centre. Mais voilà : c’est toujours compliqué, avec les Verts. Apparu au soir des Européennes du 22 juin comme un vainqueur, en route pour la présidentielle, Yannick Jadot vient de connaître un cruel revers. Lui reproche-t-on son excès d’assurance ?  Des initiatives fâcheuses, comme de signer  sans l’avoir lue  une pétition contre « l’islamophobie »  et de demander à Strasbourg  une minute de silence  pour nos soldats tombés au Mali, alors que le Parlement européen les avait  honorés la veille ? La liste qu’il soutenait n’a obtenu que 26, 5% des voix des militants face à  «  Grandir ensemble, l’Ecologie au pouvoir »( 42, 9%) menée par Julien Bayou.  39 ans,  l’air d’un adolescent mince aux cheveux frisés , Bayou devrait donc être élu, ce samedi à Saint- Denis, secrétaire national d’EELV.  Il a la sagesse de vouloir «  travailler à concilier une meilleure protection des rivières et le niveau de vie des agriculteurs  ». Il lui faudra, dès aujourd’hui, réussir à concilier les  oppositions au sein de son propre parti .  

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26 Novembre 2019

Comment espérer des résultats sans un profond changement de mentalités?


Enfin ! Douze ans après l’Espagne – pays réputé «  macho »- la France se mobilise  contre les violences familiales. A Brest, Bordeaux, Paris,etc, ce samedi, des dizaines de milliers de femmes vont manifester  sous la banderole «  Nous toutes » à l’appel d’une quarantaine d’ organisations dont «  Les Chiennes de Garde » mais aussi la CGT, la CFDT, la CFTC, EELV, le PC et FI . On peut regretter que les partis du centre et de droite ( craignant  d’être débordés ? ) n’aient pas cru bon de s’y joindre . Mais la condamnation des comportements criminels  qui font chaque année dans notre pays plus de 122 morts chez les femmes et 72 parmi les enfants – sans compter  200 000 blessés -  est unanime. Dès lundi, le gouvernement  annoncera donc, après deux mois de réflexions menées, selon la bonne vieille méthode française, par  onze groupes de travail, un plan évalué par la Secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, à un milliard d’Euros. Il prévoit la formation  des policiers , l’ouverture de places d’hébergement et une modification du Code pénal permettant aux soignants de dénoncer des blessures suspectes . C’est un progrès, même si l’on est  loin du modèle espagnol comprenant la généralisation du bracelet électronique pour  les hommes violents et  la création de 106 tribunaux «  dédiés » où les juges doivent boucler leur instruction en moins de 72 heures .  Comment espérer, pourtant, des résultats sans un profond changement des mentalités ? Cela passe par l’école mais aussi par les journaux et la publicité. Tant qu’un grand quotidien national présumé de gauche publiera, dans son  magazine du week-end, 20 pages de photos sado-masos montrant des femmes à quatre pattes ou les cuisses ouvertes,  les beaux discours humanistes resteront vains.

Télégramme de Brest

16 Novembre 2019

" Marquée au fer rouge", l'aide soignante Ingrid Levavasseur, ex Gilet jaune, n'a retrouvé qu'un emploi de nuit... un emploi


Pour ce 53ème anniversaire des Gilets jaunes, des milliers de manifestants sont  attendus  sur les Champs Elysées  et dans plusieurs grandes villes.   55% des Français leur expriment leur soutien. Et pourtant,  63% d’entre eux  ne souhaitent pas que le mouvement reprenne ! Ils craignent non seulement pour leur activité de commerçants  et leur liberté de circuler  mais , se souvenant que ces manifs ont déjà fait 11 morts et 4439 blessés,  pour leur sécurité . Une des héroïnes de novembre 2018, l’aide-soignante Ingrid Levavasseur, insultée et frappée par des camarades pour avoir voulu constituer une liste électorale, illustre tristement ce paradoxe : aujourd’hui , bien qu’elle ait ôté son gilet jaune et dénoncé  les violences,  elle n’arrive  à retrouver qu’un emploi  de nuit. «  Marquée au fer rouge » ….Nous voici  au cœur des contradictions que le gouvernement doit affronter. Promettre  de l’argent, alors qu’il a déjà lâché 12 milliards d’Euros ? C’est aggraver les déficits.  Contraindre de grands groupes  comme Total à verser des primes à leurs salariés ? C’est s’exposer à un  « effet boomerang » comme on l’a vu jeudi lorsque, sur l’insistance du  groupe pétrolier, la majorité a voté  le report à 2026 de l’interdiction de l’huile de palme dans les biocarburants … avant que le Premier ministre n’annonce un nouveau vote. En fait, Emmanuel Macron et son gouvernement  le savent : pour résoudre les problèmes des personnels hospitaliers, des étudiants, des agriculteurs , des foyers monoparentaux et  de toute  la France périphérique  progressivement désertée par les services publics , ce sont de  longues et coûteuses réformes qu’il faudrait entreprendre. Dès mercredi, Edouard Philippe  annoncera  donc un plan pour l’hôpital . Mais d’ici là,  le gouvernement ne sera-t-il pas à nouveau débordé ?

Télégramme de Brest

9 Novembre 2019

Les larmes de Rostropovitch jouant au pied du mur, la joie de la jeunesse est-allemande déferlant en masse... Christine Clerc était à Berlin le 11 novembre 1989. Elle se souvient de l'ivresse de la réunification, mais aussi de l'angoisse face à l'avenir


Au pied du mur bariolé , Mstislav Rostropovitch, étreignant son violoncelle, jouait, les larmes aux yeux, un Prélude de Bach. Une foule immense l’applaudissait. Des  centaines de jeunes Allemands de l’Est surgissaient, joyeux, par vagues successives. Une grande marque de champagne  leur distribuait , pour la photo, des flûtes en plastique avec lesquelles  ils trinquaient en riant , sous les yeux des  soldats du régime communiste, figés  la main sur leur revolver. Il se passait quelque chose d’extraordinaire. Je sautai dans le premier avion où il restait encore des places  .
Je me souviens du froid  qu’il faisait ce 11 novembre là à Berlin,  du jeune homme qui attaquait le mur à l’aide d’un gros marteau  et qui me tendit un caillou, toujours posé sur mon bureau comme un emblême de liberté, mais aussi des pauvres bougres qui arrivaient grelottant dans leur mince blouson de nylon. Rostro était parti. Le champagne aussi. Ce n’était déjà plus la fête. Par centaines de milliers, les pauvres avaient envahi la riche capitale de l’Allemagne de l’Ouest . Certains dans leur petite voiture vieillotte dont les moteurs à deux temps lâchaient, en pétaradant, une forte odeur de pétrole. La plupart, à pied.  Ils faisaient la queue devant les banques, où leur était remise une allocation de «  bienvenue » de 100 Deutschemarks -l’équivalent, pour eux, d’un mois de salaire.  Puis, on leur distribuait du café dans des gobelets de carton. Après quoi, ils erraient dans les grandes avenues désertes , collant le nez aux vitrines luxueuses de vêtements, de jouets  et de Hi-Fi , et aux vitres des rutilantes Mercédès. Mais bientôt, la circulation reprenait. On les voyait perdus au milieu des xlaxons, des lumières et des embouteillages du monde capitaliste. Des tonnes de canettes  de coca et d’emballages Mc Do jonchaient les trottoirs, sous les yeux désapprobateurs des Berlinois  de l’Ouest. Pas une fois en deux jours, je n’allais assister à une scène de retrouvailles chaleureuses, comme en diffusait la télévision. «  Après l’euphorie, me disait le philosophe André Glucsksmann,  ( * décédé le 10 novembre 2015 ) , les Allemands de l’Ouest découvrent que ceux de l’Est ne sont pas d’abord des Allemands, mais  des gens du tiers monde ». L’angoisse était perceptible : comment répondre aux immenses attentes de ces Européens de l’Est – allemands mais aussi polonais, hongrois, tchécoslovaques, etc – dont la misère était beaucoup plus profonde que nous ne le soupçonnions ?   

Télégramme de Brest

2 Novembre 2019

Chaque fois, l'addition s'allonge et la Commission de Bruxelles gronde notre gouvernement..


Depuis près d’un an-   depuis le début du mouvement  Gilets Jaunes – c’est devenu un rituel : le Président de la République ou le Premier Ministre se rend dans les « territoires » ou en banlieue ( jeudi en Seine St Denis).  Flanqué d’une  demi-douzaine de ministres, il  annonce une série de mesures visant tour à tour à compenser les pertes des salariés  victimes des hausses du prix de l’essence, relever  les salaires  des enseignants et policiers  et  remettre à niveau les équipements. Chaque fois, l’addition  de décembre 2018 – 10 milliards d’Euros - s’allonge. La gauche «  Libé »  s’en félicite :  ce relèvement du pouvoir d’achat va faire redémarrer la croissance  ! La droite souligne que le déficit budgétaire se creuse, sans que cela réduise le nombre de pauvres, qui dépasse désormais 9 millions. La Commission de Bruxelles gronde, notre Ministre  des Finances  répond  que le gouvernement est «  déterminé à poursuivre le rétablissement des finances publiques …le rythme de consolidation devant cependant tenir compte de la réalité sociale » et l’on se demande « Demain, qui  fera reculer Emmanuel Macron et Edouard Philippe ? » Les grévistes de la SNCF ? Les agriculteurs en colère ? Les infirmières ? Ou  les bénéficiaires de régimes de retraites spéciaux qui n’acceptent pas l’alignement, même reporté aux calendes grecques ? Autant de revendications légitimes , mais que le pays n’a pas les moyens de  satisfaire toutes, même en reportant les baisses d’impôts promises aux  entreprises et en rétablissant un ISF qui ferait fuir les investisseurs. Alors ? Sauf à espérer une embellie européenne, qu’annoncerait – divine surprise ! – la nouvelle présidente française de la Banque Centrale Européenne, Christine Lagarde,  Macron est condamné à  réformer  retraites et assurance chômage…tout en jouant les  Pères Noël.

Télégramme de Brest

26 Octobre 2019

En pleine guerre de religion, tu plaidais pour la tolérance. Et c'est dans l' Université de Bordeaux qui porte ton nom que de jeunes intolérants se réclamant de LGBT ont empêché la philosophe Sylviane Agacinski de prononcer une conférence sur la PMA !


Sylviane Agacinski , épouse de Lionel Jospin, est une philosophe  respectée, auteure de plusieurs ouvrages  dont «  L’homme désincarné » ( Tracts Gallimard )  où elle met en garde contre «  une idéologie ultralibérale  qui veut nous persuader que, puisque notre corps nous appartient, nous sommes libres de l’aliéner » . Elle s’oppose donc à d’autres  penseurs de notre temps comme Elisabeth Badinter qui veulent croire que  PMA et GPA ne conduiront pas  à une nouvelle forme d’esclavage, même si les riches  pourront s’acheter des enfants  engendrés par des femmes pauvres . Le sujet mérite débat et l’Université Bordeaux-Montaigne avait donc invité jeudi  la Pr. Agacinski à prononcer une conférence  qui devait être suivie d’une discussion ouverte. Mais des étudiants ou pseudo-étudiants LGBT ( Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Trans ) ont menacé la philosophe de violences . La soirée a dû être annulée. La liberté  a reculé devant la censure des brutes. Et cela, chez l’auteur des Essais, qui , en pleine guerre de religion catholiques-protestants, plaidait pour la tolérance !  Montaigne , réveille-toi ! «  Mais quoi, me dira-t-on,  n’êtes- vous pas vous-même intolérante quand vous plaidez contre le voile noir ? »  Désolée mais , contrairement au foulard  qui laisse voir les cheveux , le hijab est un signe d’appartenance à une idéologie  de combat  – la charia -  qui a  fait près de 300 morts et 3000 blessés en France depuis l’assassinat, en 2012 par Mohammed Merah, d’ une fillette juive. Là, comme tout récemment à la Préfecture de Police de Paris, il ne s’agissait pas de débat démocratique, mais de meurtre en série.   Qu’on nous permette donc de regretter que le Président Macron ait déclaré, à propos du voile noir dans les lieux publics :«  Ce n’est pas mon affaire ». L’empêchement  de débattre dans une Université de la République , ne serait-ce pas non plus son « affaire" ?   
 
 

Télégramme de Brest

19 Octobre 2019

Il se voit contraint à son tour de louvoyer , voire de reculer .


 «  Petit joueur », Emmanuel Macron  ? Ce mot méprisant de François Fillon n’a pas relevé l’image de l’ancien Premier ministre. Mais, comme toujours, la petite musique du doute sinon de  la calomnie fait son chemin. Le Premier ministre Edouard Philippe avoue-t-il – par trois fois dans l’hémicycle de l’Assemblée - «  l’impuissance » de la France à défendre les Kurdes contre les Turcs ? Le Ministre de l’Education , Jean-Michel Blanquer, soutenu seulement par l’exilé socialiste Manuel Valls, se voit-il montré du doigt par de jeunes députés LR et mis à la redresse  par sa collègue Agnès Buzyn pour avoir estimé que le port du voile dans l’espace public n’était «  pas souhaitable » ? Sur la réforme des retraites,  enfin, le chef du gouvernement se montre-t-il prêt, sinon à reculer, du moins à temporiser ? Autant de signes qui, s’ajoutant à l’échec personnel  du président de la République, dont la candidate à la Commission de Bruxelles, Sylvie Goulard,  a été retoquée par les parlementaires européens, apparaissent comme des  reculs . Certes, c’est un classique au pays d’Astérix : quand on veut affaiblir un chef, on le décrit «  fragile ».  Giscard, Chirac, Sarkozy, Hollande ont connu cela. Mais le jeune président, champion d’un « nouveau monde », croyait pouvoir surmonter, par sa  crâne volonté , les pesanteurs de notre vieux pays monarchique, régulièrement secoué  de spasmes révolutionnaires. Face au danger de « coagulation » des mécontents – infirmières, avocats, cheminots, retraités de toutes catégories - il se voit désormais contraint de louvoyer. Voire de reculer, comme le fit Jacques Chirac  au début de son mandat sur les retraites et à la fin, sur le Contrat Premier Emploi de Dominique de Villepin, pourtant voté par une majorité de députés. Bienvenue dans l’ancien monde !
 

Télégramme de Brest

12 Octobre 2019

Quel projet capable de redresser la France les héritiers de Chirac proposent-ils?


«  Territoires ! » clament-ils avec le président du Sénat, Gérard Larcher, qui vient d’effectuer une tournée quasi électorale à travers le pays et publie un livre intitulé «  Contre pouvoir » . Pour la droite LR,  réunie ce week-end pour élire son nouveau chef,  il s’agit  de contrer  Emmanuel Macron :  même son attention nouvelle pour les maires de communes rurales et  sa visite de 7 heures au salon de l’élevage en Auvergne ne font pas du chef de l’Etat, ce » technocrate » ou ce « représentant de la mondialisation capitaliste » ,un héritier de Jacques Chirac. Tandis qu’eux se partagent l’héritage : le favori Christian Jacob, bien sûr,  pour ses origines paysannes, ses 27 vaches laitières, sa constante réélection de député de Provins et  son titre de «  bébé Chirac » repéré voilà trente ans comme jeune syndicaliste agricole par le regretté président. Mais aussi Joël Aubert, qui fait de la célèbre formule  du fondateur du RPR «  Un chef, c’est fait pour cheffer », sa devise.  Et même  le cadet Guillaume Larrivé, le plus  libéral sur le plan économique et le plus radical  contre l’immigration puisqu’il propose, comme le RN, de «  stopper le droit du sol ». Mais  quand ils auront à nouveau souligné  l’échec de  Macron contre le terrorisme islamiste,  quel projet  capable de redresser un parti cruellement défait lors des  derniers scrutins électoraux et tombé  de 100 000 à moins de  50 000 votants, les hommes  de LR ( Aucune femme n’est dans la course… ) présenteront-ils au pays demain soir ?  En ces jours de grande inquiétude pour l’Europe, on attend  une vision du monde, des propositions ...et du charisme. Dommage que les militants n’aient pas fait appel au gaulliste Michel Barnier : sa vision de l’Union européenne et sa ténacité dans la négociation du Brexit ont fait l’admiration  de tous.   

Télégramme de Brest

5 Octobre 2019

Le langage du premier de classe reste techno


Dans les premières heures suivant l’agression criminelle à la Préfecture de Police de Paris,  Emmanuel Macron  s’est voulu  « droit dans ses bottes ». Avec à peine deux heures de retard sur son programme, il a repris sa tournée des «  territoires ». Déterminé à expliquer ses réformes et à convaincre  A Rodez, « tâclé » par un jeune au sujet du réchauffement climatique , il proteste «  Je ne vous laisserai pas dire que nous ne faisons rien ! »   Après une « annus horribilis » marquée par l’affaire Benalla et les manifestations des Gilets Jaunes, le Président n’a-t-il pas commencé  à remonter la pente des sondages ?   Sa tournée en province lui a permis non seulement de faire admirer sa connaissance  des dossiers et son aisance à l’oral mais de se rapprocher de ses électeurs. Déjà quinze « grands débats » –les derniers jeudi à Rodez , autour de l’épineuse réforme des retraites, et hier  à Clermont-Ferrand où il célébrait les cent ans d’un  journal régional,   La Montagne , non sans avoir – durant sept heures , suivant l’exemple de Chirac ! -caressé  le cou des vaches et réconforté les agriculteurs au «  sommet  de l’élevage ».  A la veille du lancement de la campagne municipale sur le thème des « Solidarités » par l’état-major de  LREM demain dimanche dans la bourgade de Crampagna  ( Ariège, 800 habitants ), c’était un effort de plus pour apaiser les 45% de Français opposés à sa réforme des retraites. Mais voilà : le langage du premier de classe reste techno. La chaleur chiraquienne manque. Les alliés  de Macron attendent des preuves, sinon d’amour, du moins de respect en se demandant pourquoi le parti présidentiel s’obstine, à Bordeaux, à opposer un candidat au successeur de Juppé . Or l’attentat de la Préfecture de Police sème l’inquiétude. Il risque de troubler à nouveau l’image présidentielle.
 

Télégramme de Brest

28 Septembre 2019

Comme s'il espérait gagner un jour, à son tour, l'affection des Français...


Comme toujours, à la mort d’une star,  chacun de nous pleure sur son propre passé -une jeunesse  heureuse, un temps où la France paraissait encore  presque  unie. Chaque homme politique tente  d’interprêter à son  profit l’ émotion collective …et d’en profiter pour tirer des flêches sur des adversaires  supposés moins « chiraquiens »  que lui.  Comme s’il se voyait déjà en candidat d’une droite humaniste  contre la « fracture sociale », le président de la région «  Hauts de France », Xavier Bertrand , rend hommage à un «  vrai humaniste attaché aux gens »et  rappelle  «  C’est Jacques Chirac qui m’a lancé dans la vie politique ». A son tour, le chef des « Insoumis », Jean-Luc Mélenchon, souligne  «  il aimait la France ». Mais pour ajouter aussitôt « mieux que d’autres depuis »…. Suivez son regard. Comme dans chaque éloge de l’ancien président par un politique d’opposition, c’est l’actuel président qui est visé : son absence de chaleur et de proximité, sa méconnaissance du terrain. D’Emmanuel Macron, on ne pourrait  certes pas dire ce qu’on dit de Jacques Chirac, et ce que lui-même  disait au soir de la mort de François Mitterrand «  Il avait un ami dans chaque village ». Macron en est conscient. Ce reproche ne lui a-t-il pas été  répété, avec violence, depuis des mois ? Aussi a-t-il rendu hommage à l’homme que «  si longtemps, nous n’avions osé aimer… » comme s’il espérait gagner un jour à son tour l’affection des Français. Mais devrait-il en conclure que ce peuple attend de ses dirigeants plus d’empathie et moins de réformes ? Que, face à  la mondialisation qui réduit chaque jour la marge de manœuvre nationale, il vaut mieux, comme Chirac à la fin de son règne , laisser se réduire notre industrie et filer les déficits sans alerter les Français ? Ce choix, Macron ne s’y résoudra pas.

Télégramme de Brest

21 Septembre 2019

" Stopper l'immigration" ,disait déjà le communiste Marchais ...


Cela dure depuis 40 ans. Qu’on soit de droite ou de gauche,  il convient de pincer le nez dès qu’on parle d’immigration massive et de fustiger les diables Le Pen père et filles. Mais à l’approche d’une élection – bientôt les municipales ! - tout change. Quatre jours après qu’Emmanuel Macron a scandalisé  ses propres supporters en s’en prenant à «  ces bourgeois qui ne croient pas à l’immigration car ce sont les plus pauvres qui en sont le réceptacle »,  le président centriste du conseil régional des Hauts de France, Xavier Bertrand, ose proposer ( dans Le Point ) des «  quotas d’immigration économique ». On se croirait  en 1981, quand le communiste Georges Marchais criait «  il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Ou en 1995, quand Jacques Chirac et Lionel Jospin décidaient de ne pas aborder le sujet immigration lors de leur duel présidentiel…  mais que Chirac promettait , à la veille du second tour, de maintenir les lois  Pasqua qui devaient rendre plus difficile l’entrée des étrangers .  Là où il est, l’ancien ministre de l’Intérieur  Charles Pasqua ( décédé en 2015 ) doit  sourire, lui le «  terrible » homme de droite, de voir sa proposition  de  traité  Europe-Afrique visant à freiner le phénomène migratoire en accélérant le développement économique de l’Afrique reprise aujourd’hui par Xavier Bertrand, un « centriste penchant à gauche ».  C’est qu’il y a urgence : pousser davantage d’électeurs dans les bras des Le Pen  pouvait être un calcul politique habile du temps de Mitterrand. Mais quand les anti-immigration deviennent si nombreux dans les classes populaires, tous les politiques se voient menacés. C’est le cas de  Mélenchon, qui préfère désormais ne parler que de lui-même.  Le cas aussi  des centristes. Et de Macron.