Impressions

25 Septembre 2013

Dans une lettre ouverte au prochain pape publiée en 2011 sous le titre " Le pape, la femme et l'éléphant " je demandais au futur successeur de Benoît XVI de revenir à l'Evangile et de tendre la main aux femmes, comme le faisait Jésus-Christ. Le Pape François aurait-il entendu mon appel ?


Très Saint Père, n’ayez pas peur !

« Imaginons que la papauté n’ait pas craint d’abandonner sa puissance temporelle. Imaginons qu’elle ait résisté à la tentation de proclamer, en 1870 dans des conditions politiques particulières, l’infaillibilité pontificale…
Imaginons que la hiérarchie catholique se soit dépouillée de ses vains honneurs …
Imaginons qu’elle renonce à s’appuyer sur de puissants réseaux de pouvoir pour se tourner vers « l’Eglise d’en bas ». Imaginons qu’elle soit assez universelle et assez jeune pour vous désigner, vous, le prochain Pape, parmi les pauvres d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Asie..
Imaginons qu’elle ose entamer une grande et profonde réforme à laquelle elle associe toutes les « religions sœurs » de la chrétienté pour un retour à l’Evangile.
Imaginons, enfin que, prenant conscience de sa faiblesse, qui est sa seule force, l’Eglise ne craigne plus d’entendre railler le christianisme comme une « religion féminine » et se décide à ouvrir les bras aux femmes.
Quel formidable signe d’espoir elle enverrait au monde !
Futur Saint Père…N’ayez pas peur ! »

Retour à l’Evangile

Cet appel au successeur de Benoît XVI, je le signai le 24 décembre 2010 en conclusion d’un livre publié au printemps 2011 « Le Pape, la femme et l’éléphant » où j’expliquai pourquoi, comme des millions de baptisées, je m’étais éloignée de la religion catholique de mon enfance. Non que je reproche à l’Eglise de ne pas s’adapter à la société moderne: je n’en peux plus de la violence de cette société, de son addiction au fric et à la pornographie. Tout à l’heure encore, au cinéma, j’ai failli sortir de la salle avant le film de Woody Allen ( Blue Jasmine, très fin tableau des ravages de l’argent au sein des familles ) tant les présentations de films à venir étaient sadiques et sanglantes .
Ce que je lui reproche, à cette Eglise, c’est de n’être pas restée fidèle au message de simplicité et d’amour de l’Evangile. C’est d’avoir confié à une assemblée d’hommes célibataires et âgés, pour la plupart très éloignés de la « vraie vie » mais hélas pas du luxe et du pouvoir, le privilège de « légiférer » pour des millions de fidèles et notamment pour des millions de femmes dont ils ignorent tout des conditions de vie. Alors que Jésus-Christ, lui, ne cessa pas de manifester sa sympathie, son respect, sa tendresse pour les femmes méprisées…
C’est dire que, lorsque le Pape François a débarqué d’Argentine avec ses vieilles chaussures noires et sa voiture modeste et s’est installé dans une petite chambre à l’Institution Sainte Marthe au pied des somptueux appartements du Palais du Vatican, j’ai pensé « Quelle leçon ! Quel camouflet pour Benoît XVI et les prélats de la Curie! Mais attendons la suite. Jean-Paul II, lui aussi, fut un as de la com’ – ce qui ne l’empêcha pas de s’allier, en 1994 au congrès mondial du Caire sur la population, aux ayatollahs d’Iran, du Soudan et d’Arabie Saoudite pour empêcher toute régulation des naissances par la contraception ni de s’appuyer sur de puissantes et riches organisations conservatrices telles que « l’Opus Dei » et « Les légionnaires du Christ ».
Donc, comme me le disait un ami Dominicain « Attendons de voir… »

De la tendresse, enfin !
Le deuxième pas s’est un peu fait attendre. Mais il est venu, avec cette longue interview à seize revues jésuites ( observons que les Jésuites , un temps marginalisés au profit de l’Opus Dei*, reprennent de l’influence, ce qui est tant mieux pour l’intelligence… ). Le Pape François n’y modifie pas le dogme, mais son approche de problèmes de société devenus absolument obsédants pour ses prédécesseurs – le divorce, l’avortement et la contraception, le célibat des prêtres, l’homosexualité, et la place des femmes dans l’Eglise- parait plus humaine. Car il sait trouver les mots pour exprimer la tendresse. Et rappeler que c’est un devoir, pour tous les prêtres, de plonger « dans la nuit » de chacun des hommes et des femmes qu’ils approchent. J’en connais, pourtant, qui ont été marginalisés, sinon sanctionnés pour cela. Nous voilà loin en tout cas, du langage de Jean Paul II et de celui de Benoît XVI, qui déclarait en survolant l’Afrique « le préservatif aggrave le problème » ou qui répondait, lorsqu’on l’interrogeait sur la place des femmes « Il y a aussi, à Rome par exemple, une église où l’on ne voit aucun homme, pas un seul, sur aucune peinture d’autel… »
Pourtant, le Pape allemand avait été, lorsqu’il s’appelait Josef Ratzinger, un théologien ouvert au mariage des prêtres. Mais, une fois Pontife, il avait dû en premier lieu de s’attaquer à l’ignoble dossier de la pédophilie, qu’il connaissait bien pour avoir alerté Jean-Paul II en vain depuis des années. Puis il découvrit l’ampleur de la corruption et des affaires de mœurs au sein même du Vatican. Le choc fut trop violent.
La mission qui incombe maintenant au Pape François est de remettre de l’ordre, de la probité et de la simplicité au Vatican. Mais aussi d’en finir avec un catéchisme dogmatique à l’excès et qui n’a plus grand-chose à voir avec l’enseignement de l’Evangile. Et de tendre la main aux femmes. N’ayez pas peur, Saint Père !
CC

A propos de l’Opus Dei

* A la suite d’un article récent dans Midi Libre ( Un nouvel Aggiornamento ?) où je citais le fondateur de l’Opus Dei, Escriva de Balaguer, un petit prêtre franquiste devenu Monseigneur et canonisé par Jean-Paul II, une responsable de la communication de cette puissante organisation m’ écrit pour me dire que le fondateur de l’Oeuvre et ses disciples n’ont jamais eu aucun engagement politique. Désolée, mais j’ai lu Camino et les autres œuvres d’Escriva de Balaguer : j’y ai retrouvé le style et les formules de l’Eglise d’Espagne de 1937 telle que la décrit, meurtri et indigné, Georges Bernanos dans « Les Grands Cimetières sous la lune ». J’ai lu aussi toutes les biographies de ce nouveau saint ; j’ai moi-même mené, pour l’hebdomadaire Le Point il y a une dizaine d’années, une grande enquête en France et en Espagne sur son organisation, dont les pratiques ont parfois approché celles d’une secte. Nul doute qu’elle a joué un rôle important- et bénéfique - dans le combat de Jean-Paul II pour Solidarnosc en Pologne et contre le communisme dans tout le bloc soviétique. Mais elle a été aussi le fer de lance des forces les plus réactionnaires, notamment en Amérique Latine , face à Dom Helder Cameron, « l’Evêque des pauvres » , dont on attend toujours la canonisatio