Valeurs Actuelles

21 Septembre 2014

Retour de Nicolas Sarkozy: enfin une bonne nouvelle pour François Hollande! Le Président espère ainsi pouvoir remobiliser la gauche.


« Un tsunami », annonçaient ses amis à la veille de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy, le 15 février 2012 sur TF1, sur le thème « ne pas me représenter serait un abandon de poste ». « Une ferveur messianique qui donne le tournis », dit aujourd’hui l’ex ministre de la Justice Rachida Dati. Une chose est sûre : ce soir, comme en 2004 lorsqu’il annonça son intention de prendre l’UMP malgré le président Chirac, l’intervention de Sarkozy va provoquer un arc électrique. 8 ou 9 millions de Français la suivront-ils devant leur téléviseur ? Comme d’habitude, il pourra en tout cas se vanter d’avoir battu les records d’audience et de faire revivre la vieille passion française pour la politique. Comme si, soudain, les défauts qui lui étaient violemment reprochés – son impatience, son langage brutal, sa volonté de « cliver », sa confusion entre le « showbiz » et l’exercice de la responsabilité d’Etat – se changeaient, sinon en qualités d’homme d’Etat, du moins en traits de conquérant à la Bonaparte, tel que le décrit avec brio dans son livre « Une histoire personnelle de la Vème République » Alain Duhamel . « En vitesse, en audace, voire en témérité, il n’avait pas de rival, se souvient le journaliste historien, membre de l’Institut. Sa trajectoire politique a ressemblé jusqu’en 2007 à la campagne d’Italie d’un jeune général corse. Il en avait aussi, il en a conservé les défauts : un autoritarisme constant, une incapacité à écouter les contradictions, une fringale de pouvoir, une personnalisation à l’outrance (…) Des impatiences et des colères sans cesse menaçantes, une passion étrange de toujours vouloir prouver, démontrer, dominer… » Bien entendu, le candidat à la présidence de son parti, soucieux d’apparaître, tel de Gaulle, en homme « au dessus des partis », se montrera « rassembleur » et adressera des signes à l’électorat du centre, hier trop négligé par souci de flatter l’électorat FN . Mais pourquoi se muer en radical-socialiste ? Alors que les Français désespèrent de l’impuissance du politique et se lassent de la façon qu’a François Hollande de ne pas choisir davantage entre deux politiques qu’entre deux femmes, il leur faut, croit-il, un « Bonaparte au pont d’Arcole » ! Là, deux dangers guettent le « revenant » : la griserie de communier avec les foules amoureuses des meetings UMP qui ne représentent qu’une fraction du peuple français, et la tentation de sous-estimer ses rivaux et adversaires, Alain Juppé et François Hollande . Or, le Président socialiste, si impopulaire soit-il, n’a pas seulement une capacité de résistance à l’échec et une maîtrise de lui qu’on a pu admirer lors de sa conférence de presse. Sa posture d’ « homme de devoir » qui ne songerait qu’à servir la France en tentant de la réformer au risque de n’être pas « en capacité » de se représenter en 2017 pourrait finir par émouvoir. Surtout s’il s’efface derrière un « quinqua » mieux placé que lui, un enfant de Rocard aux allures de Bonaparte : Manuel Valls. En attendant, voilà Hollande requinqué. Enfin, son adversaire a un visage ! Ce n’est plus la mondialisation, la chute de notre industrie, la finance omniprésente ou le terrorisme islamiste à cagoules noires, c’est un homme qu’il connaît et contre lequel il a des chiffres : un chômage qui augmenta de 1, 8% entre 2007 et 2012 alors qu’il baissait de 3,2% en Allemagne, une dette accrue de 26, 5% , un effondrement de la production industrielle …En les diffusant , le Président espère ressouder un PS déchiré et une gauche éclatée aux cris de « Au secours, Sarkozy revient ! Et avec lui, la droite dure ! »

Valeurs Actuelles

14 Janvier 2013

Cette chronique aurait dû paraître dans le numéro de Valeurs Actuelles daté du 17 janvier 2013. Mais, après seize ans de collaboration et d'entente courtoise avec ses préécesseurs François d'Orcival et Guillaume de Roquette - qui respectaient et appréciaient ma "différence" - Yves de Kerdrel , le nouveau directeur de l'hebdomadaire qui se veut le porte drapeau des "valeurs"d'une droite chrétienne, a décidé de se passer de moi. Sans préavis.


La nouvelle m’a bouleversée : l’autre jeudi, un ami français d’Egypte m’appelle pour m’apprendre qu’un crime effroyable vient d’être commis à Louxor. Dans la nuit, deux octogénaires coptes, héritières de la grande famille du pacha de Louxor, ont été égorgées dans leur maison, à l’entrée du temple de Ramsès II. Or, on ne leur a rien volé... Dans la foulée, mon ami m’apprend que le Club Med d’où l’on voyait- spectacle magique ! – le soleil se lever sur la montagne mauve de la Vallée des rois et se coucher sur le fleuve d’or parcouru par les felouques, n’est plus qu’un « trou noir ». Pendant qu’il me parle, j’entends le bruit des sabots des chevaux au trot et les claquements de fouet du caléchier, et je me souviens de la douceur des fins d’après-midi, quand on allait prendre un cocktail sur la terrasse du « Winter Palace ». Qu’est devenue la dame copte très chic qui vendait, à l’entrée de l’hôtel, des statuettes en onyx et des scarabées turquoise sous un portrait du Pape Jean-Paul II ? Elle est toujours là. Quel courage ! Après avoir, durant des siècles, résisté aux influences extérieures- même du temps du Colonel Nasser, qui fit construire le barrage d’Assouan par les soviétiques mais confia la sauvegarde des temples à la France de De Gaulle, Malraux et Christiane Desroches –Noblecourt - le pays des pharaons a fini par être gangrené par l’islamisme. S’y ajoute aujourd’hui le harcèlement des rares touristes : à Assouan, lieu de séjour mythique de Mitterrand, si l’on veut aller au temple de Philae, les fellahs tentent de vous faire payer trois fois le prix de la traversée en bateau… Cependant, mon ami me rappelle : à sa surprise, la presse locale a parlé de la fin tragique des sœurs Andraous. Les vieilles dames n’auraient pas été égorgées, mais massacrées à coups de barres de fer- ce qui permet de présenter ce double meurtre non comme un crime antichrétien, mais comme un « fait divers ». Cela ne ramènera pas les touristes. La misère va donc continuer de s’aggraver. Alors qui maintiendra l’Egypte des Frères musulmans à bout de bras ? L’Amérique d’Obama ?
La bonne nouvelle de ce début d’année vient en effet d’outre atlantique. Bertrand Marot, un notaire lillois devenu conseiller à la banque Petercam de Bruxelles, m’envoie chaque mois depuis l’élection de François Hollande ses prévisions. Pour la première fois, le ton est optimiste : « reprise plus durable aux Etats-Unis. » La croissance venue du ciel ne serait donc pas une illusion du président français ? En attendant, des Français continuent d’arriver chaque semaine en Belgique : « ils fuient l’instabilité fiscale ».
Depardieu, toujours lui : ses chemises brodées de Mordavie, ses baisers sur la bouche du Tsar Poutine. Mais qui se souvient de tous les intellectuels et hommes politiques victimes avant lui des mises en scènes de Moscou ? Voyez le radical-socialiste Edouard Herriot, qui fut président du Conseil et président de l’Assemblée : en 1932, invité par Staline, il ne voit pas la famine qui décime l’Ukraine, mais « des potagers de kolkhozes admirablement cultivés ».

La grande clameur m’a fait sortir pour aller voir passer les milliers de manifestants avec leurs drapeaux roses « Un papa, une maman ». C’était dimanche Bd Raspail. Toute la droite – ou presque – était là, avec ses cadres et leurs enfants, ses bourgeois, ses retraités et ses jeunes au look branché. Mais il y avait aussi des gens de gauche, derrière Georgina Dufoix, l’ex-Ministre de Mitterrand, qui disait en 1981 « Mon cœur battra toujours à gauche » Un fleuve immense ! Cela m’a rappelé les Champs- Elysées le 30 mai 1968, quand nous scandions « De Gaulle n’est pas seul ! » C’était la première fois que je descendais dans la rue : pour que le vieux Général, infiniment triste dans son Palais de l’Elysée, entendit monter vers lui notre reconnaissance. Pourquoi, cette fois, suis-je restée sur le bord du fleuve, bien que le mot « mariage », choisi par François Hollande pour plaire à son aile gauche, ne me paraisse pas le bon ? Je n’ai pas aimé, dans le petit livre rose de Frigide Barjot « Touche pas à mon sexe ! » les passages sur « la sexualité boulimique » des personnes homosexuelles et leur « presse spécialisée où le sexe est omniprésent »- comme s’il n’existait pas une presse porno pour hétéros genre DSK… Je pensais aux amis que cela blesserait. Après son triomphe dans la rue, la droite ne devrait-elle pas faire un geste envers ses enfants blessés ? D’ailleurs, n’a-t-elle pas lancé elle-même par le passé de grandes réformes de société ? C’est de Gaulle qui fit voter, en 1967, la loi sur la contraception et ce sont Giscard et Chirac qui demandèrent à Simone Veil, en 1975, de plaider pour l’IVG réclamée par la gauche. A son tour, maintenant qu’il est sacré « imperator » par la guerre au Mali, Hollande peut se permettre, sans être taxé de faiblesse, de faire un geste d’ouverture.





Valeurs Actuelles

10 Janvier 2013

Quand on aura fini de se disputer sur le mariage, il faudra s'intéresser à tous ces ados sans père - ou avec père démuni.


On en voit, dans les manifestations anti « mariage pour tous », pousser des landaus sous la banderole « Un papa, une maman … » On en voit aussi, dans le train du retour de la montagne, aux prises avec un bambin qui s’échappe dans le couloir ou avec un ado rendu sourd par ses écouteurs. Ces derniers sont des pères divorcés, impatients de ramener l’enfant à la mère avec sa valise de linge sale. Mais où sont donc tous les autres ? Que sont devenus les pères des quelques 5 millions d’enfants élevés par des femmes seules ? De bas en haut de l’échelle sociale, le phénomène se propage. Marion, « assistante à la personne » dans une maison de retraite en Provence et femme de ménage durant ses heures libres, confie qu’elle ne « tient plus » ses deux gros garçons de 16 et 17 ans. Son mari la battait. Quand ils ont divorcé, il a voulu garder ses fils. Puis, il les a pris un week-end sur deux. Puis il s’en est désintéressé et a cessé de payer sa maigre pension alimentaire. Schéma classique. Elle a trouvé depuis un compagnon du dimanche, en principe doué d’autorité : il est policier. Mais les garçons ne le supportent pas « D’abord, t’es pas mon père… » Quant à Sabrina, la séduisante patronne d’un salon de coiffure parisien, qui a l’air de n’avoir peur de personne, elle confie sa souffrance : depuis que sa fille Juliette, 20 ans, est inscrite dans une école supérieure d’Aix en Provence où elle lui paie une colocation à 450 euros par mois, mademoiselle l’étudiante traite sa mère comme le faisait son père: « comme une bonniche ». Encore Sabrina estime-t-elle avoir de la chance : Juliette ne s’est pas convertie à l’Islam, comme la fille voilée de noir de l’une de ses amies; elle n’a pas non plus fait une fugue pour rejoindre les écolos sur le terrain du futur aéroport de Notre Dame des Landes comme Geneviève, 16 ans dont les parents ont été molestés lorsqu’ils sont venus gentiment rechercher leur fille au milieu de ce carnaval triste. Quand on aura fini de se disputer sur le mariage, il faudra songer à s’intéresser à tous ces ados sans père- ou avec père démuni.

Il m’arrive de citer la boutade de Louise de Vilmorin « Il n’y a plus que les curés et les homosexuels qui veulent se marier ! ». Plus sérieusement : une « union civile » améliorée, permettant aux personnes homosexuelles d’assurer à leur compagne ou à leur compagnon la disposition de leur appartement et le versement d’une pension de réversion en cas de décès m’aurait paru souhaitable pour répondre à l’angoisse d’une majorité d’entre elles. « Leur principal souci, c’est : que se passe-t-il pour l’autre si je meurs ? » atteste Claude Besson, responsable de pastorale chez les Frères des Ecoles chrétiennes et auteur de « Homosexuels catholiques, sortir de l’impasse ». Mais tant d’entre eux ont été si blessés par les comportements et les termes employés à leur égard, parfois dans leur propre famille, qu’il leur fallait ce signe de reconnaissance. Pour le reste – adoption, procréation médicalement assistée- un grand débat public ouvert à toutes les disciplines s’imposait, par exemple à la Sorbonne comme le suggère Monique Pelletier. Il faut lire la tribune sur l’homoparentalité publiée dans « Libération » par l’ancienne ministre de la Condition féminine de Giscard, mère de sept enfants : profonde expérience humaine, expertise de juriste, ancien membre du Conseil constitutionnel, et générosité. On aimerait entendre, dans cette grande dispute, davantage de voix aussi maternelles - ou paternelles.
Ce qui manque le plus à François Hollande, qui n’a jamais voulu du mariage pour lui – pas même avec Ségolène Royal qui a partagé sa vie durant vingt-cinq ans et lui a donné quatre enfants - c’est cette dimension paternelle : il ne sait pas nous rassurer. Voyez l’affaire Depardieu : le président de la République se serait entretenu, nous dit-on, pendant une heure au téléphone avec l’acteur, sur le point de s’envoler pour Moscou. Il n’a pas su lui dire « Gérard, mon grand, reviens à la maison, nous t’aimons et nous avons besoin de toi ». Ce qui n’était au départ qu’une opérette désopilante à la Offenbach comme l’Ile de Tulipatan ( un régal, monté au théâtre Louis Jouvet par la Compagnie des Brigands) s’est donc mué en farce tragique, où l’on voit notre Cyrano-Obélix finir en faux Raspoutine manipulé par le Tsar Poutine.
Même absence d’autorité paternelle dans le débat sur le « mariage gay ». Pourquoi avoir laissé Vincent Peillon, l’enfant gâté du gouvernement, relancer la « guerre scolaire » en appelant l’enseignement catholique à « la plus grande vigilance » ? On songe au « petit Père Combes » - le président du Conseil qui fit voter, en 1905, la loi de séparation d’Eglise et de l’Etat, contraignant des élèves comme Charles de Gaulle à émigrer avec leur collège de jésuites…en Belgique. Le leitmotiv de la campagne du candidat socialiste n’était-il pas, pourtant, de « rassembler » ?


Valeurs Actuelles

3 Janvier 2013

"La France a peur", disait Roger Gicquel en 1976. Que dire trente- sept ans plus tard?


C’est une boutique qui ne paie pas de mine, à l’entrée du centre commercial Intermarché de l’Isle sur la Sorgue ( Vaucluse ). Un serrurier y reproduit des clés et en l’attendant, on colle le nez sur une vitrine fermée à clé. Là, sous les yeux arrondis d’émerveillement d’un petit garçon, sont exposés toutes sortes d’effroyables couteaux. Des couteaux suisses et des Opinel , bien sûr, pour le casse-croûte et pour faire un trou dans la terre afin d’y planter une lavande. Des Laguiole pour la viande. Mais aussi d’énormes coutelas de boucher, des couteaux à dépecer le gibier fumant et un poignard étincelant, dont la large lame, hérissée d’une demi-douzaine de dents, fait surgir des images d’entrailles déchiquetées. J’interroge le serrurier « C’est en vente libre ? » Il acquiesce. « Et ça se vend bien ? » « Oui, très bien. En ce moment, tout le monde a peur. »
Ce matin même, à la radio, j’ai entendu que, après l’assassinat de 27 enfants dans une maternelle aux Etats-Unis, Barack Obama avait pleuré. Des milliers de militants anti armes ont manifesté pour qu’on interdise enfin outre Atlantique la vente libre de révolvers et des millions d’Américains ont fait la queue pour rendre un vieux fusil, repris par les Etats pour 150 dollars. Imaginons qu’ils les changent pour des couteaux à cran d’arrêt. On appellerait ça un progrès.

Le plus terrible, c’est qu’on se fait à tout – y compris, quoi qu’on en dise, à cette contagion de la violence. Chaque jour, bien sûr, un fait divers relaté à la radio ou une « incivilité » constatée dans le métro ou dans la rue, suscite notre indignation . « Dans quel monde on vit ! Ca ne peut plus durer ! » Après la tuerie d’enfants de Sandy Hook, le viol collectif, en Inde, d’une jeune fille qui en est morte m’a bouleversée - d’autant que je sais, par Cécilia Attias (qui a créé une fondation pour les « Girls ») et par Marie-Claude Tesson, présidente de l’Association Equilibres et Population, que des dizaines de millions de fillettes et d’adolescentes dans le monde sont chaque année victime de viols, de mariages forcés et de grossesses précoces qui provoquent des éventrements. Cependant, notre seuil de tolérance individuelle et collective semble s’élever en même temps que les statistiques. Voyez les voitures brûlées du 31 décembre. C’était un tabou. Pour avoir posé une question à ce sujet lors d’une conférence de presse, je fus punie d’une mise en quarantaine par Nicolas Sarkozy. Son successeur place Beauvau, Manuel Valls, a décidé de révéler les chiffres. Nul doute qu’ils feront la Une. Et puis, une nouvelle chassera l’autre.
Reste un « climat » : « La France a peur » disait Roger Gicquel au lendemain de la découverte du corps de la petite victime de Patrick Henry. C’était en 1976, du temps de Giscard. Que dire 36 ans plus tard ? Et comment préparer nos enfants à ce monde-là ? Un ami volontiers provocant me dit : « Il faut cesser de leur apprendre à être bien élevés, à céder leur place dans le métro, à répondre gentiment à un inconnu… C’est fini, tout ça ! Nous sommes dans un autre monde, où seuls les plus forts, les caïds s’en tireront. Regarde Tapie : à quoi il a résisté ! Initier les enfants – garçons et filles - à des sports de combat, oui. Mais les leçons de piano et les bonnes manières, c’est terminé ! »

C’est à ce climat-là, autant qu’au désir d’alternance, que François Hollande a dû son accession à la présidence de la République. Après Sarkozy, le pays croyait avoir besoin d’un homme « apaisant ». Mais voilà qu’au fil des mois, le président « normal », bourgeois provincial et enarque bon teint, disciple jovial du social démocrate Jacques Delors, a fini, à force de se vouloir habile, de distribuer des petites satisfactions à chacune de ses gauches sans oublier les Verts et d’alterner l’éloge du plan Gallois pour la compétitivité et les discours et impôts contre le « monde de la finance », par inquiéter tout le monde. Les critiques les plus sévères de cette ligne indécise et finalement anxiogène sont venues, en ce dernier week-end de 2012, des propres amis politiques de Hollande : Jacques Julliard, auteur d’une passionnante histoire pleine de portraits contrastés « Les gauches françaises », et Jacques Delors lui-même.

En boucle à la TV, des images de consommateurs qui rendent ou revendent leurs joujoux électroniques de Noël . Et puis, notre formidable cadeau collectif de fin d’année: la commande, enlevée par les chantiers navals de Saint Nazaire, d’un super paquebot de croisière qui pourra transporter plus de 8000 personnes – deux fois plus que le Costa Concordia couché devant un port italien. C’est une grande joie, et en même temps une inquiétude: le monde nouveau dont la crise devait accoucher – un monde sans pollution pétrolière et sans navires géants pour gâcher les plus belles baies de notre Méditerranée- ce n’était donc qu’une illusion ?

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20 Décembre 2012

Tous ces Français excédés tentés de s'installer ailleurs, seront-ils traités par Ayrault de "mauvais Français"?


C’est le nom d’une fédération présidée par un fils d’agriculteur, ancien agent des Télécom, Alain Bruguier, et qui regroupe 600 associations de terrain : contre la prolifération des éoliennes. Je suis tentée d’y adhérer immédiatement quand je croise, sur l’autoroute du Sud, ces grands échassiers mécaniques obsédants qui distraient l’attention du conducteur et barrent l’horizon, et quand j’entends Delphine Batho proclamerque leur nombre actuel en France ( environ 4000 ) va être multiplié par dix pour nous permettre de sortirplus vite du nucléaire et de rattraper notre retard sur l’Allemagne et le Danemark. Cela représentera, certes, un petit pactole pour les communes pauvres qui accepteront, moyennant indemnisation, de subir jour et nuit le spectacle et le bruit de bourdon des éoliennes. Mais la ministre de l’Environnement le sait-elle ? Pour transformer leur énergie, l’Allemagne a dû construire des centaines de centrales thermiques à charbon.« Celan’a fait qu’aggraver, m’explique Didier Wirth, (un ancien industriel qui se consacre désormais à « Vent de Colère » et préside le Comité des Parcs et Jardins ) un taux de CO2 par habitant très supérieur à celui de la France ». Autre problème : le mégawat, vendu 45 Euros par EDF quand il est produit par une centrale nucléaire, reviendrait à 84 euros, produit par des éoliennes terrestres, et à 260 euros , produit par des éoliennes « offshore » - « Preuve, souligne encore Wirth, qu’il y a beaucoup d’argent à gagner dans ce secteur par les industriels allemands qui en sont les grands maîtres. » Surtout si l’Etat français leur apporte son concours ! Et voilà comment, sous la bannière écolo « Sauvons la planète ! » s’avanceraient de grands intérêts capitalistes. Et voilà pourquoi « Vent de colère », qui recrute d’innombrables soutiens à travers toute la France – à commencer par celui de Valéry Giscard d’Estaing- va déposer une plainte à Bruxelles contre les aides apportées par l’Etat à une industrie prétendument verte. Ma science en ce domaine est, j’en conviens, toute nouvelle. Mais ces chiffres devraient faire l’objet d’un grand débat national.
Pour ma part, je suis surtout sensible aux paysages, le seul atout « indélocalisable » qu’il nous reste. Croit-on que 84 millions de touristes, faisant vivre plus d’un million de personnes et rapportantchaque année au pays 45 milliards d’Euros ( quatre fois plus que l’industrie automobile) continueront à venir en France si nos plaines, nos montagnes et nos côtes sont hérissées d’éoliennes comme le sont les côtes de la Mer du Nord ?
Rire et colère. C’est la réaction qui me vient lorsque, de passage à Lyon, je découvre, dans la prospère et touristique capitale des Gaules, un petit hôtelà prix modique ( « Le Boulevardier »)à deux pas de l’Opéra. Par chance, il y reste, au premier étage, une chambre « design » fraîchement repeinte, avec une salle de bains toute neuve dont la large entrée me surprend. « C’est la chambre pour handicapés », m’explique l’aubergiste : bien que la maison du 15ème siècle soit classée – ce qui interdit de l’équiper d’un ascenseur - l’administration lui a imposé, pour le principe, de coûteux aménagements… Un peu plus bas, à Orange, visite à mes amis Nathalie et Philippe Baudoin chez qui je descends tous les ans en juillet pour les Chorégies.Ils ont rénové les 28 chambres de l’hôtel fondé par leur arrière-grand-mère et les ont rendues si pimpantes et confortables que« Le Glacier »,tout proche du Théâtre Antique, a décroché des étoiles et embauché du personnel. Mais cette année, coup dur : pour se mettre « aux normes » de l’accueil handicapés, les Baudoin ont dû entreprendre de lourds travaux, pour un montant de 200 000 euros ! Impossible de discuter : « devant la commission départementale d’accessibilité, on se croirait à un procès soviétique »…
Tous ces Français excédés, parfois tentés, comme l’est aujourd’hui le patron de mon bistro du coin parisien ( Le « 138 Parnasse », imbattable rapport qualité-prix, une douzaine d’employés ) de partir s’installer à Malte ou ailleurs, seront-ils traités par le Premier ministre de « mauvais Français » , voire de « minables » comme l’est Gérard Depardieu, qui achète une maison dans un village belge ? A voir son teint blême et sa bouche crispée, on sentait, depuis plusieurs semaines déjà, que Jean Marc Ayrault l’homme tranquille de l’Ouest, était profondément déstabilisé. « L’enfer de Matignon » ? La contrariété de voir contester son cher projet d’aéroport nantais ? Le lâchage des syndicats de Florange et d’une partie de l’électorat de gauche, qui se disent trahis par l’accord passé avec Mittal dans le dos du ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg ? Ou simplement, le constat d’impuissance face à la mondialisation ? En désignant notre Cyrano-ObélixDepardieu comme bouc émissaire, le Premier ministre en a fait un symbole.

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13 Décembre 2012

Si les militants socialistes revotaient aujourd'hui, peut-être Valls arriverait-il en tête?


« Populaire » – qui retrace en images rétros l’ascension d’une fille d’épicier de village devenue, à force de naïveté, de travail et d’amour, la star mondiale de la dactylographie, couronnée à New-York dans les années 50 - n’est pas un grand film. Mais j’ai failli verser une larme avec l’actrice Deborah François, qui joue la dactylo. Nostalgie, nostalgie ! La recette est aussi efficace que celle d’Amélie Poulain et il faut s’attendre à voir sortir beaucoup de films de ce genre, pour nous reposer de la violence et du sexe envahissants des années 2000 et nous consoler du grand chambardement mondial qui emporte un monde de machines à écrire Japy de couleur grise et de cafetières blanches Moulinex, fabriquées à la campagne par des ouvrières blondes en blouse rose - un monde, aussi, de hauts fourneaux qu’on appelait « cathédrales » et d’invincibles héros casqués d’orange qui faisaient jaillir de l’acier en fusion des étincelles .
Les héros ressemblent désormais au poète « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes ». Edouard Martin, le syndicaliste CFDT - belle gueule d’acteur des années 50 sur son blouson orange -, avait cru à la nationalisation du site de Florange et au renvoi, par un Etat français tout puissant, du patron de Mittal, qui broie les ouvriers et ne tient ses promesses qu’aux actionnaires. Il crie sa colère au Président Hollande « Nous occuperons le site jour et nuit ! Nous serons votre malheur ! » Mais soudain, sa voix se brise et l’on croit entendre un sanglot.
Nous saurons un jour la vérité sur ce nouvel épisode de la tragédie lorraine – que tous les gouvernements ont dû affronter depuis le premier « plan sidérurgie » de Raymond Barre ( 1976). Mais déjà, l’image des principaux acteurs du gouvernement en sort changée : Jean-Marc Ayrault, qui a négocié avec le géant indien dans le dos de son ministre du Redressement productif, n’est plus le brave garçon timide, prenant tous les coups pour les autres. La bouche crispée par un mauvais pli, le Premier ministre rend les coups – sous la table, dans les tibias. Pendant ce temps, le Président fait mine de prendre de la hauteur mais entretient la confusion sur sa « ligne ». Quant à Arnaud Montebourg, il serre les dents en Conseil des ministres, où il paraît tout pâle, les yeux cernés. Comme il doit souffrir ! Et comme il est stoïque ! Mais à peine sorti de l’Elysée, il oublie la règle de son aîné Jean-Pierre Chevènement ( « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ! ») pour se laisser aller à quelques confidences et soupirs. A 50 ans tout juste, Montebourg est toujours cet adolescent fragile et provocant dont les femmes protectrices ont envie d’ébouriffer les cheveux.
Manuel Valls, 50 ans lui aussi, a réussi en revanche à s’imposer dans le rôle du grand frère protecteur - lui qui, voilà un an, figurait, avec 5% des suffrages aux primaires socialistes ( contre 17% à Montebourg ), le petit dernier de la classe. De Grenoble à Bastia, le ministre de l’Intérieur est présent partout où l’on assassine, affirmant partout, avec de jolis coups de menton, sa détermination à faire respecter les lois de la République. « Pourquoi faites-vous toujours la gueule ?» lui demande Franz-Olivier Giesbert dans une émission ( « Des paroles et des actes », France 2) où Valls est confronté à une Marine le Pen particulièrement pugnace sur le thème de l’immigration. « Pourquoi ? Mais parce que la situation est grave ! » C’est beau comme l’antique. En tout cas ça plaît, et pas seulement au « peuple de droite » déboussolé, ce genre Sarkozy en plus contrôlé. Si les militants socialistes revotaient aujourd’hui, peut-être Valls arriverait-il en tête?
Angers. Le matin même, toute la presse régionale et locale l’a annoncé : la Première dame de France arrive ! En Une de Ouest France et du Courrier de l’Ouest, Valérie Trierweiler conte son enfance angevine. Et la voilà en chair et en os, vêtue de noir, assise à une table du Centre Communal d’Action Sociale où l’on a disposé sur des planches en plastique carottes, pommes de terre et navets coupés en dés. A 11 heures du matin, elle goûte la soupe qu’elle trouve excellente et donne la recette de celle qu’elle aime préparer pour qui vous savez ( « Avec un peu de crème pour la douceur ? » - « Oui, mais pas trop, pour le régime… ») Attablés autour d’elle, quatre « mamies », trois handicapés et deux enfants. Debout derrière elle, trois gardes du corps farouches ( et combien de policiers en civil ? ), une dizaine de photographes et cameramen, quelques officiels et une trentaine de curieux. Quelques minutes plus tard, sur la place où l’on a dressé les stands du Téléthon, quelqu’un souffle à un jeune et joli apprenti couvreur-zingueur de 15 ans, « Fais-lui un cœur en ardoise! » Morgan s’exécute devant les caméras et la Première dame l’embrasse. On s’émerveille. Qui disait que le Président de la République et sa compagne étaient impopulaires ? Oublié, le fameux tweet de juin ! Hélas ! Deux jours plus tard, un procès de la compagne du Président à deux journalistes et deux lettres – de François Hollande et de Manuel Valls- font replonger l’Elysée en pleine saga « people »…

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6 Décembre 2012

Pour ses amis de droite et du centre, le maître de maison a sorti un excellent vin. Et voilà qu'ils menacent de s'étriper !


- Fillon ? Il résiste maintenant, parce qu’il est poussé par les siens, mais c’est une couille molle ! Une Sainte-Nitouche, avec son petit sourire en coin et ses fausses bonnes manières…
- Et Copé ? Le triomphe de la triche ! Le coup de force ! C’est ça, que tu admires ? Tu confonds courage et brutalité. Comme si tes valeurs étaient maintenant celles des petits caïds des cités ! Elle me consterne, ta droite « décomplexée » fascinée, comme en 1940, par la transgression !
- Je t’en prie, ne te prend pas pour un résistant ! Au fait, à Matignon, ton Fillon s’est écrasé pendant cinq ans quand Sarkozy était à l’Elysée !
- C’est quand même lui qui a eu le courage de dire le premier, dès 2007 « Je suis à la tête d’un Etat en faillite ! » Sans lui, Sarkozy aurait creusé encore davantage les déficits ! Il fallait du courage pour garder la maison, quand tant d’amis lui disaient « Démissionne et deviens un recours ! »

C’est un dimanche à la campagne. Il fait beau, le rôti de bœuf est excellent. Pour ses amis de droite et du centre, le maître de maison a sorti un excellent Châteauneuf du Pape. Et voilà que, laissant refroidir la viande, ils menacent de s’étriper ! Cela fait quinze jours, pourtant, que dure ce feuilleton et l’on pourrait croire qu’à bout d’arguments, ils se lassent. Mais non : toujours la même passion, même si elle n’emporte que deux convives, les autres cherchant plutôt à savoir « Est-il vrai que le scrutin a été volontairement mal organisé pour que les gens renoncent à faire la queue deux fois trois heures ? Pensez-vous qu’un nouveau vote pourrait avoir des résultats très différents ? Est-il vrai que le directeur juridique de l’UMP a été « démissionné »par le secrétaire général, Copé, parce qu’il s’opposait à certaines pratiques ? »
Personne, autour de la table, ne croit plus, quelques heures avant la nouvelle proposition du « président proclamé » - revoter en janvier – et le refus de son rival Fillon, que Nicolas Sarkozy puisse encore se faire obéir. Soupir d’une fidèle sarkozyste « Je me demande s’il a bien fait d’intervenir. Il va y perdre son autorité… »

Heureusement que Montebourg est là pour détendre l’atmosphère. Le ministre du Redressement productif aurait-il menti en affirmant devant les députés qu’il avait trouvé un repreneur capable- « excusez du peu ! » - de mettre 420 millions d’euros sur la table pour reprendre le site de Florange ? On le prenait pour Cyrano : c’est un Pinocchio ! Pourtant, Jean-Marc Ayrault a l’air très gêné vis-à-vis de son impétueux ministre, et François Hollande ne veut surtout pas de sa démission. Il préfère garder près de lui un ancien rival qui créa la surprise voilà un an en obtenant 17% des voix aux primaires socialistes ( contre 39% au futur Président ). Faiblesse ? Ou habileté ?

Au dessert, la gaieté revient car on aborde le chapitre des travaux dans les maisons. Il n’y a pourtant pas de quoi se réjouir : un mois après son passage, le menuisier n’a toujours pas envoyé son devis. Le maçon, qui ne connaît décidément rien aux règles de l’étanchéité, a mal préparé sa chape de béton. Résultat, l’humidité remonte … Quant au plombier, il a monté la baignoire à l’envers ! « A l’envers, comment ça ? » Le récit, un vrai sketch pour Muriel Robin, déclenche l’hilarité. Au fait, vous souvenez-vous du « Monsieur Gomez » qui a monté la porte de sa salle de bains de telle façon que, quand elle la « pouche » elle bute sur le lavabo ? Aujourd’hui, le plombier n’est plus portugais, il est polonais, serbe, voire chinois. Mais les problèmes demeurent. Que la maison se trouve en Normandie ou en Provence, impossible de trouver de bons artisans, qui tiennent les délais. Et quand on tombe sur l’oiseau rare, il se montre incapable de faire ses comptes : auto-entrepreneur, il casse les prix, faisant ainsi une concurrence déloyale à ses voisins. Mais que cessent les avantages fiscaux liés aux premières années, il s’aperçoit que les charges et la TVA mangent son bénéfice et il relève brutalement ses tarifs… Encore heureux s’il paie son assurance et cotise pour tous ses salariés ! Conclusion : voilà un secteur d’activité qui devrait créer des milliers d’emplois pour des Français bien formés. Mais combien d’artisans le sont-ils vraiment ? Et combien, même doués, s’avèrent incapables de diriger une équipe et de gérer une petite entreprise ? Nous voici au café. Un couple d’invités britanniques raconte comment il a fait construire sa maison contemporaine dans le Devon : en s’adressant à une entreprise allemande ! Trois mois jour pour jour après la commande, d’énormes camions allemands traversaient la campagne anglaise. Et bientôt, la maison était terminée – au jour dit. On aimerait savoir ce qu’en pensent Copé, Fillon et Montebourg. Et quelles sont leurs propositions pour le bâtiment « à la française ».

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6 Décembre 2012

Les souvenirs de Madeleine Malraux et la publication de lettres inédites de l'auteur de "L'Espoir" font revivre l'écrivain dans toute sa complexité


Une photo- très belle - montre André Malraux accoudé au piano double de Madeleine, quand il lui disait : « Tapez sur votre piano » et qu’elle lui jouait du Satie. C’était juste après la guerre. Ils avaient beaucoup souffert : lui s’était séparé de Clara et avait perdu son grand amour, Josette Clotis, la mère de ses fils Vincent et Gauthier, tombée sous un train alors que l’écrivain combattait en Alsace-Lorraine. Elle, Madeleine, avait perdu son mari, Roland Malraux, le frère d’André, arrêté pour faits de résistance et déporté alors qu’elle attendait leur fils Alain. L’écrivain et la pianiste venaient de s’installer – chacun à un étage - dans une belle villa de Boulogne sur Seine où Madeleine élèverait les trois petits garçons . Un jour, elle avait offert à André un parfum nommé « Espoir » et il l’avait regardée« Alors, vous m’aimez aussi ? ». Mariés, ils allaient faire le tour du monde : on les voit chez Nehru, chez les Kennedy et, bien sûr, avec le Général de Gaulle à la Comédie française ou à table avec les Pompidou. Madeleine est cette jeune femme mince et élégante, portant robes haute couture et gants de chevreau jusqu’aux coudes, qui va de réceptions officielles en concerts à Carnegie Hall, puis cette octogénaire assise à son piano avec la grâce d’une jeune fille pudique à la tête penchée. On se dit « Quelle belle vie ! » Et soudain, en regardant les photos et dessins qui illustrent son livre-album , on commence à lire le journal tenu de 1944 à 2011 par Madeleine et mis en forme par sa petite fille Céline et l’on plonge dans un gouffre de douleur. Extrait : 19 décembre 1964 ( le soir du fameux discours « Entre ici, Jean Moulin ! ) « André est parti tôt ( du pavillon de la Lanterne à Versailles, mis à sa disposition par le Général ) sans prévenir. Nous prendrons un taxi … » Mais le taxi se fait attendre. Elle n’arrivera place du Panthéon qu’à la fin du discours. Le déjeuner qui suit est « encore plus silencieux et crispé que d’habitude. Je suis sa chose ! Chose qu’il a oublié de considérer … ». Depuis quand « ces colères rentrées, ce bouillonnement effrayant signalant l’explosion imminente » ? Depuis toujours, sans doute, mais le mal s’est aggravé le 24 mai 1961. Cette nuit-là, Gauthier et Vincent se tuent en voiture . « Pour Vincent ( le fils rebelle) je l’ai toujours su… » lâche André. Il n’en reparlera jamais plus. Même pas pour remercier Madeleine d’avoir tant aimé ses fils. Ni le whisky ni la compagnie de Louise de Vilmorin ni même l’amitié attentive du Général n’y feront rien.
C’est bien le même homme , pourtant, le même Malraux vieilli, sombre, au visage parcouru de tics , qui retrouve son impertinence de jeune « farfelu » pour adresser à de Gaulle , le 7 juin 1966, ce mot de remerciement pour le prêt du pavillon de chasse de Marly « Il y a , dans le jardin, un lapin de garenne apprivoisé. Je lui ai conseillé de rester là, au cas où vous reviendriez… » Le même Malraux qui adresse, le 8 octobre 1964 à Marc Chagall, cette lettre si délicate à propos de l’Opéra Garnier « Vous avez changé le plafond, mais le plafond a changé la salle (…) Les gens comprendront bientôt tout cela – et aussi l’âme de votre conte de fées, quand ils comprendront que ce qu’ils appellent votre pittoresque est presque toujours une forme de tendresse ».
C’est dire que les « Lettres choisies »( 1920-1976), pour la plupart inédites, publiées aujourd’hui par Gallimard , nous dévoilent un autre Malraux : l’ami fidèle et généreux, capable d’admirer sans l’ombre d’une envie Martin du Gard ou Camus et de « chantonner » en apprenant qu’ils ont eu le Nobel que lui n’aura jamais. Malheureuse Madeleine qui n’aura guère connu ce visage-là ! Restée « Madame Malraux », elle en a pourtant reçu la lumière. Alors, chaque jour à 11 heures, dans son appartement orné d’œuvres d’artistes amis de l’écrivain elle se met au piano et joue pour André « Avec une légère intimité » d’Eric Satie.

Céline et Madeleine Malraux « Avec une légère intimité » Baker Street Larousse 20,90€
André Malraux Lettres choisies ( 1920-1976) Gallimard 27,00€






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29 Novembre 2012

En lisant les nouvelles de l'UMP, Aquilino Morelle s'exclame " François Hollande sera réélu ! "


Nice a-t-elle scellé le destin de François Fillon face à Jean-François Copé ? Comme si les fraudes venaient toujours du sud et comme si les deux grands élus ralliés à l’ancien Premier ministre ( Eric Ciotti et Christian Estrosi ) lui avaient porté la poisse… C’est l’une des nombreuses questions qui tournent dans la tête de tous ceux – militants, sympathisants de droite, du centre et même de gauche ayant un jour voté Chirac – abasourdis par l’explosion de haines déclenchée l’autre dimanche par le scrutin visant à désigner un président de l’UMP.
Lundi, café avec le député parisien Pierre Lellouche , un « Fillonniste » qui jugeait ( imprudemment ? ) qu’« il était temps de faire l’analyse de nos défaites ». L’ancien ministre des Affaires européennes me raconte comment, en 2009, Fillon aurait pu devenir président de la Commission de Bruxelles…si Nicolas Sarkozy ne s’y était opposé : le président de la République préférait garder son rival « à l’intérieur de sa tente ».
Mardi, obsèques à Saint-Etienne du Mont de Maurice Ulrich, qui fut un fidèle conseiller de Jacques Chirac. Ils sont tous là, doublement endeuillés par la mort de l’ami et par le naufrage du parti qui s’appela « gaulliste », les vieux compagnons et les quadras dits encore « bébés Chirac » comme Jean-François Copé et ses ex - amis François Baroin et Valérie Pécresse. Chirac est là aussi, qui marche à petits pas. Dans un livre plein d’humour et d’émotion, Avec Chirac, Philippe Bas, qui succéda à Dominique de Villepin au Secrétariat général de l’Elysée, raconte comment, lorsqu’il y avait débat dans son équipe autour d’un projet de discours, l’ancien président se tournait rituellement vers son plus ancien conseiller « Qu’en pense Maurice ? » « Il jugeait important qu’il y eut toujours des vieux pour éclairer les décisions ». Aujourd’hui sénateur et vice-président du conseil général de la Manche, Bas, qui fut naguère le collaborateur de Simone Veil et soutint le projet européen de Raymond Barre, a été conquis par l’humanité, la culture et la sagesse d’un président dont on célèbre ce 29 novembre, avec un peu de nostalgie, les 80 ans. La scène du rituel de l’anniversaire à l’Elysée, avec tous les collaborateurs en cercle et le petit discours poétique du secrétaire général visant à faire monter le suspens autour du mystérieux cadeau enrubanné « en apparence banal mais à vocation surnaturelle » ( une louche en corne du XVIIème siècle, utilisée par les chamanes du pays Inuit) est un petit chef d’œuvre. Hélas, écrit Bas dans le vieux train Paris-Granville qui ballotte ses souvenirs, « ce n’est plus de cœur dont les Français auront besoin, mais d’opérationnalité.» On a envie de consoler le sénateur -« Ne pleurez pas, Milord ! ». Avant d’être ce « père de la patrie », Chirac ne fut-il pas un ambitieux sans scrupules ? Je relis le récit de la soirée du 14 décembre 1974. Quand le jeune Premier ministre de Giscard, même pas encarté à l’UDR, pousse à la démission le secrétaire général Alexandre Sanguinetti pour s’imposer à la tête du mouvement, les barons s’indignent « Mépris de la démocratie ! Putsch ! » Mais le lendemain dimanche, au tout nouveau Palais des congrès de la Porte Maillot, l’« usurpateur » est sacré, avec l’aide de Charles Pasqua, chef du futur RPR. Et tant pis si l’on parle de « 18 Brumaire » !
Mercredi. Déjeuner avec Aquilino Morelle, conseiller et « plume » du président Hollande. La mobilisation contre le projet d’aéroport nantais cher au Premier ministre ? Le faux pas du Président, qui a prononcé hier, au congrès des maires, le mot « liberté de conscience » pour les élus opposés au mariage homosexuel, alors qu’il aurait suffi de suggérer une « délégation » à un adjoint ? C’est ennuyeux. Mais un petit « gling » joyeux amène mon hôte à consulter les dernières nouvelles : Copé veut saisir la commission des recours, Fillon menace de saisir la justice. Morelle repose son Iphone. « François Hollande fera un second mandat. »
Dimanche. « Le courage des militants ! La tristesse des militants ! » Jamais autant qu’en ce jour fatal où Alain Juppé s’apprête à jouer les médiateurs avec une tête d’enterrement, les élus divisés de l’UMP n’avaient rendu hommage à leurs troupes. Pauvres militants qui se lèvent à 5 h pour prendre le car les dimanches de meetings, assurent le remplissage des salles et la claque, et vont jusqu’à patienter deux fois trois heures pour élire leur chef ! Mais détiennent-ils les clés de la démocratie ? 300 000 cotisants peuvent-ils choisir seuls le patron d’un grand parti qui dispose d’une centaine de permanents et d’un financement public annuel de 23 millions d’euros pour préparer les futures élections ? Les sympathisants, qui furent plus de 17 millions à voter Sarkozy le 6 mai, n’ont-ils pas leur mot à dire ? Puisque Nathalie Kosciusko-Morizet lance une pétition pour revoter, pourquoi ne pas rêver d’ un scrutin élargi ?

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29 Novembre 2012

Après avoir lu les nouvelles de l'UMP, Aquilino Morelle est est convaincu " François Hollande fera un second mandat "


Nice a-t-elle scellé le destin de François Fillon face à Jean-François Copé ? Comme si les fraudes venaient toujours du sud et comme si les deux grands élus ralliés à l’ancien Premier ministre ( Eric Ciotti et Christian Estrosi ) lui avaient porté la poisse… C’est l’une des nombreuses questions qui tournent dans la tête de tous ceux – militants, sympathisants de droite, du centre et même de gauche ayant un jour voté Chirac – abasourdis par l’explosion de haines déclenchée l’autre dimanche par le scrutin visant à désigner un président de l’UMP.
Lundi, café avec le député parisien Pierre Lellouche , un « Fillonniste » qui jugeait ( imprudemment ? ) qu’« il était temps de faire l’analyse de nos défaites ». L’ancien ministre des Affaires européennes me raconte comment, en 2009, Fillon aurait pu devenir président de la Commission de Bruxelles…si Nicolas Sarkozy ne s’y était opposé : le président de la République préférait garder son rival « à l’intérieur de sa tente ».
Mardi, obsèques à Saint-Etienne du Mont de Maurice Ulrich, qui fut un fidèle conseiller de Jacques Chirac. Ils sont tous là, doublement endeuillés par la mort de l’ami et par le naufrage du parti qui s’appela « gaulliste », les vieux compagnons et les quadras dits encore « bébés Chirac » comme Jean-François Copé et ses ex - amis François Baroin et Valérie Pécresse. Chirac est là aussi, qui marche à petits pas. Dans un livre plein d’humour et d’émotion, Avec Chirac, Philippe Bas, qui succéda à Dominique de Villepin au Secrétariat général de l’Elysée, raconte comment, lorsqu’il y avait débat dans son équipe autour d’un projet de discours, l’ancien président se tournait rituellement vers son plus ancien conseiller « Qu’en pense Maurice ? » « Il jugeait important qu’il y eut toujours des vieux pour éclairer les décisions ». Aujourd’hui sénateur et vice-président du conseil général de la Manche, Bas, qui fut naguère le collaborateur de Simone Veil et soutint le projet européen de Raymond Barre, a été conquis par l’humanité, la culture et la sagesse d’un président dont on célèbre ce 29 novembre, avec un peu de nostalgie, les 80 ans. La scène du rituel de l’anniversaire à l’Elysée, avec tous les collaborateurs en cercle et le petit discours poétique du secrétaire général visant à faire monter le suspens autour du mystérieux cadeau enrubanné « en apparence banal mais à vocation surnaturelle » ( une louche en corne du XVIIème siècle, utilisée par les chamanes du pays Inuit) est un petit chef d’œuvre. Hélas, écrit Bas dans le vieux train Paris-Granville qui ballotte ses souvenirs, « ce n’est plus de cœur dont les Français auront besoin, mais d’opérationnalité.» On a envie de consoler le sénateur -« Ne pleurez pas, Milord ! ». Avant d’être ce « père de la patrie », Chirac ne fut-il pas un ambitieux sans scrupules ? Je relis le récit de la soirée du 14 décembre 1974. Quand le jeune Premier ministre de Giscard, même pas encarté à l’UDR, pousse à la démission le secrétaire général Alexandre Sanguinetti pour s’imposer à la tête du mouvement, les barons s’indignent « Mépris de la démocratie ! Putsch ! » Mais le lendemain dimanche, au tout nouveau Palais des congrès de la Porte Maillot, l’« usurpateur » est sacré, avec l’aide de Charles Pasqua, chef du futur RPR. Et tant pis si l’on parle de « 18 Brumaire » !
Mercredi. Déjeuner avec Aquilino Morelle, conseiller et « plume » du président Hollande. La mobilisation contre le projet d’aéroport nantais cher au Premier ministre ? Le faux pas du Président, qui a prononcé hier, au congrès des maires, le mot « liberté de conscience » pour les élus opposés au mariage homosexuel, alors qu’il aurait suffi de suggérer une « délégation » à un adjoint ? C’est ennuyeux. Mais un petit « gling » joyeux amène mon hôte à consulter les dernières nouvelles : Copé veut saisir la commission des recours, Fillon menace de saisir la justice. Morelle repose son Iphone. « François Hollande fera un second mandat. »
Dimanche. « Le courage des militants ! La tristesse des militants ! » Jamais autant qu’en ce jour fatal où Alain Juppé s’apprête à jouer les médiateurs avec une tête d’enterrement, les élus divisés de l’UMP n’avaient rendu hommage à leurs troupes. Pauvres militants qui se lèvent à 5 h pour prendre le car les dimanches de meetings, assurent le remplissage des salles et la claque, et vont jusqu’à patienter deux fois trois heures pour élire leur chef ! Mais détiennent-ils les clés de la démocratie ? 300 000 cotisants peuvent-ils choisir seuls le patron d’un grand parti qui dispose d’une centaine de permanents et d’un financement public annuel de 23 millions d’euros pour préparer les futures élections ? Les sympathisants, qui furent plus de 17 millions à voter Sarkozy le 6 mai, n’ont-ils pas leur mot à dire ? Puisque Nathalie Kosciusko-Morizet lance une pétition pour revoter, pourquoi ne pas rêver d’ un scrutin élargi ?

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19 Novembre 2012

François Hollande, qui se veut désormais rassembleur, fait de la politique à la manière d'un joueur de billard


Il ne faut pas être trop bien élevé, pour faire de la politique. Valérie Pécresse l’a appris à ses dépens. En 2011, cette brillante Enarque et HEC était la mieux placée pour succéder à Christine Lagarde à Bercy. « Vas- y ! lui conseilla d’ailleurs la ministre des Finances avant de s’envoler pour Washington où l’attendait le fauteuil de directeur du FMI laissé par DSK. Tout homme, à ta place, se porterait ouvertement candidat ! » Mais trop tard : François Baroin avait devancé sa collègue. Le jeune ministre du Budget n’avait pas hésité à faire valoir avec véhémence, devant le président Sarkozy, ses titres de « fils spirituel » de Jacques Chirac et d’ancien député-maire de Troyes. Pécresse a retenu la leçon. L’autre lundi, avant que François Fillon ne la rejoigne sur la scène du Palais des Congrès où il tient son dernier grand meeting parisien, elle provoque la stupeur de dizaines de garçons en tee-shirt blanc et de centaines de sexagénaires cravatés. « Si François Fillon est élu président de l’UMP, je serai candidate au poste de Secrétaire général ! Vous ne connaîtrez pas de meilleure animatrice, plus compétente, plus présente. Je serai là le lundi, le mardi, le mercredi…Je serai in-fa-ti-gable ! » Un silence se fait, tandis que les yeux s’habituent à distinguer, tout là-bas, sur la scène immense au dessus de la marée de drapeaux tricolores, la mince silhouette en veste écarlate, qui brandit le poing …Puis, les applaudissements éclatent et j’entends dans mon dos « On nous l’a changée, la Valérie ! C’est un chef ! »
Comme elle, tous les orateurs « fillonistes »- Laurent Wauquiez, Christian Estrosi, Eric Ciotti - vantent « le courage » de l’ancien Premier ministre : ne lui en fallait-il pas pour déclarer, dès septembre 2007 en Corse « je suis à la tête d’un Etat qui est un Etat en faillite ? ». Ils ne savent pas que, six jours plus tard, leurs grandes espérances vont se fracasser : dimanche, on ne parlera plus « redressement » mais « magouilles ».


François Hollande, qui se veut désormais « rassembleur », fait de la politique à la manière d’un joueur de billard . Ce qui me frappe, lors sa première conférence de presse semestrielle- outre la mise en scène monarchique- c’est l’insistance avec laquelle le président socialiste se réfère à Louis Gallois, l’ancien patron d’EADS et l’auteur du fameux rapport sur la compétitivité. Volonté de démontrer aux marchés – et aux Français –qu’il est, en ancien disciple de Jacques Delors, un social-démocrate sérieux, très conscient de nos déficits ? Désir de mettre en avant la compétence d’un grand chef d’entreprise pour compenser l’inexpérience de son gouvernement ? En répondant avec humour à ma question, le Président dévoile sa méthode : « Rendez-vous compte ! Si un ministre avait présenté ce plan !.. » La droite l’aurait attaqué bille en tête. Tandis que là, en faisant un détour par le plan Gallois qui, disait-il, ne « l’engageait » pas, le chef de l’Etat a pris ses adversaires à revers, au point d’amener la présidente du Medef à déclarer « Nous avons été entendus ». Dommage que la méthode « hollandiste » n’ait pas été appliquée au « mariage pour tous » : au lieu d’écouter les voix modérées qui proposaient une « union civile » pour combler les lacunes du Pacs, le gouvernement a cru pouvoir passer en force.


Visage tendu, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls, parti pour « l’Ile de Beauté » aussitôt connue la nouvelle de l’assassinat du président de la chambre de commerce d’Ajaccio, parle de « mafia ». Enfin ! Il aura fallu seize ans de crimes – depuis l’assassinat dans le dos du Préfet Erignac opposé à un projet immobilier – pour que nos gouvernants arrachent le masque de prétendus « nationalistes » qui n’ont jamais envisagé se passer des pensions et subventions de la mère patrie et qui habillent du noble mot de « résistance » des intérêts inavouables. Mais comment terrasser la mafia sans vaincre l’omerta ? Quand la ministre de la Justice Christiane Taubira ( qu’on croyait moins naïve) appelle les Corses à « parler » devant la police et la justice, je repense à ce que me disait le regretté maire de l’Ile Rousse, Pierre Pasquini, un héros de la Résistance décoré de la Croix de guerre et de la médaille de la France Libre : « Quand mes petits enfants sont là, je fais attention à ce que je dis… »

A 19h ce dimanche noir, des militants faisaient encore la queue pour élire le nouveau président de l’UMP et l’on saluait ce « grand moment de démocratie ». A 23h, c’était la consternation : on découvrait dans les Alpes Maritimes des bourrages d’urnes dignes de la fédération socialiste des Bouches du Rhône, et cela n’empêchait pas Jean-François Copé de proclamer sa victoire sans attendre le verdict de la commission de contrôle. On se serait crus, soudain, en Côte d’Ivoire, au lendemain de la présidentielle opposant Gbagbo à Ouattara.


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15 Novembre 2012

La civilisation arabe ne fut jamais plus rayonnante que lorsqu'elle s'enrichissait de la civilisation chrétienne


Combien de temps durera cette maladie de l’islamisme, qui engendre, après des années d’ aveuglement, une maladie de l’anti islamisme obsessionnel ? Sur ma messagerie, pleuvent les vidéos, venues pas seulement des banlieues où l’on croise tant de jeunes femmes voilées de noir, mais du grand Ouest. En ce lendemain d’hommage aux victimes de Mohammed Merah, certaines sont délirantes . Exemple : vingt femmes auraient reçu une médaille des mères de famille méritantes - vingt mères arabes ! C’est le moment de mobiliser en soi toutes les ressources de la raison. Et de lire « L’étoile jaune et le croissant ». Notre confrère du Figaro Littéraire, Mohammed Aïssaoui, y raconte comment, pendant l’occupation nazie, Kaddour Benghabrit, fondateur de la Mosquée de Paris, sauva de la déportation des centaines de juifs : en leur délivrant des certificats attestant qu’ils étaient de confession musulmane. On devrait lire ce livre dans les écoles. On devrait enseigner aussi – au collège, à la maison, au catéchisme, à la synagogue ou à l’école des Imams- que la civilisation arabe ne fut jamais plus rayonnante qu’à Grenade et Cordoue, quand elle s’enrichissait à la fois de l’apport de la civilisation chrétienne et de la présence de grands penseurs et savants juifs. L’émir du Qatar, lui, s’en souvient, qui investit massivement en Europe.
Pourtant, cet émir nous inquiète. Quel but poursuit-il en manifestant une si chaude amitié à nos présidents successifs et en investissant dans nos banlieues comme dans la capitale, alors qu’il finance des salafistes qui veulent détruire l’Occident? Pourquoi ce double jeu, qui vaut bien celui du roi d’Arabie Saoudite, dont l’accueil a charmé François Hollande ? Et pourquoi serait-il inconvenant de réclamer, comme l’ancien ministre UMP Bruno Le Maire, la clarté sur ces investissements ?
« La guerre, me chuchote ce vieil ami copte égyptien en se penchant sur la table du restaurant de Montparnasse où nous déjeunons, abrités des oreilles indiscrètes par de hauts dossiers de velours, est inévitable.» Ce brillant homme d’affaires francophile est pourtant doué d’un tempérament optimiste. Or, il croit que la crise va déboucher sur un conflit avec le monde islamiste. Ce n’est pas ce qu’il dit en public, bien sûr : comme le nouveau « pape » des Coptes, Mgr Tawadros, il assure qu’en Egypte, les relations des chrétiens avec les musulmans sont excellentes et que, si les demandes de construction d’églises traînent parfois quarante ans, c’est le fait d’une incorrigible bureaucratie. Mais il a envoyé ses fils à Cambridge . Et il conseille à ses clients cairotes d’investir dans un projet touristique… loin de la vallée du Nil.
Wassyla Tamzali, écrivaine algérienne rebelle installée à Paris – quand elle ne parcourt pas le Maghreb et l’Europe de conférences en colloques sur les droits des femmes – ne croit plus, elle, à la guerre : « C’est la décrue ! » m’annonce-t-elle. La décrue de l’islamisme ! Elle en veut pour preuve le comportement de Sarah, une étudiante tunisienne à laquelle elle va consacrer son prochain livre : « A 15 ans, elle était voilée. A 18 ans, elle enlève son voile et son père ne proteste pas ! L’épreuve du pouvoir a démystifié les islamistes . »
Dans son livre d’entretien avec Vladimir Federowski « L’Islamisme va-t-il gagner ? » Alexandre Adler caresse le même rêve « Imaginons que la France et la Russie s’entendent pour protéger l’Algérie qui semble, depuis les élections de 2012, vouloir faire barrage à l’influence des Frères musulmans… Imaginons qu’en Iran, une crise sans précédent, assortie de la marginalisation d’Ahmadinejad, amorce le retour à un régime plus ouvert au monde… » Comme on a envie d’y croire !
Ainsi allons-nous, de grandes peurs en grandes espérances. Je me souviens de l’intronisation de Barack Obama, à Washington. Par la grâce du couple présidentiel américain s’avançant radieux dans un froid glacial sous les acclamations de noirs et de blancs de toutes classes sociales, nous pensions la crise évanouie . Presque quatre ans plus tard, et malgré bien des déceptions, il a suffi que Michelle Obama galvanise les foules démocrates en vantant la « dignité » de son mari et que celui-ci lui déclare, devant des centaines de millions de téléspectateurs, « Michelle, jamais je ne t’ai tant aimée », pour que se réveille à nouveau notre cœur de midinette. Imaginons, pourtant, le sketch des « Guignols » si François Hollande se laissait aller à de tels démonstrations ! La lecture de l’excellent livre de ma consoeur Sophie Coignard « Michelle Obama, l’icône fragile » nous apprend d’ailleurs que le couple mythique a connu de fortes tensions et que la « First Lady » ne « supporte plus », a-t-elle confié à Carla Sarkozy, la pression des médias. Mais l’on a beau charger l’Amérique de tous les péchés, on finit toujours par se laisser prendre au « rêve américain ».

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8 Novembre 2012

Comme"Mosco" doit regretter que ses amis du PS n'aient pas trouvé mieux que de "cliver"...comme Sarkozy !


On l’avait connu d’abord jeune ministre arrogant ( du gouvernement Jospin ), lâchant, lorsqu’il fut battu en 2002 par une candidate de droite dans le Doubs « vous n’entendrez plus jamais parler d’elle… » On l’avait connu ensuite en porte-parole, plein de suffisance, du superchampion de Washington, Dominique Strauss- Kahn. Aujourd’hui ministre de l’Economie et seul du gouvernement Ayrault à pouvoir se vanter de posséder une expérience ministérielle, Pierre Moscovici semble gagné, à 53 ans, par la grâce de l’humilité. Invité du dîner mensuel de la Revue des Deux Mondes, il ne crâne pas devant les patrons et ambassadeurs réunis par Marc Ladreit de Lacharrière. Lorsque ce dernier l’avertit que la crise sera longue, « Mosco » argue seulement, en bon docteur à l’ancienne, qu’un « choc » ( de compétitivité) ferait au malade l’effet d’un « défibrillateur », alors qu’il lui faut plutôt « un traitement à long terme » et un climat de paix sociale. Ah, si seulement nos patrons et nos syndicats cultivaient le consensus comme ils le font en Allemagne où le patron de Bercy participait ce matin-même à une réunion ! Et si notre peuple savait « se rassembler ! » On a encore dans l’oreille les discours du congrès PS de Toulouse, déchaînés contre Nicolas Sarkozy et l’UMP, et l’on se dit « Comme il doit se sentir seul, ce nouvel apôtre du rassemblement ! Et comme il doit être triste de constater que ses amis n’ont pas trouvé mieux, pour masquer leur impuissance face à la crise, que le bon vieux truc mis en œuvre hier par Sarkozy et ses émules « cliver, cliver »…et désigner des boucs émissaires.

Parmi ces boucs émissaires figurent au premier rang les agences de notation. Elles n’ont pas de visage, pas de racines dans le terroir, mais une vocation multinationale, une addiction à la finance, un sabir incompréhensible pour le quidam et des noms anglo- saxons – Moody’s, Standard and Poors, Fitch…- Bref, des sorcières idéales pour émissions grand public. Dans un livre brillant, parcouru par une véhémence contenue, « Le droit de noter », Lacharrière prend leur défense et contre-attaque. L’ancien vice-président de l’Oréal raconte comment il a racheté Fitch en 1992 : au sein de deux commissions mises en place par Pierre Beregovoy sur « l’adaptation de l’économie française au marché unique » et « la compétitivité des entreprises », il avait constaté l’ampleur de la mutation mondiale qui s’amorçait. « Je me disais que, lorsque les investisseurs se retrouveraient face à face avec les emprunteurs, ils auraient besoin d’un organisme capable de les informer sur la solvabilité de ces derniers ». Mais ce que Lacharrière n’avait pas prévu, c’est que les Etats rejetteraient la responsabilité de leurs errements sur les agences de notation. Accusés : George Bush et Bill Clinton, qui poussèrent les banques américaines à distribuer des crédits immobiliers à tout va, au risque de faire éclater une énorme bulle financière. Mais aussi Nicolas Sarkozy qui dédaigna ses mises en garde dès 2007. Le seul homme politique qui trouve grâce aux yeux de l’auteur, c’est son regretté ami Philippe Séguin. Lui avait tout anticipé ! « Dès lors qu’il n’existe qu’une seule monnaie, les écarts de niveau deviennent vite insupportables. En cas de crise, c’est le chômage qui s’impose comme seule variable d’ajustement … » Quant à François Hollande, Lacharrière ne le lâchera pas sur la compétitivité et la flexibilité. Sera-t-il plus convaincant que Laurence Parisot ? Il a des atouts : sa brouille ancienne avec Sarkozy, son indépendance…et le formidable réseau d’acteurs culturels de gauche qu’il a su tisser par un mécénat intelligent.

Les évêques mobilisent contre le « mariage pour tous ». Ils sont dans leur rôle. Mais pourquoi ces mots qui blessent ? Pourquoi, dans la bouche de Mgr Philippe Barbarin, « polygamie » et « inceste » ( sinon pédophilie ) ? Et pourquoi, dans celle de Mgr André Vingt-Trois « supercherie » ? Que les pasteurs laissent ces petites phrases à la « droite décomplexée ». Un peu de charité – et de mémoire- n’ôterait rien à la force de leur discours.

A la télévision, en fond de campagne Obama-Romney, reportage sur les milliers d’Américains chassés de leur maison par les banques. Ses meubles déversés dans le fossé, une femme en pleurs, qui n’a pas payé ses traites pendant deux mois pour cause de maladie, se demande où aller avec ses enfants, tandis qu’une autre femme, embijoutée, achète pour 2 millions de dollars une villa de luxe qui en valait 10 et annonce avec un sourire carnassier son intention de faire une gros bénéfice quand elle la revendra… A ce prix, le chômage outre Atlantique amorce une baisse et l’immobilier repart. Mais là-dessus, Hollande et Moscovici n’ont pas tort : jamais le malade France ne supportera un tel remède de cheval. La politique Obama chez nous, ce serait la révolution !






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1 Novembre 2012

Hollande traite Ayrault en "fusible" plutôt qu'en "collaborateur". Mais qui tient la barre?


Nous sommes toujours dans la marine. Mais cette fois, ce n’est plus une histoire de moussaillon( Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif ) tout fiérot d’avoir fait grimper les ventes de marinières « made in France »… en se faisant photographier à quai . En comparant, l’autre mercredi, la hausse du chômage à « un navire lancé à pleine vitesse » le ministre du Travail, Michel Sapin, un fidèle de François Hollande, nous a fait froid dans le dos : notre navire, serait-ce le Titanic ? Au fait, qui le commande ? Quel est le vrai visage du capitaine ?
Ayrault, le bon prof d’allemand discipliné ; Valls, le petit frère - de gauche- de Sarkozy ; Peillon, l’élève indiscipliné déguisé en instit’ de la IIIème République ; Montebourg, le joli garçon en marinière qui ne sait pas qu’à 50 ans tout juste on ne joue plus les ados. Autant de visages – auxquels il faut ajouter celui de l’ « apparatchik » ravi, Harlem Désir, nouveau Premier secrétaire du PS – pour incarner la majorité et le gouvernement. Mais un seul compte, on le sait bien : celui du Président de la République, qui tire toutes les ficelles du parti et du gouvernement.
0r, comme le disait voilà juste un an Martine Aubry, ce visage est « flou ». En traitant son Premier ministre en « fusible » plutôt qu’en « collaborateur », le capitaine Hollande a-t-il donné l’impression de ne pas vouloir tenir la barre lui-même dans la tempête ? En prenant ses distances à l’égard du rapport Gallois sur le « choc de compétitivité », a-t-il hésité sur le cap afin de ménager les sensibilités diverses du PS ? Ou bien, tout simplement, est-il inconscient de la vitesse du navire, au point que l’officier de quart ait dû le réveiller pour l’alerter ? Certains, qui lui rendent visite souvent à l’Elysée, se disent impressionnés par « un calme olympien » qui leur rappelle François Mitterrand. Mais notre capitaine a-t-il en lui ce que le premier président socialiste appelait « le noyau dur de béton » ou tente-t-il de composer avec les vents et les courants ? Quelle que soit sa volonté d’afficher un visage marmoréen, les sondages devraient l’amener à s’interroger sur sa relation avec les marins et passagers du navire France. Quand 63% des Français ( selon un sondage OpinionWay-Le Figaro ) doutent de sa capacité à « prendre des décisions difficiles » et quand 68% d’entre eux déplorent que Hollande ne soit pas capable de faire preuve d’autorité, c’est peut-être qu’ils pensent que l’iceberg n’est plus loin.
On dira que ça n’allait pas mieux dans les années 1980, quand le Premier ministre Pierre Mauroy surfait « sur la crête des 2 millions de chômeurs », quand le ministre de l’Economie Jacques Delors réclamait « une pause » dans les réformes et quand les visiteurs du soir conseillaient au Président de ne pas faire l’euro. Après tout, notre pays a survécu à de plus mauvaises passes. Oui, sauf que cette fois notre retard est plus difficile à combler tandis que le monde va plus vite. Or, des incidents dérisoires ajoutent à cette impression de fragilité et d’indécision : le président de la République française aurait tourné les talons, dans les couloirs de l’ONU à New-York, pour éviter de serrer la main à la propre mère de ses enfants ! « Ce sont ses conseillers qui lui ont dit de faire demi-tour. Ils sont sous pression ( de Valérie Trierweiler ) » confie Ségolène Royal à ma jeune consoeur du Point, Anna Cabana. Même pas peur ! Si « l’Empereur » Mitterrand inspirait une certaine crainte, ce n’est pas le cas du capitaine Hollande. On me dit pourtant que le Président envisagerait un geste fort : une conférence de presse après la Toussaint…
Pendant ce temps, l’Union européenne se repose sur ses lauriers de Nobel de la Paix.Tant pis pour la démocratie ! Il a fallu toute l’énergie de la députée centriste Sylvie Goulard et de quelques unes de ses alliées au parlement de Strasbourg pour parvenir à repousser la nomination, au conseil de la Banque Centrale Européenne, de Yves Mersh, ex gouverneur de la Banque du Luxembourg : elle aurait porté à vingt-trois hommes sur vingt-trois ( dix sept gouverneurs de banques nationales et six membres de la BCE ) la gouvernance économique de l’Euro – et cela, au moment où la commission de Bruxelles veut imposer aux conseils d’administration des entreprises privées 40% de femmes…
Débat télévisé François Fillon-Jean-François Copé. Franchement, c’était un peu ennuyeux, même si Copé en a fait beaucoup dans son rôle de « plouc » de sa province de Meaux, brandissant sa fourche contre les bourgeois parisiens, tandis que Fillon réussissait trop bien, comme d’habitude, à cacher, derrière des gestes sobres, ses sentiments. Mais l’on admirait l’effort pour préserver l’unité de « la famille » UMP. Et l’on se disait que ces deux-là gouverneraient peut-être ensemble dans moins de quatre ans.


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25 Octobre 2012

"Si l'on rentre dans le cycle de la non-qualité, c'est fichu: on ne pourra jamais rivaliser avec la Chine " ( Jean-Guy Le Floch, patron d'Armor Lux )


Il nous fait rire, le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, avec sa bouille d’enfant tout fier de sa marinière bretonne. On a envie de lui dire « Et ton filet à crevettes ? » En même temps, comment ne pas être fiers de cette entreprise française– Armor Lux, 380 salariés - qui ouvre des boutiques de New-York à Tokyo ? Je me souviens de ma première rencontre avec son patron, Jean-Guy Le Floc’h, silhouette râblée de marin, front têtu sous le cheveu gris coupé court. Je préparais le second tome d’un ouvrage intitulé Le Bonheur d’être Français et je cherchais des raisons d’espérer. En parcourant la Bretagne et ses usines de découpe de poulet menacées par la concurrence mondiale, j’avais appris comment ce fils d’instituteur du Finistère, passé par l’Ecole Centrale, avait renoncé à une brillante carrière de manager de multinationale auprès d’un autre Breton, Vincent Bolloré, pour sauver la fabrique quimpéroise de pulls marins. Visant résolument le « haut de gamme », il avait engagé une styliste, lancé des articles insolites comme les chaussons de bébé rayés rouge et blanc, prospecté les grands magasins parisiens. En cinq ans, il était devenu le premier employeur de la ville avec l’hôpital et la mairie et surtout, son plus gros contribuable– ce qui n’empêchait pas les administrations, pestait-il, de le tracasser « comme si elles avaient pour seule mission de vous empêcher de vous développer. » C’était en 1999, sous la cohabitation Chirac- Jospin. Un an plus tard, une effroyable inondation causait des dommages irréparables à l’usine en bordure de l’Odet. Il fallait la reconstruire sur les hauteurs et pour cela, emprunter 6 millions d’euros. Pour comble de malheur, la consommation chutait. Je me souviens des ateliers aux murs marqués par l’eau sale, des grands bacs de teinturerie rehaussés sur des vérins, et, malgré tout, du joli ballet des bobines de laine multicolores… A la cantine, entre carottes râpées et escalope de dinde, Le Floc’h me disait « Toutes les filatures françaises ont disparu. Notre dernier fournisseur vient d’être racheté par un groupe italien. Pourvu qu’il maintienne les mêmes critères ! Car si l’on entre dans le cycle de la non-qualité, c’est fichu : on ne pourra jamais rivaliser avec la Chine populaire…. » Il a réussi, cependant, en lançant des produits de haute technologie ( microfibres) à serrer les prix : si la marinière arborée par Montebourg est confectionnée sur place, un ensemble tee-shirt pantalon est fabriqué en Tunisie et une veste d’enfant, en Roumanie – le tout revenant à Quimper avant d’être réexpédié aux quatre coins du monde. J’interroge Le Floc’h sur le « choc de compétitivité » prôné par le rapport Gallois. En prenant ses distances à l’égard de l’ex Pdg du groupe EADS, le président Hollande n’a-t-il pas nié le problème du coût salarial ? Réponse : « l’innovation est une question de survie, mais les charges salariales ne pèsent pas moins lourd : un salarié nous coûte près de 2300 euros par mois en France, contre 300 euros au Maghreb et en Roumanie, et 80 en Inde ! »Tout cela, le Pdg d’Armor Lux l’a fait savoir au « château ». Mais voilà : en bon élève de Mitterrand, Hollande ne veut pas se lier les mains. Au lendemain de la reculade du gouvernement face au mouvement des « Pigeons » et à la veille du congrès de Toulouse, l’ancien Premier secrétaire du PS ménage les sensibilités de gauche. C’est habile. Mais avons-nous besoin d’hommes habiles ou d’hommes décidés ?

Au congrès fondateur de l’UDI, le parti de Jean-Louis Borloo. On peut ironiser sur les retrouvailles d’une « famille centriste » qui se voyait déjà, l’an dernier au lancement de la campagne présidentielle de François Bayrou, partie pour une nouvelle jeunesse. On peut aussi, oubliant la façon prodigieuse dont il a réussi à arracher Valenciennes à son sinistre destin d’ancienne cité minière et sidérurgique aux maisons noires et aux canaux pleins de déchets industriels, railler le style désordonné de Borloo. N’empêche : un souffle est passé dimanche à la Mutualité. Certes, le constat de la « dégringolade française » n’était pas drôle : « la lucidité m’oblige à dire, déclarait Thierry Breton, qui fut ministre de l’Economie de Jacques Chirac, que notre pays a énormément perdu en compétitivité ces cinq dernières années ». En cause : l’instabilité fiscale et le poids des charges, plus élevées qu’en Allemagne où, pourtant, souligne l’ancien ministre socialiste Jean-Marie Bockel, « le modèle social est comparable ». « Pensez-vous que ça peut continuer ? lançait le commissaire européen gaulliste Michel Barnier, très applaudi .Non ! Nous devrons soutenir, malgré le PS, le plan Louis Gallois de compétitivité ! » Et l’on voulait y croire, comme on voulait croire au fédéralisme européen, célébré sous le regard de l’icône Simone Veil. Le seul fait de parler de l’essentiel nous remontait le moral.


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11 Octobre 2012

Cécilia n'a pas aimé que les proches de Nicolas lui imputent la défaite en évoquant le fameux dîner du "Fouquet's


Elle a beau confesser qu’elle n’avait pas « réalisé » qu’elle n’était plus une « simple citoyenne » et reconnaître sa faute, sa très grande faute, d’avoir « tweeté » sans réfléchir . Elle a beau promettre de « rendre » à la France les bienfaits qu’elle a reçus de la Providence en s’engageant dans une Fondation caritative - elle, l’orgueilleuse qui prétendait refuser le titre de « Première dame » et le modèle « dame de bonnes œuvres »…- Valérie Trierweiler ne parvient pas à se faire aimer. Son acte de contrition dans Ouest France vient-il trop tard ? Y sent-on trop la patte de conseillers rétribués par l’Elysée ? Ou bien, la compagne de François Hollande est-elle descendue trop bas dans l’opinion des Français ( 67% d’entre eux la jugent mal !) pour espérer remonter autrement qu’ après une longue retraite ?
Ce n’est plus une affaire de vie privée, un sujet pour magazines « people » distribués dans les salons de coiffure, c’est un cas politique dont on devrait débattre longtemps encore à Sciences Po : la femme bouc émissaire. Valérie Trierweiler porterait-il la poisse au Président de la République ? Ou ne serait-elle que le révélateur de ses contradictions ? Nous en discutons, à l’invitation de Bruce Toussaint ( « Tout le Monde en parle », France 2 ). Alors que monte le « péril islamiste » et que, de Marseille à Grenoble, explosent la corruption , le trafic de drogue et la violence ; alors que le gouvernement, rongé par la hausse continue du chômage, doit faire machine arrière sur les impôts face à l’offensive médiatique très réussie des jeunes patrons « Pigeons », alors que le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s’enlise malgré toute sa bonne volonté et que le Président de la République peine à faire avaler par sa majorité un traité européen prétendument modifié, la cellule de communication de l’Elysée doit plancher sur le thème : « quel rôle pour la compagne du Président ? »
Dans ces moments de crise, on attend d’elle, au moins, de l’empathie envers les citoyens que les plans de rigueur vont faire souffrir. Or, Valérie Trierweiler, trop préoccupée de son rang et du salaire qui lui est nécessaire, dit-elle, pour élever ses enfants, n’a pas su en montrer. L’attente était grande, pourtant… Philippe Tesson se moque de moi « Christine ! Ma petite soeur de charité ! » Mais je maintiens : « quand l’amour manque... »
Ne fut-ce pas aussi le problème de Nicolas Sarkozy ? Jusqu’à son discours d’adieu du dernier soir, l’ancien président, trop soucieux de sa propre image, ne sut pas montrer aux Français qu’il les aimait. Le revoilà aujourd’hui à la Une de tous les magazines : cet homme à la mode avec sa barbe de trois jours et son sourire séducteur, est-ce un acteur de cinéma ou un homme d’Etat hanté par les difficultés de ses compatriotes ?
Rencontre avec Cécilia Attias. Notre dernier déjeuner en tête à tête avait eu lieu à deux pas de là, dans une salle à manger de la place Beauvau. Son petit chien sur les genoux, Cécilia Sarkozy répondait fébrilement à des textos et ne mangeait rien. Son regard flottait. On la sentait prisonnière de ce ministère de l’Intérieur où je l’avais vue arriver, si heureuse et conquérante au côté de Nicolas Sarkozy, un matin de mai 2002. Je la retrouve cette fois dans le salon d’un grand hôtel proche de l’Elysée, assise discrètement dans un coin de canapé. Physiquement inchangée, mais d’une beauté apaisée. Cécilia parle de sa Fondation. En Amérique, en Afrique, en Asie, elle a convaincu de nombreuses femmes de premier plan de participer à son combat pour les « girls » ( quel autre nom leur trouver ?) de 6 à 16 ans, qui sont les êtres humains les plus vulnérables dans le monde entier… Et la politique française ? Cécilia n’a pas aimé que des proches de « Nicolas » lui imputent la défaite du 6 mai en évoquant le fameux « dîner du Fouquet’s ». Mais rien ne semble désormais altérer sa sérénité. De l’ancien président, elle dit « C’est un homme d’Etat » et l’on se dit qu’il serait bien avisé, parfois, de la consulter.
Visite à Ségolène Royal, dans son modeste bureau parisien face à la gare Montparnasse. Veste turquoise, sourire éclatant, la présidente du Poitou-Charentes me remercie de mes commentaires sur sa défaite aux législatives de la Rochelle. Elle a décidé aussi de féliciter mes consoeurs auteurs d’articles et de livres - pas toujours si flatteurs, pourtant – retraçant l’histoire du trio Hollande-Royal-Trierweiler. De tant d’humiliations, elle se fait une arme. A maints petits signes, d’ailleurs- sourires, saluts aimables dans la rue- elle sent remonter sa popularité. Il y a quelques jours, dans le TGV de Poitiers, une dame a même remonté tout le wagon pour lui déclarer « J’ai voté Sarkozy mais je voudrais vous dire, Madame, combien que vous admire ! ». Elle en est sûre : avec la crise, « on » aura besoin d’elle - de son expérience, de ses intuitions, et de son courage.


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4 Octobre 2012

Tout s'en va! Même Giscard liquide sa propriété de famille du Puy-de-Dôme, services de faïence compris!


« C’est garanti deux ans, mais prenez l’extension de cinq ans : 49 euros, ça vous coûtera moins que le remplacement d’une pile… » Il est très persuasif et sympathique, le vendeur qui me promet « pas de souci » pour mon nouvel appareil photo. Orvoilà que je m’entends lui dire « Deux ans plus cinq, ça fait sept ans…Vous croyez que Darty existera encore ? » Il pâlit « Ah, quand même… » et je m’en veux de l’avoir rendu triste. Qu’est-ce qu’il m’a pris ? Jamais auparavant je ne m’étais posé ce genre de question sur la survie des distributeurs d’électroménager ou des fabricants d’automobile. Nous vivions dans un monde où l’espérance de vie des firmes qui nous étaient familières était bien supérieure à celle de leurs clients. Mais depuis que Peugeot a plongé, nous savons qu’elles sont toutes mortelles.
Même Giscard, l’immuable ancien président, 86 ans, de bonne race auvergnate comme sa mère, May, (qui disait « notre Clermont »), liquide son fond.Tout était à vendre - et tout est parti, jusqu’aux assiettes de faïence ébréchée de Clermont Ferrand! -dans le château de la Varvasse( Chanonat, Puy de Dôme) acheté par son père Edmond en 1933. Je me souviens de ma visite au vaincu de 1981, alors qu’il espérait encore revenir au pouvoir en repartant de la base comme simple conseiller général. L’arrivée était impressionnante. Silhouette massive de la forteresse au milieu des blés immobiles. Escalier de pierre où des armures montaient la garde . Tour d’angle imposante où l’intellectuel Giscard méditait sur l’histoire de France et l’ingratitude des peuples. Nous allions partir pour une tournée des éleveurs de bovins. Pour »M. le Président », des fermières empressées sortiraient, de gros buffets luisants surmontés de photos de mariage, leurs tasses des grands jours, en porcelaine à filet d’or. Giscard parlerait cours du veau et du lait, avenir européen et demanderait soudain « Auriez-vous des œufs ? Une omelette… » Grand émoi à la ferme…
François Hollande lui aussi voulut, comme Pompidou, Giscard et Chirac, « s’inscrire dans un territoire ». Il y a un an tout juste, à la veille de primaires socialistes dont il apparaissait comme le favori, j’accompagnais le président du Conseil général de Corrèze jusqu’en Dordogne où il devait assister à un concours de la race bovine. Avant d’aller admirer, les pieds dans la paille, les langoureuses blondes d’Aquitaine et les taureaux Eros et Champion, nous faisions halte dans une salle des fêtes villageoise où l’attendaient une centaine de solides militants à blouson et casquette. « Rendez-vous compte de tout ce qui nous attend ! plaisantait le candidat : la dette record, le trou de la Sécu…Alors, pourquoi venir au pouvoir ? … »Il savait que ce serait dur. Ce qu’il n’avait pas mesuré, c’était cette formidable accélération du temps, qui nous donne l’impression d’être arrachés à nos racines et jetés comme des fétus dans le grand fleuve intranquille de la mondialisation.
Alors, comme il faut bien nous rassurer – et se rassurer lui-même – le président de la République se fixe un agenda. Dans deux ans, nous dit-il, les mesures de désendettement devraient produire leur effet et la croissance, revenir tout naturellement par l’effet d’une sorte de principe d’Archimède. Pourquoi deux ans ? Sans doute parce que deux ans de sacrifices, c’est moins désespérant que cinq. Nous n’y croyons pas, bien entendu. Nous savons bien que tous les plans de rigueur, de Pierre Laval à Alain Juppé en passant par Giscard et Raymond Barre, ont entraîné une stagnation. Mais le tout est de gagner du temps, en engrangeant quelques succèspolitiques.
Le vote du traité européen par une écrasante majorité de gauche et avec l’appui du « Oui »des rivaux UMP Jean-François Copé et François Fillon devrait en être un. Echaudé par le « Non » de la France et de la Corrèze au referendum européen de 2005 ( l’année où il posait pour la Une de Paris Match comme un frère jumeau du chef de l’UMP, Nicolas Sarkozy ) Hollande a manœuvré habilement : en faisant entrer au gouvernement d’ anciens adversaires « nonistes » comme Laurent Fabius ; en laissant Jean-Marc Ayrault jouer le rôle du « fusible » confronté aux états d’âme de la Verte Cécile Duflot et du socialiste Benoît Hamon ; et surtout, en jouant sur la peur du plongeon dans le vide. Deux ans sous la férule d’Angela Merkel( qui n’est d’ailleurs pas sûre d’être réélue l’an prochain )cela ne vaut-il pas mieux qu’une éternité hors de la communauté européenne, de ses subventions et de ses banques ?Même au FN, on le murmure : Marine n’aurait pas dû annoncer qu’elle voulait sortir de l’euro, mais se contenter de prédire l’explosion de l’euro.Même Jean-Luc Mélenchon, avec tous ses drapeaux rouges,n’a pas su convaincre, encore moins rassurer. Alors, deux ans de Hollande-Ayrault, puis deux ans de Hollande-Valls…


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27 Septembre 2012

Jean d'Ormesson campe dans "Les Saveurs du Palais " un Mitterrand sensible qui récite les recettes de sa grand-mère


J’ai fait un cauchemar. L’ennemi était partout : dans nos rues, sous nos toits, dans nos assiettes, dans nos artères…Je m’étais endormie en lisant le discours de François Hollande sur les gaz de schiste, dont il veutinterdire l’exploitation. Je me réveille devant mon petit écran. Invité de Frédéric Taddei( Fr 3), Claude Allègre semble au bord de la crise cardiaque face à deux dames « Il ne faut pas laisser cette activité à la Chine et tuer l’emploi chez nous! Si le forage est bien fait, c’est sans danger : on netouche pas les nappes phréatiques ! » Mais nos deux écolos sont intraitables. A la fin, le philosophe Pascal Bruckner volant au secours du géophysicien avec cet argument « La France reste tout de même l’un des pays au monde où l’on vit le plus vieux », l’une d’elles lève un doigt péremptoire « Ca ne durera pas ! » Après quoi, on enchaîne, avec des images de barbus vociférant, sur le péril salafiste. Il ne reste plus qu’à prendre une de ces pilules anxiolytiques dont le livre choc de Bernard Debré et Philippe Even nous révèle qu’elles sont sur la longue liste des médicaments dangereux.
Le lendemain, le gouvernement décide de fermer pour quelques jours nos ambassades et nos écoles dans vingt pays musulmans - dont plusieurs se soulevèrent, lors d’un printemps mythique, pour la démocratie.Soudain, l’affaire des caricatures de Mahomet publiées par Charlie Hebdo achève de dissiper les vapeurs enivrantes d’un « printemps arabe ». Je crois entendre la voix d’un ami copte égyptien, dont la fille étudiante manifestait place Tahrir tandis qu’il montait la garde toutes les nuits avec ses voisins devant leur immeuble du quartier résidentiel de Zamalek « Mais vous êtes fous, à Paris ! Vous croyez au père Noël ! Tu es comme ma fille… » Me revient aussi en mémoire la première « affaire des caricatures »( 2006) . Cet hiver- là, je descends le Nil en bateau d’Assouan à Louqsorlorsqu’on annonce de grandes manifestations islamistes. Le bateau fait une escale silencieuse le long d’une rive déserte et plonge dans l’obscurité. Dans le noir, quelqu’un lâche « On ne va tout de même pas mourir égorgés ici ! » et tout le monde rit. A l’époque, nous soutenons tous Charlie Hebdo comme le font Nicolas Sarkozy et François Hollande : au nom de la liberté d’expression . Aujourd’hui, je m’interroge en pensant à ces écoliers du Caire, de Tunis et d’ailleurs, peut-être menacés. On me réplique « Munich » et « lâcheté occidentale » et je cite Dany Cohn-Bendit « On n’est tout de même pas obligé de gratter une allumette sur une poudrière ! »
Mais déjà, une peur chasse l’autre. A la Une du Nouvel Obs, les OGM qui tuent sont de retour – cette fois, sous la forme de rats aux pattes roses dont la soyeuse fourrure blanche est déformée par de monstrueuses tumeurs . Certes, nous ne sommes pas gavés, comme ces animaux de laboratoire, de maïs transgénique. Nos enfants non plus. Mais voilà : les bœufs dont on fait les steaks hachés pour la cantine risquent fort, avant d’être dépecés dans des abattoirs hallal( notre grande peur du printemps ), d’être nourris de soja américain, forcément transgénique…
Après cela, il était urgent de changer d’air – ou d’odeurs de cuisine. J’ai aimé le film Les Saveurs duPalais . Jean d’Ormesson, qui combattit l’ancien président socialiste mais fut fasciné par sa conversation, y campe un François Mitterrand sensible, récitant les recettes de sa grand-mère comme autant de poèmes de Lamartine. Catherine Frot est savoureuse dans le rôle de cuisinière inspirée duFestin de Babeth . Et l’on se dit, à mesurer le niveau d’excellence requis des brigades employées dans les cuisines du Palais, que Nicolas Sarkozy a eu bien raison de vouloir faire inscrire notre gastronomie française au patrimoine mondial de l’Humanité et que François Hollande a bien de la chance .
Il parait heureux, d’ailleurs, le Président, malgré tant de soucis.Ce jeudi-là, il reçoit, dans la salle des fêtes de l’Elysée, quelques centaines de patrons et banquiers conviés à la remise du « Prix de l’audace créatrice » à un créateur de société (HologramIndutries, sécurisation des billets de banque et marques commerciales) dont les exportations ont augmenté de 80% en trois ans. Un parterre d’amis de Sarkozy et, à la tribune, unPdg insolemment lucide – Marc de Lacharrière, le fondateur du Prix-, pour qui « la France a décroché. La sortie de crise sera beaucoup plus longue qu’on se plaît àle croire ». Mais rien ne semble altérer la bonne humeur du Chef de l’Etat, lancé, pour le plus vif plaisir de Laurence Parisot, dans « l’ hommage que la France doit à ceux qui entreprennent ». L’heure du déjeuner sonne aux horloges. Peut-être va-t-on servir au Président du boeuf du Limousin nourri à l’herbe de chez nous ?Un rêve français.

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20 Septembre 2012

L'assassinat, dans des conditions atroces,de l'ambassadeur Christopher Stevens, pose la question de l'aveuglement occidental


Paris est une fête. Avenue Montaigne, pour les « vendanges » d’or, de parfums et d’escarpins hors de prix, les boutiques de luxe ont sorti le tapis rouge. Lumières, musique et crépitements de flashes tandis que les photographes se bousculent pour immortaliser de longues égéries juchées sur d’invraisemblables talons…C’est dans ce décor que j’ai rendez-vous avec Eric Ciotti, député « Droite populaire » de Nice et président du Conseil Général des Alpes Maritimes, surnommé le « Monsieur Sécurité » de l’UMP, dont François Fillon a fait son directeur de campagne. Auteur de plusieurs propositions de loi « répressives » comme celle visant à la suspension des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire, ce fils de quincailler niçois n’est-il pas trop « marqué » par son expérience du sud ? « Détrompez-vous, me dit-il. Dans toutes nos réunions, à travers tout le pays – y compris dans le grand Ouest -, les gens nous interpellent sur la sécurité. Ils sont très sensibles aussi à la question identitaire. » La « question identitaire » ? Serait-ce un euphémisme, façon Fillon, pour traduire ce que l’ancien ministre de l’Intérieur sarkozyste Claude Guéant, résumait d’une phrase « Les Français ne se sentent plus chez eux » ?

Quelques heures plus tard, nous apprenons l’assassinat, dans des conditions atroces, de l’ambassadeur américain J.Christopher Stevens, victime d’une opération préméditée contre le film « Innocence of Muslims » qu’aucun des manifestants n’a vu. Cela s’est passé à Benghazi, la cité grecque reconstruite par la reine Bérénice, la capitale de la résistance à l’abominable Colonel Khadafi, la ville où Sarkozy le libérateur était acclamé, voilà un an jour pour jour, au côté du Premier ministre britannique David Cameron, par une foule amoureuse ( croyait-on) de la démocratie – le tout, sous le regard ému et triomphant de Bernard-Henri Lévy ... Comment ne pas s’interroger sur notre aveuglement d’Occidentaux ?

Aveugles ou complices ? On se pose la question, tout au long du livre choc d’Annick Cojean, Les Proies. Ma consoeur du Monde lève le voile sur un sujet tabou entre tous : le « leader bien aimé » et les femmes. Avec sa garde d’ « amazones » aux cheveux courts, Kadhafi réussit, pendant des années, à nous jouer l’ homme « moderne », le « libérateur » de la femme en terre musulmane et presque le « rempart de la civilisation ». En digne émule du célèbre grand reporter, la présidente de l’Association du Prix Albert Londres a rencontré pendant des mois des jeunes femmes victimes de Kadhafi et jusque là condamnées au silence : telles Soraya, la fille de coiffeuse, enlevée à 15 ans sur un signe du tyran libyen en visite dans son école, droguée et alcoolisée, violée, torturée, recousue, renvoyée au bout de trois ans, puis enlevée à nouveau le jour de son mariage pour être « rouverte » par le maître fou…Est-il possible que les services secrets occidentaux n’aient rien su ? Si prompt à faire libérer les infirmières bulgares avec l’aide de Cécilia la courageuse, qui affronta l’ogre libyen, Nicolas Sarkozy ignorait-il, comme son prédécesseur Jacques Chirac, que le dictateur invité à planter sa tente à deux pas de l’Elysée était un fou, un toxicomane, un maniaque sexuel et un assassin ?

Pour se dresser en modèle de vertu face à des islamistes –« révolutionnaires » ou non - qui emprisonnent à nouveau leurs filles et leurs femmes sous l’immense voile noir du « Silence, on viole », notre Europe ne devrait-elle pas être exemplaire ? Car au nom de quoi plaider pour le respect des droits des femmes dans les pays tiers si nous violons nos propres principes ? Et comment imposer 40% de femmes dans les conseils d’administration des entreprises privées, comme s’apprête à le faire la Commission de Bruxelles, si les 23 Européens responsables de l’Euro ( 17 gouverneurs des banques nationales et 6 membres du directoire de la Banque Centrale Européenne) sont tous des hommes ? C’est l’argument que développe la brillante députée européenne centriste Sylvie Goulard, auteur d’un pamphlet célèbre contre l’entrée de la Turquie ( Le grand Turc et la République de Venise, préfacé par Robert Badinter). Pour créer un choc dans l’opinion et obtenir enfin la nomination d’une femme au directoire, Sylvie Goulard va jusqu’à suggérer que la BCE quitte Francfort pour s’installer à Ryad...

250 islamistes manifestent devant l’ambassade américaine de Paris, à deux pas de la Concorde et du palais de l’Elysée. Pas de blessés. Mais qui ne pense aux scènes de violences sur les pelouses des Invalides, le 23 mars 2006, quand des émeutiers cagoulés s’en étaient pris aux étudiantes manifestant contre le CPE de Dominique de Villepin, tandis que la police laissait faire ? A nouveau, on s’interroge : aveuglement, impuissance ou cynisme du ministre de l’Intérieur ? Paris est un test.


Valeurs Actuelles

13 Septembre 2012

François Chérèque accuse Bernard Arnault. Mais préfèrerait-il que ses ouvrières soient payées au smic comme aides à domicile?


Posés sur des pelouses, d’élégants bâtiments au toit arrondi. A l’intérieur, bois blond, larges baies vitrées, jardin zen … Je me souviens de ma visite des usines Vuitton en Vendée. Ce qui m’avait frappée aussi, c’était la lumière du jour, dans l’atelier comme dans l’espace orné de palmiers où les ouvrières pouvaient se détendre à l’heure de la pause. J’avais interrogé plusieurs d’entre elles, occupées à piquer la bordure cuir de sacs imprimés de lettres fuschia et turquoise – la folie des Japonaises. Le travail exigeait énormément de précision : points en avant, points en arrière, pas moins de cent vingt critères maison à respecter. Mais cela n’avait rien à voir avec les usines agro-alimentaires éclairées au néon et visitées auparavant en Bretagne, où les femmes en tablier de plastique découpaient des artichauts dans une vapeur brûlante ou éviscéraient des volailles dans une odeur insoutenable. Venues d’anciens métiers de couture ou de décoration à la main des faïences, la plupart des ouvrières en blouse pastel paraissaient fières de leur métier et contentes d’habiter une maison individuelle à moins de 15 minutes de ce « Vendéopôle »…
Etais-je trop naïve de voir une sorte de « modèle » là où j’aurais dû déceler une « exploitation » des ressources humaines et ce que le milliardaire américain Warren Buffet appelle, non sans un humour féroce, « la lutte des classes des riches contre les pauvres » ?
Sans doute le Pdg du groupe, Bernard Arnault, aujourd’hui montré du doigt pour sa demande de nationalité belge, s’est-il « enrichi sur ces salariés dont il a la responsabilité », comme l’en accuse le pourtant modéré Secrétaire général de la CFDT, François Chérèque. Mais ces ouvrières auraient-elles préféré être payées au smic par les municipalités comme « assistantes à domicile » auprès de personnes âgées et contraintes de faire des kilomètres chaque jour en voiture ? D’ailleurs, les 20 000 employés français de LVMH n’ont-ils pas souvent béni l’obligation, pour la grande marque de luxe, d’afficher un « made in France » qui les a jusque là protégés du chômage pour cause de délocalisation ? Le maire socialiste d’Angers et le président UMP de la communauté urbaine- où l’on annonce la création d’une usine Vuitton de 300 salariés -, ne s’en réjouissent-ils pas ensemble ?
Comme beaucoup de Français, j’ai été choquée, depuis vingt ans, par l’explosion des inégalités et l’augmentation indécente de hauts salaires auxquels s’ajoutaient- même lorsque le manager avait fait plonger l’entreprise et dû annoncer licenciements et délocalisations- parachutes dorés, retraites-chapeaux et autres bonus. Mais est-ce en traitant des patrons inventifs, compétitifs et créateurs d’emplois d’ « antipatriotes », en leur criant, comme le fait Libération « Casse-toi, riche con ! » et en chantant « Ah, ça ira, ça ira ! » qu’on va accroître l’attractivité de la France, doper notre industrie en déclin et repasser sous la barre des 3 millions de chômeurs ? En bon social-démocrate, François Hollande sait bien que non. Il a dû, pour mobiliser un électorat de fonctionnaires et d’employés et s’assurer du soutien – du bout des lèvres- du tribun Jean-Luc Mélenchon, promettre des mesures symboliques comme la taxation à 75% des milliardaires. A ce prix, il a emporté la victoire. Mais maintenant ? Va-t-il faire comme Nicolas Sarkozy- lequel, au risque d’aggraver les déficits, avait tenu à honorer de coûteuses promesses comme le bouclier fiscal ? On voudrait que l’intérêt national l’emporte sur les idéologies. Mais Hollande, au contraire de son prédécesseur socialiste Mitterrand, n’est pas assez fort pour reculer.

Une plume limpide. Un ton ferme, mais mesuré. En lisant le dernier essai d’Edouard Balladur, « La liberté a-t-elle un avenir ? », on se dit « Quelle culture ! Et quelle lucidité ! Comme il a raison de rappeler que le mythe d’un Etat fort peut conduire à des excès anti-démocratiques, mais que le libéralisme, pour être exemplaire, doit être régulé ! » Aussitôt, l’on s’interroge : pourquoi l’ancien Premier ministre n’a-t-il pas gagné, en 1995, contre le décevant champion de la « fracture sociale », Jacques Chirac ? A l’évidence, parce qu’il n’a pas su nous faire rêver.

Il affirme « J’accélère !... Je suis en situation de combat ! » mais quelque chose dans son regard et sa voix nous dit qu’il est déstabilisé. En regardant François Hollande répondre sur TF1 aux questions de Claire Chazal, je crois voir, en surimpression, les images de son débat du 3 mai avec Nicolas Sarkozy « Moi, président de la République ! » En ce temps-là, le futur président croyait en sa chance. Une force intérieure l’animait. Ce soir – et même s’il fait un choix intelligent en s’abstenant de répliquer aux attaques de ses adversaires et aux critiques de la presse –le Président a peur et cela se voit. Il se demande si le prix à payer pour sa victoire n’est pas trop lourd.

Valeurs Actuelles

6 Septembre 2012

"La reprise arrive! Il faut y croire!" lançait Pierre Mauroy en 1981, désignant " la crête des deux millions de chômeurs"


Franchement , il « s’amusait un peu » en arrivant ici qu’on s’étonne de le voir serrer la main de Laurence Parisot. Elu depuis trente- cinq ans, n’a-t-il pas souvent rencontré des patrons ? D’ailleurs, le gouvernement compte sur eux - leur talent, leur goût du risque et leur patriotisme-, pour redresser le pays… A la tribune de l’université d’été du Medef à Jouy- en-Josas, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault s’empêtre : il reconnaît« des visages connus, et d’autres moins connus » mais qu’il « connaissait déjà », à Nantes ou ailleurs…Il a le trac. Il parle « dialogue social », « croissance », « grande nation », et l’on entend taxation, déficits et 3 millions de chômeurs. Je pense à la « crête des 2 millions de chômeurs » que désignait en 1981 son prédécesseur, Pierre Mauroy, tentant de rassurer les chefs d’entreprise après les avoir tant effrayés avec ses nationalisations et ses ministres communistes. « La reprise arrive ! Il faut y croire ! »Pendant trois mois, François Hollande et le gouvernement ont semblé croire, eux aussi - sinon, comme Nicolas Sarkozy en 2007, au « choc de confiance » provoqué par leur seule arrivée au pouvoir, du moins à un retour de la croissance qui viendrait des Etats-Unis après deux années difficiles.Ils commencent à en douter. Alors, tous les regards se tournent vers le Président de la République : va-t-il enfin « se réveiller » ? Hollande, qui ne peut plus ouvrir un magazine sans y trouver la photo de « ses femmes » et le récit de ses faiblesses,s’efforce d’afficher un sang-froid mitterrandien. Il se souvient de « Laisser du temps au temps ». Mais nous, ce que nous retenons, c’est la caricature de Plantu, notre Molière des temps modernes : où l’on voit le président « normal » en pantoufles, savourer sa tisane.Encore heureux que le dessinateur ne flanque pas notre bourgeois gentilhomme d’une compagne armée d’un rouleau à pâtisserie.

Que faire lorsqu’on est impuissant à enrayer la hausse du chômage ? L’exemple allemand est dans toutes les têtes, même si le mot « modèle » est tabou.Si nos partenaires d’Outre-Rhin embauchent aujourd’hui des ingénieurs et techniciens venus de toute l’Europe, c’est parce qu’ils ont, dès 2003, lancé avec Gerhard Schroderun « agenda 2010 », alors approuvé par la chef de l’opposition , Angela Merkel : pour abaisser le coût du travailet inciter les chômeurs à accepter le second emploi proposé. Le débat sur le coût du travail repart chez nous, et c’est le leader de la CFDT, François Chérèque, courageux comme à son habitude, qui le relance, au risque d’être montré du doigt par la CGT et une partie de la gauche. Il faudra une grande négociation sociale et – puisque telle est la tradition monarchique française, si loin de la « cogestion » allemande – une implication du Président . En attendant, comme il faut bien donner aux journalistes autre chose à commenter que la tragi-comédie du « trio infernal »Hollande-Trierweiler-Royal, démonstrations de force et discours de morale républicaine .
En faisant évacuer les camps deRoms, Manuel Valls ,le petit dernier des primaires socialistes installé aujourd’hui dans le rôle de ministre le plus populaire du gouvernement, s’inspire de Nicolas Sarkozy - son discours « stigmatiseur »en moins. Quant à Vincent Peillon, on dirait qu’il s’inspire de Dominique de Villepin « Pour leur faire avaler des réformes, répétait le Premier ministre de Jacques Chirac, il faut rassurer les Français en invoquant leur modèle républicain ». En annonçant des cours de « morale laïque » et en proclamant sa volonté d’ « arracher l’élève à tous les déterminismes familial, ethnique, social intellectuel »( Nous comprenons : « les arracher à l’école des Imams et à celle des dealers » ) le ministre de l’Education Nationale envoie un message de fermeté attendu. Reste à mettre en œuvre ce projet. Trop souvent sous pression, voire même sous une menace physique, les professeurs le peuvent-ils ? Dominique de la Garanderie, qui fut la première femme bâtonnier des avocats de Paris, me parle de l’ association de juristes « InitiaDroit » qui se rend dans les écoles pour présenter la « Déclaration universelle des droits de l’Homme ». « Les élèves – les filles en particulier – sont passionnés. »
A Marseille, nouvelle Chicago des années 20, c’est une femme, Samia Ghali, sénatrice socialiste issue d’une famille berbère installée dans une de ces citésoù l’on massacre à la kalachnikov, qui a osé se dresser pour demander que l’armée intervienne . Elle en a assez, dit-elle, de voir mourir des enfants qu’elle a vus grandir. Je pense à Jean-Marie le Pen « Un jour, on enverra l’armée Marseille et ce sera un gouvernement socialiste qui le fera ». C’était il y a dix ans. Le chef du FN pensait à Guy Mollet et à la guerre d’Algérie. Et moi, je pensais qu’il était fou.