Ce mercredi 27 septembre, le conseiller régional et métropolitain que je suis a appris par voie de presse les propos lapidaires et irresponsables de Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France, au sujet de la Métropole du Grand Paris.


Voilà presque deux ans depuis l’entrée en fonction du nouvel exécutif régional que Madame Pécresse cultive avec un zèle inégalé une confrontation aberrante entre les échelons régional et métropolitain. « La Métropole du Grand Paris ne sert à rien » : la messe est dite.
D’un point de vue institutionnel, il semblerait que la majorité régionale craigne un empiètement sur son champ d’intervention et donc sur son influence politique. Rappelons que les compétences de la MGP sont spécifiques aux enjeux de sa zone urbaine dense et tendue. Or la Région recouvre un périmètre bien plus vaste qui comprend aussi des zones péri-urbaines et rurales ; du cœur de Paris jusqu’à Etampes, Provins ou encore Rambouillet. Le territoire de la MGP est compris dans la région Ile-de-France : cela signifie que la région renvoie à un espace plus vaste, composé de territoires si différents que les problématiques pour chacun sont structurellement singulières.
Au contraire, la raison d’être de la MGP se fonde sur sa cohérence géographique, d’où la pertinence de politiques ciblées qu’elle doit conduire. Tel n’est pas le rôle du Conseil régional censé élaborer une vision stratégique globale en matière d’aménagement du territoire, d’offre de logements, de transports et d’aménagement économique, exprimée dans le SRDIF adopté en 2013, au nom de la cohésion de l’ensemble du territoire dans sa diversité. C’est pourquoi il ne saurait y avoir une quelconque contradiction entre la Région et la Métropole, bien au contraire, les deux institutions ont vocation à travailler en complémentarité.
Face à l’interrogation quant à la répartition des compétences, la loi MAPTAM de janvier 2014 a institué les Conférences territoriales de l’action publique (CTAP). Celles-ci donnent l’opportunité dans chaque région de clarifier les compétences entre chacune des collectivités selon leur chef de filat. En Ile-de-France, Valérie Pécresse n’a pas daigné mettre sérieusement en œuvre une telle conférence qui aurait pourtant permis de mettre fin à une certaine confusion institutionnelle. Sa critique de la MGP sur le flou et la superposition des compétences paraît donc difficilement recevable tant les efforts sur ce point n’ont même pas été initiés. Le potentiel de coopération entre l’ensemble des collectivités se heurte hélas au rejet dogmatique de la droite régionale, qui bloque volontairement toute avancée sur la gouvernance du Grand Paris, au détriment de tous les Franciliens.
Un autre exemple des contradictions ostensibles de Madame Pécresse est à puiser dans la présentation du budget 2017 du Conseil régional. Alors que des coupes sensibles dans le budget alloué au logement ont été décidées, sa seule justification a été de rappeler la compétence prioritaire de la Métropole en la matière. Nous pouvons néanmoins remercier la présidente de ce double aveu : en plus d’être pertinente dans l’action menée en matière de logement, la MGP sert de prétexte aux renoncements de l’exécutif régional. « La Métropole du Grand Paris ne sert à rien », voilà qui est finalement démenti par Madame Pécresse elle-même.
Arrêtons de considérer le Grand Paris comme une énième strate territoriale qui s’ajouterait aux autres déjà existantes. Les discours emprunts de démagogie et de simplisme tendent justement à défendre certains échelons au détriment d’autres, en condamnant d’avance la MGP sans lui donner le temps de faire ses preuves. C’est un jugement à l’emporte-pièce. En réalité, chaque collectivité ou établissement public territorial dispose d’un rôle spécifique selon le périmètre et les enjeux qui lui correspondent. La MGP est avant tout une intercommunalité, au même titre d’ailleurs que des dizaines d’autres en Ile-de-France situées en grande couronne.
Le travail de complémentarité entre la Métropole et la Région ne tient pas que dans leur différence de nature institutionnelle, mais aussi dans la déclinaison de leurs schémas stratégiques respectifs. Ceux-ci ne sont pas élaborés unilatéralement sans concertation avec l’autre, et pour preuve, le plan métropolitain et autres schémas structurants qui sont adoptés doivent être impérativement compatibles avec le SRDIF, défini par la Région. La MGP doit naturellement prendre en compte la vision d’ensemble régionale, de sorte que le déséquilibre est tout simplement impossible.
D’une manière générale, le Conseil régional doit dialoguer avec tous ses territoires, qu’ils soient métropolitains ou de grande couronne. Ensemble, ils construisent une vision globale et d’équilibre des territoires. La Région, les départements et les intercommunalités – dont la MGP – contribuent à définir une stratégie de développement et d’aménagement en accord avec cet équilibre général, alors que les établissements publics territoriaux et les communes mettent en œuvre de manière opérationnelle.
Dans ses prérogatives actuelles, gardons à l’esprit que la Métropole est une institution récente qui nécessite du temps pour faire ses preuves. Nous ne sommes aujourd’hui qu’à l’acte I à ce sujet, un perfectionnement est évidemment envisageable et souhaitable. La relation financière entre la MGP et les EPT, les compétences et éventuellement le périmètre sont autant de points sur lesquels il faudra progresser avec toutes les contributions.
Un acte II permettra de clarifier certains sujets tels que l’attribution définitive de la CFE aux territoires, ou encore le mode de désignation des conseillers métropolitains pour plus de représentativité et de démocratie à cette échelle. Cette marge de progression n’empêche toutefois pas la Métropole d’agir à l’heure actuelle, à travers les plans et les schémas stratégiques, mais aussi par une politique ambitieuse de terrain avec des appels à projet comme « Inventons la Métropole », d’ailleurs repris par la Région sous le nom de « Dessine-moi le Grand Paris ».
La Métropole a donc fondamentalement sa raison d’être, elle le prouve par son action et son rôle au milieu des autres échelons territoriaux. Par conséquent, élus locaux franciliens comme citoyens, restons vigilants face aux postures irresponsables de l’exécutif régional. Satisfaire un égo politique ou contribuer à la réussite de notre territoire face à ses nombreux défis, pourvu que Valérie Pécresse fasse le bon choix.


Rédigé par Jean-Marc Nicolle le Lundi 2 Octobre 2017 à 15:13 | {0} Commentaires