La droite en rêvait, Emmanuel Macron et Edouard Philippe l’ont fait. Les ordonnances visant à « réformer » le Code du travail poursuivent avec zèle ce qui a été initié par la loi El Khomri en 2016.


La hiérarchie des normes en matière de droit du travail s’en trouve encore davantage remise en cause, sur les recommandations de la Commission européenne toujours prompte à prescrire le choléra pour soigner la peste.

L’esprit qui anime le gouvernement et l’UE repose sur une éternelle et désespérante croyance en la création d’emploi par l’allègement des normes et le gain de flexibilité. Et peu importe si la protection des salariés doit être sacrifiée. C’est d’ailleurs la cible centrale de cette suite de réformes qui franchit un cap inquiétant. La protection des salariés à travers le droit du travail se trouve de nouveau sur le banc des accusés en matière de chômage, puisque considérée comme une rigidité décourageante à l’embauche. Tant pis si la précarité doit devenir structurelle sur le marché du travail, car elle est bel et bien la contrepartie directe et évidente de la refonte du Code du travail.

Autour de ce projet se développent des éléments de langage récurrents, avec pour objectif premier de persuader les citoyens qu’il n’y a pas d’alternative pour lutter efficacement contre le chômage de masse. L’exécutif actuel n’hésite d’ailleurs pas à draper sa politique d’une audace « réformatrice », à s’enorgueillir de poursuivre des objectifs en assumant un risque d’impopularité. « Libérer les énergies » est la nouvelle formule qui sert de sous-titre aux ordonnances, employée à répétition par les différents ministres chargés de défendre piteusement le projet. L’énergie créatrice de richesses et d’emplois serait donc étouffée par les droits des salariés, voilà l’idée sous-jacente…

C’est pourquoi les ordonnances prévoient notamment de restreindre drastiquement le socle commun des normes qui s’appliquent aux entreprises par la loi. Elles pourront désormais y déroger par accord d’entreprise, alors même que les rapports de forces entre employeurs et salariés se prêteront encore moins à une négociation d’égal à égal. De plus, la nature des contrats de travail a été revue de manière à rendre plus facile un licenciement au nom de la flexibilité, mais que l’on se rassure, il s’agit ici de s’« adapter aux besoins nouveaux» ! Les besoins du Medef et des dirigeants des grandes entreprises n’ont pourtant rien de nouveau. La nouveauté se trouve dans le dévouement du gouvernement à servir leurs intérêts au détriment des salariés, qui n’y trouveront que précarité et appauvrissement.

Le cynisme de cette politique consiste justement à se plier à de tels désidératas tout en martelant la nécessité irrévocable de ce qui est entrepris, qui plus est « avec courage » alors qu’il est question d’une grande lâcheté. Le modèle allemand pris à tort comme exemple de ce qu’il faut faire est paradoxalement la meilleure illustration de l’échec annoncé de ces réformes. Malgré l’apparence des indicateurs macroéconomiques (5,9% de chômage), on ne compte pas moins de 9,7% de la population allemande dotée d’un emploi qui vit en dessous du seuil de pauvreté… Et pour cause, les réformes visant à flexibiliser le marché du travail ont abouti à un recours massif aux mini-jobs, par nature plus précaires et faiblement rémunérés.

Ceci ne présente donc rien d’enviable pour les salariés français. Il serait également bon de ne pas mépriser ces derniers qui défendent des acquis sociaux figurant jusqu’ici dans le Code du travail. Ils ne sont pas dupes d’une prétendue modernité à laquelle il faudrait s’adapter. Le travail n’est effectivement pas voué à la précarisation et à l’ « uberisation », d’autres modèles économiques mettent à mal la crédibilité des politiques fondées sur l’austérité et les « réformes structurelles ». Parmi eux, le Portugal depuis 2 ans a pris le contre-pied des recommandations de la Commission européenne, refusant un « assouplissement » des droits des salariés et les coupes budgétaires dans le domaine social. Le taux de chômage a largement chuté, de 14,4% en 2014 à 8,8% au deuxième trimestre 2017, quand bien même la protection sociale a été préservée voire renforcée.

La véritable modernité n’est donc pas celle qui semble inspirer la réforme du Code du travail. Bien au contraire, ces ordonnances marquent un net retour en arrière et un contresens économique et social.


Rédigé par Jean-Marc Nicolle le Lundi 18 Septembre 2017 à 20:31 | {0} Commentaires