II faut choisir : ça dure ou ça brûle ; le drame, c'est que ça ne puisse pas à la fois durer et brûler. A. Camus

C'est ce que vous suggère le livre de Balthasar Thomass, paru récemment dans la collection "Vivre en philosophie" des éditions Eyrolles.


Et si cet été, au lieu de s'affiner pour frimer sur la plage, on apprenait à s'affirmer avec Nietzsche ?!
J'avais déjà évoqué dans un article précédent son essai très instructif, Etre heureux avec Spinoza (cliquer sur Etes-vous-joyeux-comme-Nietzsche-Spinoza-ou-Bergson). Cette fois-ci, Balthasar s'est intéressé à la philosophie volcanique et impétueuse de Nietzsche, ayant tué le plus grand des idoles : Dieu.

Contrairement à la philosophie de Spinoza, il va falloir souffrir pour être heureux ! On entre dans la cadence très paradoxale de Nietzsche, où souffrir rime avec plaisir. Nietzsche ose affirmer "il y a même des cas où une espèce de plaisir dépend d'une séquence rythmique de petites excitations douloureuses". "C'est par exemple le cas du chatouillement". Nietzsche, pourtant très prude, va même jusqu'à dire "c'est le cas du chatouillement sexuel du coït". Ainsi, le paradoxe de la souffrance semble trouver son reflet dans la métaphore de la sexualité… Une mise en pratique de la philosophie de notre cher Nietzsche semble à première vue finalement assez simple :-). Mais, attention, cela n'est que la partie I du mode d'emploi, le plus prenant restant la partie II du livre "se désintoxiquer de la morale". Comme le fait remarquer Balthasar Thomass "il ne faut pas choisir ses valeurs par dépit". Ainsi, s'affirmer, cela consiste avant tout à assumer ses goûts.

Attention aussi aux revanchards et aux pleurnicheurs : on ne peut pas prétendre être Nietzschéen si l'on passe son temps à ruminer et à se plaindre. Le ressentiment freine la puissance et le bonheur. Nietzsche est sans concession avec les décadents, les dégénérés et les "ratés". Sa philosophie est allergique à la faiblesse : l'échec doit rendre plus fort. Plus étonnant, les théories de Nietzsche permettent même de s'inventer des filiations imaginaires pour se sentir mieux et devenir ce que l'on est : il s'inventait lui-même des origines polonaises pour s'éloigner de la lourdeur allemande de l'époque. Une théorie intéressante au vu de la crise identitaire que certains de nos contemporains traversent.

Mais attention, B. Thomass vous prévient : "Etre libre", c'est aussi "être plus fragile". Il faut apprendre à "jardiner" ses passions, ce qui met forcément votre patience à rude épreuve. Cela revient en fin de compte à trouver l'ordre ou le désordre dans lequel vous souhaitez faire valser vos passions. Dionysos ou Apollon, c'est une question de dosage. Harmonie ou dissonance ? A vous de tester votre équilibre.


C'est pour cela qu'il est plus difficile d'être heureux avec Nietzsche qu'avec Spinoza. Pour Spinoza, la tristesse est signe que vos passions ne vous dirigent pas vers la bonne voie. Alors que pour Nietzsche, rien n'est sûr, puisqu'il faut souffrir pour être heureux !
En revanche, pour grandir et s'affirmer, Nietzsche reste la référence des adolescents et de tous ceux qui veulent vraiment se connaître et se réaliser. Car pour s'affirmer, il faut accepter ses désirs profonds, tuer ses idoles et créer sa propre éthique – et surtout refuser les valeurs qui mettent en avant la souffrance, la faiblesse et le nihilisme.
Bref, un long programme en perspective digne d'un surhomme !

S'affirmer avec Nietzsche, Balthasar Thomass, 2O1O, Editions Eyrolles.
Et si cet été, au lieu de s'affiner pour frimer sur la plage, on apprenait à s'affirmer avec Nietzsche ?!

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 9 Août 2010 à 22:52 | Commentaires (1)

Commentaires

1.Posté par florent le 11/05/2011 18:39
J'ai beaucoup aimé cet article, mais je me permet de corriger quelques erreurs :

1)"Ayant tué le plus grand des idoles : Dieu" : Non, il fait seulement le constat de sa mort, ce qu'il veut supprimer, c'est la morale chrétienne qui lui survit.

2)"Il va falloir souffrir pour être heureux" : Nietzsche ne promet pas de bonheur stable après une période de souffrances.

3) "Le ressentiment freine la puissance et le bonheur" : Non le ressentiment est l'une des formes de la volonté de puissance et il rend heureux ceux qui en ont besoin.

4)sur votre usage du mot "ruminer" : Nietzsche utilise ce terme favorablement, désirant des lecteurs capables de ruminer ses livres, i.e. de ne pas s'arrêter à ce qui y est le plus évidemment exposé.

5)"Nietzsche est sans concession avec les décadents" : il se dit lui-même décadent (et son contraire), c'est-à-dire hyper irritable mais aussi capable de maitriser fermement ses nerfs : les deux sont utiles.

6)Sa philosophie est allergique à la faiblesse : non, il reconnait l'utilité des faibles et des médiocres (i.e. : les basses besognes), il veut simplement que leurs (nos, mes) valeurs ne dominent pas.

7)"Les théories de N. permettent de 'sinventer des filliations imaginaires" : Il le fait effetivement (il ment) et c'est à mettre en rapport avec sa théorie de l'hérédité, mais à aucun moment il ne conseille de le faire, c'est même en contradiction avec l'amor fati qu'il prône (Pour le coup, il serait justifié ici de parler de sa relation avec sa mère et sa soeur dont il affirme dans Ecce Homo qu'elle sont sa principale objection à l'éternel retour)

8)"jardiner" ses passions : Il dit plus simplement "hiérarchiser". De plus il est très favorable à l'ascétisme lorsqu'il est jugé nécéssaire.

Désolé si ça fait un peu petit prof, ce n'est pas le but...

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