Article du Parisien : "J'avais peur du regard des autres"

Téléconsultation et Addiction.



Article du Parisien : "J'avais peur du regard des autres"
« J’avais peur du regard des autres »

Annie Rapp, médecin généraliste, consulte par caméra interposée. Le visage d’Antoine apparaît sur son écran d’ordinateur. L’entretien peut commencer.
Antoine, 42 ans, suivi par téléconsultation pour des problèmes d’alcool
Par Elsa Mari

Il est 13 h 45. Dans son appartement parisien, Annie Rapp, médecin généraliste, avale une gorgée de café. Puis s’installe dans son fauteuil rouge, face à son ordinateur. C’est l’heure de sa consultation par caméra. Au même moment, à des centaines de kilomètres, Antoine*, 42 ans, dépendant à l’alcool, se connecte, lui aussi, sur Doctoconsult, la seule plate-forme française de téléconsultation en santé mentale, lancée en 2017. « J’ai fixé le prix à 50 € la demi-heure, je donne l’accès au patient en cliquant sur ce bouton et c’est parti, s’exclame la pimpante médecin, spécialisée en psychothérapie. Ah, le voilà ! »

Soudain, le visage d’Antoine apparaît, le son de sa voix perce le silence. « Comment s’est passée votre semaine ? » l’interroge la docteur Rapp, qui le suit depuis un mois et contrôle son évolution sous baclofène, un médicament contre l’alcoolodépendance. « Impeccable ! Samedi soir, j’ai bu deux verres de vin, et dimanche, lors d’une grande fête, un demi-verre et de l’eau à l’apéro. Si on m’avait dit ça un jour ! » sourit Antoine. « Oh ! Bravo », s’enthousiasme la médecin.

Jusqu’à présent, ce père de famille n’avait jamais consulté. Dans sa région rurale, dont il préfère taire le nom, tout se sait. « Si vous passez la porte du seul psychiatre du coin, les gens le voient et ça part en commérages, raconte-t-il. J’avais peur du regard des autres. »

Alors, sur Internet, il a préféré trouver un spécialiste à Paris et lui parler depuis sa chambre. Seules sa femme et sa meilleure amie le savent. D’abord, il est venu la rencontrer à Paris. Cet entretien physique est aussi la condition d’une consultation remboursée. Les présentations faites, la docteur lui a envoyé une invitation sur Doctoconsult afin de créer un profil avec ses numéros de carte Vitale et de crédit. Un suivi en ligne aussi très demandé par des patients qui déménagent. « De mon côté, quand je ne suis pas au cabinet, je peux travailler de chez moi, partir même quelques jours, j’ai juste à embarquer mon ordinateur », abonde Annie Rapp.

Deux cents personnes suivies
Le rendez-vous se poursuit. Antoine raconte ses progrès, heureux. Plus jeune, quand il travaillait en boîte de nuit, il buvait une bouteille de pastis à midi pile et une de whisky le soir, « par habitude, parce que, ici, c’est normal » avant de passer au vin. « Avec tout ce que je jetais au tri sélectif, j’aurais pu monter un bar ! » C’est aujourd’hui fini.

Comme lui, 200 personnes sont suivies sur Doctoconsult pour des problèmes d’addiction. Une autre start-up, Pulsio Santé, permet aux patients de l’hôpital Foch, à Suresnes (Hauts-de-Seine), d’avoir une téléconsultation. La Société française d’alcoologie a consacré ses journées annuelles de mars à l’e-santé. « Je suis sûr que ça pourrait sauver beaucoup de personnes, affirme Antoine, surtout dans les campagnes où il n’y a pas de médecin. »

* Le prénom a été changé.

http://www.leparisien.fr/societe/sante/suivi-par-teleconsultation-antoine-alcoolique-avait-peur-du-regard-des-autres-14-05-2019-8071455.php

Mardi 14 Mai 2019
Annie Rapp