Dans ce parcours du traitement vers la guérison, il existe trois acteurs : la molécule, le patient et le praticien.


1) Le Médicament : je n'ai personnellement aucun doute sur l'efficacité du Baclofene à hautes doses dans le traitement de l' addiction alcoolique et alimentaire (boulimie avec vomissement). Les études cliniques en cours démontreront scientifiquement ce qui est pour l'instant la conviction des malades en traitement et de leur médecin.


2) Le Patient. : de son côté, se trouvent la décision, la confiance, la persévérance et un certain équilibre psychique qui lui permettent de suivre le traitement. Celui-ci présentent en effet des effets secondaires gênants et même parfois pénibles pendant la première phase, celle de la montée progressive des doses. Ensuite, ils disparaîtront avec la guérison.

Les facteurs de Succès chez le patient

• la prise en charge, complètement autonome, de la décision et du traitement par lui-même,
• le fait qu’avant son traitement, il contrôlait socialement son alcoolisation : alcoolisation du soir à la maison, solitaire ou discrète,
• qu’il contrôlait son comportement, par exemple en ne conduisant plus,
• qu’il avait des projets de vie et un travail.

Les facteurs d'échecs. Sans doute, tous dus à la prise aléatoire ou insuffisante du traitement.

• l’absence de motivation personnelle, celle-ci vient des proches
• la gravité de la pathologie psychiatrique associée,
• la dégradation intellectuelle et physique,
• des ennuis avec la justice, conduites en état d'ivresse, violences,
• l’utilisation de l’alcoolisation massive dans des rapports conflictuels avec le conjoint,
• le fait que l’alcool soit toujours ressenti comme le meilleur anxiolytique,
• le fait de ne pas avoir « divorcé » de l’alcool et des comportements associés ; pour les jeunes patients surtout, la difficulté à renoncer à l’ivresse et au style de vie qui va avec,
• la peur des effets secondaires et le refus de devenir « dépendant » d’un médicament.


Conséquence : il n'y a pas de "miracle" ni de "magie" dans la molécule!
Les bons résultats sont le fait du patient lui-même qui est aidé par un traitement dans son projet de se libérer de l'addiction. Jusque là ses efforts avaient échoués devant la puissance du "craving", ce besoin compulsif de boire de l'alcool venu du corps. Quand il ressent qu'il n'a plus besoin de lutter contre ce désir et que se produit le fameux déclic d'indifférence à l'alcool, il a souvent l'impression d'un "miracle" après tant de souffrance et d'échecs.
C'est le même miracle que celui qui a été accompli par le passé grâce aux innovations médicamenteuses qui ont font passer un problème de fléau national à une simple maladie curable...

Encore faut-il que le patient prenne le traitement et le prenne correctement... Les mauvais résultats ne sont pas rédhibitoires. Ils indiquent que le patient a besoin d'une aide complémentaire, médico-psychiatrique, psychothérapeutique, sociale. Ou qu'il n'est "pas encore prêt" à envisager de se passer d'alcool.


3) Bien sur, le 3ème facteur de succès dépend du praticien et de son aisance à prescrire et à suivre le traitement avec le baclofene. D'où la nécessité de sécuriser, par une autorisation officielle, les médecins qui prescrivent et de les former.


Annie Rapp 16/03/2013