Baclofene et Addictions

Un article de Cerveau et Psycho "Le poids des mauvaises habitudes" nous explique comment le faire.


Dans l'alcoolisme, plusieurs facteurs sont en jeu : l'intention consciente, la motivation, les habitudes, la biologie etc.
Le médicament agit sur le dernier facteur.
Le patient lui-même agit sur les premiers facteurs.

Souvent quand le résultat du traitement tarde à se manifester, les patients invoquent la force des habitudes et les tentations liées à la présence d'alcool dans les événements de leur vie quotidienne.

Les chercheurs en neurosciences nous donnent une piste pour changer volontairement une habitude quand nous le souhaitons. Voir l'article ci-dessous.

Par exemple, pour se faciliter l'arrêt de l'habitude alcoolique, on peut :

- changer pour une autre boisson alcoolisée,
- l'acheter dans un autre lieu que d'habitude,
- le boire dans un autre contexte,
- avec d'autres personnes,
- etc.

Annie Rapp 30/05/2013
Efficacité du traitement avec le baclofene

Pour moi, le médicament Baclofene est efficace dans l’indication nouvelle de l’alcoolisme. Je n’ai aucun doute.
A dose efficace, il bloque le besoin irrésistible de boire de l’alcool (et d’autres addictions comme les troubles alimentaires).
Il a aussi, dans de rares cas, un très bon effet sur l’anxiété : la zen-attitude !
A terme, il modifie le rapport que la personne avait avec l’alcool : indifférence, liberté, plaisir d’une consommation sociale ou épicurienne, fierté, normalité.
L’arrêt de l’intoxication chronique à l’alcool amène aussi de nombreux bienfaits psychologiques : la personne reprend sa vie en main et sort des modèles de réactions automatique et infantiles, leur contrôle chez l’adulte étant désinhibé par l’alcool.


Caractéristiques de la psychothérapie avec ces patients :

Cependant le traitement avec baclofene compte des échecs. Et quand le résultat a été obtenu, la prescription seule du médicament a suffit dans 43% des cas, suivant mon étude. Pour les autres, soit 57%, un traitement psy a été nécessaire : prescription de psychotropes seuls, psychothérapie seule ou avec psychotropes, ou prise en charge institutionnelle, médico-sociale (cure, hospitalisations psys, groupes d’entraide etc.)

Remarques

• Peu de différence avec les autres types de patients en psychothérapie. Parfois la demande de psychothérapie est posée d’emblée. Elle porte non pas sur le problème d’alcool mais sur les problèmes de vie : conflit relationnel dans la vie privée, stress au travail, manque de confiance en soi etc. Protocole : séance d’une heure hebdomadaire ou tous les 15 jours.

• Parfois la psychothérapie s’installe lors des premières consultations d’une demi-heure qui servent à suivre la progression de la prescription du baclofene. Je guide la personne avec des interventions en psychothérapie et elle y répond. Le thème de l’arrêt de l’alcool est-il abordé ? Ma préférence serait que celui-ci soit traité en priorité. La résolution des autres problèmes me semblant tout à fait facilitée si la personne n’est plus sous l’emprise de l’addiction. Cela ne semble pas toujours l’avis des personnes qui préfèrent se centrer sur l’expression de leurs autres soucis et garder le recours à l’alcool, même si elles continuent d’affirmer leur désir d’arrêter l’alcool. Parfois j’ai insisté pour traiter l’alcoolisme préalablement comme un problème en soi. Parfois j’ai accepté de suivre la personne dans sa démarche avec à la clé une assez longue série de rendez-vous avant d’obtenir la résolution du problème d’alcool. Même si le craving a disparu, il est toujours possible qu’une rechute alcoolique ponctuelle survienne lors d’un stress. Celle-ci n’est pas suivie d’une reprise de l’alcoolisation chronique.

Psychothérapie = travail sur « la demande », ce dont le patient a conscience et qu’il veut changer ou obtenir.
Et non pas sur ce que la famille, la société et le thérapeute estiment être le problème.
Sans demande : pas d’énergie, pas d’efficacité…
Viser l’autonomie de la personne, plutôt que sa soumission à un traitement.

• Spécificité de la psychothérapie de départ : c’est un accompagnement psychologique à la prise de médicament et à la modération volontaire de la consommation : on retrouve les mêmes difficultés rencontrées dans les prises en charge de l’alcoolisme par l’abstention comme dans le suivi d’un régime ou la prise au long cours d’un traitement

• La PNL que j’utilise est une méthode de changement de soi-même particulièrement pertinente pour traiter ces questions et soutenir l’autonomie de la personne dans ses efforts de changement. Avec des collègues pnlistes nous avons fait une recherche sur les applications de la PNL en psychothérapie : plusieurs patients suivis pour le problème d’alcool ont participé à des réunions en présence de plusieurs psys spécialisés en PNL. Le thème choisi était : les Dépendances Affectives et les Addictions. Nous voulions explorer ensemble les solutions habituellement pratiquées par les PNListes devant ce type de problème. Celui de la dépendance a été identifié comme celui d’une recherche de fusion avec une personne ou un produit vécus comme indispensables à la survie. La procédure proposée a été plusieurs fois celle de s’imaginer dans le futur comme s’étant libéré de son problème (le Moi évolué) et en ayant la vie désirée, puis de couper symboliquement le lien avec la dépendance et ensuite, à la place, de se fusionner à ce Moi évolué. Celui-ci va alors guider la personne vers ce but et le rendre désirable et surtout possible à ses yeux. Quelques mois après, avec le recul, plusieurs de ces personnes volontaires incarnent réellement cette identité positive et sont sur la voie de guérison psychologique.


Succès et échec du traitement avec le baclofene

Une règle : c’est le patient qui se soigne avec l’aide d’un médicament et celle d’un professionnel. Ce n’est pas seulement un traitement que le médecin applique au patient…
Le traitement avec le baclofene demande beaucoup au patient qui, justement, ne peut pas être passif. Le traitement ne marche pas immédiatement. Il faut augmenter les doses. Il y a des effets désagréables. Il faut de l’espoir, de la constance, de la régularité, de la persévérance…
Le succès est avant tout celui du patient s’étant approprié le médicament. Il fait alliance avec lui et l’intègre dans son projet de vie qu’il veut heureuse et en bonne santé. Il ne se sent pas un « malade » prenant un traitement.
L’échec est également celui du patient qui (ne peut pas, ne veux pas) ne fait pas sa part de travail, quelque soit la raison : manque de motivation, de « volonté », d’autonomie vis à vis des proches, maladie mentale etc.
Mauvais pronostic quand, dés le début, le patient a peur du médicament et le rejette : effet nocebo des discours axés sur les effets secondaires véhiculés par les anti-baclofene.

Qu’est ce que le succès, qu’est-ce que l’échec du traitement avec le baclofene ? Le succès : la personne se sent de nouveau libre face à l’alcool. Elle n’est pas obligée de boire tous les jours, ni de continuer de boire après les premiers verres. Et elle le fait sans effort, sans y penser. De fait certaines personnes ne boivent plus du tout d’alcool car elles ne l’aiment pas. Certaines boivent un peu en convivialité « comme tout le monde ». Certaines gardent ou retrouvent le plaisir de boire pour le gout d’un bon vin ou d’un apéritif.

Par contre, des personnes gardent l’alcool comme le recours en cas de stress en auto-médication, soit qu’elles en prennent en même temps que le baclofene soit qu’elles aient temporairement arrêté d’en prendre.

Certains ont la nostalgie de l’ivresse. Le baclofene agit en supprimant les effets psychotropes de l’alcool qui n’apportent plus la « récompense » habituelle. Donc pour retrouver l’ivresse et la défonce, ils arrêtent temporairement le traitement. C’est particulièrement fréquent chez les jeunes patients (moins de 30/35 ans).

D’autres se laissent aller à reprendre de l’alcool quotidiennement et après quelque temps, la dépendance biologique se réinstalle et ils se rendent compte qu’ils ne peuvent plus s’en passer.
Cependant une chance supplémentaire est donnée avec le baclofene car la rechute peut être enrayée facilement en reprenant le traitement.

Dans les cas difficiles, comme dans les pathologies psychiatriques, la relève de la responsabilité et de la prise en charge du problème est prise par l’environnement familial, médical, social. Les centres de cure et les consultations d’alcoologie auront toujours leur place.

La psychothérapie occupe une place différente : elle n’est pas « une prise en charge ». Elle est une collaboration d’une personne ayant un projet de changement psychologique avec un professionnel qu’elle a choisi pour l’aider.
Annie Rapp 21/05/2013