"Ahya Ssimra" dernier recueil de nouvelles de Noufel Bouzeboudja

18/03/2013 16:34

Après un recueil de poésie Brut-as i Wawal-iw!, édité chez Lulu.com en 2012, Noufel Bouzeboudja revient, depuis son pays d’exil, le Denmark, avec un nouveau livre, en prose cette fois-ci. Ahya Ssimra! est le titre d’un recueil de nouvelles édité ce mois de Mars 2013 aux Editions Tira, que dirige l’infatigable auteur et éditeur Brahim Tazaghart. Ahya Ssimra! contient huit nouvelles écrites dans un langage du quotidien mais non dépourvu de recherche, d’audace et d’innovation linguistique.


Dans ce recueil, Noufel Bouzeboudja parle de gens “ordinaires” de la société kabyle. Il explore des fragments de leur vie, leurs visions, leurs rêves, leur parole et leur langage. Le style qu’il utilise est fluide et rapporte avec précision et fidélité les pensées des personnages-héros et/ou anti-héros.

Noufel Bouzeboudja enchaîne ces petits fragments, sans censurer les poèmes sensuels de Σmi Klucar, un fouineur de poubelles qui trie plastique, zinc, pain rassis, et les revend aux camionnettes afin de subvenir aux besoins de sa famille. Sans censurer les insultes et provocations de Σmi Slim, vagabond de son état, assis sur un carton, buvant et brandissant une bouteille de vin.

Personne n’échappe aux boutades de Σmi Slim, ni Toufik, vendeur de tabac et bonbons, ni Si Pukrit, qui, prétendant être de la lignée du prophète, chante à qui veut l’entendre et aussi à qui ne veut pas l’entendre, qu’il est amazigh libre. Et quand Rombo, le sinistre chef de brigade, passe par-là, Σmi Slim entonne la fameuse chanson de Matoub: Ma d lkumiṣaṛ neɣ aǧadarmi n lεaṛ…

L’auteur ne censure pas non-plus le rituel à la fois choquant et amusant de Baba Saε qui, en se rendant à la mosquée chaque matin, passe par le cimetière pour uriner sur la tombe du dictateur Winnat Amuqran. Baba Saε s’indigne devant la nouvelle-luxueuse-mosquée bâtie par Winnat Amuqran amaynut cbi n nbi (Le nouveau Grand Un presque prophète) et laisse libre cours à ses doutes sur la foi et la manipulation politique de la foi.

Noufel aborde aussi l’amour d’un père pour son fils, qui jeté dans une maison de retraite, le lui avoue dans une lettre pleine de douceur et d’affection. Il lui parle de son enfance, de sa souffrance, de leur chanson préférée, de la guitare qu’il lui avait offert et de l’entente et communication qu’ils avaient, contrairement aux autres pères et fils dans leur société.

Ahya Ssimra ! aborde l’amour de Dda Ḥemmu pour ces pigeons à qui il dédie, chaque jour, un peu de son temps; l’amour de Si Wakli pour sa défunte femme qu’il visite chaque matin au cimetière. Sans oublier l’amour de Hbiles, le vendeur de poisson, pour le chant. Même Mjahed Hamid serait impressionné par sa voix qui traverse les sentiers d’At Yeččir, réveillant les chômeurs-dormeurs à midi et même plus tard.

Noufel ne s’autocensure aucunement et donne libre cours à ses idées, à ses mots. Ou bien, donne-t-il liberté aux idées et aux mots de ses personnages? On sent, dans l’écriture de ce recueil, une fidélité à la voix profonde, à l’âme et l’esprit des personnages. Ecrit autrement, Ahya Ssimra ! pourrait être une trahison aux personnages et une fausse représentation de la réalité telle quelle est dans son aspect beau, comique, vulgaire, dur, profond et révolté.


nb,
SIWEL 181634 MARS 13




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