"La vérité est pareille à l'eau, qui prend la forme du vase qui la contient" - Ibn Khaldoun.
1921 -  De la Russie à la Corse - L'odyssée du navire  "RION"

DE LA CRIMÉE A LA CORSE - L’ODYSSÉE DU NAVIRE "RION" ( ex-Smolensk) - 1921




 
DE LA CRIMÉE A LA CORSE - L’ODYSSÉE DU NAVIRE





Pour connaître de manière moins condensée les conditions de l'arrivée du "RION" dans la rade d'Ajaccio en 1921,
cf. Site du CERCLE CULTUREL ET HISTORIQUE CORSE - RUSSIE - UKRAINE
https://www.kalinka-machja.com/
Ce site est essentiellement dédié à l'émigration russe en Corse, mais il aborde également dans une perspective d'ordre géopolitique, les questions relatives à  la Russie et l'Ukraine.







 
RUSSES ET UKRAINIENS EN TERRE CORSE. L'ODYSSEE DU "RION"
 



La Corse compte un certain nombre d'habitants d'origine russe et ukrainienne. Ce sont les enfants et petits enfants d'émigrants qui, fuyant le régime bolchevique, se fixèrent en terre corse.
En effet, le 15 mai 1921, un transport de troupes ayant à son bord 3.800 personnes a mouillé en rade d'Ajaccio. Il y est demeuré jusqu'à la fin juin 1921. La plupart des passagers étaient des soldats de l'armée du général WRANGEL. Mais il y avait également à bord des civils : familles d'officiers, commerçants, fonctionnaires, propriétaires terriens, et paysans ukrainiens ayant choisi le parti des blancs.

Le navire venait de Turquie, où avait échoué la majeure partie de l'armée WRANGEL, vaincue par les Rouges et repoussée vers les rives de la mer noire en novembre 1920.
Rappelons que la révolution ne s'est pas imposée immédiatement en Russie, et qu'elle ne se limite pas aux "journées d'octobre" qui ont vu Lénine, par un putsch audacieux, s'emparer du pouvoir à Petrograd (devenue Leningrad sous l'URSS).
De 1917 à 1921, plusieurs armées dites "blanches" (par opposition à l'armée rouge), ont mené avec l'appui de corps expéditionnaires américain, anglais, français et tchèque une "contre-révolution" qui a pris les allures d'une véritable guerre civile.
Ces armées, composées de tsaristes mais également de républicains fidèles au gouvernement provisoire, ou de Russes effrayés par les excès des révolutionnaires, ont notamment combattu en Sibérie (amiral Koltchak), en Ukraine (Général Denikine), sur le Don (Cosaques de Kaledine), et en Crimée (Général Wrangel). Le pouvoir des soviets ne s'est durablement installé qu'avec la disparition des dernières forces blanches en Mongolie et au Turkestan, en 1921.
De 1917 à 1921 la guerre civile a causé d'innombrables pertes humaines, dues aux exactions respectives des troupes blanches et rouges, et aux méthodes des bolcheviques, adeptes de la dictature du prolétariat et de la "terreur de masse".
L'armée Wrangel, dernière armée "organisée" des tsaristes, a réussi sous la protection des marines française et anglaise, à embarquer dans l'ordre à Sébastopol et à quitter la Russie.
Près de 120 navires, essentiellement russes, mais également une dizaine de navires français et quelques bateaux italiens et grecs, ont amené en Turquie, environ 110.000 soldats, dont nombre de cosaques du Kouban, et 30.000 civils, Ukrainiens pour la plupart.
La marine anglaise, pour sa part, s'est contentée de rapatrier ses ressortissants. Seul un capitaine anglais, désobéissant aux ordres, a accepté des réfugiés, ce qui, pour l'anecdote, lui a valu une promesse de cour martiale de la part de l'amiral commandant la flotte britannique, promesse néanmoins accompagnée de félicitations pour sa générosité.

Le "RION", transport de troupes mixte, parti de Gallipoli, en Turquie, alors occupée par les troupes alliées après leur victoire sur l'Allemagne durant la guerre 14-18, a fait escale à Messine puis a terminé sa course à Ajaccio, victime d'une grave avarie de moteur.
Sa destination finale devait être le Brésil, où comptaient s'installer les migrants. Seuls 600 d'entre eux seraient finalement parvenus à destination (Etat de Sao Paulo) en empruntant un autre navire. Les autres (près de 3.000) sont restés momentanément en terre corse.

En 1924 on ne dénombrait plus dans l'île que deux à trois cents émigrés (chiffres variant selon les sources), les autres ayant choisi de gagner le continent français, où le marché de l'emploi se révélait moins étroit que celui de l'île, qui conserva quelques dizaines de migrants devenus "garçons de ferme" dans les villages de l'intérieur, quelques fonctionnaires contraints d'exercer des métiers n'ayant qu'un lointain rapport avec leur activité initiale, et certains techniciens (industriels, ingénieurs, commerçants) qui, à quelques exceptions près, ne retrouvèrent pas leur qualification d'origine.

Nombre d'émigrés demeurés célibataires disparurent dans un certain anonymat au fil des ans. D'autres épousèrent des insulaires et fondèrent famille.
Ils ont vraisemblablement incité d'autres émigrés russes et ukrainiens de leur connaissance dispersés en Europe à venir en Corse,  île dont ils vantaient certainement le charme et l'hospîtalité, car on note des arrivées individuelles jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale.
C'est ainsi que Constantin Maiboroda, père de l'auteur de cet article, ayant fui l'Ukraine en 1920/21, est arrivé en Corse en 1929 après avoir terminé des études techniques (électricité) en Tchécoslovaquie. Il y a épousé, peu après, une insulaire originaire du village d'UCCIANI, Catherine Mariaccia.
 
La Corse a donc connu des patronymes tels que :   Amolsky, Aparine, Baranovsky, Bikodoroff, Borissoff, Borodine, Boudnikoff, Gorovenko, Gourinovitch, Ivanov, Joukoff, Kartawiy , Kedroff,  Kerefoff, Kilko, Kotchef,  Kugeloff, Lebedeff, Maïboroda, Mironenko, Modzalewsky, Oupirenko, Pimenof, Pobiedenny ,  Popov, Seleznef, Serdukof, Tarrassenko,  Tchesnekoff, Teletsine, Voropaief...
Le nombre de ces patronymes s'est réduit au fil des disparitions naturelles ou des alliances avec des familles locales. 

Notre  île ayant la faculté historique pourrait-on dire, de "phagocyter" ceux qui débarquent sur ses rivages, la génération suivante s'est pratiquement fondue dans le peuple corse et seuls les patronymes révèlent désormais l'origine de ces insulaires "insolites".

 
Ajoutons, pour terminer, que le prince Youssoupov, connu pour avoir participé à l'élimination de Raspoutine, s'était installé en Corse, à CALVI, en 1924, où il avait fait l'acquisition d'une demeure, ⃰  et que notre île compte aujourd'hui parmi ses habitants permanents ou temporaires des descendants du général WRANGEL.

Jean Maïboroda
 
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En Corse : des Russes "blancs" devenus " rouges"
 




 
En Corse : des Russes "blancs" devenus " rouges"



En Corse, durant la guerre 39-45, nombre de " Russes blancs" arrivés en 1921 sur le navire "Rion" devinrent ….. "rouges". 
Leur amour de la Russie (et de l'Ukraine) et leur indignation devant la barbarie allemande, les conduisirent en effet à adhérer au parti communiste local.  
Jean Louis GASTAUD, ajaccien particulièrement attaché à son quartier de naissance et d'existence, avait fait paraître, peu avant sa disparition,  un ouvrage intitulé :  " M'arricordu ( je me souviens) . Ballade dans Castelvecchio"
Nous reproduisons quelques photos tirées de son ouvrage, qui mettent en exergue la présence des "Russes" , dont certains épousèrent la cause communiste et lui restèrent fidèles. 

La légende de la photo est la suivante :
 

"Je me souviens, non sans émotion, des chants magnifiques qui montaient, le soir, des caves, ces chants si profonds qu'ils donnaient la chair de poule , et que les voisins écoutaient avec surprise et admiration (Kalinka, Stenka Razine, Otchi tchornia....). 
Je me souviens de Joseph, le Russe, l'allumeur de réverbères, avec sa canne allume-feu sur l'épaule, allant d'un lampadaire à l'autre, laissant derrière lui un chapelet lumineux. 
Je me souviens des familles russes de Castelvecchio : Amolsky, Aparine, Baranovsky, Borodine, Gourinovitch, Ivanof, Kotchef, [....] Mironenko, Voropaief, Pimenof, Popov, Seleznef,Serdukof, Tarrassenko, Joukoff, Borissof, Eletzky, etc.
 



 
 
 
En Corse : des Russes "blancs" devenus " rouges"
 
 
 
En Corse : des Russes "blancs" devenus " rouges"
 
 
 
En Corse : des Russes "blancs" devenus " rouges"
Précisons que Nicolas Ivanoff n'est pas devenu communiste, et qu'il n'était pas, au départ, paysan, mais officier et ingénieur.  

Précisons aussi que monsieur Gastaud, dans l'élan de la rédaction de son ouvrage, accompagne d'un extrait de la chanson "Potemkine" la photo d'une famille de Russes blancs, ce qui peut plonger le lecteur dans une certaine perplexité.



 
 
  
 
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Nicolas Wickelson, l'officier du tsar ​
devenu photogrape ambulant à Ajaccio


 
 
NICOLAS WICKELSON 
L’OFFICIER DU TSAR DEVENU PHOTOGRAPHE AMBULANT A AJACCIO 


Nicolas WICKELSON est arrivé à Ajaccio en 1927, vraisemblablement à la suite d'informations favorables sur l'accueil corse émanant de compatriotes réfugiés en France continentale. 
C'est précisément son odyssée que nous vous proposons de connaître à travers le récit du périple qui l'a conduit de la lointaine ESTONIE aux rivages insulaires. 

Nicolas WICKELSON est né à REVAL (actuelle TALLIN, capitale de l’ESTONIE) le 23 juillet 1892. 
L’ESTONIE était alors possession russe depuis 1721. Il n’est donc pas étonnant de voir la famille WICKELSON mêlée aux épisodes tragiques de la révolution de 1917. 
Cette famille , composée de Pierre WICKELSON, le père, d’Alexandra CHMELEF, la mère, comprenait sept enfants, quatre garçons : PAVEL, DIMITRI, MICHEL, NICOLAS, et trois filles : OLGA, TATIANA et ELISABETH. 
Le patronyme WICKELSON n’est pas précisément russe, convenons en. Nous pensons qu’à l’origine il s’orthographiait WICKELSEN ou WICKELSOHN, selon que l’on prête des racines finnoises ou germaniques au père de famille. 
L’ESTONIE, en effet, vieille terre finnoise a été également longtemps occupée par des conquérants germaniques. C’est ce qui explique d’ailleurs son actuelle composition pluriethnique. 
Il s’agirait donc, concernant la branche paternelle, de Baltes "russifiés", au moins culturellement et politiquement. 
A l’heure où éclata la révolution russe, en 1917, la famille ne se trouvait plus en ESTONIE, mais en RUSSIE même. Elle avait quitté la vaste demeure ancestrale des environs de REVAL. Début 1916 en effet, Pierre WICKELSON avait choisi de s’installer non loin de PETROGRAD, sans doute pour assurer un avenir prometteur aux quatre fils, qui servaient déjà dans l’administration ou dans l'armée du tsar, sans doute aussi pour permettre aux jeunes filles de s’épanouir dans la bonne société de la capitale impériale tout en vaquant aux occupations ménagères et en aidant aux travaux des champs composant le domaine. 
A partir des journées dites de février 1917, qui virent l’émeute triompher à PETROGRAD, la famille WICKELSON vécut un véritable cauchemar, dont le paroxysme fut atteint lorsque les bolcheviques prirent le pouvoir (journées d’octobre) et exercèrent une terreur systématisée à l’encontre des "bourgeois" et autres "ennemis de la révolution". 
Depuis les injures et les actes de maltraitance pour crime d’appartenance de classe jusqu’aux lynchages dans la rue, en passant par le saccage des domiciles, et l’obligation d’accomplir des besognes dégradantes, la violence se déchaînait quotidiennement contre ceux qui étaient censés appartenir à la classe dirigeante. 
La famille WICKELSON se terrait donc dans son domaine, évitant de s’attarder dans PETROGRAD, livrée à l’anarchie et à la fureur des soviets. 
Nicolas, alors âgé de 25 ans, servait comme jeune officier dans une armée en pleine ébullition, une armée où les révoltes, accompagnées de meurtres d’officiers étaient monnaie courante. Il était bien placé pour juger des dérives de la révolution. 
En sa qualité d'officier, précisément, il avait été affecté à l'Etat Major du 6ème régiment de réserve des cosaques du Don, à Ouroupinskaia Staritsa, territoire du Don, où il servit du 7 février 1916 au 12 janvier 1918, date de l'occupation momentanée du Don par les armées rouges. Il quitta ce territoire le 5 février 1918 et participa sans doute à la retraite de l'armée blanche du général KORNILOV vers le Kouban. 
Sachant que sa famille était considérée comme "contre-révolutionnaire" du fait de sa fidélité au tsar, son principal souci était de la mettre à l’abri en lui faisant quitter la Russie. 
Avec l’accord de son père, il vendit les quelques biens mobiliers et les bijoux qui devaient permettre la fuite salvatrice. Mais , dans le désordre ambiant, la famille ne put quitter à temps un domaine désormais "inspecté" régulièrement par les milices populaires, les gardes rouges, et autres zélés défenseurs du nouveau pouvoir. 
Un soir de juillet 1918, peu après le massacre de la famille impériale à IEKATERINBOURG (16 juillet), le jeune NICOLAS, entrant chez lui, découvrit lui-même toute l’horreur tragique de la violence : sa famille avait été littéralement décimée : le père, la mère, le grand père, la grand mère, les trois sœurs, gisaient dans des mares de sang, tandis que la demeure avait été saccagée et pillée. Les trois frères, absents, étaient momentanément épargnés. 
Nicolas se fit un devoir d’enterrer dignement ses parents, puis se décida à quitter les lieux, n’emportant avec lui qu’un seul souvenir : une photo des jours heureux, représentant l’ensemble de la famille, photo qu’il conserva toute son existence comme une pieuse relique. 
Décidé à retrouver ses frères, il pensa à l’un des ses amis d’enfance et de collège, passé du côté des rouges, et qui détenait quelque pouvoir dans les instances révolutionnaires. 
Il put obtenir une entrevue avec cet ami, dont il gardait le souvenir d’un garçon charmant, affable, souriant et serviable. Hélas, ce dernier avait déjà bien changé : il vit arriver, en voiture décapotable conduite par un chauffeur à casquette à visière et chemise rouge, un personnage aux traits durcis, coiffé d’un étrange bonnet à pointe et portant des lunettes de motard. Etant descendu de voiture, ce dernier reconnut tout de même son ex-ami NICOLAS et consentit à lui adresser quelques mots. Mais ce fut pour lui annoncer que ses trois frères étaient détenus à la forteresse Pierre et Paul, et lui déconseiller vivement de s’y rendre, car selon ses propres dires, on y entrait vivant mais on en ressortait mort. 
Nicolas comprit que son ami YOURI V….. venait malgré tout de lui laisser la vie sauve. 
Il n’eut d’autre idée, dès lors, que de combattre ce régime cruel qui lui avait ravi toute sa famille. 
- Fin juillet 1918 Nicolas WICKELSON servit à bord du torpilleur "BRAVY", de l'escadre impériale d'extrême Orient, basée à VLADIVOSTOCK. 
- Puis il fut transféré à bord du navire de transport OULYSSE, toujours dans la marine impériale, où il exerça du 1er février au 2 juin 1919 les fonctions d'officier premier mécanicien. Il " exécutait son travail consciencieusement et avec une grande connaissance de son métier ", dit le certificat délivré en fin de service. 
- Libéré et rendu à la vie civile en Juillet 1920, il demeura vraisemblablement à VLADIVOSTOCK, où avaient débarqué depuis août 1918 des troupes américaines, japonaises, anglaises et françaises venues au secours du régime déchu. 
La région de VLADIVOSTOK, précisément grâce aux troupes de la coalition des puissances anti-bolcheviques, fut la dernière à être contrôlée par le pouvoir des soviets. 
C'est ce qui explique qu'une photographie nous montre Nicolas WICKELSON revêtu d'une tenue de l'armée américaine, dans laquelle il a pu s'engager quelque temps, ou dont il a revêtu l'uniforme pour l'occasion. 
C’est ce qui explique surtout que dans les archives personnelles de Nicolas WICKHELSON figure une attestation de la "Régence Provinciale" certifiant que l’intéressé a exercé l’emploi d’instituteur à l’école primaire du village de DOMACHLINO, commune d’OLGA, dans la "Province maritime" du 1er août 1920 au 6 novembre 1921. 
- Lorsque WLADIVOSTOCK fut elle même rendue aux rouges par les coalisés, il ne restait plus à NICOLAS qu’à fuir vers des cieux plus cléments pour lui. 
La frontière chinoise n’était pas loin. Il la traversa et s’efforça de gagner le sud. 
- Nous retrouvons sa trace en août 1924 grâce à un passeport établi en anglais par les autorités chinoises. Ce passeport fait état d’une autorisation de résidence à SHANGAI valable six mois pour monsieur WICKELSON, sujet ESTONIEN en provenance d’AUSTRALIE. 
- En novembre 1926, un second passeport établi en anglais et en russe, fait état cette fois d’une installation à SHANGAI en provenance d’ARGENTINE via le JAPON et HONG KONG. 
Nous supposons donc que NICOLAS WICKELSON a couru le monde à la recherche d’une installation matérielle sûre et d’un havre de paix après les évènements tragiques de sa jeunesse. 
- Enfin, en 1927, un certificat établi par l’Office des Réfugiés Russes à MARSEILLE, atteste que Nicolas WICKELSON, muni d’un visa d’entrée en France délivré par le Consulat de France à SHANGAI, venant de cette même ville par le vapeur Général Metzinger, demeure en CORSE , à AULLENE, chez monsieur BENEDETTI Antoine. 
Ainsi que nous le précisions précédemment, Nicolas WICKELSON a dû entendre parler de la Corse en termes très favorables par des compatriotes du RION, rescapés de l’armée WRANGEL, avec lesquels il était entré en contact. 
C’est donc en Corse que jette l’ancre, dans un dénuement total, Nicolas WICKELSON, alors âgé de 35 ans. Il a embarqué à Marseille sur le Liamone, de la Compagnie Fraissinet. Le prix du billet "sur le pont" est alors de 31 F 25, somme qui représente pour notre fugitif une vraie fortune. 
Installé en Corse, il y exerce d'abord divers "petits boulots" soit chez des particuliers soit dans des entreprises locales. 
- Il travaille initialement comme jardinier à AULLENE, chez monsieur BENEDETTI (25 mars-22 juin 1927). 
- Du 23 juin 1927 au 03 septembre de la même année, il travaille à la station électrique de Baracci, près de PROPRIANO, où ses connaissances en mécanique sont sans doute appréciées. 
- Du 04 septembre au 20 novembre il est employé par l’entreprise FRICHE, à SARTENE, où il exerce en qualité de plombier. 
- Nous le retrouvons comme ouvrier agricole chez monsieur GIUDICELLI à OLMETO (24 novembre 1927-15 mars 1928). 
- Le 19 mars il est embauché par la Compagnie Méridionale, où il ne restera que trois mois. 
- De juin à septembre 1928 il travaille à AJACCIO, à l’hôtel de France. Il semble avoir connu dans cet emploi des conditions de travail assez dures pour un salaire étriqué. 
- L’un de ses compatriotes émigrés le fait alors venir auprès de lui à l’Hôtel Continental, où il bénéficie de la qualification "d’argentier". 
Il y est relativement bien rémunéré, y est nourri et logé. Ce qui explique qu’il y reste jusqu’en 1937, soit près de dix années. 

Il est vrai aussi, qu’entre temps Nicolas Wickelson s’est marié et a charge de famille. Il a connu sa future épouse le 14 juillet 1928. 
Ajaccio est en fête. Il y a grand bal populaire sur la place du Diamant. C’est là qu’il rencontre celle qui devait devenir la compagne de sa vie, Sophie Catherine Adèle MUSSI. 
Entre le jeune émigré russe issu de famille bourgeoise et la petite paysanne corse d’un village des environs d’Ajaccio, CALCATOGGIO, c’est le coup de foudre réciproque. En dépit des convenances de l’époque, Nicolas et Sophie louent un petit appartement au n° 42 rue Fesch à Ajaccio, appartement qu'ils occuperont toute leur existence. 
En mai 1929 naît le premier enfant du couple, Didier. 
En 1935 le mariage est célébré à CALACATOGGIO. En 1937 naît le second enfant, Pierre. 
Cette année là (7 juillet) Nicolas quitte le Grand Hôtel Continental de son plein gré, nanti d’un certificat très élogieux établi par le directeur de l’Etablissement, monsieur ZOPPI. 
Il a en effet décidé de travailler pour son propre compte comme photographe ambulant. 
Comment lui est venue cette idée ? 
Durant sa longue fuite, dans son périple à travers le monde, et devant la nécessité d’avoir à fournir constamment pour circuler, des photographies d’identité, il avait eu souvent recours à des photographes ambulants. Le dernier dont il avait sollicité les services était précisément un émigré russe installé à Marseille, sur la Canebière. 
Celui-ci lui avait amicalement donné des explications détaillées sur le métier et sur la drôle de machine, fabriquée de ses propres mains, qui lui servait d’appareil. 
De ce jour, Nicolas se dit qu’il pourrait lui aussi s’installer à son compte et faire fi des dures contingences de la condition salariale. 
En 1937, à l’issue de ses bons et loyaux services à l’Hôtel Continental, il avait enfin les moyens de devenir travailleur indépendant en faisant l’acquisition d’un appareil, qu'il acheta chez Joseph CARDINALI, photographe installé cours Grandval, à AJACCIO. 
Il s'agissait d'une "chambre photographique portable", dite "chambre de foire", avec ses trépieds, les objectifs, le papier et les produits pour la préparation des bains, ainsi que les divers éléments nécessaires à la réalisation des photos "en plein air". 
Ultérieurement, il prit soin de l’étudier à fond …. et en fabriqua même deux "copies" agrémentées de quelques perfectionnements jugés opportun. 
Nicolas obtint son inscription au registre du commerce en Août 1937. 
Nicolas et Sophie son épouse choisirent comme point fixe le large trottoir bordant le cinéma Impérial (actuel Monoprix), non loin du parvis de l’Eglise Saint Roch. A partir de cette date, Nicolas et Sophie partirent travailler ensemble, chaque matin. Nicolas portait la lourde chambre, munie de son trépied. Sophie transportait des seaux contenant les bouteilles de révélateur et de fixateur, l’eau pure pour le rinçage, et bien sûr la chaise pour la pose des clients. Dans l’attente des clients, Sophie s’y reposait tandis que Nicolas faisait les cent pas ou bien s’appuyait sur l’appareil. 
"Faites vous photographier par Nicolas, officier du Tsar" était son invite favorite lorsque des gens passaient sur le trottoir. 
Cela fonctionnait. Et Nicolas avait une bonne clientèle. D’autant qu’il ajoutait à ce stationnement fixe des déplacements pour des mariages et des communions. Parfois on lui demandait de venir photographier des défunts sur leur lit de mort. Sophie, alors, ne l’accompagnait pas, car elle avait une certaine réticence à participer à ce genre de photographie. 
En novembre 1942 les autorités d’occupation italiennes et la Préfecture de la Corse interdirent à Nicolas d’exercer sa profession de photographe ambulant sous peine d’arrestation et d’emprisonnement pour espionnage. 
Durant onze mois Nicolas ne travailla donc plus sur le Cours Napoléon, mais "à domicile", avec un Exacta 4 ½ x 6, en prenant garde de n’être " repéré ", car Ajaccio était quadrillée par les soldats italiens et la ville comptait quelques délateurs mal intentionnés. 
Ce n’est que le 13 septembre 1943, à la libération de la Corse, que Nicolas et Sophie purent reprendre leur activité normale de photographes ambulants. 
Le travail n’allait pas manquer. 
Les Américains surtout adoraient se faire photographier prenant la pose avec de belles Ajacciennes. De plus, Nicolas parlait leur langue, et ils prenaient grand plaisir à écouter ses récits d’Extrême Orient. 
L'après-guerre ne changea pas les habitudes de Nicolas. Nous le retrouvons toujours "installé" près de l'église saint Roch. Il est désormais bien connu des ajacciens, et fait partie de leur univers. 
Et c’est pratiquement à ce poste que la mort le surprend le 1er juin 1971. Il était âgé de 79 ans. Il était devenu pour les Ajacciens un personnage connu, aimé, apprécié tant pour ses qualités humaines que pour son professionnalisme. Et finalement, il avait passé dans sa terre d’asile la majeure partie de son existence. 
Sa compagne dévouée, collaboratrice fidèle autant que discrète, celle qui l'avait accompagné durant de longues années, fut profondément attristée par la disparition de son époux. 
Elle se cloîtra pratiquement chez elle jusqu'à ce jour de 1982 où elle rendit l'âme, entourée de l'affection des siens, après un court séjour à l'hôpital Eugénie, à l'âge de 86 ans. 
Et c'est ainsi que disparurent du microcosme ajaccien deux figures familières de l'avant et l'après-guerre, deux photographes ambulants qui ont fixé au quotidien l'image des joies et parfois des malheurs de nos concitoyens, et dont les innombrables clichés jaunissent dans les tiroirs des familles d'Ajaccio ou des villages environnants. 

J.C. FIESCHI et Jean Maiboroda. 1999 . A partir d'un texte ayant pour auteur Paul SILVANI. 





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Extraits du journal "La jeune Corse".(1921)
 
 
 
Nous publions ci-après les articles consacrés par le journal "LA JEUNE CORSE" aux péripéties qui ont accompagné l'arrivée du RION en rade d'Ajaccio. 
Ce document relate "au jour le jour" l'accueil réservé aux "réfugiés russes" qui ont débarqué sur le sol corse. 

Ce document présente un caractère historique indéniable, car il reflète assez exactement l'état d'esprit de l'époque. 

Nous aimerions organiser un jour une réunion conviviale rassemblant les descendants des personnes qui se sont montrées dignes de la tradition d'hospitalité insulaire et qui ont généreusement contribué à humaniser l'accueil des réfugiés. 
Mais, pour l'heure, laissons s'exprimer les éditorialistes de "La jeune Corse". 

LA JEUNE CORSE. 
Directeur Administrateur : X.COLONNA D'ISTRIA 
2, cours Grandval Ajaccio 
Directeur Politique : C.CAITUCOLI, député 


 
 
 
Lundi 16 et Mardi 17 Mai 1921. 

LE RIOM EN RADE D'AJACCIO 

Il a à bord 3800 soldats russes. 
Dans la nuit de samedi à dimanche, le grand vapeur français "Riom" commandé par un capitaine russe, a mouillé en rade d'Ajaccio. Il avait à son bord 37 militaires français venant de Cilicie, et 3.800 soldats de l'armée Wrangel. 
Le Riom était parti de Constantinople le 26 avril et avait fait escale à Gallipoli, à Lemnos et à Messine. 
La question se pose, et elle n'est pas encore résolue à l'heure où nous écrivons, de savoir si les soldats russes doivent être débarqués et hospitalisés à Ajaccio. Les autorités locales, croyons nous, s'y opposent. Non pas à cause de l'état sanitaire des passagers, qui est bon : la visite minutieuse faite à bord par le docteur Del Pellegrino, qui a constaté en outre des patentes nettes, et qu'une dernière désinfection générale avait été faite à Messine, en a fait la preuve, sans compter que le navire étant en voyage depuis 19 jours la période d'incubation de toute maladie est largement dépassée. Mais bien à cause du déséquilibre que l'introduction soudaine de cette masse de 3.800 hommes pourrait apporter aux conditions d'existence d'une ville qui ne dépasse pas 20.000 âmes. 
Nous insistons de la façon la plus formelle pour que la masse en question, vraiment trop considérable, ne soit pas hospitalisée à Ajaccio. Tout au plus pourrait-on décider de la loger et de la laisser, en tout ou partie, à Chiavari, à la condition qu'on la destine, si c'est possible, à l'aménagement de l'immense domaine de Chiavari, ou à la formation d'équipes de travailleurs pour nos agriculteurs ou pour les travaux publics. 


Mercredi 18 Mai 1921 

LES REFUGIES RUSSES 

Le "Riom" est toujours en rade d'Ajaccio, avec ses 3.800 réfugiés russes. Les ordres demandés à Paris sur leur destination définitive ne sont pas encore arrivés. Une chose semble acquise : les passagers du "Riom" ne seront pas logés à Ajaccio. On les dirigera hors de Corse, ou bien on les répartira dans l'intérieur de l'île. 
Il y aurait tout de même intérêt à prendre une décision rapide à l'égard de ces 3.800 personnes parquées depuis plus de vingt jours à bord d'un navire qui suffit à peine à les contenir. 


Mercredi 25 Mai 

LES REFUGIES DU RIOM 

Un Comité d'Aide et de Secours aux réfugiés du Riom s'est réuni dimanche matin sous la présidence de Madame Lévie-Andreau et de M. François Lanzi. 
Malgré son grand âge, madame la Présidente de la Croix-Rouge a tenu à assister à cette première réunion et à marquer le souci de son œuvre à s'associer au geste de générosité de la population ajaccienne. Le respect qui s'attache à sa personne est le plus sûr garant des résultats qu'obtiendra le Comité. 
Etaient présentes Mesdames Biélut, Bonavita, Bougue, Muracciole, D'Alché, ainsi que Mlle Muracciole. Assistaient également MM. Poletti, Stefani, Docteur Savelli, Zevaco, Bonelli et Pinelli. 
Obéissant à l'élan d'une bonté instinctive, M. Jacques Stephanopoli à tenu à s'occuper de la mission la plus pénible, celle de ramasser avec M. Exiga les dons alimentaires. Toujours en mouvement quand il s'agit de bonnes œuvres, M. Jean Lanzi a promis au Comité le concours pécunier de la Chambre de Commerce. 
Ce Comité a émis quelques desiderata que ses membres ont soumis à M. le Préfet. M. Mounier qui s'occupe d'une façon effective depuis une semaine de cette délicate question d'une complexité particulière n'a pu accéder momentanément aux désirs du Comité, les ordres venant de Paris paralysant l'initiative dont il aurait voulu faire preuve. Néanmoins, il a promis à M. le Consul de Russie de solutionner au plus tôt la pénible situation de nos alliés. Avec juste raison il estime que ce qui pèse le plus sur ces malheureux c'est l'incertitude d'un avenir sans horizon. On comprend facilement que la charité a des limites, et qu'Ajaccio, ville de peu de ressources ne peut exagérer la portée de ses sacrifices. 
A bord Mme d'Alché qui se dépense sans compter depuis plus d'une semaine a fait procéder à la distribution des choses remises au comité. Notre confrère Marc Salini qui distribuait des choses personnelles a parcouru de fond en comble le Riom. Il a su aller vers les plus affligés. L'éclectisme avec lequel il procédait à une juste répartition prouvait largement la douleur qui l'étreignait à la suite de cette pénible visite. 
Ajoutons que 400 russes seront momentanément débarqués. D'accord avec le Préfet le Commandant d'Armes a tenu à décongestionner le navire. M. Dauvin est un tout jeune capitaine plein d'activité et de finesse. Il a occupé à Constantinople les postes militaires les plus en vue. Très au courant des choses d'Orient il fait preuve de la plus profonde culture. Rien n'échappe à bord à sa perspicacité et c'est là une raison majeure pour que ses avis soient d'autant plus écoutés. Avec de précaires moyens de fortune il a su maintenir à bord une discipline exemplaire et toute à l'honneur des débris d'une armée à bout de peines et de misères. 

Les délégués du Comité. 

Pour le cours Grandval, Boulevard des Etrangers, Rue Maréchal Ornano, Capitaine Livrelli : Mlle Rose Muracciole et M. Roch Pinelli. 
Pour le Cours napoléon, la Barrière, Rue Casalonga : Mlle Eva Muracciole, MM. P. Poletti et P. Siciliano. 
Pour la rue Fesch, St Charles, Diamant, avenue du 1er Consul, Bvd Roi jérôme : MM. Lucien Bonelli et Vincent Zevaco. 
Magasins : MM. Jacques Stephanopoli, F. Exiga et Nicolaï 

Appel aux familles d'Ajaccio 

Confiant dans les sentiments de générosité et de dévouement de la population corse et ajaccienne en particulier, sentiments qui ne se sont jamais démentis, le Comité de secours aux réfugiés russes victimes du bolchevisme adresse aux familles ajacciennes l'appel suivant : 
Plus de 3000 de nos malheureux amis russes sont venus s'échouer dans notre golfe. Parmi eux se trouvent des femmes, des enfants, des orphelins et aussi les débris de la glorieuse armée Wrangel. Tous ces malheureux sont dans le dénuement le plus complet. 
C'est pourquoi le Comité demande à chaque famille ajaccienne de tirer bien vite de l'armoire une chemise d'homme et une chemise de femme en bon état, pour en faire don aux pauvres réfugiés. Chacun de ces malheureux pourra ainsi être muni de ce vêtement indispensable à tout être civilisé. 
Nous comptons sur vous, familles ajacciennes pour accomplir cette bonne action, elle est de celles qui portent bonheur. 
Les dons sont reçus chez Mme Muracciole, 2 Cours Napoléon. 


22 Mai 1921 

POUR LES REFUGIES RUSSES 

Un certain nombre de personnes, désireuses d'apporter leur aide aux réfugiés du Riom, des secours en nature, se présentent journellement à bord, où elles ne peuvent être admises à défaut d'autorisation préalable. 
Le Préfet, en remerciant la population d'Ajaccio de sa solidarité à l'égard des Russes, l'avise : 
1° que personne ne peut être admis sur le Riom sans avoir obtenu une autorisation écrite du Cabinet du Préfet; 
2° que les visites ne peuvent avoir lieu que de 14 heures à 17 heures; 
3° que les dons doivent être "obligatoirement" remis à un Comité composé de femmes d'officiers russes, qui se chargera de guider les donateurs dans la répartition des objets, afin d'éviter le retour de scènes regrettables qui se sont produites à bord entre ceux qui avaient ou n'avaient pas été compris dans les précédentes répartitions. 
Le Préfet : MOUNIER 


Jeudi 26 mai 1921 

A BORD DU RIOM. 

"Riom", nom d'un fleuve qui se jette dans la Mer Noire et du vapeur russe en escale dans la rade d'Ajaccio. 
On sait comment et pourquoi. 
Environ 3800 russes réfugiés, nos amis, se pressent sur le pont et dans les flancs de ce gros navire. Et toutefois l'impression qu'ils nous donnent maintenant que leur subsistance est assurée et leur sécurité aussi, est bien moins pénible qu'aux premiers jours. 
A part les femmes, les petits enfants et les hommes affaiblis qui ont débarqué ce matin à 9 heures et demie pour être hébergés à la caserne Livrelli, on a devant soi des hommes pour la plupart jeunes, forts et bien portants, et mieux que résignés, rassérénés, bien qu'ils aient dû fuir leur patrie et qu'ils manquent encore de beaucoup de choses nécessaires à la vie : de confortable il ne saurait ici être question. Non ! ces vaincus ne sont point déprimés. Et leur vue inspire déjà confiance, elle autorise à espérer le retour de l'ordre en Russie. 
Les réfugiés sont répartis en six groupes ou six strum logés aux différents étages. Et nous avons remarqué qu'il fait chaud dans les compartiments inférieurs surtout le long des machines ou des cuisines. Aussi les hommes qui y sont parqués ne portent-ils en fait de vêtements que le minimum requis par la décence. 
Il va sans dire que les passagers du Riom font à leurs visiteurs en qui ils n'ont pas de peine à reconnaître des amis le meilleur accueil. Hier, quand la distribution de tout ce qui avait été porté à bord a été achevée, les membres du Comité de secours ont été régalés de chants de toute beauté. Et le public ajaccien, qui sera prochainement, croyons nous, en mesure de les entendre, ne nous démentira pas. 

Dimanche 25 Mai 1921 

A LA CASERNE LIVRELLI . Les Russes demandent du travail 

Sortis des flancs de la prison de fer flottante où ils avaient dû s'entasser, fuyant leur patrie, les Russes, hommes, femmes et enfants qu'on vient de loger dans cette vaste et blanche caserne Livrelli, y respirent l'air à pleins poumons, s'y réjouissent la vue de la lumière qui, à bord du "Rion" leur était mesurée. 
Ces terriens ayant repris contact avec la terre, renaissent à la vie. Dans la vaste cour de la caserne où il y a de l'herbe et de l'eau – de l'eau ! – ils vont et viennent, ou s'allongent au soleil, après des ablutions dont ils ont senti la nécessité et apprécient le bienfait. Heureuse accalmie dans la tempête, oasis dans le désert, avec, en plus, le puissant réconfort qu'apporte visiblement à ces réfugiés l'intérêt que leur témoigne notre nation et la sympathie, nous ne dirons pas plus opérante, mais plus visible et plus tangible que leur marque la charitable population d'Ajaccio. 
Qu'adviendra-t-il demain de ces hôtes et de ceux, encore plus intéressants, qui sont restés sur le Rion puisque leur condition à eux est encore si pénible ? Nous l'ignorons. Ce que nous savons, c'est que ces hommes et ces femmes demandent avec instance du travail, ne fût-ce que pour ne pas rester plus longtemps à la charge de leurs amis. Du travail ! Il y en a, en Corse, et nous nous réjouissons grandement d'avance, quant à nous, à la pensée qu'il leur en sera donné pour leur bien et pour le nôtre, et cela sans nuire, bien entendu , aux travailleurs du pays, car nos hôtes ne prendront que les places inoccupées aux champs comme à la ville. Nous comptons bien aussi que la main d'œuvre étrangère, obligée de pourvoir, elle-même, à tous les besoins de la vie, ne travaillera pas au rabais, au risque de provoquer, dans les prix actuellement pratiqués, une baisse que la cherté de tout ne saurait comporter. Il faut que tout le monde vive. Ainsi soit-il. 

M. L. Gomella, consul général de la Russie à Marseille, et M. Wirouboff, délégué du Comité Franco-Russe de Paris sont débarqués hier à Ajaccio. Ils étudient les moyens requis pour le placement des russes qui demandent à travailler en Corse. 

Lundi 30 et Mardi 31 Mai 1921 


LES RUSSES 

On veut continuer à confondre les deux aspects, pourtant très simples, de la question du séjour des réfugiés russes à Ajaccio. 
Mettons, une dernière fois, les choses au point. Ce sera facile. Il n'y a pas deux manières de voir à ce sujet. 
Les réfugiés russes ne doivent, ne peuvent rester à Ajaccio parce qu'ils sont trop nombreux pour un centre démographique et économique aussi peu important que le nôtre. Nos ressources alimentaires de production locale (les seules dont il faille parler) sont, presque toutes, proportionnées aux besoins de la localité. Nous ne faisons pas d'exportation. Un surnombre inopiné d'habitants occasionne donc un déséquilibre du marché. 
Il faut se méfier des gens qui clament que nous allons mourir demain parce que le Rion s'éternise en rade. Ils exagèrent grossièrement, sans doute parce qu'ils y ont tendance. Disons les choses telles qu'elles sont : les augmentations de vivres dues à la présence des russes sont rares et peu sensibles, un ou deux sous sur les fèves? les petits pois et les œufs. Mais il faut considérer à côté le mouvement d'arrêt ou de ralentissement subi sur certains autres produits qui auraient pu baisser. A la longue, la situation peut exiger une attention plus sévère de la part des autorités. 
Du reste, il est inadmissible que les pouvoirs qui, à paris, s'occupent de cette affaire n'aient pas encore décidé cette chose si simple, qui le semble en apparence et qui doit l'être en réalité : une répartition raisonnable de ces réfugiés entre quelques centres et quelques ports du bassin méditerranéen. 
Sous prétexte qu'on étudie une solution, qu'on la prépare, qu'on l'attend, on ne doit pas s'en tenir à celle, qui n'en n'est pas une, ou qui est mauvaise, de laisser ici le navire et les 3800 réfugiés qu'il a apportés. Ce n'est pas très sérieux. Si on a trouvé le moyen de nous passer en douceur une pareille masse, on peut employer le même procédé pour d'autres villes, et il est certain qu'envoyés à Nice, à Toulon, à Marseille, ou dans des centres importants, à défaut d'autres qui le sont moins, les réfugiés seront noyés dans une autre masse et passeront inaperçus. Nous ne doutons pas que le maire n'ait fait ce qu'il avait à faire à ce sujet. Mais il n'y a pas de décision acquise tant que la réclamation persiste. Nous lui demandons d'indiquer par les voies les plus rapides et dans les termes les plus formels, aux représentants de la Corse au Parlement et aux pouvoirs publics que cette situation doit prendre fin dans peu de jours. 
C'est le vœu certain de la population, encore qu'elle se soit prise d'un apitoiement extrême et spontané pour ces réfugiés qu'elle ne veut pas garder non seulement parce qu'ils sont trop nombreux par rapport à sa propre importance démographique, à ses ressources alimentaires limitées, mais aussi, et il faut y insister, parce que les réfugiés ont besoin, grand besoin de secours privés encore plus qu'officiels et qu'elle ne peut y suffire malgré sa……………….généreux élans qui se sont manifestés même et surtout dans le populaire. 
N'y pouvant suffire, elle ne peut supporter le spectacle de ces désarrois individuels et de cette grande misère collective. 
Car, qu'on ne s'y trompe pas : ces fugitifs de la Russie méridionale, de ces pays qui, presque exclusivement, nous envoyaient avant la guerre, notre pain quotidien, sont la proie d'une navrance physique, sans parler de l'autre, trop pénible. Il suffit de bien observer pour deviner que les privations les ont rongés et les tenaillent encore. Une note de presse demandait aux Ajacciens de se priver pour eux de chemises d'hommes et de femmes. Il est visible que beaucoup d'entre eux n'en portent pas sous la blouse ou le pantalon de toile régimentaire, ou d'étoffes rapiécées, vestiges dégradés d'anciens uniformes, qui sont leur seule vêture. Pour l'alimentation, l'intendance fait le nécessaire : mais tendez à un de ces malheureux, pris au hasard, un croûton de pain, il l'avalera avec une avidité qui prouve que ces êtres humains qui sont de grands, et sans doute aussi de bons garçons ne connaissent depuis longtemps de la vie que ses côtés les plus tristes, les plus déprimants, les plus lamentables. 
Il n'y a pas là de bourrage de crâne. Les bourreurs de crâne sont ceux qui crient trop haut pour demander le départ des Russes, ou disent tout bas qu'on pourrait les garder. Les uns et les autres en oublient de donner leur obole. La vérité est que nous n'en mourrons pas, même si nous souffrions dans une sérieuse mesure, de les garder, mais leur départ est exigé par leur propre intérêt. 
Nous aurions ici, dans le même cas, des réfugiés bolchevistes au lieu de débris de Wrangel, que nous courrions à leur soulagement, du même élan. 
L'humanité n'a qu'un visage lorsque la misère la marque à son empreinte. Nous le savons. La plus pauvre des ménagères ajacciennes l'a compris qui a donné ce qu'elle a pu, et sans qu'on l'y invite. Mais, comme nous l'avons dit, notre maison est trop petite pour abriter tout ce monde, nos ressources trop réduites pour soulager tant de misères. Est-ce que d'autres populations refuseraient effectivement d'accepter la charge et l'honneur du si modeste devoir de bonté qui leur incombe ? Et, dans ce cas, le gouvernement hésiterait-il à le leur imposer ? nous lui posons cette question par l'entremise de ses représentants en Corse. 
Léon MAESTRATI 

Jeudi 2 Juin 1921 

LES REFUGIES RUSSES 


Le placement des réfugiés russes s'opère avec une certaine activité. 
C'est par erreur que nous avons dit que M. l'adjoint Nicolaï s'occupait dans ses bureaux du placement des réfugiés en ville. La ville n'a pas besoin de beaucoup de main d'œuvre, le chômage y sévit même, quoique dans une faible mesure. Tous les réfugiés placés par le bureau de la place des palmiers l'ont été dans la campagne et pour les travaux agricoles. Il en est de même de celui de la rue du roi de Rome. 

On continue à lancer des canards au sujet des Russes. Il faut se méfier de ces nouvelles presque toujours fausses. C'est ainsi qu'on a fait circuler le bruit qu'un réfugié avait attenté à la vertu d'une jeune fille et que celle-ci en était morte à l'hôpital. C'est un mensonge et une petite infâmie. 

Le Comité de secours aux russes apprend que sur l'initiative de M. le sénateur-maire de Bastia, des secours vont être réunis dans cette ville pour les réfugiés. Malgré ce que pourra faire Bastia, et l'assistance par le travail qui s'organise, les besoins chez les Russes sont si urgents et si considérables que les Ajacciens ne devront pas ralentir leur effort. 

Ces besoins sont en effet considérables et urgents, mais nous devons rectifier une information qui montre l'intendance maritime faisant aux russes une portion alimentaire vraiment trop congrue. Cette administration, ainsi qu'elle en a reçu l'ordre, attribue aux réfugiés la portion du soldat français en campagne. Cela ne donne aux réfugiés ni linge, ni les quelques sous qui leur pourraient procurer des douceurs, mais la question alimentaire est résolue. 


Dimanche 5 Juin 1921 

La Semaine Ajaccienne 

Le Rion est toujours à l'ancre, dans nos eaux, et cette si troublante question des réfugiés russes n'est pas encore solutionnée à l'heure où nous écrivons… 


POUR LES REFUGIES RUSSES 
Un geste généreux 

Le Comité de secours aux réfugiés russes a reçu la lettre suivante de M. Fraissinet, armateur à Marseille : 
" Ayant lu dans la presse insulaire la détresse des russes embarqués sur le Rion, je me permets de vous adresser 19 colis effets neufs et usagés qui pourront sans doute être utilisés pour ces malheureux. 
Au cours de la guerre, j'avais reçu, en ma qualité de Consul général de Serbie à Marseille, de très nombreux objets de toute nature destinés aux réfugiés serbes. Je vous envoie le solde des vêtements et effets qui n'ont pas été utilisés à la suite de la cessation des hostilités. 
Veuillez agréer…." 
Le Comité reconnaissant a immédiatement remercié par télégramme M. Fraissinet pour son généreux envoi, lequel aidera beaucoiup le Comité dans son œuvre de bienfaisance. 


Lundi 6 et Mardi 7 Juin 1921 


A PROPOS DES RUSSES 

Le journal " La Corse" de Marseille pose au sujet des Russes du Rion diverses questions qui ne manquent pas d'intérêt. Nous avons voulu nous enquérir de ce qui avait pu être fait et nous avons cru devoir, pour cela, demander des précisions à M. Noêl Pontana, qui, en attendant l'arrivée du nouveau préfet, assume la charge de l'administration préfectorale. 
Pourquoi n'a-t-on pas vacciné les réfugiés, demande notre confrère. Ils l'ont tous été, sans exception, peu de jours après leur arrivée. 
En ce qui concerne leur surveillance, non seulement la police spéciale, mais encore la gendarmerie et la police locale ont reçu les ordres nécessaires. 
Un office de placement a été installé et fonctionne à la satisfaction des employeurs et des réfugiés. 
Quant aux russes qui se sont, sans autorisation, répandus dans les communes de l'intérieur, des instructions formelles ont été adressées à la gendarmerie qui a mission de les rechercher, de demander à nos concitoyens qui ont pu les embaucher la déclaration exigée, et, pour les réfugiés non occupés, de les expédier sur Ajaccio. 
Quant à leur état-civil, il est impossible de l'établir, la grande majorité des russes n'ayant absolument aucun papier. 
Il y a sans doute, parmi nos hôtes, un certain nombre d'indésirables. Quelques uns d'entre eux, sur lesquels le commandant du navire a pu avoir des renseignements, sont retenus à bord avec défense expresse de quitter le bateau. Quant aux autres, on ne peut les juger que d'après leur conduite. 
Voici donc satisfaite la curiosité de notre confrère. 
Ajoutons que les employeurs sont tenus, comme nous l'avons dit dans un précédent numéro, de faire à la police ou à la gendarmerie de leur résidence une déclaration précise sur le nombre des ouvriers russes qu'ils ont embauchés. 
Il serait à souhaiter, toutefois, que la question des conditions de travail soit fixée d'une manière précise afin que les ouvriers reçoivent la juste rémunération qu'ils méritent. 


Jeudi 9 Juin 1921 


LA QUESTION DES REFUGIES 


"Il y a des misères qui saisissent le cœur. Il manque à quelques uns jusqu'à des aliments". La poignante remarque de La Bruyère s'est appliquée, devant Ajaccio même, hélas ! aux 3800 russes entassés sur le Rion. 
Ils fuyaient leur patrie, devenue pour eux inhabitable, entre autres raisons, parce que le régime soviétique avait refusé à la Société des Nations de leur garantir la vie sauve. 
Partis de Constantinople, ces vaincus devaient faire escale à Toulon et de là repartir vers le lointain Brésil. Par malheur l'usure des machines a considérablement ralenti la traversée. Il a fallu deux remorques, une de la mer ionienne à Messine et l'autre de Messine à Ajaccio (au lieu de Bastia, d'abord désigné ; Bastia n'a qu'une rade foraine). 
En cours de route il a fallu rationner les passagers, tellement qu'arrivés devant Ajaccio, ils ne manquaient que de pain et d'eau potable… 
Les premiers témoins de cette détresse, des marins et des habitants du populeux Borgo, furent aussi les premiers à essayer d'y apporter quelque soulagement. Après eux l'Etat et la population se sont employés à pourvoir de leur mieux aux divers besoins des pauvres réfugiés. Sept cent d'entre eux ont été débarqués, dégageant d'autant les passagers du navire. De l'argent a été recueilli, ainsi que des dons en nature ; et l'œuvre de secours se continue, du mieux qu'elle peut. 
Mais c'est l'assistance par le travail que les Russes ont déclaré préférer, comme plus digne, et plus efficace, aussi longtemps qu'ils resteraient en Corse. A cet effet deux bureaux de placement ont été ouverts à Ajaccio, et déjà, par leurs soins, un nombre appréciable de travailleurs a trouvé un emploi. L'administration et les particuliers en employeront d'autres, car dans l'intérieur, un peu partout, par suite de la guerre et de l'exode de la jeunesse, la main d'œuvre fait défaut. Il semblerait donc que si le travail donné aux russes leur vient en aide, il n'est certes pas moins profitable au pays et que tout le monde, par suite, y trouvera son compte. 
Tout le monde … c'est beaucoup trop dire ! Il est dans la nature des choses, en effet, que tels travailleurs russes à qui l'inaction pèse autant que la pensée d'être à charge à leurs hôtes, acceptent une rémunération inférieure, notamment, à celle que des ouvriers insulaires, spécialisés dans certains travaux, ont réussi à obtenir de leurs employeurs. Des concessions réciproques devraient amener un nivellement et une stabilisation des salaires ; faute de quoi des mesures de protection en faveur de l'ouvrier indigène supplanté s'imposeraient. Charité bien ordonnée commence par soi-même. 
Oui, mais charité bien ordonnée se continue en autrui. Et – il n'est nul besoin de le prêcher aux Ajacciens, cette charité s'exerce très justement en faveur des réfugiés russes. Nous leur devons notre aide : 
1° comme Corses, amenés par les circonstances à voir et à toucher cette infortune; 
2° comme Français, car le bolchevisme que ces réfugiés ont combattu a fait le jeu de l'Allemagne en consommant la défection de la Russie et il a répudié la dette de cette nation envers les prêteurs français; 
3° enfin comme hommes, à qui rien d'humain ne sera étranger, si nous voulons rester dignes du nom d'hommes, précisément. Ces raisons sont très claires et très fortes. Les Nations et les individus s'ennoblissent et se fortifient dans la mesure des sacrifices qu'ils leur consentent. Entendez par là, non pas que l'intérêt de l'individu doit être immolé à celui de la collectivité, mais qu'il doit lui être subordonné, tout simplement parce qu'il s'y confond. 
Vérité banale, mais sur laquelle on nous permet d'insister, parce qu'il arrive qu'on l'ignore ou qu'on la méconnaisse, quelque lumineuse qu'elle soit. 
Oui, le sacrifice, et non pas le sacrifice contraint et forcé, mais le sacrifice joyeusement ou fermement accepté, est la condition et la loi même de la vie : sacrifice des parents pour l'enfant qui vient de naïtre, de chacun des membres d'une famille pour cette famille, et de tout bon citoyen pour sa patrie. Et, soit dit en passant, le bon citoyen peut légitimement se croire quitte envers l'humanité dès qu'il l'a servie de son mieux dans le groupe national où sa naissance l'a placé. Là où le dévouement, là où le sacrifice font défaut, l'individu, ou la famille, ou la cité périssent; 
Que si l'on objecte que le pauvre ne doit plus être sacrifié au capitaliste, nous répondrons d'abord que c'est une conception inhumaine et anti-sociale que celle qu'oppose la condition du pauvre à celle du riche. Nous prierons ensuite d'observer que l'avarice n'est qu'une des sept mauvaises passions qui mettent les hommes aux prises, et que ce fut pas, sauf erreur, la haute banque internationale qui arma contre Abel le bras de Caïn. 
Il est fort possible que ces considérations touchent médiocrement les gens à qui l'on est en train de persuader, leurs intérêts lésés aidant, que nos hôtes feraient bien mieux de rentrer dans leur pays. Nous avons indiqué en tête de cet article une assez bonne raison qu'ils ont eue de n'en rien faire. Mais il y en a d'autres, qu'un seul mot résume : c'est le trouble profond que l'établissement du régime soviétique a apporté dans la vie de la Russie. Toute réserve faite sur ce que réserve l'avenir, le trouble présent est indéniable ; et nos hôtes le connaissent mieux que personne. A ceux qui, sans doute avec les meilleures intentions du monde, voudraient les y rejeter, ils répondraient vraisemblablement : " nous vous sommes bien obligés ; mais, merci, non ! nous sortons d'en prendre." 
F. de 

Vendredi 10 juin 1921 

LA MAIN D'ŒUVRE RUSSE 

Si l'on prend, pour la ville, les précautions qui s'imposent et qui doivent avoir pour but d'éviter qu'atteinte soit portée aux intérêts des ouvriers Ajacciens, il est maintenant hors de conteste que l'arrivée des réfugiés russes à Ajaccio, d'abord appréhendée, aura entraîné plus de conséquences heureuses que malheureuses. 
Car nous avons besoin de main d'œuvre, et l'on semble trouver, parmi les réfugiés, beaucoup d'éléments pour le travail agricole. 
A l'heure où nous écrivons, les bureaux de placement de la Place des palmiers et de la rue roi de Rome ont fait signer près de 550 contrats de travail, presque tous applicables à l'agriculture, et beaucoup pour de longues durées. Ce chiffre, qui augmente de jour en jour, est une révélation. 
Il laisse apparaître l'importance des besoins éprouvés par nos agriculteurs en main d'œuvre. La plupart d'entre eux possèdent des ressources, soit qu'ils cultivent la vigne, soit qu'ils fassent de l'élevage, deux branches d'activité agricole qui ont bien rendu ou rendent encore. Ces ressources, ils les voudraient utiliser à développer leurs exploitations, dans le même sens, ou dans d'autres. Malheureusement, dans presque toutes les familles, la manie émigratoire sévit, et la main d'œuvre manque. 
On sait, du reste, que vastes sont les surfaces de terrains susceptibles d'être mises en culture. Même si tous les membres d'une famille de propriétaires-exploitants se décidaient à la résidence insulaire, ils ne seraient pas trop nombreux eu égard aux possibilités d'exploitation agricole que présente le pays. Il n'est personne, étranger à la Corse ou non, qui ne s'en soit rendu compte. 
L'utilisation de la main d'œuvre russe est donc possible et peut se faire dans les meilleures conditions, dans de meilleures conditions à coup sûr que celle des Chinois, dont nous avions dernièrement un détachement. 
Les Chinois, bon travailleurs du reste, ne paraissaient pas disposés à s'attacher à une exploitation agricole d'une façon suivie, ce qui comporte évidemment des conditions de rémunération particulières. Ils conservaient la faculté de retourner chez eux, et l'on sait que leur but est d'amasser un pécule déterminé le plus rapidement possible, c'est à dire en travaillant moyennant des salaires journaliers normaux. Les Chinois sont donc plutôt des travailleurs de chantiers, et on les a surtout employés aux entreprises publiques. 
Or, on nous a assuré que le régime que préfèrent les Russes est celui du travail en famille, le travail variant d'après les saisons, qui se pratique plus particulièrement en Corse et qui porte sur des productions assez variées. 
Et c'est précisément sous cette forme que la main d'œuvre est désirée dans l'île, où l'on veut trouver un supplément susceptible de remplacer les activités absentes pour cause d'émigration. 
Bien entendu, la main d'œuvre qui nous est ainsi offerte ne présente pas des garanties de stabilité personnelle complète. Il y a dans la masse des réfugiés, et même parmi ceux qui demandent à s'occuper, de vrais et de faux travailleurs. Certains contrats de travail n'ont pas été respectés par les employés, le hasard ayant fait tomber les employeurs sur des flemmards. Mais il y en a partout, des flemmards, et pour une expérience manquée d'autres réussiront. Lorsque le "Cassel", dont on nous a annoncé le départ prochain pour la Corse, où il doit embarquer à destination du Brésil 1000 ou 1500 russes, aura quitté Ajaccio, et lorsqu'une sélection d'après l'expérience se sera faite parmi ceux qui seront restés en Corse pour y travailler, nous aurons certainement la jouissance de quelques centaines de bons ouvriers agricoles dont l'activité ne sera pas un mal pour le pays, au contraire. 
Eux y trouveront, dans une nature enchantée, la quiétude à laquelle ils aspirent, et, s'ils sont économes, les moyens de se refaire, même en Russie, le cas échéant, une existence indépendante et paisible. 
C'est la grâce que nous leur souhaitons. 
Léon MAESTRATI 

Lundi 13 et Mardi 14 Juin 1921 

RECONNAISSANCE RUSSE 

Hier à 16 heures, plusieurs centaines de Russes conduits par le commandant du Rion se groupaient sur les quais autour d'une immense couronne de fleurs naturelles. Le cortège se mit en marche et s'arrêta devant la statue de napoléon 1er, place du Diamant. 
Les réfugiés russes avaient décidé d'accomplir ce geste en manière de reconnaissance pour l'hospitalité que la ville d'Ajaccio et l'île de Corse leur ont réservée avec une spontanéité dont ils garderont toujours le souvenir. 
Ce sont ces sentiments que, devant une foule accrue de nombreux Ajacciens qui avaient été attirés par le monôme des réfugiés, le commandant du Rion exprima dans sa langue mère. 
Il déclara que voici sept ans que les Russes se battent pour une cause commune, celle de l'ordre dans la liberté. 
C'est, pour en définitive, être chassés de leur pays. Ils ont eu au moins la consolation de trouver ici un havre de paix, une population accueillante qui leur a adouci les amertumes physiques et morales de leur tragique situation. 
Ils ne connaissaient la Corse que par le grand capitaine auquel elle a donné le jour ; ils la connaissent maintenant sous l'aspect de générosité fraternelle qui est encore un des beaux fleurons de sa couronne. Ils n'ont pas cru mieux faire, pour lui témoigner sa reconnaissance, que d'offrir des fleurs au souvenir de Napoléon. 
En parlant ainsi, le capitaine avait les larmes aux yeux, et dès que son discours eut été traduit en français par un réfugié, tous les Russes présents, eux-mêmes étranglés par l'émotion, poussèrent trois hourras pour Napoléon, pour la France, pour la Corse, pour Ajaccio. 
Inutile d'ajouter que la population ajaccienne a été très sensible à cette manifestation courte, sobre et d'autant plus émouvante, des réfugiés russes. 


Lundi 20 et Mardi 21 Juin 1921 

LES RUSSES 

Nous recevons la communication suivante : 
Chers concitoyens, 
Vous avez fait un sérieux et méritoire effort en faveur des hêtes (sic) (êtres ? hôtes ?) qu'un tragique concours de circonstances nous a envoyés. Et nous, trait d'union entre les réfugiés russes et vous, nous avons eu la satisfaction d'appliquer à leur soulagement les sept mille francs environ recueillis à cette fin ainsi que les dons en nature, vêtements, linge, denrées diverses, médicaments, publications que votre charité nous avait confiés. A ces dons une généreuse personne vient d'ajouter une caisse de lait concentré. L'assistance par le travail, d'autre part, avec l'heureux développement que nous lui voyons prendre, est de nature à assurer à ceux des réfugiés qui peuvent cultiver la terre une aide encore préférable. Aussi, sans cesser pour cela d'être vos intermédiaires empressés entre les 1500 passagers restés à bord du Riom et vous, tenons nous à vous exprimer dès à présent au nom des réfugiés russes secourus leur reconnaissance et la nôtre. 
Le Comité de Secours 

Mercredi 22 juin 1921 

LA SITUATION DES REFUGIES RUSSES 

La situation des Russes se liquide peu à peu. Quelle est-elle en ce moment précis ? 
Il en arriva, le 15 Mai dernier, 3800. Une centaine, des enfants réclamés par la Croix Rouge russe de Paris, nous quittèrent presque aussitôt. 
A l'heure actuelle, un millier de réfugiés ont signé, aux deux bureaux de placement ouverts à Ajaccio à leur intention, des contrats de travail, dont, semble-t-il, presque tous ont été respectés. En général, on dit assez de bien de ces travailleurs. Ils sont fidèles et fournissent un rendement assez appréciable. Bien bâtis et solides pour la plupart, ils se plient d'autant plus facilement au labeur quotidien que les conditions d'existence chez les employeurs : salaires, nourriture, climat, sont bonnes, et que, sortant de l'enfer russe, la vie qu'ils mènent ici leur semble un rêve. 
Il y a bien la dedans quelques brebis égarées, qui font en réalité figure de loups dans un troupeau, mais c'est l'exception, la grande exception. On les surveille, du reste. Mais nous en reparlerons tout à l'heure. 
Il a dû également se signer, ailleurs qu'à Ajaccio, d'autres contrats de travail, par l'intermédiaire des brigades locales, car il y n'y aurait plus de 1500 réfugiés à bord du Rion et deux ou cents (sic) à la caserne Livrelli. En réalité, le nombre des réfugiés qui ont trouvé du travail en Corse, la plupart avec des contrats, une plus petite quantité sans les formalités requises, doit s'élever à près de 1800. Il en reste un peu plus davantage qui ne font rien, qui attendent que la bonne ou mauvaise fortune décide à leur égard. 
Que va-t-on en faire ? 
On annonce au moment où nous écrivons que le vapeur "Aquitaine" des transports maritimes, va escaler, à Ajaccio, pour embarquer 400 réfugiés à destination du Brésil. Un représentant du gouvernement brésilien serait à bord, qui se réserverait le droit de choisir sur pièces, sur déclarations verbales ou sur la mine, les 400 partants. 
Il restera donc encore à Ajaccio un millier de réfugiés sans occupations, et qui, pour la plupart, en désirent. Mais tous ces réfugiés ne sont pas aptes aux gros travaux manuels. Il y a là d'anciens fonctionnaires, d'anciens officiers, des commerçants, des industriels, des ingénieurs auxquels on ne saurait imposer de travailler comme des manœuvres. 
D'ailleurs la Corse n'a pas la surface industrielle nécessaire pour occuper tout ce monde. Je crois que si on installait à Bastia un centre de placement comme il en existe à Ajaccio, on pourrait employer dans l'île tous les réfugiés qui sont disposés à travailler aux champs ou à l'usine. Mais il restera toujours un reliquat de plusieurs centaines de Russes dont on ne saura que faire ici. Devra-t-on les y laisser sans emplois et sans ressources ? Car, de leur assurer la subsistance et de leur partager quelques maigres secours, ce n'est point suffisant ; eux aussi ont droit à l'assistance par le travail, et le travail qui s'approprie le mieux à leurs dispositions. Du moins devrait-on tenter quelque chose dans cette direction, leur faciliter un départ de Corse pour des centres plus importants. C'est le vœu le plus cher de ces réfugiés, et on se doit d'essayer de le satisfaire. 
Quant aux indésirables, s'il en existe réellement, qui se sont mêlés à la foule des réfugiés, ce n'est pas également une solution de les laisser ici. Ils doivent pouvoir travailler, par exemple, sur les chantiers de l'administration, et s'ils se conduisent mal, on doit les rapatrier en Russie. 
Mais la situation créée par l'arrivée en Corse de 3.800 Russes doit se liquider complètement. Les employeurs ont fait, de leur propre initiative, en se déplaçant, un gros effort. Maintenant ce sont les pouvoirs publics qui doivent se déplacer et prendre des initiatives qui doivent tendre, dans le délai le plus rapproché, à ne plus laisser en Corse un seul réfugié inoccupé. 
Léon MAESTRATI 

Dimanche 3 Juillet 1921 

LA QUESTION DES RUSSES . Il faut en finir. 

On n'en finit pas de liquider la situation des réfugiés russes. Il est de notre devoir d'insister pour qu'on le fasse, et sans plus tarder. 
Or, il n'y a qu'un moyen d'y arriver, il n'y a qu'une solution décente et pratique, qui donnerait satisfaction aussi bien aux Russes qu'à l'opinion publique elle-même, qui s'intéresse aux Russes et leur veut tout le bien qui est en son pouvoir. L'intérêt des russes se concilie si étroitement avec l'intérêt de la population ajaccienne et de l'île que l'on peut s'étonner grandement qu'on n'ait pas su le distinguer ou le faire prévaloir. 
On annonce que dans quelques jours le vapeur "Provence" va enlever encore 600 Russes pour les emmener au Brésil. Ceci fait, si cela se fait, il en restera encore, en dehors de ceux qui se sont placés et qui travaillent un peu partout en Corse, environ 1500. Que veut-on faire de ces 1500 réfugiés, qui ne peuvent travailler, soit qu'ils ne trouvent pas d'employeurs, soit que leur inaptitude aux œuvres de peine soit trop flagrante ? 
Les administrations intéressées répondent : nous ne le savons pas. C'est une réponse, et ce n'en est pas une. Nous ne nous en contentons pas, en tout cas. 
On répondra aussi : " nous allons les débarquer du Rion, qui est devenu une véritable étuve, et il serait inhumain de les laisser." Ce n'est pas une solution que de les enlever du Rion. Elle ne saurait nous donner satisfaction, en tout cas. 
A notre point de vue, enlever les passagers du Rion pour les placer à Castelluccio est la plus mauvaise des solutions, même s'il avait eu (sic) un caractère tout provisoire. 
Castelluccio n'est pas libre. Un arrêté ministériel crée à Castelluccio, à partir d'octobre, une école d'agriculture de plein exercice comme celle qui y existait avant le guerre. Il ne saurait y avoir de dépôt, même provisoire, et même limité, de réfugiés à Castelluccio sans faire courir à l'Ecole le risque de ne pas ouvrir. 
Cependant, dans un but d'humanité, le Président de l'Office agricole départemental de la Corse avait autorisé l'attribution aux Russes jusque fin août au plus tard, de cinq dortoirs pour le logement de la quantité de personnes susceptibles d'être contenues dans ces cinq dortoirs, soit 3 ou 5 cents russes, au maximum. 
Or, il paraîtrait que l'autorité militaire juge insuffisants les locaux prêtés, émet la prétention de s'emparer d'autres pièces, de placer à Castelluccio plus de mille Russes, y compris 200 indésirables qui mettraient tous les jardins de St Antoine et des Padules au pillage. Comment s'introduirait-elle dans ces locaux ? Par effraction sans doute, car Castelluccio, terrains et habitations, appartient, en vertu d'un bail en bonne et due forme, à l'Office Agricole de la Corse, et s'introduire dans ces locaux mènerait quiconque le ferait sans autorisation du président de l'office, tout simplement en correctionnelle. Nous avons le droit absolu de demander au président de l'Office Agricole qu'il n'accorde rien qui puisse retarder, même d'un jour, l'ouverture de l'Ecole d'agriculture, et si l'arrivée à Castelluccio de 50 (500 ?) réfugiés devait faire craindre la moindre gêne ou le moindre retard, le devoir du président de l'office (nous n'avons pas à le lui indiquer, mais il nous appartient de traduire le sentiment de l'opinion dans une affaire qui est d'ordre public) est de refuser nettement l'entrée du domaine aux réfugiés. Personne ne peut l'y obliger, même pas le ministre. 
Ce que nous en disons, c'est pour bien situer les responsabilités, et non par antipathie pour les Russes, mais au contraire par sympathie pour eux, car il y a longtemps qu'on aurait dû faciliter leurt placement en envoyant le surnombre dans d'autres centres où l'on ne demanderait pas mieux que de les employer. Est-ce qu'on a demandé son autorisation au maire d'Ajaccio avant d'y envoyer 3800 réfugiés russes ? Il n'y a qu'à procéder de même à présent, et diriger les réfugiés qui n'ont pas encore trouvé leur placement à Ajaccio ou dans la région, là où on peut d'abord les faire travailler comme ils le désirent eux-mêmes ; ensuite, faute de travail, là où on peut les loger sans gêner personne et sans changer la destination des locaux. Il y a bien des casernes et des couvents libres en Corse, sans qu'il soit nécessaire de s'arrêter à Castelluccio qui a une affectation déterminée par arrêté ministériel, laquelle destination va être remplie effectivement dans moins de trois mois, et ces trois mois sont nécessaires à l'aménagement de la nouvelle école d'agriculture de plein exercice. 

ARISTARQUE 






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Un Cosaque fier de ses origines.
 
 

Nous sommes entrés en contact avec monsieur Théo Rodine, dont le père embarqua sur le RION et fit, en conséquence, si l’on ose dire, une escale à Ajaccio en 1921. 
Monsieur Théo Rodine est né à Paris en 1932, et nous dit avoir toujours gardé en lui  la fierté de ses origines, celle de ses ancêtres, les cosaques du Don. 
Mon père, dit-il, « qui est né le 14 novembre 1890, m'a, depuis ma naissance, inculqué non seulement la foi orthodoxe et l'âme russe, mais aussi la cosaquerie ». Il poursuit : « Malgré le temps qui s'effiloche, mon éthique n'a jamais changé d'un iota. Pour moi, la cosaquerie, a toujours été, une grande famille indivisible. C'est ainsi que je le conçois ». 
Théo RODINE aurait voulu transmettre à ses descendants un arbre généalogique leur permettant de cultiver un devoir de mémoire. Hélas, comme pour tant d’autres, tout ce qui a précédé la guerre civile s’est perdu, ne laissant en héritage qu’un « trou noir ». 
Il s’attache à rédiger un livre consacré aux Varègues, peuple qu’il considère comme étant à l’origine de la présence Cosaque en Russie. D’autres auteurs ont une approche différente quant à l’origine des Cosaques. 
Deux LIENS figurant  sur notre site permettront à nos visiteurs, au-delà des choix historiques,  de se faire une idée de ce qu’a été et de ce représente toujours la Cosaquerie. 
Cf.  LES COSAQUES, 
et : " Un site dédié aux Cosaques".
 


Ci- dessous : un document émouvant, attestant du passage à Ajaccio du père de monsieur Théo Rodine. 

 
Un Cosaque fier de ses origines.
 
 


Nous avons en outre reçu de monsieur Théo Rodine ses meilleurs voeux pour la fête de Pâques, accompagnés de cette belle image, représentant son père. (voir ci-dessous)  

Christ est ressuscité. 
A l'occasion des Pâques orthodoxes, j'adresse à tous les descendants du Rion, ainsi qu'à leur descendance encore de ce monde sur leur terre d’accueil tous mes  meilleurs vœux de bonheur. 
Je vous embrasse, tous autant que vous êtes. 
Fiodor Filipovitch Rodine  (théo Rodine)
Un Cosaque fier de ses origines.
 
 
Enfin, monsieur Théo RODINE nous a fait parvenir un CD contenant ses souvenirs familiaux. 
Son ouvrage, qui comporte  5 volumes et près d'un millier de pages, est en cours de transcription. 
Avec  son aimable autorisation nous en reproduirons le contenu s'il ne parvient pas, comme il le désire, à le faire éditer.
 




 
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Relatons enfin le choc culturel  qui a caractérisé la rencontre entre les émigrés "Russes blancs" de 1921 et la population locale.
 
 
Quelques photographies illustrent la « rencontre » entre les émigrés russes de la révolution de 1917 jetés  par le destin sur les rivages de Corse, et une frange de  la population locale de l’époque :
 
La première photo représente Vania Baranovsky, jeune officier d’artillerie, et ses soeurs, à la veille de la révolution.
Vania Baranovsky, après avoir quitté  à la nage le RION, mis en quarantaine en mai 1921 dans la rade d’Ajaccio, épousera plus tard une Corse du village de Caporali, fondera une famille, et créera un garage qui deviendra la concession FIAT, devenue  une « institution » ajaccienne.
 

 
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FAMILLE BARANOVSKY


 
 



la seconde photo représente la famille Mariaccia, d’Ucciani.
On peut y voir madame Veuve Mariaccia Marguerite, née Pantaloni, entourée de 5 de ses 7 enfants, dont  Catherine Mariaccia à l’âge de 8 ans.
Catherine Mariaccia épousera  en 1929, à l’âge de 21 ans, Constantin Maiboroda. Ce dernier  n'était pas un passager du RION.
Il est arrivé en Corse en 1928 (après avoir poursuivi des études en Tchécoslovaquie) sans doute suite à des contacts établis avec des compatriotes ukrainiens qui lui avaient vanté l’hospitalité locale.
Il créera une entreprise d’électricité dont la « publicité » reproduite ci-après, datant des années 30, témoigne de la « modernité » de son auteur.
Constantin  MAIBORODA, était né de Pierre Maiboroda et Hélène Melnikov (autre patronyme très répandu à l'Est).
Une remarque s'impose à propos de son ascendance : elle est à la fois russe et ukrainienne, ce qui témoigne de l'imbrication des deux nations au début du XX° siècle.



Famille MARIACCIA
 
Arrivée de Russes "blancs" en Corse : un choc culturel.
 



MARIACCIA Jean Dominique, époux de Marguerite née PANTALONI , bûcheron en Amérique à la veille de la guerre 14-18,  et qui aurait été le beau-père de Constantin Maiboroda s'il n'était décédé quelques années avant 1931. 


 
 



Enveloppe avec libellé de l'entreprise de Constantin Maïboroda. 1930.
Elle témoigne de la "modernité" de l'intéressé. Mais n'y avait-il pas quelque excès ou quelque ingénuité à parler de villas et .... châteaux à l'époque ?
 


Constantin Maiboroda et son épouse Catherine Mariaccia
 
Le village d'UCCIANI (AUCCIA) berceau de la famille MARIACCIA


http://m3c.univ-corse.fr/omeka/items/show/1092640


 
La commune d’Ucciani se trouve en Corse du Sud, canton du Celavo-Mezzana. Elle fait partie de la Communauté des Communes de la Haute Vallée de la Gravona. Sa superficie est de 2300ha. Les communes limitrophes sont Tavera, Bastelica, Rezza, Azzana, Vero et Carbuccia. Le village se situe entre 400 et 500 mètres d'altitude. Il se compose du village principal et du hameau de Crucoli. Le point culminant de la commune est A Punta d'Isa (1610m) dont le sommet se partage entre les communes de Bastelica et Tavera. L'eau y est abondante, on y trouve une cinquantaine de sources. Le village est entouré de châtaigniers et de chênes verts, on y trouve quelques oliviers. Les surfaces agricoles se trouvent principalement au lieu-dit Tuschini et Tinturaghju, on y cultivait du blé, de l'orge et on y faisait du foin.
 
Le territoire de la commune d'Ucciani est certainement occupé depuis la préhistoire comme l'atteste le menhir trouvé à Tavera, non loin de ce territoire. Après la chute de l'Empire Romain, pour fuir les multiples invasions, les habitants du bas des vallées se réfugièrent en montagne. C'est durant le haut moyen-âge que se développèrent les implantations de Tassu, de Mariaccia, de Meligrossi et de Sant'Antonu. Les restes de la chapelle San Lunardu, qui, selon la tradition aurait été la chapelle du Tassu ont été datés du IXe siècle. Aux alentours de l'an mille, peu à peu, les sites primitifs furent réoccupés et des édifices religieux bâtis (Sant' Antonu, Santa Barbara, Sant' Antuninu, Cunventu...). L'église paroissiale Saint Antonin est signalée par Mgr Mascardi en 1587. A l'époque moderne, la culture du châtaignier se développa et jusqu’à 9 moulins fonctionnèrent dans la commune. Sur le plan terrier, les villages de Tassu et de Sant' Antonu sont ruinés, celui de Meligrossi n'apparait plus, celui de Mariaccia possède encore des habitants. Au XIXe siècle, avec la construction d'un pont au lieu dit Vercaghju, l'amélioration des routes et l'arrivée du chemin de fer, l'économie se développa quelque peu. Comme les autres villages de la vallée de la Gravona, Ucciani perdra environ 10% de sa population lors du premier conflit mondial.


MAISONS DITES CASI DI A MARIACCIA

http://m3c.univ-corse.fr/omeka/items/show/1093508

Maisons de l'ancien village de Mariaccia abandonné au début du 19e siècle; elles sont présentes sur le plan terrier de 1788 et en bonne partie ruinées sur le cadastre napoléonien de 1852. Ce village serait très ancien (haut moyen-âge) et aurait été plusieurs fois rasé lors de diverses incursions (tradition orale). Il existait deux autres villages U Tassu et Meligrossi rasés eux aussi lors d'une incursion sarrasine au 15e siècle.

 
 
Le hameau de MARIACCIA
 
 

CORSE-RUSSIE