André Benzimra et la lumière secrète des trois grands monothéismes.

André BENZIMRA, "vieil ami de jeunesse",  si j'ose m'exprimer ainsi, apprécié comme collègue (maître d'internat)  au Lycée de Ben Aknoun (1957)  a eu la gentillesse de me faire parvenir son  dernier ouvrage :

Le grand secret de réconciliation. 

Contribution maçonnique au dialogue entre les religions du Livre.

Après avoir été auteur de romans policiers, André s'est pourrait-on dire, "spécialisé" dans les ouvrages relatifs à la Franc-maçonnerie, l'hermétisme, l'alchimie, la Bible et la Kabbale.

Voici la présentation que fait son éditeur de l'ouvrage d'André Benzimra:

 

 

Le grand secret de réconciliation. 

Contribution maçonnique au dialogue entre les religions du Livre.

 

 

André Benzimra, professeur de philosophie, est membre de la Grande Loge de France.

Il est l'auteur de Légendes cachées dans la Bible, (2006) et de L'interdiction de l'inceste selon la Kabbale (2007), tous deux parus chez Arché et chez Dervy de Exploration du temple maçonnique à la lumière de la kabbale. Avec cet ouvrage nous retrouvons sous sa plume un hommage autant inattendu qu'émouvant de la grande figure - trop largement méconnue dans les loges  du très grand Joseph de Maistre. André Benzimra partage en effet avec lui cette idée d'une réalisation dialectique du plan divin au travers du message inaccompli des trois grands monothéismes rattachés  à leur culte : ainsi au Judaisme le culte d'Elohim, au christianisme celui d'El lyon et à l'Islam enfin revient l'accomplissement du Principe suprême. Un livre d'une rare profondeur en ces temps de misère intellectuelle qui permettra de découvrir la face occultée mais révélée du grand projet de Concorde.

Occultation du secret de la réconciliation :

"Il se trouve que, sur la fin du Moyen Âge, cette Doctrine et le projet dont elle est porteuse ont été perdus ou, du moins (car ils sont contenus dans des livres qui sont parvenus jusqu'a nous) se sont enveloppés de voiles si épais qu'ils sont devenus pour des siècles largement impénétrables.

Cette occultation résulte de trois événements majeurs survenus aux XIV et XVè siecles et qui ont scellé le destin de l'Occident : l'élimination de l'ordre du Temple, catastrophe comparable pour l'Europe a celle que fut, pour Jérusalem, la destruction du temple de Salomon ; l'éviction hors de l'Espagne des Arabes, et avec eux des soufis d'Andalousie ; enfin, l'expulsion des juifs d'Espagne et, avec eux, le bannissement de la kabbale. Par ces trois coups de boutoir, l'Occident a rompu ses attaches avec ce qui faisait le fondement caché des trois religions du Livre et avec tout ce qu'il pouvait y avoir a l'époque d'aspiration a une fraternité universelle.

La guerre de l'Occident contre ce très ancien secret de concorde n'a pas pris fin pour autant au XV siecle. En fait, ce secret n'a jamais cessé d'être affadi, falsifié, combattu.

Il fut d'abord repris par les gens des « Lumieres » qui en affaiblirent la portée en le « dépoussiérant » de ses références au Divin. Il fut ensuite récupéré et carrément détourné de son sens par la Révolution française. Quelles qu'aient été la sincérité et la générosité de beaucoup de ses participants, celle-ci fut une imposture et une caricature du programme de Concorde. Car, si elle proclama la liberté, l'égalité et la fraternité, elle installa de fait le pouvoir autocratique de l'argent et, pour servir cette nouvelle idole, inventa, en guise de liberté, de nouvelles formes de servitude, organisa, en place d'égalité, la chasse a courre contre les plus pauvres ; et, au lieu de la fraternité promise, instaura un individualisme intraitable a l'égard des autres, particulierement des plus fragiles. Et l'hypocrisie fait long feu puisque ces trois mots de liberté, d'égalité et de fraternité forment encore la devise fétiche de nos démocraties occupées par ailleurs a légiférer pour organiser le contraire - selon des méthodes douces, il est vrai, et qui ne menent les hommes au désespoir que par étapes progressives.

Nous ne savons si la Révolution française découla d'une machination concertée ou si elle fut déviée d'un généreux projet parce que les choses ne pouvaient se passer autrement, étant donné la pente fatale prise par l'Occident depuis des siecles. Mais le résultat est la : elle a mis les initiés hors d'état d'appliquer leur programme et feint de le prendre elle-meme en charge pour mieux en assurer la ruine.

A ces machinations contre le programme de Concorde vint a plusieurs reprises s'ajouter une guerre ouverte. Celle-ci fut menée d'abord par le tsar et ses services secrets. Incapables de penser autrement qu'en termes de pouvoir, ils tenterent d'accréditer l'idée que le projet des kabbalistes, loin de préparer la Concorde universelle, consistait en une stratégie élaborée par les juifs pour assurer leur domination sur le monde. Ils fabriquerent donc les fameux Protocoles des Sages de Sion. Quelques décennies plus tard, leurs émules allemands jeterent dans la fournaise tout ce qui pouvait, de pres ou de loin, ressembler a un livre de sages et, pele-mele, toutes les populations ou risquaient de se trouva encore quelques initiés : les juifs, les gens du voyage, les francs- maçons. Moyennant quoi, ils firent eux-mêmes ce qu'ils reprochaient a leurs victimes : ils se lancèrent a la conquête du monde et leur chef proclama le commencement du millenium, l'ère de mille ans au cours de laquelle devait régner le Roi-Messie : « Je bâtis pour mille ans », clamait-il.

Mais revenons à l'opération d'envergure qui se déploya contre l'ésotérisme entre les XIV et XV siècles.

Ces attaques, les initiés les pressentirent longtemps avant leur déclenchement. Depuis le XIè siecle, un rationalisme et un empirisme réducteurs', un individualisme offensif étaient en train de prendre pied dans les universités, creuset ou se forgeait ce qui allait être la mentalité de tous. Il était donc prévisible que l'Occident deviendrait ce qu'il est en effet devenu aujourd'hui, qu'il s'orienterait vers le matérialisme le plus grossier, jetterait a l'encan toute forme de spiritualité pour se livrer a la poursuite effrénée des seuls biens matériels et mettrait en oeuvre, en lieu et place du programme de la Concorde, celui de l'égoisme et de la dureté de coeur. Les tenants de l'ésotérisme comprirent que la première étape de cette dérive serait une opération de grande envergure contre le fondement des religions.

On est pétrifié d'émotion lorsqu'on pense a ces initiés du Moyen Âge cherchant de tous côtés ou trouver refuge pour la Connaissance dont ils ont la garde et finissant par consentir dans le déchirement a trahir leurs secrets pour les sauver, les confiant a des disciples encore mal préparés pour recevoir un tel dépôt, a des profanes amis incapables d'en pénétrer le premier mot, a des livres enfin que tout le monde va lire, y compris les lecteurs les plus mal intentionnés. L'écho des lamentations de Rabbi Siméon bar Yokha dut retentir souvent en ce temps-la Ce fut dans les mêmes tourments que, douze siècles plus tard, Moise de Léon se résolut a consigner par écrit l'enseignement secret et a lui donner la plus grande diffusion possibles.

La conversion de l'Europe aux nouvelles façons de penser fut marquée par un triple événement symbolique qui certes ne dut pas passer inaperçu des initiés, qui sont par nature sensibles a cette sorte de signes. 1492 fut la date a la fois de la fin de la Reconquête espagnole, de l'expulsion des juifs d'Espagne et de la découverte du Nouveau Monde.

Débarrassée de la plupart de ses initiés, se détournant de la lumière venue d'Orient, la pointe avancée de l'Europe se tournait vers le lieu ou le soleil se couche. De vieilles traditions ne manquèrent pas de revenir aux mémoires : cette tradition grecque, notamment, selon laquelle au-delà des colonnes d'Hercule ne s'ouvre qu'un Bourbier ou tout navire ne pourrait aller qu'a perdition. Ignorant ces avertissements, les navigateurs européens passèrent sur les eaux de l'Atlantide, le continent jadis englouti a cause de sa démesure, et en recueillirent les influences délétères. Ils abordèrent ensuite au pays qui allait devenir le pôle de tous les matérialismes modernes. Mais il fallut avant cela massacrer des millions d'hommes qui, selon le plaidoyer de Fray Bartolomé de las Casas, vivaient dans un état d'innocence adamique.

Et ainsi, lorsque l'Europe eut accompli sa conversion à la modernité, le sens de la Doctrine secrète, enveloppé de voiles épais, devint, pour la plupart, totalement impénétrable.

Délogées de leurs anciennes structures, les formes traditionnelles que l'Occident avait voulu éliminer trouvèrent néanmoins refuge dans d'autres organisations, au premier rang desquelles il faut compter l'Ordre maçonnique. Ce qui fait l'originalité de celui-ci vis-a-vis des autres organisations initiatiques, c'est qu'il est le seul lieu de rencontre d'un grand nombre d'ésotérismes. Ce caractère signe peut-être bien sa vocation. Il se pourrait que la franc-maçonnerie soit le creuset ou doivent s'unir les traditions et constitue ainsi le ferment de l'ère messianique, l'Arche qui doit nous conduire de ce monde finissant au monde futur.

Et pourtant, même si la pratique du symbolisme a souvent rapproché des Frères de confessions différentes, il faut bien dire que la franc-maçonnerie n'a pas donné suite jusqu'ici a un projet comme celui de joseph de Maistre.

« Sans doute, observe Guénon, la Maçonnerie de la fin du XVIIIè siècle n'avait-elle déjà plus en elle ce qu'il fallait pour accomplir ce "Grand Oeuvre". »

Le monde extérieur est devenu si profondément anti-traditionnel que les recrues des organisations initiatiques ne valent guère mieux que des borgnes au pays des aveugles.

Faut-il donc désespérer de voir un jour mis en oeuvre le grand projet de Réconciliation dont Joseph de Maistre jeta les premières lignes ? " André Benzimra exrait de "Contribution maçonnique au dialogue entre les religions du livre"

 

Joseph de Maistre

 

Joseph de Maistre était membre de la loge maçonnique Saint-Jean des Trois Mortiers, à l'Orient de Chambéry, créée en 1749 sous les auspices de la Grande Loge d'Angleterre ; c'est une des premières loges maçonniques créées en Europe continentale (après Paris) ; il entendait concilier son appartenance à la franc-maçonnerie avec une stricte croyance catholique : en outre, il refuse les thèses qui voyaient en la franc-maçonnerie et l'illuminisme les acteurs d'un complot ayant amené à la Révolution. Dès 1774, avec quelques frères de Chambéry avec lesquels il fonde quatre ans plus tard, en 1778, une nouvelle Loge, « La Sincérité », il s'adresse à Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) à Lyon pour être initié aux enseignements de la maçonnerie illuministe (il est reçu Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte sous le nom de Josephus a Floribus) dans laquelle il puise de nombreux éléments que l'on retrouve ensuite dans son œuvre : providentialisme, prophétisme, réversibilité des peines, etc ; hautement investi dans la vie de cette société initiatique, à la veille du Convent de Wilhelmsbad (1782) il fait d'ailleurs parvenir à Jean-Baptiste Willermoz son célèbre Mémoire au duc de Brunswick. Il entretient par ailleurs une amitié avec Louis-Claude de Saint-Martin, pour lequel il avait une vive admiration, se faisant fort, écrivait-il à sa sœur, « de défendre en tous points l'orthodoxie », d'où son attrait pour le martinisme.

Au final le but ultime de Joseph de Maistre devait être l'élaboration d'un christianisme transcendant qui - dans l'esprit de l'auteur - coinciderait avec l'élaboration d'une universalité vraie. Ce projet resté pendant doit renaitre de ses cendres et passe donc par un accord entre ces trois grandes religions du livre. De nombreuses pistes sont ici proposées aux hommes et femmes de bonne volonté !

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