DE L'ISLAM, DES MUSULMANS ET DE L'ISLAMOPHOBIE.
Le drapeau de l'ambassade américaine au Caire, arraché par des manifestants, contre un film jugé offensant pour l'islam, produit par un promoteur américano-israélien.

 
 
http://www.rfi.fr/afrique/20120912-etats-unis-film-origine-attaques-egypte-libye-anti-islam-religion
ETATS-UNIS / EGYPTE / LIBYE - 
Article publié le : mercredi 12 septembre 2012
 


«L'Innocence des musulmans»: un film «anti-islam» à l'origine d'émeutes en Libye et en Egypte.

Les attaques contre l’ambassade des Etats-Unis au Caire et contre leur consulat en Libye ont été declenchées par un film intitulé «L'Innocence des musulmans». Un film « anti-islam », insultant le prophète Mahomet, selon les manifestants. Le grand mufti égyptien Ali Gomaa et la télévision égyptienne ont mis en cause la diaspora copte aux Etats-Unis. Mais aux Etats-Unis, un homme revendique la paternité de ce film. Il est Américano-Israélien.
Avec notre correspondant à Washington, Raphaël Reynes
C’est un promoteur israélo-américain vivant en Californie qui est à l’origine de ce film de treize minutes.
Interrogé par le Wall Street Journal, lundi soir, Sam Bacile affirme que son film est « politique » et non pas «religieux », qu’il a travaillé avec 60 acteurs et plus de 45 personnes pour le tournage, et qu’il a financé le tout en levant près de 5 millions de dollars de fonds auprès de donateurs juifs qu’il n’a pas identifiés.
La mise en ligne de ce « film  » a en tout cas suscité des milliers de réactions, aux Etats-Unis. Colère des uns, indignation des autres que l’on ose s’attaquer à la sacro-sainte liberté d’expression protégée aux Etats-Unis par la Constitution.
Le pasteur Jones, en Floride, qui avait déjà tant fait parler de lui par le passé, notamment en brûlant publiquement un exemplaire du Coran, organisait ce lundi le « procès de Mahomet ». Elément déclencheur ou récupération ?
Faisant d’abord référence à l’attaque de l’ambassade américaine au Caire, Terry Jones entendait utiliser un extrait du film incriminé avant que la diffusion sur internet ne soit interrompue


U Zinu : 
 
1. Si l'on en croit les quelques bribes de film visionnées, cela a de quoi mettre en fureur même les croyants les plus modérés.
Le film incriminé rappelle certains autres films d'une autre époque, réalisés pour caricaturer, disons, la "judéité". On sait à quelles sinistres extrémités cela a mené.
La sainte alliance d'un promoteur immobilier israélo-américain (???) , d'un pasteur déjà connu pour ses provocations anti-musulmanes, et d'un copte émigré peu soucieux du sort de ses frères égyptiens, a produit un film iconoclaste propre à enflammer les foules et mener à toutes les dérives.
Dans le cas particulier du film controversé, une provocation grotesque dans un contexte où les sentiments des masses arabes sont faciles à exacerber, ne peut qu'amener à de regrettables débordements.
 
Un proverbe que l'on dit d'origine berbère pourrait s'appliquer à la situation créée par ce film violent et provocateur, produit par un extrémiste qui aurait pu choisir le pseudo de Sam imbécile plutôt que celui de Sam Bacile.
 
- L'arbre se plaint du coup de hache qui lui est porté.
- Le fer de la hache lui répond :
- Tu as fourni le bois qui permet de te frapper
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2. Ceci dit, 
 les clauses du pacte presque séculaire conclu par les E.U avec l'Arabie saoudite, et (plus récemment) avec le Qatar, semblent être les suivantes : Pétrole et gaz à volonté, en échange de la libre exportation du salafisme et du wahhabisme dans le monde arabo-musulman et en Europe.
Lorsque l'on fait du Qatar et de l'Arabie saoudite des alliés privilégiés pour "démocratiser" les pays arabes, et lorsque l'on accorde à ces deux parangons de démocratie toutes facilités pour "djihadiser" librement la planète, il ne faut pas s'étonner des effets induits, voire pervers, de ce "deal".

 


 
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Des islamistes ? Non des bisounours !

Samedi 21 Septembre 2013 - MARIANNE.

ERIC CONAN ET MAURICE SZAFRAN
 

Le journaliste Claude Askolovitch publie "Nos mal-aimés, ces musulmans dont la France ne veut pas" (Grasset), qui présente les intégristes comme de sympathiques victimes de la laïcité et de ce qu’il appelle « l’identitarisme français ». Provocation ou égarement ?



U zinu :

Eric Conan et Maurice Szafran semblent faire grief à  Claude Askolovitch de présenter les intégristes musulmans sous un jour plus indulgent que celui ordinairement dépeint.
Pour ma part, je ne saurais encenser Askolovitch ou le dénigrer avant que d’avoir lu son livre. Je me méfie en effet un tantinet des articles rédigés par des journalistes qui décortiquent et décryptent un ouvrage à la lumière de leurs propres convictions, voire de leurs ardeurs partisanes.
Aussi, je me contenterai  pour l’instant d’observer qu’Askolovitch semble faire l’effort de distinguer islamistes et musulmans de France, ce qui me paraît à priori fort louable, et qu'il essaie de comprendre les raisons de ce que d’aucuns appellent la "dérive islamiste".


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S'agissant du voile islamique, "je m'y fais" assez aisément, dois-je dire, car ayant vécu de l'âge de 10 ans à l'âge de 28 ans en Algérie j’y ai côtoyé quotidiennement des femmes toutes de noir vêtues dans le Constantinois, et toutes de blanc vêtues dans l'Algérois.
Le nombre de clochers était alors aussi nombreux que celui des minarets, le son des cloches dominicales réveillait aussi bien les chrétiens que les musulmans, et la voix quotidienne du muezzin ne paraissait pas froisser  outre mesure les oreilles des non-musulmans.
Il faut préciser  que l'Algérie était alors ....... colonie française.

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Comptant parmi les musulmans des êtres qui me sont chers, et dont j’apprécie la valeur intellectuelle, le sens de l’amitié et les qualités humaines, fréquentant avec plaisir des sites algériens, je ne puis souscrire à l’islamophobie ambiante.
Pour autant, je ne suis pas pro-islamiste, de la même manière que  je ne saurais être pro-intégriste chrétien.
Je place au même niveau les fondamentalistes des trois religions monothéistes, et je précise que mes options philosophiques et humanistes me font catégoriquement réprouver les méthodes employées par les islamistes radicaux.

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L’ingénu :

- Est-on antisémite lorsque l’on est antisioniste ?
- Est-on anticatholique lorsque l’on est anti intégriste catho ?
- Est-on  anti laïque lorsque l’on est anti laïciste ?
- Est-on anti-musulman lorsqu'on est anti-islamiste ?

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Je conviens qu’un terroriste peut être musulman, mais un musulman  est-il  systématiquement ou obligatoirement un terroriste ?
Près de 5 millions de musulmans vivent en France. 
S'ils étaient tous islamistes, Paris ressemblerait à Damas, et la France à la Syrie, à l'Irak, ou la la Libye.



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DE L'ISLAM, DES MUSULMANS ET DE L'ISLAMOPHOBIE.
DE LA DIVERGENCE DES SENTIMENTS

Marine and co : Sus au Halal !
L’islamiste : cachez moi ce casher que je ne saurais voir !
L’antisémite : le casher au karcher !
Le doux œcuméniste : Halal ou casher, qu'importe, pourvu qu'on ait la foi !
Le CRIF : Le casher, bien sûr ! Le halal holà !










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DE L'ISLAM, DES MUSULMANS ET DE L'ISLAMOPHOBIE.


Entendu chez mon boucher halal
 
 
Drôle de pays, drôles de mœurs
 
  • Ils se gavent de pauvres huîtres dévorées à vif.
  • Ils ébouillantent sans pitié langoustes et  homards.
  • Ils criblent de plombs d'innocents volatiles. 
  • Ils égorgent cruellement des porcs innocents.
  • ils festoient à la baguette, au gros rouge,et au saucisson identitaire.
  • Certains d'entre eux s'apitoient sur le sort des animaux et réclament la peine de mort pour les êtres humains.





 
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DU DÉCHAÎNEMENT ANTI-MUSULMAN APRES L'ASSASSINAT D’HERVÉ GOURDEL

U zinu - Septembre 2014  

Dans l'hystérie ambiante, il est certes  difficile de faire entendre une voix dissonante ou discordante, celle du discernement ou de la raison.
N'importe quel citoyen français innocent peut, et je me compte moi-même dans cette catégorie, dans la banalité de son quotidien, faire l'objet d'une agression commise par un "loup solitaire" animé d'une haine aveugle et cruelle, ou être la victime d'un attentat perpétré par un fanatique commandité.
Mais cela ne légitime pas le fait de hurler à l'unisson avec ceux qui crient actuellement à la barbarie "intrinsèque" de la religion musulmane, condamnent toute une communauté, préconisent  sa stigmatisation ou, pire encore, appellent à une vengeance individuelle ou collective à son encontre.



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APRES LES ELECTIONS TUNISIENNES


La  victoire incontestée de Nidaa Tounes au détriment d'Ennahda fait la joie des démocrates occidentaux
A ceux qui s'obstinent à ne voir dans l'Islam qu'une fabrique de djihadistes nous rappellerons qu'environ 5 millions de Musulmans vivent en France. S'ils épousaient tous les thèses fondamentalistes ou extrémistes, la France ressemblerait à l'Irak ou à la Libye.
Si tous les vaillants combattants qui mènent l'anti-djihad devant leur clavier partaient soutenir les Kurdes à Kobané ou les troupes françaises au Mali, les forums se dépeupleraient.
A ceux qui clament à l'envi "armons nous et partez" sans trop savoir du reste qui doit partir, l'on peut conseiller de s'adresser, à défaut du Saint Père, qui ne mène plus de croisades, à quelque organisme spécialisé dans le recrutement de mercenaires, genre l'ex-Blackwater (ressuscitée sous d'autres formes). Il existe en France des sociétés privées de sécurité qui se feraient un plaisir de les embrigader.
Pour l'instant il apparaît que seuls 3 bikers néerlandais ont mis leurs actes en harmonie avec leurs convictions.
S'agissant particulièrement de la Tunisie, outre le fait que la nébuleuse Nidaa Tounes est un peu rapidement baptisée "laïque", et qu'elle compte en son sein nombre de Benalistes plus ou moins repentis, il semblerait que les "laïcistes" les plus "authentiques" soient ceux du Front populaire.



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DE L'ISLAM, DES MUSULMANS ET DE L'ISLAMOPHOBIE.
 
Télé-fatwa : Ce que cache le succès de Chemssou & Co

EL WATAN - le 05.12.2014 - Faten Hayed.
 
L’explosion des émissions religieuses à la faveur de l’apparition des chaînes privées et la profusion des fatwas improvisées sur les réseaux sociaux posent la problématique de la référence religieuse et des dérapages des chouyoukh autoproclamés.
«La fatwa est sortie de son rôle premier qui est de donner un avis juridique, par un spécialiste de la loi islamique, sur une problématique particulière. Aujourd’hui, c’est devenu un instrument qui s’est enfermé dans le hallal et le haram, en se servant maladroitement  du Coran et de la sunna afin de justifier les délires de ceux qui se sont autoproclamés muftis ou prédicateurs.» Sid Ali Hanafi, islamologue algérien, universitaire et chercheur, a passé plus de vingt ans à approfondir ses connaissances de l’islam et des autres religions révélées. C’est avec un regard très critique qu’il analyse la nouvelle starification des prédicateurs qui envahissent les médias.
A l’image de cheikh Chemseddine Bouroubi qui, il y a quelques semaines, a interpellé les autorités pour interdire la projection du dernier film de Lyes Salem, El Wahrani, sous prétexte, entre autres, qu’on y voit des moudjahidine boire du vin. Mais aussi de cheikh Abou Abdessalam ou d’autres encore, moins médiatiques. «Il faut savoir que dans une fatwa, on trouve tout ce qui peut toucher de loin ou de près à la vie de l’homme. De la façon de partager un héritage familial, prendre ou pas sa revanche sur un crime jusqu’à émettre un avis tranchant sur la vie sexuelle du musulman ou même valider ou pas une opération de chirurgie esthétique. Je doute fort que les gens suivent aveuglément les fatwas comme des vérités absolues, comme cette fatwa de Zemzami qui autorisait l’acte sexuel sur un cadavre quelques heures après la mort. Il n’est pas nécessaire d’être musulman pour voir en cela quelque chose de contraire à la nature humaine !», s’indigne-t-il.
Machine oppressive ou salvatrice, la fatwa est le symbole parfait de cette question qui fruste le musulman, à savoir comment vivre son islam dans une modernité de plus en plus pesante ? En Algérie, comme dans le monde arabe, les prédicateurs sont des équilibristes qui tentent une médiation entre un texte religieux figé et une société prise dans le tumulte de l’évolution humaine.

Khomeini

Ainsi, selon Sid Ali Hanafi, la fatwa n’est pas «le problème». L’enjeu est dans ce que l’on en fait. L’universitaire rappelle que la fatwa n’a été célèbre qu’à partir de 1988, quand à l’époque l’ayatollah Khomeini voulait exécuter l’auteur britannique Salman Rushdie pour son roman Les Versets sataniques. Depuis, le buzz des fatwas a fait le tour du monde. Des radicaux cheikhs, muftis ou imams commercialisent leur «fatwa concept». La jupe courte d’une animatrice télé dérange ? Fatwa. Un politicien qui évoque trop le terme laïcité dans ses discours ? Fatwa. Une femme qui ose sortir sans voile ? Fatwa. «Pendant les années 1990, cette mode a touché l’Algérie de plein fouet ! Nous avions des spécialistes de la fatwa dans chaque quartier, chaque mosquée. Tout le monde est devenu du jour au lendemain un mufti, tant que la panoplie du parfait musulman était appliquée : barbe, qamis et chapelet», se souvient-il.
Selon lui, c’est ce qui a nourri ces prédicateurs autoproclamés «muftis», dont peu sont diplômés d’université ou adoubés par une autorité religieuse. Ils s’expriment à la télévision, la radio et dans les journaux. «Il suffit d’allumer la radio ou la télévision pour entendre et voir tout et n’importe quoi.  Du prédicateur religieux le plus réactionnaire au barbu clownesque qui utilise les médias pour satisfaire son ego.» Encore plus inadmissible à ses yeux, constater que «les autorités religieuses compétentes ne réagissent pas et laissent faire».

Compétences

Ce qui rejoint l’avis de l’iman Fakhri, journaliste et productrice depuis dix ans sur une chaîne arabe. Elle vit entre Alger, le Caire et Beyrouth. «Quand je regarde cheikh Chemseddine s’indigner contre la venue de Maradona en Algérie, de l’importation de la viande indienne jusqu’à interdire la projection du dernier film de Lyes Salem, je me pose la question de pourquoi il ne s’indigne pas contre les pédophiles ? L’injustice et le droit de manifester en Algérie par exemple ? L’augmentation des prix des fruits et légumes ? Il tape sur les femmes dès qu’il est possible de le faire dans un langage commun repoussant. Quelles compétences a-t-il ?, s’interroge-t-elle. En Egypte par exemple, les plus éminents prédicateurs sont issus de la prestigieuse université islamique d’Al Azhar. D’où sort Chemssou ?» Al Azhar, le Harvard de l’islam, considérée comme la garante du dogme sunnite, instance productive de fatwas, est avec le temps devenue un appareil politique de «par l’implication de ses avis sur le comportement des musulmans du monde».
Le prédicateur doit se défaire de ses «codes préétablis et nuancer ses propos, car il s’adresse à toutes les couches de la société. Un prédicateur permet de transmettre la sagesse sacrée et non pas de se faire sacrer lui-même, poursuit-elle. Quand j’écoute nos prédicateurs, on ne comprend pas au juste s’ils cautionnent ou justifient par d’autres textes leur incompétence.» Transmettre la sagesse sacrée et… s’impliquer dans le débat politique. Ce qu’ils ne font jamais. «De par leur proximité avec le gouvernement. Mais aussi parce que sur certains sujets sensibles, comme la condamnation des soldats du califat, se taire revient pour eux à approuver», avance Sid Ali Hanafi.

Crise

Télé-islamisme, fatwa store, fatwa show… Les premiers à jouer le jeu de cette religiosité mainstream, ce sont les médias. Ces mêmes médias qui, loin de former un duo compatible, entretiennent une relation au seuil de l’incohérence avec les prédicateurs. Dans son prochain livre, qui sera publié au premier semestre de 2015, l’écrivain et spécialistes des zaouias, Samir Ben Mokrane, évoque cette relation et avoue que l’islam est «en crise» et que l’on tente par tous les moyens de «réanimer l’intérêt que l’on avait avant, c’est-à-dire, être en permanence dans la recherche et non dans le jugement et la condamnation. L’islam est une religion qui demande beaucoup d’efforts. Qui parmi ces muftis ou prédicateurs s’inscrit dans une démarche spirituelle ? Cette crise est motivée également par le désintéressement du public qui se contente d’une fatwa et ne met pas à profit les connaissances universelles, l’intelligence aussi. A mon avis, tout ceci meuble le vide intellectuel. La carence d’idées pénalise incroyablement la vie des musulmans.»
La crise des idées engendre la crise de la sagesse. Le prédicateur, lui, est-il en crise ? Oui, répond Ben Mokrane : «Je crois bien que le prédicateur est en crise également, puisque son discours ne crée pas une cohésion avec la société. A l’exception de cheikh Chemsou, qui semble faire l’unanimité. La communication verbale de Chemsou rétrécit la distance entre sa fatwa et le téléspectateur. Il émet des mimiques de telle sorte que son récepteur ressent l’intérêt de son interlocuteur qui fait office d’autorité religieuse.» Le téléspectateur, de plaignant devient acteur de l’émission et créé un échange pendant des minutes où le prédicateur ne fait pas que convaincre, mais le relance pour approfondir la question. Ce sont des «charlatans !», accuse Ben Mokrane. «S’ils étaient juste là pour appliquer une loi islamique, cela ne nécessiterait pas un tel spectacle ? Le star system est en train de pourrir l’esprit même du mufti, ou du prédicateur.»  

Communication

Un bon prédicateur ne fait pas de la récitation de textes religieux lus sur un papier. «La technique des prédicateurs qui passent à la télévision est infaillible. De la simple communication, on est passé à de grandes techniques élaborées spécialement pour l’émission en live du prédicateur star de la chaîne, explique Zoulikha Badaoui, journaliste et diplômée de l’université des sciences islamiques du Caroubier. De Chemsou à Mustapha Hosni, en passant par Al Arifi, tous adaptent une formulation précise pour toucher les gens. Ils sont face à une caméra, ils ne peuvent donc pas voir les téléspectateurs. Cependant, il ne faut pas croire que c’est de la spontanéité, c’est du formatage pur et simple, comme dans n’importe quelle autre émission. Un prédicateur doit faire de l’audimat comme ses autres collègues.»
Si un écart de langage peut paraître scandaleux pour certains, d’autres le partagent sur les réseaux sociaux et font le buzz sur leur page de fans de plus de 100 000 abonnés. «Les vidéos de Chemsou sont partagés sur internet des millions de fois, sur des espaces qui n’ont rien à voir avec la religion. Chemsou ne fait pas dans le conseil, mais dans l’humour, donc forcément, c’est un vendeur ! On doit sortir l’islam des intégristes, et aussi de cette forme de médiocrité intellectuelle», s’emporte-t-elle.
Ainsi, dans l’islam, comme l’écrit le philosophe et anthropologue des religions Malek Chebel dans un article, «Les fondamentalistes nous ont mis en coupe réglée avec un vocabulaire bien précis : fatwa, djihad, hallal, haram, qui s’est insinué dans le quotidien, nous empêchant de prendre la parole. Or, nous pouvons combattre cela sur le plan des idées, en créant un nouveau vocabulaire  moderne, qui n’a pas peur -pour autant- de se référer à l’islam.» Sollicité à plusieurs reprises pour une interview, Chemseddine Bouroubi n’a jamais répondu. Le ministère des Affaires religieuses n’a pas non plus répondu à nos questions.

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Fatwas qui font le buzz

Comme dans tout le monde arabe, les fatwas qui suscitent la polémique ne manquent pas en Algérie.
Autour du film El Wahrani, de Lyes Salem, le prédicateur cheikh Chemseddine El Djazaïri a lancé une fatwa traitant le film de «satanique» pour «mettre en scène des moudjahidine combattant la France le matin et le soir au cabaret». Ce fait a déclenché un débat houleux entre les professionnels de la culture et les moudjahidine.
«Il est licite aux femmes violées d’avorter». Cette fatwa algérienne a déclenché un mouvement de contestation auprès des partisans et des opposants, tandis que deux prédicateurs, algérien et égyptien, ont convenu qu’il n’est pas permis à une femme, bien qu’elle soit violée, de tuer son enfant.
«Il est permis de retarder les prières de l’ichaâ et tarawih afin de suivre le match de l’équipe nationale contre l’Allemagne». Les propos de Dr Kamal Bouzidi ont soulevé le débat au sein des imams et des oulémas et dans la rue au point de… faire appel à des imams d’Al Azhar en Egypte pour connaître le jugement correct de cette question.
L’année dernière, le monde arabe a été choqué par l’apparition de la fatwa d’Al Arifi, un mufti de la chaîne saoudienne Iqraa, licitant djihad a nikah (djihad sexuel) en Syrie. Les rois de l’extrémisme vont encore plus loin : l’adultère est licite pour les femmes mariées, mais dans une seule situation ! «Il est acceptable pour une femme de trahir son mari en pratiquant le djihad sexuel en Syrie contre Bachar Al Assad.»
Al Qaradaoui, président de l’Union mondiale des oulémas mu­sulmans, a affirmé qu’«il n’est pas illicite de consommer des boissons contenant un petit taux d’alcool, obtenu naturellement par fermentation». Des affirmations étonnantes, qui avaient enclenché des débats très houleux dans le monde musulman, obligeant Al Qaradaoui à s’expliquer plusieurs fois sur ce sujet.
                                                                                                                                                                  Ryma Benyakoub

L’Algérie : Pas d’autorité pour se prononcer sur les fatwas

Plus de 2500 lettres. C’est le nombre de demandes de fatwa reçues, chaque semaine, par le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs. Faute d’autorité nationale, de conseil spécifique des fatwas –le projet n’a pas abouti– les prédicateurs, les oulémas et la population divergent parfois sur des questions importantes, comme le mariage, l’héritage ou encore l’adoption. Comment cela se passe-t-il chez nos voisins ? En Egypte, cette mission est dévolue à Dar Al Ifta, de l’université d’Al Azhar considérée comme la plus haute autorité égyptienne de l’islam sunnite de jurisprudence islamique. En Tunisie, un mufti appelé «Mufti de la maison tunisienne», désigné par le président de la République, prend en charge les fatwas et toutes les affaires religieuses.
Ce mufti siège à Dar Al Ifta, à La Casbah. Par ailleurs, la mosquée Zitouna de Tunis a, pendant plus d’un millénaire, dispensé un savoir religieux qui a formé des oulémas parmi les plus illustres. Elle est considérée comme une instance religieuse très influente. Quant au Maroc, c’est un conseil supérieur, considéré comme une institution religieuse étatique et présidé par le roi, qui se charge de prononcer des fatwas.                      
                                                                                                                                                                      (R. Benyakoub)
 
Contourner les tabous :

Dans les années 1990, on appelait cela, un peu hautainement, du «porno-intégriste» : des dizaines d’hebdomadaires (aux tirages importants), versant de ce qui se rapproche de la «presse jaune», se spécialisaient dans les scandales et faits divers à caractère sexuel, avec toujours en concomitance des sujets religieux et des chouyoukh à la une qui, eux-mêmes abondaient dans les sujets du «nikah» ou de «zina al maharem». «Le plus incroyable dans ces journaux, c’est le courrier de lecteurs qu’on recevait, témoigne un ancien journaliste d’un hebdo à succès au milieu des années 1990. On sentait que ça allait mal chez les jeunes qui demandaient des conseils religieux et pratiques à la fois sur leur sexualité. On voyait la charge de culpabilité qu’ils dégageaient en évoquant ces sujets.»
Défouloir ou manière détournée de parler des tabous, les forums, journaux ou émissions religieuses qui traitent de toutes les questions sociales se retrouvent souvent comme le dernier refuge d’une société du non-dit et du tabou. «Des jeunes nous sortaient des énormités, des histoires de viols ou d’inceste, de pédophilie, parfois il s’agissait de femme mariée infidèle ou de gars qui refoulaient leur homosexualité… puis il demandaient au journal, à ses «experts» religieux comment la religion pouvait les aider, poursuit le journaliste. Les réponses étaient aussi catastrophiques que les cas exposés, faits de culpabilisation et de réprimandes, de moralisation et de prêche.»
                                                                                                                                                                                  (Ad. M.)

On les voit à la télé

-Cheikh Abou Abdessalam : Jaafar Olfaqi, plus connu sous le nom de cheikh Abou Abdessalam, imam, est un habitué des plateaux de l’ENTV et de la Radio algérienne où il répond tous les jours aux questions des téléspectateurs/auditeurs. Il est aussi superviseur de la rubrique «Fatwas» dans le quotidien arabophone El Khabar. Cheikh Abou Abdessalam est né le 2 décembre 1946 à Béjaïa où il a commencé à étudier le Coran dans la mosquée du village. Aujourd’hui, il est docteur d’Etat spécialisé dans le «Fiqh dans l’école Malikite». Il a occupé plusieurs postes au ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, dont président de l’assemblé des fatawi, directeur d’orientation religieuse et l’enseignement coranique, directeur de formation et d’amélioration du niveau…
-Docteur Kamal Bouzidi : Il est membre du Conseil algérien des fatwas au ministère des Affaires religieuses et des Wakfs, professeur des sciences de charia à l’université d’Alger, vice-président du conseil de l’Académie internationale du fiqh musulman de Djeddah… Kamel Bouzidi est docteur d’Etat en charia et fiqh. Par ailleurs, il participe, depuis des années, à l’émission «Ftawa ala lhawa» présentée par l’animateur Haroun Brik à la télévision algérienne. Via cette émission religieuse interactive, le docteur Bouzidi répond aux interrogations des téléspectateurs concernant diverses discussions religieuses et idéologiques.
-Cheikh Chemseddine El Djazaïri : Cheikh Chemseddine Bouroubi alias El Djazaïri, imam et animateur de l’émission religieuse «Insahouni», diffusée chaque jour par la télévision privée Ennahar TV, a 49 ans. La star de la télé fatwa algérienne a appris l’islam et le Coran à la mosquée du quartier, auprès de cheikh Mohamed Rahou, savant malékite et mufti pendant la Guerre de libération, selon lui. A l’âge de 17 ans, il anime sa première conférence autour des significations religieuses et scientifiques des faits. Pendant des années, Chemseddine Bouroubi a présidé l’Association caritative -islamique. Il est l’auteur de Taaniss El Awaniss, consacré au célibat des femmes en Algérie, et Etanfir min atafkir, sur… le danger de tomber dans l’extrémisme idéologique.                                                                                                                                        
                                                                                                                                                                (Ryma Benyakoub)



                                                                                                                                                                   
 
 
RÉACTIONS 

Lynx d'Oran


Le soleil se couche aussi.
C'est ce persistant désert culturel, prévalant chez nous depuis quasiment l'indépendance, prenant chacun(e) de nous à la gorge, qui a généré de telles nullités dotées on-ne-sait comment de pouvoirs de communication à grande portée de destruction intellectuelle massive.
Les conséquences à l'échelle nationale sont immenses. Tout a été chamboulé, anesthésié et formaté insidieusement dans la tête des citoyens pour en faire des moutons de Panurge. A la première alerte, ou fetwa frelatée, hop tout le troupeau sautant à l'unisson dans l'océan de la bêtise et de l'ignorance collective.
Aucun esprit critique n'est toléré, la consigne c'est d'obéir les yeux fermés le premier charlatan venu qui braille, ressasse et vocifère des menaces à la masse refusant pour prendre pour argent comptant leurs bizarroïdes métaphores ou paraboles tragi-comiques diffusées à la ronde à toutes les fréquences.
L'aridité de tout paysage stérile favorise et permet les envolées, en nuées compactes, des poussières sèches si désagréables pour les yeux et l'esprit.
Cette tête bavarde se voulant l'astre médiatique brillant n'est, en fait, qu'un imam de baudruche diffuseur de sornettes toutes faites, toutes bêtes (sans queue ni tête) finira évidemment par se dégonfler dès lors que les gens s'éveilleront à la raison, à la logique.
Le grand sommeil collectif n'a que trop duré, le soleil se couche aussi...
 
Leila 
 
Les charognards de la société algérienne.
Tous ces gens que vous citez sont les charognards de la société algérienne qui ont provoqué sa mort par cancérisation. Débarrassons nous rapidement de cette vermine en publiant régulièrement ce genre d'articles afin de les montrer du doigt et les obliger à baisser leur tête car ils sont la honte de notre chère Algérie. Une algérienne
 
Princo
 
Faute de grives on mange les merles
Ceux qui veulent vivre encore au moyen âge avec leur fetwa, ne lésinent pas à prêcher et faire transmettre leur âneries via les canaux d'informations les plus développés et les réseaux sociaux qui sont bien naturellement crées par les occidentaux !
Faire l'amour à un cadavre ! Laisser sa femme se prostituer ! Quels ignobles messages et nuisent à l'Islam.
Tout ça c'est de la volonté des pouvoirs publics pour endormir encore et encore le peuple; mais ils vont dire que la liberté d'expression! Pourquoi ne pas laisser venir des analystes, pour parler de la réalité économique du pays, pourquoi ne pas faire venir des juges parler des magouilles qui se passent dans les tribunaux, pourquoi ne pas faire venir des opposants au pouvoir en place pour affronter les corrompus.
D'autre part, je vois des gens qui aiment ces prêcheurs, cela ne veut pas dire que beaucoup de gens sont ignorants et que les médias les manipulent comme ils veulent ?
 
To n'air
 
Misère algérienne !
L’existence de ces semeurs de haine est la suite logique de cette politique oppressive et dictatoriale appliquée depuis bientôt 50 ans en RADP ! Le pouvoir a besoin de ces spécialistes de la diversion! Politique aliénante, abrutissante, désertifiante et intolérante ; en attendant le pétrole coule à flots et ce pays se dépeuple !



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En prison pour un jus d'orange qui offense le ramadan ! 

Article paru dans MARIANNE.net sous la plume de Martine Gozlan
Lundi 13 Juillet 2015.

u zinu :

Cet article, que je laisse aux visiteurs le soin de rechercher et de lire, m'a inspiré les commentaires suivants :


Propos ordinaire, répétitif et habituel de dame Gozlan. 
Puisque Madame Gozlan semble préposée, dans Marianne, à la mise en exergue des faits d'extrémisme ordinaire, pourrait-elle, pour faire bonne mesure, ou équilibrer ses légitimes dénonciations, consacrer de temps à autre quelque article à une région du monde, la Palestine, où l'humiliation des populations locales est quotidienne, et où, récemment encore, une barbarie guerrière "réactionnelle" frappa d'innocentes victimes ?
Il existe, à n'en pas douter, un extrémisme islamique diffus (Algérie, Maroc par exemple) ou planifié, organisé, systématisé (genre Daech). Mais il en est d'autres, non islamiques, sur lesquels un voile pudique est jeté. Pourquoi les occulter ? Pourquoi, par ailleurs, ne pas s'offusquer des "salamalecs" et des prosternations d'un Fabius ou d'un Hollande (et précédemment d'un Sarkozy) devant des monarques golfiques, grands argentiers et pourvoyeurs du salafisme et du wahhabisme ?


[.....] "Les seuls islamistes au pouvoir dont, mystérieusement, personne ne semble s’inquiéter dans l’opinion internationale et surtout française" [....], dites vous, chère madame Gozlan.
Vous eussiez pu signaler que Le Drian, Fabius, Hollande, ne s'inquiètent pas outre mesure des aides multiples et diverses qu'apportent leurs excellents amis wahhabites et salafistes d'Arabie et du Qatar aux islamistes de la planète, dont ceux du Maroc.
 
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Le "jus d'orange" de dame Gozlan rejoindra sans doute dans les annales le pain au chocolat d'un certain Copé.
 
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Les faits "dénoncés" par dame Gozlan n'empêchent pas bobos, sociaux-démocrates distingués, "républicains" patentés ou avérés, "célébrités" de la jet set,  de se précipiter au Maroc, voire  d'y faire  construire demeure.
Quant au bas peuple touristique, il baguenaude place Jemaa El Fna entre les serpents charmés, les merguez et les bons indigènes (ils ne sauraient parler de  "bons sauvages", terminologie désormais proscrite car contraire à la "bien-disance").




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«Les mouvements extrémistes et djihadistes ne sont pas le produit de l’islam mais celui de l’époque et de ses tensions»



Smaïl Goumeziane. Economiste, historien et spécialiste de la Méditerranée.

le 18.07.16 - EL WATAN 
 
Votre livre L’islam n’est pas coupable, paru aux éditions EDIF2000, est un véritable plaidoyer qui casse bien des clichés sur l’islam et les musulmans, développés en permanence par certains milieux politiques, notamment en Occident, et par certains médias Mainstream qui continuent de traiter la violence terroriste du seul point de vue «islamique». Pourquoi et comment s’est manifesté ce besoin de «défendre» l’islam ?

Je savais, depuis longtemps, que l’islam était au cœur d’enjeux politiques, économiques et sécuritaires. Depuis quelques années, il est désormais au cœur des conflits mondiaux. Pis, il en est devenu le principal accusé, pour ne pas dire le seul, de tous les crimes commis.
Au point que dans la sphère politico-médiatique occidentale, de nombreux et prétendus «spécialistes» assènent quotidiennement et à qui veut l’entendre que cela n’a rien d’exceptionnel, puisque l’islam, dans ses textes fondateurs, serait «congénitalement» violent, raciste et même sexiste. Frappés d’une amnésie sélective à grande échelle, ces «experts» prononcent ainsi leur verdict sans véritable justification, lui préférant le mensonge outrancier et même le recours à l’insulte.
En un mot, selon tous ces faiseurs d’opinion, toutes les violences terrestres n’auraient qu’une seule origine : l’islam. Ce faisant, ces «spécialistes» propagent la peur au sein de populations déjà fortement éprouvées au quotidien par toutes sortes de violences politiques, économiques et sociales. Pour finalement jeter l’opprobre et l’anathème sur toute ou partie de la «communauté musulmane» mondiale. Au lieu de chercher la paix dans la tolérance et le respect communs, ils poussent chaque jour davantage au fameux «choc des civilisations» cher à Huntington.
Face à cette stratégie du mensonge, du dénigrement, de la haine et de la confrontation, et au silence assourdissant, voire à la connivence, de bien des intellectuels musulmans, il était difficile de se taire. Il fallait un autre discours, sur le seul registre qui vaille : celui de la paix, de la tolérance et de la liberté. Il me fallait donc participer, à ma manière, à ce «débat interdit» tant par ces juges autoproclamés d’un nouveau genre, que par les terroristes eux-mêmes, leurs idéologues et leurs mandataires.
Afin de témoigner, en mon âme et conscience des valeurs réelles de l’islam, de son histoire et des violences qui lui ont été infligées depuis des siècles, de l’intérieur et de l’extérieur de la communauté, pour de multiples raisons politiques, économiques et sociales et pour arriver à cette connaissance, je m’en suis remis, avec raison, à mes certitudes comme à mes doutes, à ma propre capacité de jugement comme à mon libre arbitre. Pour cela, j’ai fait aussi appel à mon expérience personnelle, professionnelle et politique du monde musulman et plus largement du monde des citoyens. En bref, du monde des humains.
En ayant recours au meilleur des instruments : la connaissance. Pour en partager, à travers ce livre, les fruits de façon critique, sereine et non dogmatique avec le plus grand nombre. Pour autant, ce livre n’est, bien entendu, pas toute la vérité, même s’il essaie, à sa mesure, de s’en rapprocher. Car, les musulmans le savent, la vérité n’appartient qu’à Dieu, et toute connaissance humaine est relative.

On parle souvent de politisation de l’islam comme principale cause de l’apparition de mouvements extrémistes en son sein. Il se trouve pourtant que la démarche du Prophète Mohamed, au début de la Révélation, n’a pas manqué de substrat politique, notamment dans la façon d’attirer les chefs de Qoreïch à la nouvelle religion ou de résister à leurs attaques …
En effet, l’examen historique permet de conclure qu’aussi bien l’islam que les musulmans sont, depuis la mort du Prophète Mohamed en 632, et sur fond de violences multiples, victimes d’un triple piège : celui d’un dogme religieux des plus rigides, construit et imposé par des «savants», sous la contrainte des pouvoirs politiques des différents empires musulmans ; celui d’autoritarismes politiques, en lutte permanente pour le pouvoir et pour des intérêts égoïstes bassement terrestres et matériels ; celui d’un système capitaliste qui, depuis ses origines esclavagistes jusqu’à sa mondialisation, en passant par sa forme coloniale, s’est imposé de manière violente à bien des pays, dont ceux du monde musulman.
A l’origine, en termes politiques, l’action la plus fondamentale du Prophète fut, sans conteste, «le Pacte ou la Constitution de Médine», — la première Constitution de l’histoire —, qui assura, par la négociation et le compromis avec toutes les composantes de la société médinoise, la défense de la nouvelle religion contre les agresseurs polythéistes mecquois, pour finir par une victoire éclatante par la non-violence lors du retour à La Mecque.
Cependant, dès sa mort, et progressivement, il ne fut plus question de défendre l’islam par la persuasion, la négociation et le compromis, mais de le mettre au service du politique à des fins de consolidation et d’expansion du pouvoir terrestre, souvent dynastique. De ce point de vue, la période des quatre premiers califes «bien guidés» est essentielle en ce qu’elle traduit la transition progressive du «pouvoir politique tribal» vers le «pouvoir politique califal».
Un pouvoir d’autant plus difficile à mettre en place qu’aucun mode d’organisation politique n’est concrètement défini par la révélation ou même par Mohamed, si ce n’est avec la «Constitution de Médine».
Par rapport au tribalisme et à son mode de gouvernance, la période des quatre premiers califes montre que la rupture avec celui-ci fut surtout affaire de religion. D’un point de vue religieux, la victoire du monothéisme sur le polythéisme est évidente. Mais, contrairement à la révolution religieuse qu’entraîne la Révélation, le changement politique et économique, moins profond, se réalise sans rupture fondamentale avec le tribalisme.
Sous couvert de défendre l’islam et d’en assurer l’expansion, on laissa perdurer trois éléments fondamentaux du tribalisme : les successeurs de Mohamed sont tous membres influents de la tribu Qoreïch (la fameuse assabiya) ; les rivalités, la guerre et la violence, y compris entre tribus désormais musulmanes, — mais d’ethnies diverses, d’écoles juridiques multiples, de rites divergents et de courants théologiques rivaux et plus ou moins instrumentalisés par le politique —, caractérisent l’empire émergent, surtout après le coup de force de Muawiya contre Ali ; l’économie de butin reste essentielle pour assurer la pérennité du pouvoir, même si de nouvelles règles de partage sont définies, et si le butin coexiste avec les nouvelles règles de l’impôt islamique. Le génial Ibn Khaldoun, au XVe siècle, donnera une explication scientifique à tout cela : ce passage du tribalisme à l’empire califal n’est pas le résultat d’une quelconque injonction divine, il est le fruit des contradictions «naturelles et humaines», y compris dans le domaine de la religion.
Car, d’une part, il ne peut y avoir de civilisation humaine sans politique, toute société devant avoir un «modérateur» qui la gouverne et constitue son recours, dans le cadre de «l’équilibre des forces» voulu par Dieu. Et, d’autre part, le rôle de ce régulateur dépend de l’état des techniques, des besoins et des intérêts contradictoires.

Il en sera ainsi tout au long des différents empires musulmans qui se constitueront au cours de l’histoire puis, après leur chute, avec l’avènement des conquêtes coloniales occidentales jusqu’à l’ère de la mondialisation.

Des intellectuels médiatiques continuent de qualifier Daech «d’Etat islamique» alors qu’il s’agit d’une organisation terroriste. Vous soulignez d’ailleurs dans votre ouvrage le danger de cet amalgame qui semble être fait sciemment …
En effet, au plan international, l’Etat islamique n’est pas officiellement considéré comme un Etat, mais comme une organisation terroriste aussi bien par l’ONU que par l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Australie, le Canada, la France, le Royaume-Uni et bien des pays musulmans, comme l’Indonésie, le Liban, l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, la Turquie et même… l’Arabie Saoudite.
Pourtant, dans les cercles médiatiques et politiques occidentaux, on se fait un malin plaisir à le considérer comme «Etat», «islamique», et ses combattants multinationaux sont désignés comme «djihadistes», ce qui ferait d’eux des résistants animés par les principes du djihad coranique. Une manière de lier islam et terrorisme et aussi de «confondre» résistance (comme celle du peuple palestinien) et terrorisme.
Or, sur ces trois vocables, l’unanimisme médiatico-politique participe de la falsification de la réalité. En effet, sur le terrain, Daech constitue, en tant que forme achevée du terrorisme d’Etat, une imposture polymorphe. Il n’est qu’un «Etat» artificiel, aux frontières se déplaçant en permanence, qui ne se contente pas de financer, de soutenir, d’héberger ou d’armer des terroristes — comme le font encore certaines fortunes d’Arabie Saoudite et d’ailleurs —, mais qui est lui-même une organisation purement et simplement terroriste, y compris et surtout à l’égard du monde musulman.
Plus concrètement, comme je le développe dans le livre, Daech n’est qu’un proto-Etat, sans territoire internationalement reconnu, ne disposant d’aucune ressource légale. Par ailleurs, ni du point de vue des textes sacrés auxquels il se réfère en permanence ni du point de vue de son fonctionnement, Daech n’est «islamique». Encore moins du point de vue de ses objectifs.
Le «califat» institué en 2014, tout comme la proclamation de Baghdadi en tant que calife — reconnus par aucun pays musulman — n’ont aucun sens en termes islamiques et aucun lien avec la réalité historique du califat, notamment celles des quatre premiers califes «bien guidés». Il ne respecte aucun des principes de la guerre édictés par le Prophète, tels que rappelés dans mon livre. Enfin, Daech ne pratique pas le djihad. Les «combattants» de Daech ne sont pas des «djihadistes» au sens de l’islam. Ils ne sont ni dans le cas du grand djihad (l’effort sur soi et contre ses passions) ni dans le petit djihad (la guerre de résistance), encore moins dans ce que j’appelle «le djihad de l’Amour» (l’adoration et la contemplation de Dieu) cher aux soufis.
Au contraire, Daech agresse des pays principalement musulmans et internationalement reconnus, même si leurs régimes officiels sont autoritaires et tout aussi violents, et accapare de façon illégale et violente leurs ressources naturelles et financières, en assassinant des populations majoritairement musulmanes.
En fait, et Daech le reconnaît implicitement à travers sa «stratégie de la sauvagerie et du chaos» — qu’on retrouve, de manière synthétique dans un ouvrage intitulé L’Administration de la sauvagerie : l’étape la plus critique à franchir par la Oumma, publié en 2004 sur internet —, ses combattants ne sont là que pour terroriser le monde et semer la mort au sein de populations innocentes, bafouant ainsi les fondements mêmes du message coranique : «Quiconque tue un être humain non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur Terre, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité… Et quiconque fait don de la vie à un être humain, c’est comme s’il faisait don de la vie à toute l’humanité.» (Coran 5/32).

De l’analyse historique, vous concluez que le «monde arabo-musulman» subit depuis longtemps de nombreuses violences infligées à la fois par l’impérialisme, par l’autoritarisme et par le terrorisme. Au point, comme vous le soulignez, que ce monde arabo-musulman est désormais «l’épicentre des conflits» à l’échelle de la planète. Pour sortir de ces violences multiples et de cette spirale infernale, vous appelez d’ailleurs à une révolution multiforme, dont l’essence se base sur l’idée de démocratie, de justice et de liberté. Le combat contre ces violences passerait donc par une libération des peuples ?

Comme le montre ce livre, depuis la disparition du Prophète, le monde musulman, comme d’autres régions du monde, a toujours été traversé par de multiples conflits. Jusque-là, rien d’exceptionnel, les hommes étant mus par des intérêts contradictoires. Or, après la chute du Mur de Berlin, à l’été 1989, et l’acceptation, quelques mois plus tard de la réunification de l’Allemagne par l’URSS finissante, on pensa que la fin de la guerre froide allait advenir et avec elle la fin de tous les conflits dans le cadre d’une «mondialisation heureuse».
Ce fut une erreur. Nonobstant le tragique conflit à caractère colonial entre la Palestine et Israël, qui perdure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’expansion des conflits à l’ensemble du monde musulman peut être datée du 2 août 1990, lorsque Saddam Hussein, le chef de l’Etat irakien, a envahi le Koweït, déclenchant la riposte américaine.
Depuis, alors que le niveau de conflictualité avait baissé dans la plupart des régions de la planète, le monde musulman est devenu la principale zone de conflits et de violences de l’après-guerre froide, pour au moins trois raisons essentielles. D’une part, la zone constitue le bassin énergétique mondial dont il faut s’assurer le contrôle à tout prix.
D’autre part, la zone est devenue le principal marché de l’armement, dont il faut assurer l’expansion.
Enfin, la région, où les oppositions démocratiques ont été bâillonnées, réprimées et laminées, reste le lieu de rivalités intestines entre divers projets autoritaristes et/ou «islamistes» concurrentiels qu’il faut, selon le cas, s’allier, combattre ou attiser au gré des intérêts du moment. Tout cela fait de cette région le cœur d’enjeux géostratégiques planétaires. Dans ces conditions, la région ne pouvait devenir que le plus grand charnier à ciel ouvert de l’après-guerre froide, dont les principales victimes demeurent les populations musulmanes elles-mêmes. Qu’on en juge.
Depuis les années 1980, celles de l’émergence de la mondialisation, de la fin de la guerre froide, de l’expansion de l’islamisme politique et du terrorisme, les différents conflits de la région se sont soldés par près de trois millions de morts, en très grande majorité musulmans, par plus de dix millions de personnes déplacées et par plusieurs millions de réfugiés éparpillés de par le monde. Pour ces raisons, la sortie de cette spirale infernale ne se résumera pas à la seule défaite de Daech.
Il faudra libérer les populations de la région de toute forme d’oppression et de domination, interne et externe, en termes politiques, économiques et sociaux.
C’est dire qu’une véritable transition, pacifique et démocratique, est incontournable dans toute la région, dont les Printemps arabes ne furent qu’une étincelle.

Selon vous, islam et démocratie ne sont pas antinomiques. Pour autant, ne faut-il pas extraire le premier des lectures dogmatiques, et adapter, pour la seconde, le principe de laïcité aux réalités des sociétés musulmanes ?

Qu’on ne s’y trompe pas, la situation conflictuelle dans le monde musulman ne résulte pas, comme voudraient le faire croire les «spécialistes», d’une antinomie entre islam et démocratie ou entre islam et modernité.
Au contraire, comme je le démontre dans le livre, c’est parce qu’à diverses étapes de leur histoire, les sociétés musulmanes ne se sont pas modernisées, en termes politique, économique et social, et n’ont pas pu construire leur propre processus vers le développement et la démocratie, que leur religion a été soumise au dogme et au refus de l’ijtihad, et donc contrainte à l’immobilisme. En effet, l’islam comme les autres religions perdirent plus ou moins durablement leurs dynamiques de progrès, de liberté, de tolérance et de paix au contact, souvent brutal, de l’autoritarisme sous toutes ses formes (impérialisme, esclavagisme, colonialisme, stalinisme, nazisme, nationalismes, ultralibéralisme…).
Aujourd’hui comme hier, les mouvements «extrémistes», «djihadistes» ou «sectaires» ne sont pas un pur produit de l’histoire musulmane, mais celui de l’époque, de ses tensions, de ses distorsions, de ses pratiques, de ses désespérances. 

C’est dire que tout retour aux principes et valeurs originelles de l’islam passe, inéluctablement, par une libération de la religion de sa soumission à toute forme de système autoritaire. Car, il ne s’agit nullement de moderniser l’islam, mais de moderniser les sociétés musulmanes. Or, pour l’heure, cela n’est envisageable que dans un cadre démocratique patiemment et pacifiquement construit dans chaque pays majoritairement musulman, selon son histoire, la diversité de sa population et de ses traditions.

Parlons plus précisément du Maghreb. Aujourd’hui, les enjeux géostratégiques et les intérêts multiformes des différents acteurs, dont les superpuissances, dans la région font que les frontières deviennent perméables à toutes les influences. Face à cela, quelle serait, à votre avis, l’attitude à conseiller aux pays du Maghreb ?

La mobilisation et la lutte contre la terreur sous toutes ses formes et ses réseaux mondialisés supposent des conditions et des moyens énormes à tous les niveaux. En Syrie, en Irak et en Libye, on voit chaque jour les limites et les contradictions des seules interventions militaires ou sécuritaires, tant l’ennemi est «multiple» et difficile à circonscrire sur un seul territoire. Dans ces conditions, point de solution viable à l’horizon pour les millions de personnes qui fuient les bombes, les attentats, la répression et les multiples exactions.
Le combat militaire et diplomatique dans le cadre onusien est certes nécessaire, mais il doit se conjuguer à d’autres combats dans d’autres domaines et avec d’autres moyens. Pour le Maghreb, les principes qui devraient guider l’action des pouvoirs publics et des sociétés civiles seraient : liberté pour tous les peuples de la région ; non-ingérence militaire dans les rivalités «fabriquées» entre peuples musulmans ; priorité à l’intervention diplomatique, pacifique et démocratique pour établir et sauvegarder la paix dans la région.
Dans ce cadre, outre la mobilisation pour la sauvegarde de l’intégrité et de la sécurité des territoires des différents pays, les actions devraient cibler trois batailles essentielles : «la bataille de l’opinion», «la bataille de l’éducation» et «la bataille politico-économique».

Peut-on avoir une esquisse sur le sens et le rôle de ces «batailles» que vous évoquez d’ailleurs dans votre ouvrage ?
 
a) La «bataille de l’opinion» : une des premières voies de la mobilisation se situe au niveau de la connaissance encore plus approfondie de ces fléaux que sont le terrorisme et l’autoritarisme dans le monde musulman. D’autant que leurs effets restent encore largement méconnus et leur propagande sur internet et sur les autres canaux de communication continuent de fabriquer de la terreur et de faire des émules ou des victimes, notamment parmi les milliers de jeunes sans emploi, désœuvrés, déstructurés et en mal de révolte ou d’héroïsme macabre. Et le plus vite serait le mieux, car ces fléaux engendrent chaque jour de nouvelles recrues et de nouveaux ravages au Maghreb, notamment en Tunisie et en Libye, et jusqu’en Egypte.
Il faut aussi, au Maghreb, comme en Occident, porter et affronter pacifiquement et sans complexe le débat autour de l’islam et de son instrumentalisation à des fins inavouables et criminelles. Il s’agit, notamment, et de façon systématique, de mettre à nu tous les mensonges et les amalgames proférés et distillés sous toutes les formes par la propagande «politico-médiatique» d’où qu’elle vienne. A titre d’exemple, il en est ainsi de la gestion guerrière du «califat» par Daech justifiée au nom du «djihad».
Or, le livre le montre, Daech ne respecte pas les règles devant régir les situations de guerre telles qu’édictées par le Prophète Mohamed, en particulier celles concernant la légitimité de la guerre et le respect de l’intégrité physique des ennemis : interdiction de s’en prendre aux populations non impliquées militairement dans la guerre, notamment les vieillards, les enfants et les femmes ; interdiction d’anciennes pratiques tribales, comme les mutilations physiques ou les décapitations et la torture ; primauté à la recherche de la paix sur la guerre ; interdiction de verser le sang des musulmans...
Ce faisant, c’est dans son objectif de «sauver» l’islam originel et les musulmans que Daech s’éloigne le plus… de l’islam. En effet, à travers ses actions, Daech a contribué tout autant, voire davantage, que les régimes autoritaires «musulmans» du Moyen-Orient, ou que les interventions impérialistes à la dégradation de la vision de l’islam et de la vie des musulmans, en faisant de ceux-ci sa cible prioritaire.
D’où la multiplication des prétendus affrontements «interconfessionnels». Récemment encore, à Baghdad, un attentat sauvage n’a-t-il pas fait plus de 293 victimes musulmanes ? Autre exemple : ne serait-il pas temps, après les avoir identifiés, de mettre de côté les intérêts énergétiques et militaires qui lient nombre de pays occidentaux à l’Arabie Saoudite, — pays qui procède à plus de décapitations que Daech—, pour envisager, ne serait-ce qu’un instant, des sanctions économiques ou politiques à son égard compte tenu de son rôle avéré dans l’expansion du wahhabisme, du terrorisme et de l’intervention conséquente des Américains et de leurs alliés dans la région ? Les lobbys pétroliers et ceux de l’armement y seraient-ils disposés ? Rien n’est moins sûr.
b) La bataille de l’éducation : au-delà de toutes ces clarifications auprès de l’opinion par le biais du débat libre et de la controverse respectueuse, le combat contre le terrorisme et pour la démocratie suppose un sérieux travail pédagogique auprès d’une population particulière : celle des jeunes, principales victimes des violences.
Ce travail de fond doit être mené au cœur de leur espace privilégié : l’école. D’abord, en accordant une place centrale à l’éducation en général, ce qui est loin d’être le cas. Car au Maghreb, notamment, l’illettrisme et le décrochage scolaire demeurent les terreaux les plus fertiles aux idéologies les plus rétrogrades et un des freins principaux à la connaissance, y compris de sa propre religion.
Ensuite en accordant une place particulière à la connaissance rationnelle et à certaines disciplines au sein de l’école au sens large (depuis le primaire jusqu’au supérieur) : sciences, économie, politique, mais aussi philosophie, histoire des religions, des identités et des droits humains. Et pourquoi pas, une histoire des violences et de leurs causes depuis les origines de l’humanité ? Car, mieux appréhender les violences et leurs sources, c’est mieux préparer la paix pour tous.
c) La bataille politico-économique : plus fondamentalement, au-delà du combat militaire et diplomatique et de ces «batailles de l’opinion et de l’éducation», mettre un terme à tous ces conflits implique de s’attaquer aux racines profondes du mal. Et pour cela engager ou poursuivre la bataille politico-économique : celle de la démocratie et de la paix.
Qui consiste notamment à prendre, avec audace et pugnacité, dans la plus large concertation, y compris avec les sociétés civiles, des mesures politiques et économiques, et plus largement environnementales, sociales, culturelles et cultuelles à même d’assécher politiquement et économiquement toutes les violences.
Avec audace et pugnacité, car très souvent de telles actions bouleversent beaucoup d’idées reçues, des intérêts solidement (parfois illégalement) établis et de nombreuses pratiques délictuelles, parmi lesquelles les rentes de monopole ou de situations et la corruption. Au niveau national de chacun des pays maghrébins, comme au niveau international. Dans cette perspective, il est apparu, dans ce livre, que la démocratie et sa citoyenneté constituent aujourd’hui des objectifs communs à toute l’humanité, et les seuls moyens pacifiques pour rassembler l’humanité dans son unité et sa diversité, y compris religieuse.
Pour autant, il reste évident que les voies et moyens d’y parvenir sont aussi divers que les situations historiques de chacun des pays. Autrement dit, il n’y a pas de pays «prêts» pour la démocratie et la paix et d’autres qui ne le seraient pas, pour des raisons religieuses ou culturelles. Au contraire, «un pays ne doit pas être déclaré mûr pour la démocratie, mais il doit plutôt parvenir à la maturité par la démocratie».
Il en est de même des populations. Cependant, si le cap est le même, il n’y a pas non plus de modèle unique de démocratie, ni de modèle unique de relations apaisées entre religion et politique, encore moins de modèle unique économique fondé sur l’efficacité productive et la justice, et ceux-ci ne se décrètent pas, pas plus qu’ils ne s’imposent par la force (l’Irak en est le tragique exemple, mais aussi, dans une certaine mesure… la Grèce), ni ne s’achètent au supermarché, comme de vulgaires produits de consommation. Ces «modèles» se construisent pas à pas dans chacun des pays, selon son histoire, ses particularités, ses ressources, ses faiblesses, ses forces, ses intérêts contradictoires et ses capacités de gestion.
Au-delà du Maghreb, de telles démarches en pays musulmans supposent donc non seulement la compréhension adéquate des racines profondes des violences, mais aussi celles des fondements tout aussi solides de la pensée et de la pratique démocratiques en termes politiques et économiques, y compris dans la pensée et la pratique religieuses.
Pour mener de telles démarches, les pays musulmans devraient pouvoir bénéficier du soutien des pays de démocratie avancée et des mouvements progressistes. Ceux-ci devraient encourager prioritairement et concrètement ceux qui, dans ces pays, sont les piliers réels de la démocratie universelle et qui tentent d’établir cette démocratie, son économie juste et productive et ses droits humains, et non les lobbys, leurs réseaux et leurs intérêts égoïstes et rentiers.
C’est pourtant rarement le cas aujourd’hui, et ce n’est pas l’attribution, justifiée et méritoire, du Prix Nobel de la Paix à la Tunisie, en ce 9 octobre 2015, qui changera fondamentalement la donne, tant les intérêts géostratégiques à court terme l’emportent sur la vision commune à long terme. Dans bien des cas, au contraire, certains gouvernements démocratiques d’Occident y aident, par tous les moyens légaux et illégaux, certains régimes autoritaires, en contrepartie de marchés et autres projets économiques plus ou moins juteux — et sans aucun effet de développement —, ferment pudiquement les yeux sur les violations des droits et des libertés et sont, parfois, complices directs ou indirects de la répression exercée sur les mouvements sociaux.
Quel que soit le chemin démocratique suivi, ou à suivre, la connaissance, la justice et la liberté en sont les instruments privilégiés. Des instruments dont la définition et l’usage sont recommandés aussi bien par les textes démocratiques internationaux, telle la Déclaration universelle des droits de l’homme, et les pactes subséquents, que par les textes fondateurs de l’islam.
Comme le livre le montre, cette sorte de dialectique de la démocratie et des religions permettrait d’aboutir à une dynamique unitaire exceptionnelle permise par la «citoyenneté universelle» : celle d’une humanité tolérante, réconciliée avec elle-même et riche de son unité et de sa diversité. Tous les citoyens, croyants et non-croyants, rassemblés pour une gestion démocratique et pacifique des conflits d’intérêts, celle du «juste milieu». Pour la liberté, l’égalité, la justice, la fraternité et la paix devant Dieu et devant les hommes.

Nadjia Bouaricha