Exergue
 
Extraits d’une interview de Michel Onfray- - CORSE MATIN – 01/09/2016
J’ai fait mon travail en posant la question que tout philosophe devrait poser: d’où vient le terrorisme ? Soigner une maladie suppose qu’on en connaisse au moins la cause. Certains renvoient à la mauvaiseté congénitale des terroristes, au caractère intrinsèquement violent de l’Islam : on n’est guère avancés ! Pour ma part, je mets ce terrorisme comme partiellement en relation avec notre politique étrangère indexée depuis 1991 sur celle des Etats-Unis qui bombardent des pays musulmans et ont fait 4 millions de morts, musulmans, depuis cette date.
 
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A l'heure où il convient, paraît-il, de suivre le conseil lancé par Élisabeth Badinter, qui clame haut et fort : "Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe", oubliant qu’il fut un temps où certains hurlèrent, avec les conséquences que l’on sait : « il ne faut pas avoir peur de se faire traiter de judéophobe »,  je laisserai à cette dame la responsabilité de son propos, sans pour autant clamer, a contrario : « il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophile ».
Je ne suis en effet ni islamophobe ni islamophile.
Je ne craindrai pas cependant d’aller à l’encontre du sentiment dominant en n’attribuant pas à la religion musulmane seule la responsabilité des tragiques événements que nous vivons, bien qu’elle serve de justification facile aux « radicalisés » qui s’en prévalent pour commettre leurs crimes.

Devant les actes de terrorisme aveugle ou ciblé :
- Il y a ceux qui, quel que soit le pays et la population frappée, éprouvent une compassion réelle pour les victimes et leurs proches. Je suis de ceux-là.
- Il y a ceux qui instrumentalisent la douleur des familles et l'émotion de l'opinion publique à des fins partisanes politiques. Ces derniers sont presque aussi nombreux chez les "Socialistes" que chez les "Républicains" ou au FN, qui détient la palme en ce domaine, car cela constitue son fonds de commerce ordinaire. (Vous observerez en passant que je dote de guillemets aussi bien le terme "Socialiste" que celui de "Républicain") .
Mais de même que j'ai refusé d'être de manière moutonnière un "Charlie", je refuse de crier à l'unisson haro sur l'Islam au motif que cette religion serait la source, ou plus précisément l'unique cause de tous les maux qui nous accablent.
Cela ne me prémunit pas du terrorisme aveugle qui frappe désormais la France, et je ne suis aucunement à l’abri, comme tant d’autres de mes concitoyens, de quelque acte perpétré par ce qu’il est désormais convenu d’appeler un « radicalisé ». Mais cela ne m’empêche pas de rechercher les origines et les facteurs de l'extrémisme et de la violence terroriste.
C'est déjà  excuser, voire  cautionner le terrorisme islamiste, que d'adopter une telle démarche, disent certains. Cette assertion est à la fois inepte et dangereuse. Il ne s'agit ni d'excuser ni de disculper, mais simplement de comprendre, afin d'ailleurs, de mieux prévenir. Chercher à comprendre le pourquoi des choses est une attitude qui me parait à la fois logique et saine.

Dans une telle optique, il y a lieu bien évidemment de rechercher ce qui, dans la religion musulmane a historiquement prêté source et prête actuellement source à des dérives du genre de celles que nous connaissons. Mais précisons que cet axe d'investigation est valable pour toutes les religions, et notamment pour celles qui nous sont coutumières parce que traditionnelles.
Les lectures du Coran sont multiples. Ce livre saint offre aisément matière à toutes les exégèses, à toutes les traductions et à toutes les interprétations, allant de la plus bienveillante à la plus contemptrice. Ceci est d’autant plus aisé que l’Islam ne comporte pas de clergé constitué, voire institutionnalisé, clergé qui, à l’instar de celui de l’Eglise catholique, veillerait au respect et à l’observance d’un dogme rigoureusement défini.
Un mien ami, ayant reçu de ses parents un héritage religieux non rigoriste,  et moins encore comminatoire, n'étant guère pratiquant, et  se qualifiant volontiers de "musulman sociologique culturel et non cultuel", utilise volontiers une formule qui me semble fort pertinente : "il n'y a pas un Islam, mais des Islams". 
 
Il ne s’agit pas ici de trouver des circonstances atténuantes à la criminelle dérive de ceux qui, notamment dans les cités, au- delà du repli identitaire ou communautaire, choisissent la voie du terrorisme pour exprimer on ne sait quel mal d’être ou de ne pas être.
S'il est difficile de connaître les causes profondes ou immédiates personnelles qui sont à l’origine d’actes terroristes commis sous couvert d’observance religieuse par les « radicalisés », du moins est-on en droit de s’interroger sur le cheminement qui les a conduits à ce type d’extrémisme.
 
Il est permis de penser que les jeunes et moins jeunes de nos cités couvrent souvent du manteau de la foi découverte ou retrouvée une vie antérieure faite de délinquance et de « perdition » profane. Certains versets du Coran leur offriraient, à en croire des exégètes se disant « informés », de quoi justifier leur « retournement » en autorisant leur repentance et surtout en leur recommandant le rachat ou la rémission de leurs péchés par des actes relevant d’un djihad salvateur.
Les stratèges de l'E.I (et plus en amont ceux de l’Arabie saoudite et du Qatar) alimentent d'ailleurs chez ces derniers une telle lecture du Coran afin qu’ils se précipitent allègrement ou sereinement dans le totalitarisme et la violence.
 
Que les conditions de l'intégration des populations issues de l’immigration arabo-musulmane, soient « interrogées », cela n'est pas en outre infondé ou malvenu.
- Le nombre d’immigrés d'origine maghrébine ou d’Afrique noire est d’abord un effet induit, (on pourrait aussi parler d’effet boomerang), de la colonisation/décolonisation.
Il y lieu de considérer en premier lieu que l’attrait exercé de manière paradoxale par les conditions d’existence dans l’ancien pays colonisateur, (largement plus favorables que celles offertes dans leur propre pays), a alimenté et continue d’alimenter un flux migratoire relativement massif.
Cependant, les enfants et petits-enfants de ces immigrés ne sont pas insensibles à l’histoire du pays d’origine de leurs parents, voire à leur propre histoire familiale, et ne manquent pas d’éprouver des ressentis émotionnels largement influencés par les séquelles mémorielles des guerres et des répressions coloniales.
- Cet afflux est aussi le résultat direct de l'importation massive - il fut un temps -  d'une main-d’œuvre non qualifiée à la fois "docile" et "bon marché". Le « regroupement familial » a, soit dit en passant, davantage répondu au désir de mieux « fixer » cette main-d’œuvre qu’aux préoccupations humanitaires sous lesquelles il a été volontiers présenté.
- Ajoutons au caractère « quantitatif » de l’immigration considérée, les aspects « qualitatifs » de «l’accueil » des populations concernées.
Nul ne songerait à nier le caractère "ghettoïsant" de leur « installation », qui les a rejetés vers la périphérie des villes ou dans des zones bien déterminées laissées rapidement à l’abandon.
L'une des explications de leurs agissements est qu'ils croient utile ou justifié d'apporter une réponse violente à l'exclusion dont ils sont persuadés ou dont on les persuade qu'ils ont été ou sont les victimes.
-  Pour faire bonne mesure, n'oublions pas que la plupart des populations en question sont musulmanes, donc adeptes d'une religion présentant des risques de dérive "totalitaire" (en ce sens qu'elle prétend régenter à la fois la sphère privée, la sphère politique, sociale ou sociétale, et même la sphère économique). Nos bons amis wahhabites d’Arabie saoudite et autres fondamentalistes du Qatar, d’Egypte, ou d’autres pays à dominante musulmane se font d’ailleurs un devoir de répandre à travers la planète cette conception globalisante de leur religion.
Le problème est qu’ils le font désormais dans un pays comme la France, dont les traditions chrétiennes (d’autres se plaisent à dire judéo-chrétiennes) demeurent vivaces malgré le fait qu'elles aient été édulcorées depuis la révolution française et surtout depuis 1905.
 
A ces causes « intérieures » spécifiques à la France s’ajoutent des considérations « extérieures » relevant de la politique menée par les « grandes puissances », et singulièrement par les Etats Unis et leurs alliés (nous devrions dire les gouvernements qui leur sont inféodés, au premier rang desquels se placent l’Allemagne, la Pologne, la « nouvelle » Ukraine et la France).
- Est-il utile de rappeler la guerre « bushienne » en Irak, la guerre atlantiste en Lybie (où se sont distingués Sarkozy et le bouffon philosophe BHL, guerroyeur affublé de la chemise blanche du défenseur intransigeant des droits de l’homme, la guerre de Syrie menée initialement par les excellents démocrates de l’ASL  et d’Al Nosra, tant louangés par Fabius,  puis récupérée par l’E.I, dont il commence à se dire que sa création doit beaucoup à de sombres « docteurs Folamour »  issus de la C.I.A.
-  N’oublions pas Israël, obnubilé à la fois par sa survie dans un Moyen Orient à large dominante arabo-musulmane et par sa crainte d’une résurgence de la puissance iranienne.
- Parmi les facteurs de la radicalisation, notamment chez les jeunes des cités ou dans les masses arabes, il ne faut pas oublier en effet de mentionner une cause volontairement occultée, ou sciemment ignorée par les médias mainstream, celle relative au sort réservé aux Palestiniens, aussi bien ceux de Cisjordanie que ceux de Gaza.
 
Pour conclure, je reprendrai une nouvelle fois Onfray, qui dans l’interview citée en exergue déclare :
« l’athée que je suis ne croit pas que l’athéisme soit plus une garantie contre la barbarie que la religion. Il y a des athées barbares, Lénine, Staline, Mao, et des croyants qui font avancer la civilisation, Montaigne, François d’Assise, Bach, Michel Ange par exemple.
 

Rédigé par Jean Maïboroda le Lundi 5 Septembre 2016 à 09:40