L'article ci-après, paru dans le quotidien local CORSE-MATIN en date du 10 novembre 2022  dresse un portrait (élogieux) de  celui que l'on pourrait qualifier de représentant  de la Nupes en Corse. 
La Gauche corse, autrefois dominée par un parti radical ayant "régné" sans exclusive durant des décennies et par un parti communiste ayant étendu largement son audience et ses "places-fortes"  au lendemain de la libération de l'île , à laquelle il avait pris une part active, a vu ces deux composantes s'étioler au fil des ans depuis une vingtaine d'années.
Désormais le parti radical n'existe pratiquement plus et fait figure de souvenir historique, tandis que le parti communiste voit son audience se réduire au fil des ans.
Que dire du parti socialiste, qui a pratiquement disparu, sans avoir d'ailleurs considérablement marqué le paysage local.
La Nupes pour sa part, essentiellement composée de quelques militants LFI et d''une frange relativement réduite d'écologistes n'a pas connu de grands succès électoraux lors  des dernières consultations électorales.
Brillant capitaine sans troupes Dylan CHAMPEAU, sa figure de proue, est-il en mesure  de revigorer une gauche évanescente ?

 
PS1 : s'agissant des relations entre la Gauche et les Nationalistes, elles ont été à tout le moins cordiales avec le PSU local et la CFDT-CORSE (du temps où cette dernière cultivait la belle utopie de l'autogestion). Il est à noter que certains adhérents de ces deux organisations ont également adhéré au  Front Régionaliste Corse.
PS2 : parmi les 4 tendances existant actuellement chez les nationalistes corses l'une d'elles, CORE IN FRONTE,  affiche nettement des options sociales.

J.M
 

Article CORSE-MATIN 

 
Dylan Champeau dépoussière la gauche en Corse

ISABELLE LUCCIONI


Face à Jean-Vitus Albertini (France 3 Corse Viastella), Patrick Vinciguerra (RCFM) et Roger Antech (Corse-Matin), Dylan Champeau n’a pas eu une seconde d’hésitation, quel que soit le sujet.
A 23 ans, il a déjà été deux fois candidat aux législatives, d’abord sous l’étiquette LFI puis sous celle d’Inseme a manca. On le pressent tribun ou débateur, il ne se projette que comme avocat - pénaliste - et ne sépare pas la défense des gens et celles des convictions Avis de coup de vent sur la gauche en Corse - et sur le plateau de Cuntrastu hier soir *.

À la barre de l’émission politique de France 3 Corse Viastella, Jean-Vitus Albertini, entouré de Patrick Vinciguerra et Roger Antech pour une heure de débat avec Dylan Champeau, identifié comme l’un de ceux qui pourraient reprendre le flambeau de la gauche dans l’île.
Et force est de constater qu’une vaste opération de dépoussiérage est en cours. Exit le langage techno de la social-démocratie, oublié le mot République prononcé au garde-à-vous et la larme à l’œil, cette gauche-là est iconoclaste, engagée, révolutionnaire. La gauche des clans et des partis qui, à force de désunions et de replis, a réussi à disparaître de la gestion des grandes villes insulaires, des travées de l’Assemblée de Corse et des bancs de l’hémicycle du Palais Bourbon aurait-elle une relève ? Car Dylan Champeau met immédiatement les pieds dans le plat. Il n’est pas antinationa-liste, il adhère même à une partie des revendications portées par les nationalistes. Pour autant, il commence par demander une « clarification » en forme de tacle pour la majorité. « Aujourd’hui, cela ne suffit pas d’être nationaliste. Il y en a assez du ‘’en même temps’’ de Gilles Simeoni », pose-t-il comme un préalable. Invité de gauche oblige, le premier volet de l’émission a porté sur l’inflation, la future réforme des retraites mais aussi les motions de censure de la gauche, votées par le RN. Pas de quoi démonter un invité qui possède sur le bout des doigts la dialectique de la Nupes, dans laquelle il s’inscrit. Pour Dylan Champeau, la résolution de la crise (mais comme il le dit lui-même, à 23 ans, il a l’impression d’avoir toujours vécu pendant une crise économique) s’inscrit dans un triptyque : blocage (au moins temporaire) des prix de l’alimentaire et du carburant, indexation des salaires sur l’inflation et mise à contribution des entreprises « qui se sont gavées » avec une redistribution vers les PME-TPE que la conjoncture met en difficulté. Et quand on lui objecte que cette vision keynésienne de l’économie a été abandonnée par la gauche dès 1982 pour cause de spirale inflationniste, Dylan Champeau rappelle que, dans les années 80, l’inflation n’avait pas la dimension spéculative qu’elle a prise aujourd’hui. Exemple local à l’appui. « Au cours de l’année 2021, Total a réalisé 3,5 millions d’euros de bénéfices en Corse, en pleine crise Covid », assène-t-il. Bien évidemment, la solution de la « baisse des charges » - dont il rappelle qu’il s’agit de cotisations destinées à financer l’assurance maladie, les retraites et le  chômage - lui semble une fausse bonne idée. De même, l’allongement de la durée du travail jusqu’à 64 ou 65 ans ne se justifie pas. « Il s’agit de faire huit milliards d’économie, alors que l’on pourrait engranger sept à huit milliards rien qu’en appliquant la parité salariale entre les hommes et les femmes », insiste le représentant d’Inseme a manca. Quant aux motions de censure votées par le RN, il les évacue en rappelant que la Nupes n’a, pour sa part, jamais voté les motions de censure du parti de Marine Le Pen. « J’ai le sentiment que, depuis que je suis né, on vit dans une crise économique » Autonomie avec garde-fous Plus spécifiquement, concernant la Corse, il attribue pour partie le phénomène de repli de sa famille politique, comme au plan national, par l’erreur d’une « gauche qui applique une politique de droite », en rappelant au passage que sa génération n’a connu comme président de gauche que François Hollande. Avec, facteur aggravant, une gauche corse « minée par le clanisme ». Son espoir, une relève capable de dialoguer, au-delà des structures partisanes, au sein de la structure Ghjuventù di manca. Son credo, une vision de la politique « au plus près des problématiques locales » qui garde un lien avec le national mais qui ne se fasse pas dicter ses choix. Dans la même ligne, l’anti-nationalisme de certains de ses « grands anciens » lui apparaît comme totalement obsolète. « J’échange avec beaucoup de nationalistes de gauche avec lesquels je partage la plus grande partie des points de vue », insiste Dylan Champeau. Il rappelle qu’il a été, d’entrée de jeu, pour le rapprochement des prisonniers politiques, qu’il déplore les appels systématiques du parquet dans ces dossiers et qu’il ne serait pas hostile à une mesure d’amnistie « sauf pour les crimes de sang ».
Quant à l’évolution institutionnelle de l’île, le représentant d’Inseme a manca déplore qu’elle se discute en petit comité, à Paris, sans dialogue « avec tous les Corses ». Il met en garde, au passage, sur une autonomie à la polynésienne avec un Code du travail local et des lois moins protectrices de l’environnement par exemple. En résumé, pas d’opposition à une évolution institutionnelle « dans le respect du mieux disant ». Enfin, si Dylan Champeau n’est pas choqué par les manifestations - même violentes - de la jeunesse insulaire, il se dit préoccupé par la dérive mafieuse. « La mafia se développe sur le terreau de la précarité mais aussi de l’arrivée de beaucoup d’argent. En Corse, nous avons les deux », analyse-t-il. Le futur avocat pénaliste - qui se dit très attentif au travail des associations antimafia - est cependant dubitatif concernant un changement de législation pour la Corse. Rappelant au passage que le statut de repenti peut être amélioré, qu’il existe déjà « un délit de non-justification de ressources », et que la présomption d’innocence doit demeurer la règle.
Au terme d’une heure d’émission, il est clair que l’exercice est réussi. Suffisamment pour rallier « ceux qui ont voté pour la majorité et sont aujourd’hui déçus » ? Il est trop tôt pour en juger.

* Diffusion de l’émission ce soir, à partir de 19 heures, sur RCFM

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Référence relative à la video relative à l'émission de CUNTRASTU :


https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/dylan-champeau-est-l-invite-de-cuntrastu-2652164.html