"La vérité est pareille à l'eau, qui prend la forme du vase qui la contient" - Ibn Khaldoun
Pouvoir et Franc-Maçonnerie
 
LA FRANC MACONNERIE ENTRE LA FRATERNITE DU POUVOIR ET LE POUVOIR DE LA FRATERNITE
 
 
Il est très difficile de parler librement du problème du pouvoir, qu'il s'agisse de l'analyser au niveau de la société profane ou d'en examiner les réalités au niveau de l'institution maçonnique.
Un tel exercice peut être considéré comme subversif, dans cette organisation comme en n'importe quelle autre.
Mais le risque mérite d'être pris.
 
Banalités "ordinaires"  et "profanes" sur le thème du Pouvoir.
 
- Le pouvoir traverse toute notre vie, des premiers instants de notre naissance, dans la relation établie avec notre mère, qui dispose du pouvoir de dispenser ou non son amour,  jusqu'à notre mort, à travers le pouvoir du médecin  qui délivre le permis de nous inhumer....
- Tout au long de notre existence le pouvoir est ressenti, subi, respecté, craint, parfois combattu, mais également  convoité, recherché, imposé à d'autres.
- Tout être humain est à la fois détenteur de pouvoirs et soumis à des pouvoirs.
- Mais selon que l'on soit détenteur de pouvoir ou assujetti à un pouvoir, notre discours varie considérablement, et souvent,  la violence de la condamnation du pouvoir de l'autre n'a d'égale que la violence que nous employons à imposer le nôtre.
- Aucune relation concrète entre des individus ou des groupes humains ne peut jamais être dépouillée de sa dimension de pouvoir.
- L'expérience primitive du pouvoir fut traditionnellement vécue (sauf dans les civilisations matriarcales dit-on)  dans la relation de l'enfant à la personne du père. C'est ce dernier qui définissait les bons et les mauvais objets, les actes permis et interdits, qui récompensait et qui sanctionnait. Il était  la Loi, il traçait les limites. Ceci est moins vrai de nos jours.
- Les psychanalystes ne manquent pas, au demeurant, de rechercher dans les relations de pouvoir père-enfant et mère-enfant de la prime enfance les éléments constitutifs de la personnalité ultérieure.
- Plus tard, à chaque instant de notre quotidien nous rencontrerons le pouvoir d'autrui ou nous imposerons le nôtre à autrui dans une relation largement définie par notre propre statut, que ce soit dans le cercle familial, dans le cercle professionnel ou dans le cercle social.
- Le pouvoir est très souvent réduit au seul usage de la force, de la violence, ou assimilé à des contraintes physiques ou morales. C'est qu'en effet, à travers les siècles, il a été souvent conquis par l'usage des armes. L'histoire des civilisations, la chute et la mort des empires, celle des dictatures les plus impitoyables, témoignent cependant de la précarité du pouvoir basé sur la coercition. Le pouvoir est au bout du fusil, disent les révolutionnaires. Il a été souvent au bout de l'épée. Mais il peut prendre aujourd'hui  des formes plus pernicieuses qui vont de la maîtrise des capitaux et des dividendes à celle de la communication (publicité, propagande, information et désinformation, etc.)
 
 
Pouvoir et symbolique maçonnique
 
Les épées, encore appelées glaives, abondent dans les  loges. Peuvent-elles être associées au concept de pouvoir ?
Leur présence remonterait à la maçonnerie du XVIII° siècle. Il devait être de bon ton, alors, pour un noble,  de pénétrer en loge avec son épée. En signe d'égalité maçonnique, les roturiers ont, dit-on, bénéficié du même privilège. Mais cette hypothèse hasardeuse mérite d'être confrontée à l'érudition d'un Maçon éclairé, ce que je ne suis pas. Je suppose donc ingénument que le port des épées constitue un emprunt à la tradition de la chevalerie.
- De nos jours, les épées dirigées vers le "récipiendaire" lors de la cérémonie d'initiation se veulent d'abord menaçantes et  prometteuses de vengeance éventuelle en cas de trahison des secrets révélés,  puis elles deviennent, une fois le candidat devenu "Frère", secourables et garantes de solidarité.
- Les épées servent également à constituer les voûtes d'acier, qui constituent les marques spéciales d'honneur dont bénéficient les dignitaires pénétrant dans le temple et se dirigeant vers les places d'honneur, ceci n'étant pas sans rappeler certaines pratiques propres à l'institution militaire.
- Mais les épées constituent surtout les attributs de trois officiers dans  la loge:
L'épée du "couvreur" doit permettre à cet humble et vigilant gardien du seuil d'interdire à tout profane l'accès du temple. Le couvreur aurait également le devoir d'arrêter à la porte du Temple les préoccupations sexuelles qui  risqueraient de dénaturer la vocation  "sacrée" des travaux.
L'épée de "l'Expert"  pourrait disposer d'un certain pouvoir de dissuasion à l'encontre d'un faux-monnayeur de la maçonnerie lors du "tuilage" (sorte de vérification d'identité) sur les parvis du Temple.
En loge, cette  épée devient purement symbolique et perd cette connotation défensive. Elle accompagne ses déplacements ou, croisée en équerre avec la canne du "Maître des cérémonies" lors de l'ouverture des travaux, elle participe d'une sacralisation des travaux.
L'épée flamboyante posée sur le plateau du Vénérable Maître n'est chargée d'aucune destination belliqueuse. Rappelant, certes, par sa lame ondulée, l'épée de feu des gardiens angéliques du jardin des délices, elle sert désormais à la transmission d'une influence spirituelle lors de la consécration qui crée, constitue, et reçoit, en qualité d'apprenti, le récipiendaire lors des cérémonies d'initiation. En dehors de cette signification propre de création d'un être nouveau, l'usage qui en est fait  présente  quelque analogie avec celle qui présidait à l'adoubement des chevaliers.
 
Les liens multiples de la symbolique maçonnique et de la chevalerie trouvent ici une sorte d'illustration. Dans la mesure où d'aucuns se plaisent à trouver dans la franc-maçonnerie une certaine filiation par rapport aux ordres religieux militaires, notamment par rapport à la chevalerie templière, voire teutonique, il va de soi que les épées des loges peuvent prendre un sens emblématique plutôt guerrier.
Mais l'épée était devenue également chez nombre de "chevaliers" un "glaive spirituel" forgé dans l'ascétisme, la prière, le don de soi et l'amour d'autrui, toutes vertus que préconisaient  par exemple les ordres hospitaliers, notamment celui de Saint Jean de Jérusalem.
Il plaît à certains Maçons, dans quelques rites bien déterminés,  de se faire les héritiers légitimes de la chevalerie spiritualiste, donnant ainsi à leur quête initiatique un sens voisin de celui de la recherche du Graal.
 
Pour autant, le nombre de "turpitudes", complaisamment  révélées par les médias devrait inciter nos modernes "Chevaliers de la Table Ronde"  à modérer leur enthousiasme, à relativiser leurs espérances, ou à dissiper leurs illusions quant à la capacité prêtée à l'institution maçonnique d'amener tous ses adeptes sur les chemins radieux  de la vertu.
 
Tout individu, il est vrai, entre en Loge avec son  histoire personnelle, sa personnalité, et son statut social de profane. Cette "transversalité" entre le monde profane et la loge subsiste, malgré les efforts réalisés pour abriter cette dernière des "errements" et des "vices" du dehors.
Les Maçons demeurent tant soit peu tributaires de leur activité dans le milieu environnant, et les "Frères" ne peuvent  s'empêcher de prendre en considération le positionnement de tel ou tel autre Frère dans la hiérarchie des pouvoirs profanes. Les vanités ou les compromissions de la "Cité"  franchissent hélas l'entrée du Temple en même temps que leurs porteurs.
 
 Le  Pouvoir du "Maître de la Loge".
 
S'agissant du Vénérable Maître, ce dernier est  encore appelé Maître de la Loge. Le terme même de Maître de la Loge indique une fonction impliquant un pouvoir, beaucoup plus d'ailleurs que le terme de Vénérable Maître, qui, pour sa part évoque un magistère moral, intellectuel ou spirituel.
Cette fonction de gouvernement de la loge est en outre mise en exergue par certains rituels, qui, mentionnant le soleil et la lune,  stipulent que l'un gouverne le jour et l'autre gouverne la nuit, le maître de loge quant à lui gouvernant la loge.  Certes, en dehors de sa vocation à gouverner la loge le Vénérable Maître a, tout comme les deux astres, une fonction "illuminatrice", et une fonction créatrice. Mais ne retenons ici que sa fonction "de gouvernance". Dans le droit fil de cette approche, notons que le soleil, en symbolique générale est le symbole de l'autorité, celle-là même que doit avoir le Maître de la Loge s'il veut mener à bonne fin les travaux de son atelier.
En symbolique religieuse, le soleil est très est souvent manifestation de la divinité, ou porteur, par son rayonnement, des influences spirituelles.  Il est "la raison divine qui éclaire les intelligences". Il va donc éclairer celle du Maître de la Loge pour que celui ci exerce dans les meilleures conditions un Pouvoir qui relève à la fois du  temporel et du spirituel.
La lune lui prêtera, quant à elle,  le concours de l'imagination, grâce à laquelle sa formulation, son propos, la manière dont il exprimera ses idées et ses commandements seront empreints de sérénité, de douceur et de bienveillance. Mais si ces deux astres ne suffisaient pas à éclairer l'orient, l'un d'une lumière directe, l'autre d'une lumière réfléchie, le Delta Lumineux, symbole majeur en maçonnerie,  serait bien présent, lui, pour  rappeler au Vénérable Maître que son pouvoir s'établit soit sous les auspices du "Grand Architecte de l'Univers", principe divin détenteur du pouvoir suprême, soit sous les auspices d'une formule républicaine bien connue.
 
En dehors du vénérable Maître, pour diriger la loge, apparaissent les deux "surveillants". Le terme même de surveillant est chargé d'une connotation qui fait référence à la détention de pouvoirs. Que serait en effet un surveillant sans pouvoir ?
Chacun de ces trois officiers se voit reconnaître des prérogatives bien définies, traduites par une symbolique adéquate.
Passons sur les sautoirs et leurs "bijoux" (ornements), qui symbolisent la fonction occupée dans la loge.
La recherche du  Vénéralat ou des postes de Surveillants ne devrait pas relever d'une convoitise à l'égard des distinctions honorifiques chères au monde profane et des insignes, ornements ou attributs vestimentaires qui les caractérisent, mais de l'élévation d'un degré significatif dans le perfectionnement moral et la connaissance. Il n'est pas assuré qu'il en soit toujours ainsi.
Les broderies qui ornent les tabliers "chamarrés" des dignitaires pourraient également faire l'objet de considérations impertinentes qu'il est prudent d'éviter.
 
Retenons toutefois le symbole du maillet. Ce maillet, entre autres significations, exprime l'autorité, le commandement, et à ce titre il peut évoquer le pouvoir temporel. En Maçonnerie il constitue un emblème de pouvoir:  il sert à "maintenir l'ordre" et  scande le déroulement du rituel,  qu'il soit manié par le Vénérable Maître ou par ses deux assistants, les surveillants.
Certes, il existe plusieurs façons de manier le maillet, et tel Vénérable Maître le brandira de manière brutale ou  intempestive  tandis que tel autre s'en servira avec douceur et circonspection.
Tel Vénérable Maître se laissera aller à un comportement d'autocrate non éclairé, tandis que tel autre s'efforcera de pratiquer une démocratie de bon aloi (niveau de démocratie au demeurant fort variable en fonction de l'obédience)
Tel vénérable enfin, Savonarole au petit pied, s'abandonnera aux dérives de l'intégrisme maçonnique, et se mettra en tête d'imposer une observance très personnelle des règlements, quand il ne se hasardera pas à imposer une vérité subjective frisant le dogmatisme et l'intolérance.
Tel surveillant pratiquera une rigueur excessive ou tatillonne, tandis que tel autre s'abandonnera aux facilités d'une autorité débonnaire, oubliant de "rappeler au travail" les apprentis ou les compagnons dissipés.
Entre les mains des trois officiers le maillet demeure un attribut de pouvoir et de puissance et n'est plus un simple outil, comme il l'est pour l'apprenti appelé à "dégrossir sa pierre brute".
Il n'empêche que chacun utilisera son modeste pouvoir en fonction de sa personnalité propre, de ses petits travers ou de ses qualités et ses vertus.
 
Le Pouvoir et ses fondements.
 
En effet,  parmi les membres d'un groupe, que ce soit dans la vie profane ou la vie maçonnique,  et indépendamment de la fonction qu'ils occupent, certains bénéficient d'un ascendant qui paraît naturel, et leur permet d'acquérir un pouvoir fondé sur l'autorité personnelle, le prestige, ou le charisme.  L'analyse de ce phénomène permet de déceler des éléments d'ordre esthétique (beauté), des  éléments d'ordre affectif (séduction accompagnée de tous ses mystères ou soumission venue des ténèbres de l'inconscient), des éléments d'ordre quasi magique (pouvoirs occultes) et des éléments plus rationnels fondés sur la compétence, la capacité, et  les qualités humaines.
On rencontre "matériellement" en Loge un colonnette ionique faisant référence à la Sagesse, une colonnette dorique faisant référence à la Force et une colonnette corinthienne faisant référence à la Beauté. Ces trois colonnettes ont un chacune un nom et une interprétation symboliques qu'il n'y a pas lieu de développer ici. Il suffira de dire qu'en  la matière, le monde profane et le monde maçonnique ne se différencient guère:
Le pouvoir basé sur la seule force est à la fois précaire et condamnable. Le pouvoir basé sur la seule sagesse manque parfois de solidité, tandis que le pouvoir basé sur l'exclusive beauté est  éphémère autant qu'aléatoire.
La force qui dirige, adoucie par la sagesse qui tempère et agrémentée de la beauté qui séduit, ceci constitue une trilogie qui  doit permettre au Pouvoir – que ce soit sans le monde profane ou dans le monde maçonnique - de s'exercer dans des conditions de perfection idéales.
On pourrait aussi dire que le pouvoir exercé dans la sagesse assure la paix, que la force doit toujours être tempérée par l'amour, et que la beauté n'est source de joie que lorsqu'elle se garde d'être dominatrice ou conquérante.
 
Le pouvoir analysé sous l'angle strict de la Loge, revêt un caractère assez réduit. Il n'en va pas de même dans les obédiences. 
Observons en premier lieu que nombre d'obédiences adoptent volontiers, comme appellation, celle  de PUISSANCE.  A lui seul ce terme constitue tout un programme. Ajoutons que chaque obédience est organisée de manière plus ou moins hiérarchisée, de manière plus ou moins pyramidale ou fédérative et surtout de manière plus ou moins démocratique.
Dans la mesure où certaines s'assimilent volontiers à un ORDRE, cela peut conduire à des dérives sectaires assez évidentes.
A tout le moins, la dérive bureaucratique n'épargne pas obligatoirement  les obédiences,
Expliquons nous :
Il est bien connu que, dans le monde profane, quels que soient les systèmes ou les institutions, parviennent à se développer des castes de privilégiés qui tendent à préserver leurs avantages, à accroître le pouvoir qu'elles détiennent ou qu'elles exercent. C'est ainsi que naissent  les "apparatchiks", c'est ainsi qu'apparaissent les "nomenklaturas".
On a pu voir poindre ici et là une catégorie d'initiés parmi les initiés, faisant leur lit dans le terreau des obédiences et dans la munificence gratifiante des hautes distinctions.
Il est aisé d'observer que l'activité des loges s'organise aussi autour des règlements intérieurs ou généraux, et qu'il se développe une sorte de perversion qui fait que la vie des loges s'organise parfois davantage autour de l'administration et du  fonctionnement de la vie obédientielle que de  la recherche du perfectionnement moral, de la progression dans la connaissance et dans la quête initiatique.
 
Le pouvoir conféré par la détention du savoir.
 
L'ouvrage intitulé " Le nom de la rose " et le film du même nom ont vulgarisé et réactualisé la réflexion de fond éternelle sur la relation entre le pouvoir et le savoir et sur la confiscation de la connaissance comme moyen de domination.
Dans l'univers maçonnique, la "connaissance" (dont une différenciation subtile avec "le savoir" s'impose)  ne saurait théoriquement  être confisquée, puisqu'elle est fille de l'ascèse individuelle en même temps que recherche collective en atelier, puisqu'une élémentaire fraternité commande de la partager, puisqu'elle n'atteint jamais l'absolu, le Temple n'ayant pas de toit et s'ouvrant sur les profondeurs incommensurables du cosmos, et puisque enfin les progrès dans la connaissance doivent s'accompagner d'un progrès parallèle dans le renoncement aux vanités du monde.
Alors d'où vient cette constante référence profane au "pouvoir" des Francs-maçons,  ou pire encore,  aux Francs-maçons du Pouvoir ?
Pourtant la maçonnerie, contrairement au Judaïsme, au Christianisme ou à l'Islam, n'a pas étroitement mêlé Pouvoir Spirituel et Pouvoir Temporel.
Entre la réalité et le fantasme collectif ou individuel il y a certes un large fossé.
Il n'en reste pas moins vrai que la franc-maçonnerie a constamment, depuis deux siècles, pour nous en tenir à notre pays, navigué dans le sillage du pouvoir, exception faite de la sombre période vichyssoise. Aristocratique avant 1789, elle a pu néanmoins être impliquée dans la genèse et le développement de la révolution de 1789. Elle s'est militarisée sous l'Empire, elle s'est pratiquement identifiée aux sphères dirigeantes sous la 3ème  République, a repris vigueur sous la IV°, a bien cheminé sous la V°,  et semble, dans la période actuelle, ne pas vouloir abandonner les délices pervers du pouvoir politique, quand ce ne sont ceux d'un pouvoir économique souvent obtenu par des moyens non dégagés de tout soupçon.
Comment expliquer cette ambiguïté fondamentale ? Je me permettrai d'avancer trois explications:
- La première, assez simpliste, j'en conviens, est que malgré leurs propos, leurs dires, leurs proclamations, les Maçons ne parviennent  guère au détachement qu'ils  invoquent ou appellent de leurs vœux.
- La seconde, est que les obligations maçonniques incitent à un engagement de solidarité séculière. La sollicitude fraternelle que le maçon doit manifester pour tous ceux à qui il est rattaché par les liens de la solidarité risque en effet de  prendre une dimension aléatoire. Sortant du temple et de la communion spirituelle (le fameux "égrégore") , ils reprennent hélas les "vils 
métaux" qu'ils avaient été invités à laisser à la porte du Temple.
A partir de là tout est possible, et notamment l'apparition d'une fraternité d'intérêts et celle d'une fraternité de pouvoir (les deux éléments se mariant d'ailleurs fort bien).
Historiquement d'ailleurs, les ancêtres réels ou supposés, des Maçons,  les TEMPLIERS ont connu les mêmes errements, eux qui sont devenus insensiblement une puissance financière, voire politique, qui les a conduit à leur perte.
Certes, nombre d'obédiences  préconisent la fraternité universelle sans l'intervention directe dans le politique. Mais elle ne jettent pas explicitement pas sur l'économique les mêmes interdits. D'où les candidatures  de "francs-maçons alimentaires" qui fleurissent  aux portes des  loges. D'où sans doute certaines compromissions dans les "affaires" qui secouent épisodiquement le monde politico-financier et dont les médias se font volontiers l'écho.
La troisième hypothèse est que la maçonnerie donne une certaine intensité à la participation au groupe. Peu à peu se forge donc un sentiment d'appartenance privilégiant le lien maçonnique par rapport aux autres liens sociaux (excepté le lien familial, heureusement préservé). On trouverait donc ici la genèse d'une fraternité déviée, qui, à l'origine fraternité d'idées déborderait des murs de l'atelier pour se répandre dans la Cité.
 
C'est bien connu, le pouvoir corrompt. Sa conquête s'établit  rarement sans combats. Les gratifications matérielles ou psycho-affectives qu'il apporte, le sentiment de puissance qu'il procure, conduisent à la recherche de sa pérennisation.
 
A double visage, comme Janus, il a un côté maléfique, porteur d'excès et de vices,  et un côté bénéfique, porteur de vertu,  qui assure l'ordre et l'union. Le vrai danger est qu'il tend toujours à se nourrir de lui-même et à devenir absolu. A l'exercer, on perd souvent son âme, tout occupé que l'on est à le conserver par tous les moyens, même les plus indélicats.  Il n'est que de considérer l'histoire:
Alors que le Christ est amour et mansuétude, nombre de ses adeptes, soucieux de le faire régner sur la terre comme aux cieux, ne retiennent de son enseignement que la violence et l'imprécation. C'est ainsi que l'on a vu l'Inquisition  broyer les membres, meurtrir les chairs  et  brûler vifs  les corps des suppliciés.
Alors que la prise de pouvoir repose sur des idéaux aussi nobles que ceux de la révolution, il se trouve par hasard un certain GUILLOTIN, que l'on dit avoir été Frère, pour moderniser, mécaniser et comme  industrialiser avant l'heure les décapitations des ennemis du peuple ou supposés tels.
Lorsque les généraux et maréchaux d'empire promènent leurs plumets et leurs épaulettes à travers les champs de bataille de l'Europe on les voit tout aussi bien sabrer gaillardement leurs ennemis et dialoguer en loge avec leurs vaincus.
Dans le monde dit profane, les camps de concentration nazis, le goulag, le Cambodge, les drames de l'Afrique, les génocides atroces et répétés, donnent à réfléchir sur l'usage inhumain du Pouvoir.
Et pourtant, comme le disait à sa façon Montaigne, "au plus élevé trône du monde nous ne sommes assis que sur notre cul". Et comme le disait de façon moins triviale BACON "c'est un désir singulier que de rechercher le pouvoir pour perdre la liberté, ou de rechercher le pouvoir sur autrui en perdant le pouvoir sur soi-même".
 
Les maçons éclairés sont pour leur part invités à ne pas se laisser séduire par les mirages du pouvoir et à  prendre conscience de ses éclats trompeurs, à effectuer un voyage à l'intérieur d'eux mêmes, un voyage autour de leur Loge, et un voyage  à travers la société profane dans laquelle ils sont insérés.
Ils peuvent donc utiliser les quelques pouvoirs dont ils sont  dotés dans la Cité,  pour tenter de  rendre cette dernière plus juste, plus solidaire, en un mot plus fraternelle. Car restreindre seulement la solidarité à ses frères " est évidemment  contraire à toute démarche initiatique, qui dans un objectif de réalisation spirituelle, oblige à équilibrer  le profane et le sacré".
Le maniement assidu des outils symboliques dont ils sont familiers, devrait contribuer à faire que leur démarche individuelle, jointe à celle des autres maçons, débouche sur  une construction solide autant que  durable de leur monde intérieur et du monde profane qui les entoure.
 

 
 
 

RELIGIONS ..... ET AUTRES.