Après « L’art d’avoir toujours raison », un petit traité des idées pour avoir raison à temps !

Marjorie Rafécas

Puisque la punchline de mon blog s’intitule l’anti burn-out des idées, comment ne pas évoquer le « Petit traité des idées à l’usage de ceux qui veulent se faire entendre » de François Belley (Guy Trédaniel éditeur). Cet ouvrage s’appelle « Petit traité », mais il a plutôt le punch d’un manifeste en 50 recommandations, la vigueur des lettres capitales et des points d’exclamation, un côté clairement punk, avec l’instinct d’un pirate pour vous réveiller de votre hibernation, si jamais vous êtes encore engourdis... Je le rapprocherais plutôt d’une ode à la confiance en soi d’Emerson : OSEZ ! Doublée par l’esprit ironique d’Oscar Wilde : Osez, car les autres sont déjà pris !

A l’époque de l’Antiquité et de Platon (encore lui, oui, ses idées sont invincibles !), les idées étaient soufflées par les divinités. Mais les muses de l’inspiration ne sont pas toujours au rendez-vous, le déclic est souvent capricieux. Le mot « idée » est sexy et sonne comme une déesse. Cependant, « l’enjeu consiste à passer de l’eidos chère à Platon à l’idea, c’est-à-dire d’une forme abstraite à un aspect concret ».
La bonne nouvelle est qu’il n’est pas nécessaire d’attendre que les dieux viennent vous souffler une idée géniale, les idées germent en fait partout ! Il suffit de bouger pour les capter. La lutte contre la routine est la première révolution pour entrer dans le monde des idées.
« Les idées viennent de tout », écrivait Hitchcock.

« L’artiste est un entonnoir » et doit se positionner à l’intersection des mondes.
Les nouvelles idées peuvent naître d’idées détournées, d’incongrues associations, il est conseillé de jouer, s’amuser… Point de mal à devenir graphomaniaque, à la façon de David Lynch qui écrivait sur des boîtes d’allumettes.

Après « L’art d’avoir toujours raison », un petit traité des idées pour avoir raison à temps !
Ne pas craindre de rentrer en collision

De la friction naît l’étincelle des idées. Il ne faut pas craindre de se frotter aux idées des autres. Il faut se « forcer » à devenir un agent provocateur. « L’époque est ainsi elle n’aime que les plats relevés ». C’est un peu l’art de la guerre ; lancer des hostilités comme des coups de foudre. C’est la partie du livre qui vous explique comment se faire entendre, car ce n’est pas tout d’avoir des idées et des supers pouvoirs dionysiaques «Eureka ». Encore faut-il savoir créer le buzz….

Après « L’art d’avoir toujours raison », un petit traité des idées pour avoir raison à temps !

Être le premier comme André Breton et non le meilleur

Il est également recommandé de savoir tirer le premier, même si nous ne sommes pas complètement sûrs de la qualité d’une idée. Car la valeur d’une idée dépend de son utilisation. Il faut même oser se faire payer pour ses idées, pour prouver leur utilité.
Les consultants de BCG ou autres marques de conseil en stratégie devraient bénir Bergson d’avoir écrit « il y a, en effet, depuis des siècles, des hommes dont la fonction est de voir, de nous faire voir ce que nous n’apercevons pas naturellement » (la Pensée et le Mouvant). En temps mouvant, il est apprécié de penser vite et loin. Les leaders n’ont-ils pas l’avantage d’être visionnaire ?

Après « L’art d’avoir toujours raison », un petit traité des idées pour avoir raison à temps !
Entendez tout le monde et n’écoutez personne
Pour avoir des idées, il est essentiel de savoir écouter derrière toute les portes, tout en n'écoutant personne. Là est le paradoxe ! Cherchez des lieux inspirants, des clusters créatifs, tout en restant dans votre tour d’ivoire, personne ne doit ni voler vos idées, ni les influencer. Seul vous, avez le droit de les capturer et les remodeler !
Le syndrome de l’imposteur est de donner un pouvoir incommensurable aux autres, oubliez cette posture…

Etre infidèle à ses idées
Une fois vos idées lancées, il n’est point nécessaire d’être loyal. Il est possible de « bonnardiser » ses œuvres. Les idées ne sont jamais totalement achevées. Pour cette raison, il faut savoir en créer sans cesse des nouvelles. Tout est dans la nuance dans la philosophie des pirates des idées !
Un côté assurément nietzschéen rugit dans cet essai.

Bertrand A. W. Russel y apporterait la nuance suivante : « La chose la plus difficile au monde n’est pas que les gens acceptent de nouvelles idées, mais qu’ils oublient les anciennes ».
Ainsi, une idée met du temps à se répandre, tant les réflexes de la routine et les biais cognitifs sont puissants. La 1ère édition de L'interprétation des rêves de Freud a été un vrai flop au départ. Ainsi, une idée révolutionnaire peut avoir besoin de temps pour infuser...

François Belley est producteur d’idées, et rien d’autre. Il est tour à tour publicitaire, essayiste, romancier, conférencier et concepteur de jeu de société.
Petit traité des idées à l’usage de ceux qui veulent se faire entendre, François Belley, (Guy Trédaniel éditeur, 2025).


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