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Grave précédent à l'ONU : Les forces "internationales" de la MINUSMA usent de violences sur des civils touaregs à Kidal

16/09/2013 - 16:25

KIDAL (SIWEL) — Hier, dimanche 15 septembre, des manifestants, majoritairement des femmes, des enfants et des adolescents, ont essuyé des tirs de bombes lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc par les forces de la MINUSMA à Kidal. Les manifestants avaient investi les pistes de l’aéroport pour protester contre la venue d’une délégation gouvernementale malienne et ont tenté d’empêcher l’avion ministériel malien d’atterrir à Kidal. Dans un communiqué rendu public hier soir, le MNLA s’est dit « scandalisé qu'il soit fait usage d'une telle violence envers les femmes et les adolescents de l’Azawad pour avoir exercé leur droit inaliénable à manifester pacifiquement leur opinion sur des sujets qui engagent leur survie et leur avenir ».


Les forces dites internationales de la Minusma sont essentiellement composée de maliens et de français, les premiers dans les rangs subalternes, les seconds dans les rangs décisionnels. (PH/DR)
Les forces dites internationales de la Minusma sont essentiellement composée de maliens et de français, les premiers dans les rangs subalternes, les seconds dans les rangs décisionnels. (PH/DR)
Hier, la visite d’une délégation ministérielle du Mali à Kidal a été fortement perturbée par des manifestants composés essentiellement de femmes, d’enfants et d’adolescents. En effet, des manifestants kidalois ont investi en grand nombre les pistes de l’aéroport pour tenter d’empêcher l’atterrissage de l’avion transportant les officiels maliens. Mais, pour permettre à l’avion malien d’atterrir, les forces « onusiennes » de la MINUSMA ont procédé à une féroce répression des manifestants, notamment par des tirs de bombe lacrymogène et des tirs de balles en caoutchouc faisant ainsi, selon des sources médicales locales, plus d’une dizaine de blessés parmi les femmes et les enfants qui, pour rappel, composaient l’essentiel des manifestants, la plupart des hommes en âge de combattre étant engagés dans les rangs du MNLA.

C’est une première dans l’histoire officielle des forces internationales placées sous l’égide de l’ONU ! C’est la première fois que l’on voit des forces internationales réprimer ouvertement et aussi violemment une population locale civile des femmes, des enfants et des adolescents... Théoriquement, les forces onusiennes sont censées œuvrer à l’établissement de conditions favorables au retour de la paix. Elles sont également censées garantir la protection des populations civiles, en particulier des femmes et des enfants, et non pas les réprimer en leur tirant dessus avec des balles en caoutchouc et encore moins quand ces populations exercent leur droit à manifester pacifiquement contre une politique qui les concernent en premier lieu …

Des femmes et des enfants touaregs manifestants contre la présence malienne à Kidal.(PH/DR)
Des femmes et des enfants touaregs manifestants contre la présence malienne à Kidal.(PH/DR)
La nouvelle de cette violence « onusienne » à l’égard des populations civiles, censées être sous la protection de la MINUSMA, laisse perplexe et constitue indéniablement un très mauvais signe des nouvelles politiques internationales et augure des temps plutôt « obscurs ». Il faut dire que les pleins pouvoirs, notamment à l’ONU, restent du ressort quasi exclusif des anciennes puissances coloniales qui, le temps de la colonisation directe étant « officiellement » terminé, se camouflent cyniquement derrières de faux principes de défense des droits de l’Homme…la preuve est que ce grave incident dans le comportement onusien n’a soulevé aucun émoi et en tous cas, aucune protestation officielle, ni dans les rangs de l’ONU, ni dans les rangs d’aucune organisation internationale.

C’est à peine croyable… La « morale » de la communauté internationale devient de plus en plus…insoutenable. Étant parfaitement informées de la pénible histoire des touaregs, comment les instances de l’ONU, non satisfaites d’imposer aux touaregs une cohabitation infernale, ont-elles pu en plus cautionner et, plus grave encore, assumer la violente répression des populations civiles qui expriment, non sans raison, leur désaccord au retour des autorités maliennes. Faut-il rappeler que ces mêmes populations continuent de subir toutes sortes d’exaction de la part des autorités maliennes et que, de surcroit, les forces dites internationales, celles de la MINUSMA justement, comme celles de la SERVAL restent résolument « inaptes » à les protéger ? !

Ici des jeunes femmes touarègues brandissant des drapeaux de l'Azawad face à un soldat français montant la garde devant un camps abritant  les militaires maliens rejetés par la population civile de Kidal. (PH/DR)
Ici des jeunes femmes touarègues brandissant des drapeaux de l'Azawad face à un soldat français montant la garde devant un camps abritant les militaires maliens rejetés par la population civile de Kidal. (PH/DR)
Le monde dit « civilisé » est donc à ce point devenu immoral ? Il ne réalise même plus le degré effarant de cynisme qu’il a atteint… Mais finalement, qu'attend au juste la communauté internationale, des touaregs ? Qu’ils se fassent Hara-kiri ? Qu’ils acceptent, gentiment et sans dire un mot, d’être les victimes expiatoires d’une Histoire qu’ils n’ont pas écrite ? Qu’ils acceptent que leur peuple sacrifie son existence millénaire pour la pérennité des intérêts coloniaux et pour assurer la prospérité des compagnies prédatrices comme Aréva ?

Pour l’instant, en dehors du MNLA, personne n’a officiellement réagit à cet usage de la force par la MINUSMA contre les manifestants de Kidal. Ni l’ONU qui porte officiellement la responsabilité de la MINUSMA, ni François Hollande qui est en réalité le vrai chef des opérations politiques et militaires dans cette région du Sahel. D’autre part, il est utile de préciser que les forces « onusiennes » de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali) se recrutent parmi des candidats de nationalité malienne, (voir le site officiel de cette organisation http://minusma.unmissions.org/). Ce détail, très important, aide à comprendre la facilité dont à fait preuve la MINUSMA pour faire usage de violence contre les touaregs de Kidal, femmes et enfants confondus.

Les forces de la Minusma, composées de candidats de nationalité malienne se "lâchent" contre les femmes et les enfants touaregs. (PH/DR)
Les forces de la Minusma, composées de candidats de nationalité malienne se "lâchent" contre les femmes et les enfants touaregs. (PH/DR)
La MINUSMA, dont le mandat précise pourtant « Assurer la protection des civils » et « Assurer une protection particulière aux femmes et aux enfants » (article c. alinéa 1 et 2), tout comme elle assure également « Promouvoir et défendre les droits de l’homme », (article d, alinéa 1, 2 et 3), n’est pas en mesure de respecter les articles de son mandat dans la mesure où ses éléments se recrutent parmi des candidats de « nationalité malienne » et que le commandement militaire des troupes de la MINUSMA relève en réalité de l’opération française SERVAL.


Encadrée par SERVAL, la MINUSMA en image ne nécessite pas de commentaire supplémentaire. (PH/DR)
Encadrée par SERVAL, la MINUSMA en image ne nécessite pas de commentaire supplémentaire. (PH/DR)
Autrement dit, si on avait voulu que le mandat de la MINUSMA soit respecté, on ne recruterait pas ses éléments parmi les maliens et on ne laisserait pas SERVAL diriger toutes les opérations politiques et militaires dans l’Azawad puisque, effectivement, les relations historiques entre les maliens et les touaregs sont loin d’êtres « amicales » et que les motivations de l’opération SERVAL sont très loin d’être de nature « humanitaire ». Si tel avait été le cas, il n’y aurait pas autant d’exactions maliennes sur les touaregs : les enlèvements, les exécutions arbitraires, les pillages, les viols et les actes de tortures commis par l’armée malienne ne seraient pas aussi impunément commis. Pour faire un petit retour aux fondamentaux, comme disait Albert Einstein « On ne résout pas les problèmes avec les modes de pensée qui les ont engendrés ».

Manifestation de femmes Touarègues à Kidal avec des drapeaux de l'Azawad et un drapeau amazigh. Les Touaregs font partie de la fabuleuse civilisation berbère qui, malgré toutes les vicissitudes de l'Histoire, a survécu aux plus grands conquérants qu'à connu l'histoire de l'humanité. (PH/DR)
Manifestation de femmes Touarègues à Kidal avec des drapeaux de l'Azawad et un drapeau amazigh. Les Touaregs font partie de la fabuleuse civilisation berbère qui, malgré toutes les vicissitudes de l'Histoire, a survécu aux plus grands conquérants qu'à connu l'histoire de l'humanité. (PH/DR)
Mais malgré la chape de plomb posée sur la tête des touaregs et malgré la violence exercée contre des civils par les forces de la MINUSMA à l’aéroport de Kidal, les femmes, les enfants et les adolescents qui constituaient l’écrasante majorité des manifestants, n’ont pas pour autant accepté que le silence leur soit imposé à coup de bombe lacrymogène et de balles en caoutchouc.

C’est ainsi, qu’un peu plus tard dans la journée, répondant à la force onusienne qui a tenté de les forcer au silence par l’usage de la violence, le convoi militaire qui transportait les ministres maliens de la Réconciliation nationale, de l'Administration du territoire et de la Sécurité, a été « accueilli » à coup de pierres. Ils ont tout de même entendu le farouche refus de la population civile de les voir déambuler à Kidal comme si de rien n'était, comme si 50 années d'injustice et de terribles souffrances pouvaient être effacées par la grâce de la seule présence de SERVAL...

A défaut de "bombes lacrymogène" et de balles en caoutchouc, les civils kidalois ont tout de même réussi à "disperser" les ministres maliens. Ils ont été obligé de revoir à la baisse leur programme et ont du écourter leur visite à Kidal pour retourner plus tôt que prévu à Bamako, actuelle capitale de la Françafrique. Quant à François Hollande, qui aurait cru, avant son élection, qu'il pourrait faire preuve d'autant de cynisme ?

zp,
SIWEL 161625 SEP 13




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