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Un "compromis historique" entre "le diable habillé en RN" et une extrême-gauche "nationaliste" ou souverainiste est-il possible ? Par référence aux théoriciens du national-bolchevisme allemand des années de l'immédiate après-première guerre, aux tentatives de rapprochement entre certains bolcheviques russes et les nazis, ou encore à la floraison de groupuscules "nationaux-socialistes" dans la France de Vichy, l'hypothèse est concevable.

Cet axe rouge-brun est évoqué par les communicants de la Macronie pour confondre dans un même opprobre l’extrême gauche et l’extrême droite, mais aussi, comme l’affirme un mien ami qui me pardonnera de le citer, par « des hiérarques et communicants de "gauche" pour manipuler l’opinion en instrumentalisant les "antifas" dans le but d’empêcher toute expression à gauche de l’idée de souveraineté et d’indépendance nationale, faisant ainsi un boulevard à la droite néo-libérale et surtout à l’extrême droite.[…] Cette stratégie de communication qui a débuté sous Mitterrand avec "Touche pas à mon pote" ne peut plus cacher aujourd’hui la fonction antipopulaire que la gauche dite de gouvernement a incarnée pendant près de 40 ans. […] L’axe rouge-brun n’a aucune réalité tangible, pas plus aujourd’hui qu’hier. Si les Macronistes le reprennent sous forme d’insinuations [...] c’est pour capter la partie de l’électorat de gauche encore un peu sensible à ce genre de sirènes ».

Le Front National "canal historique" se prévalait déjà, en son temps, de préoccupations sociales. Une inflexion plus significative (ou plus authentique) est intervenue dans le discours du FN lors du "passage de témoin" à Marine Le Pen. L'influence de Florian Philippot semble d'ailleurs avoir été déterminante à cette époque.
MLP se réclame donc d'un corpus idéologique comprenant deux axes principaux :   lutte contre le "déferlement migratoire" et défense des couches populaires contre un libéralisme débridé. Mais si le premier axe devient un leitmotiv fondamental, le second axe peut donner prise à de légitimes interrogations quant à sa traduction concrète immédiate ou ultérieure.

S'agissant de l'Europe, ou plus précisément des instances mises en place par l'Union Européenne, celles-ci sont (à juste titre) dénoncées comme étant asservies aux lobbies mondialistes, comme défendant des intérêts contraires à ceux de la nation française, et accessoirement comme se montrant fort indulgentes à l'égard des paradis fiscaux installées en son sein même.
Mais elles sont surtout dénoncées comme étant incapables de mettre un frein à un "grand remplacement" destiné à submerger les populations de la vieille Europe,  lorsqu'elles ne sont pas accusées de le favoriser.
Ce discours anti-migratoire, qui met en avant la perspective d'une lame de fond arabo-musulmane s’abattant sur l'Europe et provoquant à terme la disparition de l' identité française , ajouté à  la dénonciation permanente du "non-droit"  régnant dans les cités, augmente l'audience du RN auprès des couches populaires.
En la matière, les indignations vertueuses qui sont le propre de la gauche ne font pas jeu égal, pas davantage que ses exhortations à traiter le problème "à la racine", en aidant au développement des pays de départ. Cela se traduit électoralement parlant, par un net avantage en faveur du RN.
Ceci est amplifié par le fait que la gauche traditionnelle semble s’interdire tout débat interne, et « refuse d’aborder la problématique d’une politique migratoire maîtrisée en fonction des besoins nationaux du moment, politique qui saurait allier réalisme migratoire et combat des thèses racistes et ethnicistes. De la sorte est empêchée l’émergence d’une orientation souverainiste à gauche » (blogueur précédemment cité).
 
En ce qui concerne l'axe social, le RN, qui a conservé et même accentué depuis la crise des "gilets jaunes" cet aspect de son discours, engrange, toujours électoralement parlant, le bénéfice de ses promesses et de ses déclarations d'intentions.
L'hypothèse d'une accession au Pouvoir du RN ne paraît donc plus tellement invraisemblable. Il lui suffirait de rallier une partie de LR, les souverainistes de droite partageant ses thèses anti-immigrationnistes, et un nombre significatif de gilets jaunes plus ou moins "poujado-populistes" pour espérer briser ce que les éditorialistes patentés se plaisent à qualifier de "plafond de verre".
Encore que Le RN, après avoir tenté au début d’instrumentaliser le mouvement se soit montré plus prudent dans ses appels du pied, du fait d’une part des craintes suscitées par l’émergence de forces contestataires échappant à son contrôle et du fait d’autre part de ses positions traditionnelles en faveur de « l'ordre ».
Soit dit en passant, le "rétablissement de l'ordre", ordre dûment baptisé "républicain", est devenu le cheval de bataille principal des porte-voix du LR dans leur désir de se distinguer d'une part de la Macronie, accusée d'être trop laxiste ou frappée d'incapacité en ce domaine, et d'autre part d'un RN qui se serait montré trop "indulgent" à l'égard des gilets jaunes.

Peut-on imaginer, dès lors, en cas d'accession au pouvoir du RN, un scénario identique à celui qui vit Hitler jouer dans un premier temps le jeu démocratique (élections de 1932) puis devenir chancelier (1933) par des moyens bien moins "pacifiques" ?
Dans une telle perspective, on ne peut éviter de songer (par une analogie hasardeuse ou fantasmagorique )  à la rupture intervenue entre le nazisme de Röhm, encore teinté de socialisme virtuel, et le nazisme épuré de tout socialisme réel d'un Hitler désormais soumis aux visées, sinon aux diktats du grand patronat allemand car largement redevable à ce dernier de son accession au pouvoir.
Il n'y a pour l'instant aucune commune  mesure entre le national-socialisme allemand, et ce que nous pourrions appeler le social-nationalisme du RN, ne fût-ce que par l'absence dans le second de groupes paramilitaires et de troupes de choc genre S.S. ou S.A.
Une "nuit des longs couteaux" est donc tout à fait improbable, et tout au plus peut-on imaginer une sorte de "pronunciamento" relativement "démocratique" au sein des instances dirigeantes du RN.

Par contre, il se peut que dans son désir d’accession au Pouvoir, le RN accentue ses gestes en direction du MEDEF et des "élites" conservatrices, adoptant dès lors un discours progressivement plus libéral que social. Ses changements de doctrine par rapport à la sortie l'Europe (Frexit)  et à l'euro peuvent plaider pour une telle évolution. Certains diront que l'exemple d'un parti socialiste devenu durant ces dernières années l'ami de la finance après avoir proclamé être son ennemi rend quelque peu vraisemblable une évolution analogue.

Un autre changement de paradigme par rapport au national-socialisme d'antan tient au fait que l’antisémitisme qui a imprégné le nazisme et ses avatars européens, qui a sévi dans certains pays d'Europe de l'Est (avec souvent la participation active des populations occupées, notamment dans les Pays baltes, l'Ukraine et la  Pologne) et qui a constitué en France même le substrat d'une collaboration honteuse n‘est plus de mise.
La disparition de l'antisémitisme dans le discours de l'extrême droite française, ou du moins son occultation dans l’expression médiatique officielle de cette dernière donne à penser que les démons de jadis ont été en quelque sorte exorcisés. Mais de temps à autre quelques propos et quelques attitudes de la mouvance  para ou péri-RN  peuvent à ce propos laisser planer quelques doutes.
De nos jours, l'antisémitisme, qui était volontiers cultivé en France par des "élites" proches de l'extrême droite, est surtout le fait d’antisémites basiques issus de "cités", cités dont la composition ethnique et culturelle constitue un terreau propice aux prédications islamistes. Cet antisémitisme est en outre alimenté par le conflit israélo-palestinien et la répression qui s'abat sur les populations palestiniennes dépossédées de leurs terres et de leur histoire, phénomène d'ailleurs souvent occulté par les éditorialistes et commentateurs patentés de la presse et du P.A.F au bénéfice de  celui de l'islamo-fascisme  (dont il n'est cependant pas question de nier la réalité).

L'islamophobie, largement suscitée, il faut en  convenir, par un terrorisme pratiqué au nom d'une religion musulmane dévoyée par un intégrisme  à connotation  totalitaire, remplace aujourd'hui l’antisémitisme d’antan, aussi bien dans le discours des "élites" que dans une opinion publique traumatisée par les attentats en Europe ou aux E.U et le récit des cruautés de la mouvance djihadiste à travers le Maghreb, l'Afrique, le Proche orient, voire une partie de l'Asie.
Il y aurait lieu, n'en doutons pas,  de s'interroger sur les "connexions" étranges entre les puissances dites occidentales et nos bons amis des monarchies ou émirats de la péninsule arabique, inspirateurs et financeurs du wahhabisme et du salafisme,  mais ceci n'est pas l'objet de cet actuel propos.

Pour en revenir à notre sujet, les constats qui précèdent permettent-ils de conclure à un danger fasciste ? Faut-il, comme nous y invite la Macronie, qui crie au loup populiste pour maintenir les effectifs de son troupeau électoral, craindre une dérive fascisante du RN ? Une telle hypothèse tient-elle du fantasme ?
Si certaine petite nièce, dont l'audience n'est pas négligeable au sein de l'extrême droite française, et qui ne fait pas mystère de ses orientations ultra-libérales et de ses sympathies pour le conservatisme réactionnaire américain, décidait un jour de revenir activement sur la scène politique avec le soutien de groupes "identitaires" adeptes de la violence, l'hypothèse perdrait de son caractère invraisemblable.
Toutefois, sa participation récente au forum économique de Yalta, où elle a semblé plaider pour un monde multipolaire permet de nuancer le jugement que l'on peut porter sur elle.

Pour conclure, l'axe rouge-brun, volontiers évoqué par les cercles du Pouvoir actuel, par les médias mainstream, par les débris de la "gauche de gouvernement", par la social-démocratie en général, et par la droite traditionnelle française, s'apparente donc à un épouvantail à usage électoral plutôt qu'à une éventualité immédiate ou prochaine.

U ZINU/ JM




 
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Ceci étant,  je livrerai ci-après une analyse un peu plus ancienne, émanant d'un  site québécois.
Cette analyse, assez "engagée" mais surtout plus "affinée" et plus argumentée que la mienne propre, place la problématique "rouge-brune" dans une perspective plus large que celle du cadre français
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U zinu/ Jean  Maiboroda



http://www.les7duquebec.com/7-au-front/logique-dengendrement-du-courant-rouge-brun/




 

Logique d’engendrement du courant rouge-brun

YSENGRIMUS


Le courant rouge-brun n’est ni homogène ni nouveau. On se souviendra du national-bolchevisme des années trente. On peut aussi mentionner, dans une arabesque plus bourgeoise et plus large, Perón et Duplessis. Il faudrait en fait un copieux traité pour rendre compte du développement historique fourmillant, polymorphe et multinational du courant rouge-brun. Quand je parle de courant, d’ailleurs, je le conceptualise plutôt en termes de tendance ou de mouvance que de quelque chose qui serait articulé dans l’unicité politique. De fait, pour bien faire sentir le caractère non-unitaire du courant rouge-brun, il convient de bien s’aviser du fait qu’il n’est pas (ou pas encore) une bannière de ralliement. Personne ne dit Nous, les Rouge-bruns et il n’y a pas de Manifeste Rouge-brun. Le mouvement rouge-brun existe moins en saillie qu’en creux. C’est plus une dérive qu’une articulation. C’est un phénomène sociologique plutôt qu’un mouvement politique.

De quoi s’agit-il, en fait. Disons, en évitant de se formuler de façon trop tranchée, qu’on est dans le rouge-brun quand la formulation doctrinale d’un mouvement politique allie, de la façon la plus fluide possible, si possible, des éléments théoriques et pratiques communistes (lutte des classes, révolution prolétarienne, anti-capitalisme progressiste, doctrine historique élaborée, égalitarisme citoyen) et fascistes (populisme réactionnaire, putchisme autoritaire, ethnocentrisme radical, phallocratisme patriarcal, militarisme). Les rouges-bruns rebrassent les cartes et font opérer ensemble les éléments disparates d’un cadre d’analyse et d’une doctrine d’action dont on s’attendrait à ce qu’ils soient politiquement et sociétalement incompatibles. Cette attente d’ailleurs, fatalement un peu ahurie, envers la monstruosité du rouge-brun s’appuie tant sur un héritage historique ou historiographique (souvent mal dominé et passablement idéalisé) que sur une analyse un peu schématique. La ligne théorique sous-tendant ladite analyse mangue justement cruellement de prise sur la situation concrète, attendu que le courant rouge-brun se manifeste, qu’il existe et qu’il agit. On est donc bien obligés de dire que c’est désormais simplement dans l’abstrait que le rouge-brun serait une impossibilité logique.
L’est-il tant que ça, au fait? Force est, la mort dans l’âme (et qu’importent nos âmes), d’admettre que l’illogisme du courant rouge-brun est imperturbablement infirmé par son existence factuelle contemporaine autant que par sa récurrence historique tendancielle. S’il y a une réalité du courant rouge-brun, c’est inévitablement qu’il y a une logique concrète d’engendrement dudit courant rouge-brun dans la vie sociale. Nous nous devons donc de la comprendre, pour mieux la voir venir devant nous, comme derrière nous et même en nous. Au niveau des principes de fonctionnement, et par delà la cuisante contrariété que cela avive en nous, nous devons prendre froidement connaissance des facteurs de convergence qui favorisent le courant rouge brun. J’en discerne cinq.
1- Caractère généralisable du cadre marxiste. Le cadre d’analyse marxiste du développement historique et des sociétés tient la route. On a voulu maintes fois le traiter en chien crevé, notamment après la chute de l’Union Soviétique (1991), il perdure et continue de parfaitement s’appliquer à la description de la crise du capitalisme crépusculaire. On ne va pas épiloguer, le marxisme tient et s’il tient c’est qu’il représente l’analyse adéquatement scientifique (selon la logique non positiviste des sciences humaines et sociales) de la crise contradictoire de l’existence sociale dans l’Histoire. Mais un cadre scientifique, c’est comme de la poudre à canon. On peut s’en servir pour percer des routes utilement ou pour faire des guéguerres inutilement. Un cadre scientifique, ça circule, s’implante, se répand, devient mainstream, lot commun, monnaie courante. Il est du domaine public. On peut se l’approprier. Il peut donc tomber entre de mauvaises mains et continuer de tenir, comme un flingue, une pelle, de l’aspirine ou un boisseau de blé. Une des grandes illusions militantes du siècle dernier a été celle de croire que le matérialisme historique (le marxisme) était, comme magiquement, chevillé à la pensée progressiste et au militantisme révolutionnaire. Non, ce n’est pas le cas. Preuves en main, on peut observer que le cadre scientifique du matérialisme historique a servi des intérêts réactionnaires. Sa force et sa pertinence opèrent à tout coup. Le matérialisme primera sur l’idéalisme, quels que soient vos objectifs politiques de dernière instance. Le recul du temps permet maintenant à des penseurs d’extrême-droite d’invoquer Marx, Marcuse, Debord, Clouscard, Baudrillard et compagnie et de mettre leurs analyses au service de leurs objectifs. Le caractère généralisable du cadre marxiste transforme les historiens et les philosophes marxistes en éléments du lot commun de la culture universelle. Les fachos peuvent parfaitement en mobiliser les acquis intellectuels et ils s’en privent de moins en moins (en les tronquant à leur guise). Ils ne font pas de complexes sur cette question, contrairement à leurs prédécesseurs du siècle dernier, qui pliaient plus devant le prestige révolutionnaire du marxisme. Aujourd’hui, la gauche devient la droite, la droite devient la gauche et tout s’entrecroise, dans le grand hocus-pocus théorique rouge-brun.
2- Délabrement théorique de la pensée d’estrême-droite. Sans coût symbolique particulier désormais, l’extrême-droite pillera donc allègrement des théoriciens marxistes et communistes en perte accélérée de leur acuité connotative révolutionnaire ou prolétarienne. Elle les pillera d’autant plus qu’elle trouvera dans ce cadre qui tient, une formulation doctrinale à même de plâtrer au mieux son propre délabrement théorique. Jugement de valeur à part, on doit observer que c’est le lot fatal des modèles intellectuels réactionnaires de souffrir d’obsolescence chronique à répétition. L’extrême-droite tend à s’appuyer sur ce qui est arriéré, retarde, et bloque des quatre fers. Religion, nationalisme, ethnocentrisme, hétérosexisme, régionalisme, ruralisme. Or, le progrès social objectif (qui, même au ralenti, reste inexorable) force souvent l’extrême-droite à bazarder des pans entiers de sa ligne doctrinale irrationnelle de souche, l’obligeant à subrepticement se recycler et à renouveler le fond de commerce de ses idées. Pas facile quand on est exemplairement rétrograde de faire jouer la corde de la pensée avancée. Paradoxal en diable, en plus. Un exemple: le racisme. Maintenant que la clientèle réac est largement d’origine ethnique, pas le choix, il faut bien pieusement ranger des pans entiers des doctrines raciales et racialistes d’autrefois sur les prudentes étagères de l’Histoire. Ça ne collerait tout simplement plus, avec les clientèles contemporaines… Les différents courants du féminisme de droite font que le fond sexiste réac est sur le point de subir le même type de mise au rancart, accroissement de la clientèle féminine oblige. Les philosophes, sociologues, historiens et théologiens réacs font vieux, vioques, foutus, ringards, datés, excessivement parcheminés. Leurs idées faisandées ne collent plus à la réalité contemporaine et s’ajustent souvent fort mal à l’espèce de faux modernisme clinquant et toc que brandit la culture d’extrême-droite, dans ses affectations populistes actuelles. Non, c’est vraiment pas facile de se donner une galerie d’ancêtres irrationalistes, fachos et délirants. Hitler dit tellement de mal des français et des africains dans Mein Kampf que c’est carrément pas présentable (la version française de cet ouvrage est d’ailleurs souvent expurgée de pans entiers de ses développements francophobes). La majorité des éventuels grand ancêtres maîtres penseurs d’extrême-droite sont atteint ici ou là du même mal. Et comme tout n’est pas dans la Bible et qu’il faut bien trouver un cadre d’analyse quelque part…
3- Soucis syncrétique et messianique du tercérisme. À ces phénomènes nouveaux (disponibilité de plus en plus idéologiquement neutre du marxisme) ou constamment renouvelés (obsolescence répétée des penseurs d’extrême-droite) va s’ajouter un facteur lourd plus traditionnel. On appelle tercérisme (recherche de la troisième voie) l’attitude intellectuelle de courants politiques cherchant une solution tierce entre capitalisme et communisme (au siècle dernier) ou encore entre social-démocratie inopérante et néo-libéralisme rapace (au siècle présent). Traditionnellement, le tercérisme est d’extrême-droite et usuellement nostalgique, passéiste, traditionaliste. Mais une autre de ses caractéristiques fondamentales est son messianisme syncrétique. Le tercérisme aspire habituellement à réunir et à envelopper toute la constellation disparate des voix dissidentes, pour tendre au mieux à en faire une force de coalition susceptible de peser sur son ennemi principal du moment. C’est dans le cadres de cette sorte de tradition implicite du vieux militantisme de résistance qu’apparaissent des Unions Sacrées ou des Union Nationales ayant en commun de faire primer le fait de s’unifier (pour frapper mieux un ennemi commun) au dessus des éventuelles radicalités irréconciliables susceptibles de lézarder le mouvement. Le souci syncrétique va mettre en relief les traits fatalement communs au rouge et au brun: résistance, dissidence, appui sur les classes populaires, recherche de simplicité anti-consumériste, retour à la nature ruraliste et/ou écologiste, grogne ploutoclastique, militantisme de la rue. Des passerelles idéologiques tendront alors à se construire. Une clientèle largement commune, des objectifs fondamentaux superficiellement proches et la permanence d’une culture de résistance mi-victimaire mi-frondeuse, tout cela tend à faire du tercérisme un constant creuset de rapprochement et de mélange des poudres rouge et des poudres brunes.
4- Tactiques trublionnes internationales. Un facteur actif en solide émergence est le fait que de nombreux groupes politiques du courant rouge-brun sont internationalement financés. Il y a, ici aussi, toute une tradition en mutation. Le vieux stalinisme reste le champion incontesté de la pratique assez ancienne consistant à faire fleurir des partis ou groupuscules trublions dans le sein de la vie politique des pays occidentaux. Héritière parfaitement décomplexée de la longue et solide tradition de noyautage stalinien, la Russie actuelle continue de faire jouer des mécanismes similaires, en les mettant désormais au service de ses intérêts nationaux propres. Aujourd’hui, le régime russe se pose ostentatoirement en sauveur des peuples mais il finance et s’appuie lourdement sur tout ce qui est d’extrême-droite, en Europe occidentale notamment. La Russie non-soviétique choisit donc de jouer la réaction pour déstabiliser son ennemi. Elle le fait en bonne partie par conviction, en plus. C’est socialement régressant et, effet aussi indésiré qu’inavouable, ça donne aux Américains (qui restent l’impérialisme de loin le plus nuisible) une solide base d’autolégitimation, notamment dans le vaste cloaque du centrisme occidental. Mais surtout, ces tactiques trublionnes internationales actuelles fonctionnent comme la plus insensible des realpolitiks. La Russie non-soviétique ne cultive plus cette fameuse unicité doctrinale dia-mat qui avait fait du stalinisme un si beau faux champion de la révolution prolétarienne mondiale. Plus de ça, aujourd’hui. Les masques sont tombés et c’est maintenant l’efficace trublion qui prime. Aussi, le fait que les visions rouges-brunes se mélangent, que la recette soit bizarre et que ça gâte la sauce doctrinale, c’est pas si grave finalement aux yeux du bailleur de fonds international. Si le facteur trublion joue à plein et que son efficace déstabilisateur opère, il sera rouge, brun, carreauté ou rayé, peu importera. Les bailleurs de fonds trublions, genre Russie ou Iran, se soucient finalement assez peu de l’efficace sociologique effectif des mouvements qu’ils entretiennent. Les retombées sociétales ne se manifesteront pas chez eux de toute façon, donc, qu’importe. Tant que ça fout la merde, c’est bon à prendre. Les bailleurs de fonds internationaux du courant rouge-brun ne sont pas en train de construire des grandes mosquées blanches et unitaires, genre Arabie Saoudite. Le cynisme russe et le cynisme américain se rejoignent ultimement ainsi aussi, dans l’intendance des germes politiques qu’ils inoculent sans scrupule et sans soucis du lendemain, dans les pays des autres.
5- Blocage bourgeois. Ceci dit et bien dit, il reste que l’émergence de la pensée rouge-brune, notamment à gauche, est déterminée par un facteur capital. La solidité (toute relative mais encore malheureusement effective) de la société bourgeoise même. S’arc-boutant sur le bloc de granit du capitalisme bourgeois, les bruns d’un bord, les rouges de l’autre, buttent, plient, flageolent, mais n’arrivent pas à faire bouger grand-chose. Leur substance doctrinale et militante, trop molle, fusionne alors autour de l’obstacle inamovible et les conceptions théoriques se mélangent. Autrement dit, en ahanant avec peine sur l’obstacle encore trop solide du tout de la société bourgeoise, le militant et la militante de gauche sentent monter, avec le découragement et les piétinements, une sourde fureur fasciste en soi. Perdant sa perspective analytique et embrouillant les crayons de son marxisme dans la rage irrationnelle du brun qui, lui, pousse de l’autre bord en gueulant ses slogans, notre combattant rouge exacerbé se met, presque involontairement, à chercher lui aussi des boucs émissaires (communautaires, bancaires… on connaît la chanson) et il bouffe sans joie la soupe froide des lendemains qui déchantent. Comme disait Mao, chauffe un caillou, cela restera un caillou. Chauffe un œuf, cela deviendra un poussin. Tant que le libéralisme bourgeois aura la dureté d’un gros caillou, le rouge et le brun s’échineront dessus en vain, se loveront autour, et se perdront l’un en l’autre, ce faisant.
Tant et tant que la putréfaction interne du capitalisme bourgeois sera la vraie cause déterminante d’une nouvelle et radicale séparation du brun et du rouge et de la remise en marche d’une perspective révolutionnaire authentique, non corrompue par la frustration délétère des passéistes, des ethnocidaires et des phallocrates si représentatifs des époques résurgentes et des perspectives sociétales désespérées parce que bloquées. Aussi, la disparition du rouge-brun ambiant ne sera pas la cause du changement fondamental en cours au sein du capitalisme tardif. Il en sera le symptôme. Un jour viendra.



 
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A propos de l'axe "rouge-brun" une autre analyse, "soralienne",  qui pourra être considérée comme "extrême" ou "sulfureuse" selon le lecteur, mérite cependant d'être ici rapportée.


https://www.egaliteetreconciliation.fr/L-axe-rouge-brun-ou-le-cauchemar-de-l-oligarchie-54258.html


 
L’axe rouge-brun ou le cauchemar de l’oligarchie
 
« En 1989, Jean-Edern Hallier, journaliste pamphlétaire, éditeur et écrivain, ressuscite “L’Idiot international”. Ce journal devient le lieu de rencontres improbables entre des intellectuels du PCF et des représentants de la droite extrême. Jean-Edern Hallier catalyse les controverses qui sont, alors, l’essence même de cette publication provocatrice. Vingt ans plus tard, Alain Soral, Gilbert Collard, Alain de Benoist et tant d’autres sont les incarnations de cette migration idéologique. »
C’est le résumé du documentaire par la chaîne France 5. Centré sur L’Idiot International et Jean-Edern Hallier, il vire à la charge contre Alain Soral et son positionnement politique. Le fondateur d’E&R n’apparaît que quatre fois, mais il est omniprésent dans la démonstration... que l’axe rouge-brun est un danger politique en tant que résurgence d’un national-socialisme ou d’un social-nationalisme.
L’idiot international, un journal politiquement incorrect, est un documentaire produit par France 5 et LCP (la chaîne alors dirigée par Jean-Pierre Elkabbach) et diffusé à l’occasion des 20 ans de la mort de l’agitateur politico-mondain Jean-Edern Hallier (1er mars 1936 – 12 janvier 1997). Plutôt que de revenir sur la carrière très médiatique et désormais assez connue de l’écrivain, le réalisateur a choisi de porter le fer dans les coulisses de la relance de l’hebdomadaire créé par Hallier en 1968 et ressuscité en 1989.
 
Un pan de l’histoire interne et relativement secrète du PCF – le Parti communiste français – est dévoilé au public.
Tout commence en 1989, avec la chute du mur de Berlin. En soi, un événement mineur – un mur qui tombe – mais de haute portée géopolitique. L’Union soviétique s’effondre, l’empire américain a le champ libre. Les penseurs du Nouvel Ordre mondial écrivent noir sur blanc qu’ils ont 10 à 15 ans – pas plus – pour remodeler le monde à leur avantage. Ce qu’ils feront, sur tous les terrains (et les sous-sols) chauds du globe : Asie (Golfe 1990, Afghanistan 2001, Irak 2003, Pakistan 2004), Afrique (Somalie 1992, Libye 2011) et Europe (Yougoslavie 1994). Que ce soit directement ou indirectement, sous le masque de l’OTAN ou celui de ces fameuses « coalitions » occidentales, ils refont le visage du monde à coups de marteau.
Après ces 15 ans de déchaînement du lobby militaro-industriel US, le développement multipolaire du monde rééquilibre les masses. La Chine se réveille et retrouve une ambition mondiale (1999), la Russie se redresse (avec l’avènement de Poutine en 1999) et sa puissance nouvelle se fait ressentir au-delà de ses frontières.
Voilà pour le cadre géopolitique des années 90.
 
En France, le grand Parti communiste, fort de ses millions de cadres, militants et sympathisants, ce filet social et syndical entre le peuple français et l’élite, périclite. La fin du grand frère russe lui laisse le choix entre un aggiornamento à l’italienne – la transformation en un parti de gauche réformiste et non plus révolutionnaire, donc compatible avec le capitalisme – ou une survie dans sa forteresse, incarnée par le siège très stalinien de la place du Colonel-Fabien... De son vrai nom Pierre Georges, auteur de l’assassinat d’un militaire allemand en août 1941 dans le métro Barbès. Alphonse Boudard évoque le résistant dans son Corbillard de Jules, les tribulations d’une bande de pieds nickelés dans une France en voie de libération.
Cependant, le PCF n’a pas attendu la chute du Mur pour décroître. Dès la fin des années 70, le PS lui mange dans la gamelle électorale. La dynamique mitterrandienne à l’approche d’un pouvoir enfin possible pour la gauche décroche des bataillons entiers d’électeurs communistes vers le PS, par la logique des désistements et du vote « utile ». En vérité, le Parti avait déjà perdu la bataille morale dans les années 60, suite au choix de ses dirigeants de suivre la ligne moscovite, au lieu de prendre une direction plus nationale. Les intellectuels qui étaient l’autre grande force du Parti, avec ses militants disciplinés, partiront un à un. Roger Garaudy en fera partie, tout comme Edgar Morin. En 1989, le PCF n’est plus que l’ombre de lui-même, il a perdu en 10 ans les deux tiers de son électorat, passant de 20 % des voix aux législatives de 1978 à 15% à la présidentielle de 1981 (pour la dernière élection de Georges Marchais), puis à 6% à la présidentielle de 1988. En 2002, le PC culminera à 3,37% au premier tour de la présidentielle, avec le candidat Robert Hue, le successeur de Georges Marchais en 1994. 1994, une date importante et pour le PCF, et pour L’Idiot International. C’est l’époque où le PC s’enferme dans sa tour, refusant une certaine ouverture, et aussi le moment où le brûlot d’Hallier mettra la clé sous la porte.
« “L’Idiot international” a une posture d’esthète. On a vu des articles anti-impérialistes, très féroces, on a vu des critiques de la mondialisation, du libéralisme, de l’Union européenne, de la finance, etc., qui va à l’encontre de tout ce qui était la doxa social-démocrate des années 80. » (L’historien David Navaro)
Un plan pour reconquérir la jeunesse et les intellectuels
« Il y a eu une période de panique absolue où un morceau de l’appareil du Parti communiste, la presse, principalement, a cherché à se raccrocher à tout un tas d’individus et de gens dont les noms claquaient. » (L’écrivain Didier Daeninckx)
 
Un croisement de destinées qui n’est pas le fait du hasard : car c’est le PCF qui financera la relance du journal en 1989-1990, pensant coller avec la tendance du moment. Et la tendance est à l’anti-américanisme : la coalition internationale regroupant 34 pays, derrière les États-Unis, va attaquer le Koweït, alors occupé par Saddam Hussein. La guerre Iran-Iraq vient de s’achever, l’Iran est exsangue, les démocraties occidentales ont armé l’Iraq pour affaiblir un Iran trop indépendant, et Hussein veut sa part de gâteau pétrolier. Il ne l’aura pas.
L’historien David Navaro, méprisant : « Le ton est très brutal, c’est une vitupération. Il y a cette phrase où il dénonce la Bourse de Francfort, le sionisme international et les nains de Tokyo. »
L’Idiot prend le contre-pied du courant dominant – ce sera sa marque de fabrique – et soutient Hussein contre l’invasion de l’Empire. Le journal, relancé grâce à une aide de 500 000 francs de l’époque, sous la forme de droits d’auteurs avancés à Hallier par les éditions communistes Messidor pour l’écriture d’un livre à la gloire de Fidel Castro, est tiré à 100 000 exemplaire. La liberté de ton attire des plumes des deux camps, le camp communiste et le camp nationaliste. Qui ne s’étaient jamais rencontrés pacifiquement.
C’est là où la voix off prononce la fameuse expression : « Dans la France des années Mitterrand, être accusé d’être un rouge-brun constitue une mise à mort médiatique. »
 
C’est en mars 1993 que le communiste et syndicaliste Jean-Paul Cruse – un proche de Pierre Zarka, qui ambitionnait de prendre la succession de Georges Marchais – pond un article [1 ] à la demande du rédacteur en chef Marc Cohen sur ce rapprochement national et social, aussitôt dénoncé par Didier Daeninckx sous le nom d’axe « rouge-brun ». Obnubilé par la Seconde Guerre mondiale et Vichy, le communiste Daeninckx obtient une tribune dans Le Canard enchaîné qui lance la polémique.
Alain de Benoist qui a rencontré Francette Lazard, en charge des intellectuels au PC, en mai 1992 à la Mutualité : « J’aurais eu beaucoup plus de mal à travailler avec des libéraux ou des gens du MEDEF »
 
Alain de Benoist, Patrick Besson et Jean-Paul Cruse expliquent très bien dans le documentaire que ce qu’on n’appelait pas encore « le système » en a profité pour criminaliser une alliance de quelques intellectuels, montée en mayonnaise afin de créer un très fantasmatique danger « fasciste ». Mais cela a été l’occasion pour la grande presse d’empêcher tout rapprochement entre le camp dit national et le camp dit social, et de renvoyer chacun dans sa réserve indienne. Le fantasme rouge-brun sera repris par Philippe Val dans le nouveau Charlie Hebdo, qui ressortira – ô hasard du calendrier, ou de l’agenda oligarchique... – quasiment au même moment, en 1992, mais du côté atlantiste !
Pour un journal de gauche anarchiste, c’était un revirement à 180 degrés. Un Charlie Hebdo qui récupérera les dessinateurs de la Grosse Bertha (1991-1992) et même de L’Idiot pour devenir le brûlot anticatholique, antinationaliste et antimusulman que le monde entier connaît désormais. Vu de loin, c’est comme si une main supérieure avait retiré le journal dérangeant pour le remplacer par un journal complaisant, mais sous un vernis subversif…
Curieusement, c’est dans Le Pli, la lettre confidentielle des RG contrôlée par Pierre Joxe (un grand maçon) que l’article de Cruse prend une dimension politique. Si Zarka devient le successeur de Marchais, alors il réussira peut-être cette jonction, qui pour l’instant ne concerne que quelques écrivains et journalistes. Aussitôt, le poing de l’oligarchie s’abat sur le projet : via le Canard enchaîné d’abord, où Daeninckx peut donner libre cours à sa paranoïa habituelle, et Le Monde, où le trotskiste (et agent) Plenel s’occupe du « complot » contre la social-démocratie.
Devant la tournure des événements et de la réaction, devenu trop forte, le PCF remballe son projet en 1994 et s’enferme dans sa tour, L’Idiot disparaît du paysage, Jean-Edern Hallier entre à la télé, Charlie Hebdo s’envole en tapant sur les cathos et bientôt les musulmans, à l’inverse de L’idiot… Cependant, 8 ans plus tard, Jean-Marie Le Pen fera 16,86% au premier tour de la présidentielle – malgré la scission de Mégret en 1998 et le départ d’une grande partie des cadres du FN – et éliminera le candidat socialiste, un coup de tonnerre dans le ciel politique français, les médias et les politiques en panique absolue. Au même moment naissent sur l’Internet les premiers sites à contre-courant de la pensée unique, à l’image de L’Idiot.
 
Alain Soral : « Je comprends que le PC finance Jean-Edern, donc je comprends petit à petit qu’en fait notre ennemi principal et ce pourquoi nous sommes mandatés par le Parti discrètement c’est de lutter contre le PS, donc du point de vue du PC c’est stratégique, et pour Jean-Edern c’est se venger de la mitterrandie. »
En 2007, aspirant tous ces courants, naissait Égalité & Réconciliation, sous la présidence d’Alain Soral, une des plumes « rouges » de L’Idiot des années 90. Une filiation se dessine, entre la posture branchée d’un journal social et national regroupant communistes et nationaux, et le site estampillé « droite des valeurs et gauche du travail ». Une fusion réussie qui trouvera son public, malgré les tirs nourris du Système, 13 ans après la fin de L’Idiot. Pourtant, dès 1974, Jean-Marie Le Pen se déclarait déjà le candidat de la « droite nationale, sociale et populaire ».
Avec le recul, c’est cette union apparemment contre nature qui aura fait la force de la France dans les moments les plus difficiles : pendant la guerre, quand les résistants étaient gaullistes et communistes, après la guerre avec l’alliance non officielle entre le PC et de Gaulle, garantie de paix sociale et d’indépendance nationale. Pendant 40 ans, après 1968, cette union qui est la condition de l’unité et donc de la force de notre pays a été cassée, et ses deux parties principales isolées, vilipendées, réduites. Le PC a périclité, tandis que le nationalisme a été criminalisé sous l’accusation de vichysme, c’est-à-dire, dans la bouche des nouveaux « occupants », de nazisme.
« Le rapport du Parti communiste français à l’Europe est particulièrement compliqué. Lorsque se crée la Communauté européenne, le Parti communiste français est vent debout contre avec les gaullistes, il ne faut jamais oublier ça. Dans les années 50 où commence le Marché commun, systématiquement le Parti communiste français trouve une convergence avec les gaullistes de l’époque au nom de la défense de la souveraineté nationale contre une Europe qui leur paraît comme une Europe capitaliste et démocrate chrétienne. »

Le piège européiste

Jean-Pierre Chevènement à l’Assemblée avant le référendum de Maastricht de 1992 : « Demain vous le savez, 80% de notre législation s’élaborera à Bruxelles, et dans des conditions invraisemblables ! »
En 1954, gaullistes et communistes s’opposent à la CED, l’embryon d’une Europe de la Défense, sous la houlette de l’OTAN… et du président des États-Unis. En 1992, les mêmes s’opposent à Maastricht. Régulièrement, l’oligarchie est menacée par la jonction des forces nationales et sociales françaises.
En 2019, l’amalgame rouge-brun ne tient plus, le social et le national reviennent en force, que ce soit au FN-RN (même si cette tendance n’est pas la seule) et surtout chez E&R, qui se distingue par la fidélité à cette ligne. C’est bien pour cela qu’avec un vice consommé, dans ce documentaire relativement honnête, à chaque fois que la réalisation s’attarde sur Alain Soral, c’est pour lui accoler le qualificatif politiquement éliminatoire d’« antisémite », alors que ce n’est pas le sujet ! Le sujet c’est la filiation nationale et sociale, une fusion dénoncée et mise en pièces par le Système et ses servants.
 
Pourquoi ce trouble, cette agressivité ? Parce que la cimentation sociale-nationale du pays rejetterait le lobby antifrançais au pouvoir au-delà des marges. L’union du peuple français se ferait automatiquement contre ces forces négatives. C’est pourquoi, même si Soral n’apparaît que quatre fois, et pendant de courts instants, dans les 52 minutes du documentaire, c’est bien la partie la plus politiquement sensible... qui est réduite à sa plus simple expression. Toute la perversité des médias dominants consiste à minimiser l’essentiel et maximiser le futile.
La preuve avec la conclusion du documentaire :
« Et l’aventure se solde par une Berezina, ne faisait que des perdants. En 1994, Pierre Zarka assiste au triomphe de Robert Hue à la tête du Parti. Au même moment, L’Idiot publie son dernier numéro. »
L’historien David Navaro fait un aveu involontaire : « Que reste-t-il des rouges-bruns aujourd’hui ? C’est une formule journalistique un peu pauvre, un marteau symbolique, sémantique, qui permet de disqualifier son adversaire automatiquement… C’est une arme symbolique pour disqualifier la gauche, pour disqualifier une partie de la gauche. Et donc on peut imaginer une arme symbolique utilisée par la gauche contre la gauche. »
La voix off de fin revient à l’essentiel, à l’essence politique :
« La dérive rouge-brune au cœur de “L’Idiot” n’a peut-être pas eu le temps d’avoir lieu. Cette confusion est d’abord le symptôme d’un moment historique au lendemain de l’effondrement communiste. La gauche ne savait plus qui elle était, ce qui la définissait et c’est cette confusion qui brouille aujourd’hui encore les repères, au point de confondre le rouge, et le brun. Signe de ce brouillard persistant, certains des acteurs de ce film ont eu des itinéraires particuliers. […] Alain Soral est quant à lui passé du Parti communiste à l’extrême droite, épousant un rôle de provocateur pour lequel il accumule les condamnations pour racisme et antisémitisme. »
Ou comment tenter de refermer une boîte, la boîte sociale et nationale, qui s’est ouverte, et pour longtemps...
 
 
Petite revue de presse mainstream
de (la peur de) l’axe rouge-brun dans Le Monde

- 1er juillet 1993 : « La tentation national-communiste », L’Idiot, laboratoire rouge-brun
- 8 mars 1996 : La Russie en « rouge-brun »
- 9 juin 1999 : L’écrivain Patrick Besson a accordé un entretien à Français d’abord, l’organe du Front national
- 26 janvier 2003 : Le président du CRIF dénonce une alliance « brun rouge vert »
- 27 janvier 2003 : Le président du CRIF met en garde l’extrême gauche contre une « alliance brun-vert-rouge »
- 15 avril 2017 : Thierry Wolton : « Les deux extrêmes, rouge et brun, nous menacent »
- 31 mai 2018 : Limonov, rouge-brun, Russe, et comme chez lui en Italie
- 28 février 2019 : Romain Goupil : « Cette collusion jaune-rouge-brun menace la démocratie »
- 1er avril 2019 : Histoire d’une notion : « Rouge-brun, cent ans d’alliances des extrêmes »
 
C’est dans ce dernier article que le petit trotskiste du Monde Abel Mestre a ressorti sa panoplie de godwineur :
« Souvent utilisé pour qualifier le mouvement des “gilets jaunes”, le terme est apparu en Russie en 1992. Mais le concept – une pensée empruntant à l’extrême gauche et à l’extrême droite – trouve ses origines dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres. »
L’article extirpe en effet les racines de cette expression pas si jeune que cela. Et cela va naturellement dans le sens des intérêts de la dominance.
« Selon Stéphane François, chercheur associé au groupe Sociétés, religions, laïcités (CNRS, EPHE, PSL), la révolution conservatrice est “un courant de pensée, avant tout culturel, qui s’est développé en Allemagne, après 1918, et qui se caractérisait par un refus de la démocratie et du parlementarisme”. Tournés vers la toute jeune Russie soviétique, les “nationaux bolcheviques” prônaient, selon Stéphane François, “une forme ultra-nationaliste du socialisme plongeant simultanément dans l’extrémisme völkisch [racialiste] et dans le pessimisme culturel le plus noir. Ils rejetaient toutes les dimensions occidentales de la société allemande : libéralisme et démocratie, capitalisme et marxisme, bourgeoisie et prolétariat, mais aussi christianisme et humanisme”.
Plus percutant que le terme “national bolchevique”, le terme “rouge-brun,” selon l’historien Nicolas Lebourg, est, lui, né beaucoup plus tardivement : il apparaît en Russie, en 1992, afin de “fustiger le Front de salut national, qui regroupe l’extrême droite populiste et les conservateurs communistes”. Le Front européen de libération (FEL), un mouvement d’extrême droite, contribue à l’importation en Occident de l’expression rouge-brun. “Mais il y a un contresens total : au sein du FEL, les ’rouges’ sont les nationalistes révolutionnaires, et les ’bruns’ l’aile racialiste de ce milieu : il n’y a pas de communistes”, continue M. Lebourg. »
Suit un rappel de notre sujet avec le rapprochement de la Nouvelle Droite et de l’Institut de recherches marxistes. Notons en passant que rouge-brun est un oxymore de la plus belle espèce, les nazis et les soviétiques s’étant violemment heurtés de 1941 à 1945.
Abel Mestre poursuit :
« L’activiste russe Edouard Limonov défend, lui aussi, dans L’Idiot, l’alliance “des ’rouges’ avec les ’bruns’ (…) contre le système capitaliste”, et fonde, dans ces années-là, en Russie, le Parti national-bolchevique avec l’idéologue radical Alexandre Douguine.
L’idée est de promouvoir une “troisième voie” qui rassemblerait tous ceux qui refusent le système capitaliste. Une alliance, donc, des périphéries contestataires contre le centre libéral et pro américain, qui fait alors figure de ciment des convergences. Dans les années 1990, l’opposition à la première guerre du Golfe, puis aux guerres en ex-Yougoslavie, sert de prétexte à des rapprochements : en 1999, la Nouvelle Droite lance une pétition contre la guerre au Kosovo, qui est paraphée par des figures de la gauche intellectuelle comme l’abbé Pierre, Gilles Perrault ou encore Max Gallo. »
La fin de l’article vaut son pesant de points Godwin :
« Plus récemment, en 2007, le polémiste Alain Soral tente une expérience similaire : son association Égalité et réconciliation entend allier “gauche du travail et droite des valeurs” avant de verser dans l’obsession antisémite.
On le voit, toutes ces initiatives ont fait long feu. À gauche, aucun courant ni organisation structurée n’a sauté le pas pour s’allier avec l’autre bord. Nicolas Lebourg le rappelle : “À chaque fois, tout explose sur la question du racisme”. »
Décidément, au Monde, même quand on tente de faire de l’histoire objective, on ne peut pas éviter de tomber dans les travers socialo-sionistes !
Si l’on considère que le cordon sanitaire qui cerclait le FN est aujourd’hui brisé, une partie des idées originelles de Jean-Marie Le Pen ayant diffusé à droite et même à gauche, alors il se peut que le super cordon sanitaire qui entoure E&R cède un jour et que le mouvement d’Alain Soral ensemence les partis de demain. Pour ce qui concerne l’Internet et une partie de la jeunesse, c’est déjà fait.

Notes

[1 ] 1995, comme 1945 : l’avenir est au rapprochement des communistes et des gaullistes, pour une politique autoritaire de redressement du pays.
La gauche, en France, c’est fini. Pour toujours. Et c’est bien. Quoi, la gauche ? Idée sucées, espoirs sodomisés, rêves violés, roulés dans le béton de la mort blanche. Otées les fanfreluches crasseuses de la modernité, le cul de la vieille gauche est nu, absolument, totalement, définitivement et radicalement nu. En fait, même plus un cul. Ni peau, ni chair, ni os. Pas de mémoire, pas d’idées, pas de principes. Un trou, sans bords, sans fonds, et sans couleurs. Pas de valeurs, pas de pensées, pas d’analyses, pas de bilan, pas d’issue, pas de perspectives. Rien, mais rien : et c’est très bien. Nettoyage.
Les profits d’avant-hier n’ont fait ni les investissements d’hier, ni les emplois d’aujourd’hui – mais toujours plus de magouilles, de déchirements, d’échecs. 1993, 10 ans après 1983, la rigueur se met à table, elle parle, elle avoue son nom : corruption. Ils nous saoulaient de morale, et discutaient « affaires » avec les gens de Palerme, et leur succursale marseillaise. Quand la corruption politique rejoint la criminalité organisée, l’Europe se met à l’heure de Milan. La peur est sur les villes. L’insécurité du gîte et du transport, après celle du revenu, du statut, du travail. Sous les voiles de prêcheresse de Georgina Dufoix, des contrats de scanners. Mafia, mafia, mafia. Aujourd’hui, la destruction précipitée de la vieille gauche n’ouvre sur rien de neuf, à l’intérieur du champ. Il faut donc en sortir.
Gauche… Dévaluation d’un mot pâli, bon et brave vocable trop lavé par l’histoire, roulé dans le torrent, éclaboussé, éparpillé, écartelé, ruiné. Quoi, gauche ? Un cycle de 200 ans en a épuisé le sens. 200 ans d’une histoire marquée par de bons compromis, sous la Révolution, et même sous l’Empire, entre des classes nouvelles dont la Commune de Paris devait, en 1871, sceller dans le sang l’antagonisme… 200 ans d’une histoire souillée, dès Jules Ferry, par les massacres coloniaux, impasse économique sur fond de crimes de sang… 200 ans d’une histoire commune ; fêlée dès octobre 1917, avant que les urnes du Front Populaire ne préparent, dans la liesse et l’union, l’effondrement national de 1939-40…
On ne resservira pas ce plat. Il est moisi, et froid. Aucun des conflits fondateurs qui ont forgé l’esprit des vivants d’aujourd’hui ne s’est déployé sur l’axe droite-gauche. Qu’il s’agisse de la Résistance, dont le nœud fut, contre le Parlement du Front Populaire devenu l’Assemblée des pouvoirs à Pétain, l’alliance des communistes et de la droite catholique, nationale, militaire et maurrassienne du général de Gaulle. Ou qu’il s’agisse encore, de la liquidation du vieil Empire, fondatrice de la République moderne, et qui vit, là encore, le rouge du drapeau flirter avec la Croix de Lorraine, et l’ombre de Jeanne d’Arc danser avec le spectre de Louise Michel. Mai 68 fut l’irruption brûlante et brève, sur les tapis de cendres chaudes de l’Apocalypse vietnamienne, de nouvelles forces vives, extra-parlementaires – hors du champ. Dans le vaste espace international ouvert alors par la rupture de la Chine avec l’URSS, et déchiré, en diagonale, par la question palestinienne, l’échec de l’« extrême gauche » illégaliste et ouvriériste, coincée entre le marteau pompidologiscardien, et l’enclume du programme « commun », ne pouvait qu’anticiper, 20 ans plus tard, l’effondrement des barbons de la Gauche du Panthéon, après une courte orgie. Tout cela, c’est la gauche. Et c’est mort. C’est bien. La politique est simple. Qu’elle rassemble, aujourd’hui, les gens de l’esprit contre les gens des choses, la civilisation contre la marchandise – et la grandeur des nations contre la balkanisation du monde, qui yougoslavise l’Europe et libanise l’Afrique après avoir palestinisé le Liban, sous les ordres de Wall Street, du sionisme international, de la bourse de Francfort et des nains de Tokyo. Plus que Maastricht, vrai-faux clivage pour ou contre une Europe en train de ne pas se faire, la guerre du Golfe a tracé les vraies lignes. Ceux qui rêvaient de raser Bagdad, et ceux qui rêvent, ici, d’achever la liquidation de l’« exception française », dorment vautrés dans la même bauge. Pas de politique sociale, pas d’égalité des chances, pas de justice possible sans un violent sursaut de nationalisme, industriel et culturel. Pas de réponse aux problèmes, effectivement liés, de l’immigration, de l’insécurité, du chômage, et de la criminalité urbaine, sans une politique volontariste, autoritaire, et de longue portée, d’aide aux jeunes États forts du Tiers-Monde, seuls aptes à briser le cycle mortel de la famine. A fixer leurs sols, leur foi, leurs langues et leurs peuples.
On est loin, évidemment, du perfectionnement infini de la démocratie, et de mille bavardages. Sur ce terrain, Pasqua, Chevènement, les communistes et les ultra-nationalistes […] vont se trouver plus proches les uns des autres que Marchais de Mitterrand, qui est mort, de Fabius, de Lalonde ou de Rocard d’Estaing. C’est un front, qui se forge, et qui se forgera, qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Dans une dynamique de redressement, de dépassement, d’efforts de citoyens lucides, contre la logique de la crise, de soumission, d’avilissement et d’éclatement, qui déferle sur la planète au rythme du Sida.
On peut imaginer d’autres temps, d’autres termes de choix, rêver d’autres échappées, d’autres avenirs, d’autres issues. Mais le réel est là, et pas ailleurs. Il n’y a que deux futurs. L’un est l’ennui barbare, l’agenouillement devant l’argent, le racisme anti-raciste, le soft-totalitarisme, la putasserie médiatique, la branlette informatique, la crétinisation marchande, le shoot au CAC-40, le chômage des cerveaux comme celui des corps, et la tête de veau de Clinton sur la graisse de Schwartzkopf.
L’autre futur, pour nous, ici et maintenant, n’est ni rouge, ni rose. Il marie deux fois trois couleurs. Un bleu-blanc-rouge, plus proche, au fond du fond des choses, du black-blanc-beur, que le rose-rouge-vert de la gauche caviardeuse, ou la bannière étoilée des Maîtres.
 

le Jeudi 16 Mai 2019 à 19:04 | Commentaires (0)

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