"u zinu" se fait un plaisir de reproduire les deux textes qui suivent, dont les auteurs sont d'éminentes personnalités marocaines qui, au delà des polémiques stériles et des discours de haine, cherchent à comprendre l'Islam actuel à travers son historicité mais aussi à travers les causes et conditions qui régissent et alimentent ses dérives d'aujourd'hui.



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L’islam suicidaire

Par Driss Ajbali
juin, 17 à 10:14
 
* Sociologue et activiste associatif, Driss Ajbali est membre du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger.
 


« Il te suffit de t’élancer, de mourir et te voilà au Paradis. Et à ce moment là, plus de souci, plus d’épreuve. Que de la jouissance ». C’est ainsi que Laroussi Abballa, après son forfait, s’est adressé, par Facebook, à tout djihadiste qui se dissimule. C’est en vertu de ce qui est pour lui une évidence dogmatique qu’il a commis l’irrémédiable. Il est 20h 20, en ce jour de ramadan. Le ftour en France est à 21h 20. Il est donc à jeun, la crapule. Il a dû même faire ses ablutions et prières pour se purifier avant de commettre  son rituel sanglant. Il a commencé par lâchement poignarder l’homme. Puis, une fois au domicile, il a égorgé la jeune maman. Devant son enfant de trois ans. Incapable de réussir son certificat d’aptitude, le voilà devenu, au milieu des cadavres, expert en matière d’excursion au paradis.
Franco-marocain, Laroussi est né en 1991. Il a exactement  l’âge des furies et des convulsions que vit L’islam aujourd’hui. C’est l’année de la première guerre du golfe. Il n’avait que 3 ans quand, en 1994, des jeunes comme lui ont frappé et selon la même logique, Marrakech après s’être entrainés en Bosnie. Il n’avait que quatre ans quand Khaled Kelkal a semé la terreur en en sous-traitant en France, la guerre féroce du GIA en Algérie. Que dix ans quand les deux tours se sont effondrées. Il a l’âge de la longue marche de l’Islam suicidaire.
Il est comme tous les autres, les Kouachi, Coulibaly, Laabaoud et consorts. Ils ont emprunté le chemin de Dieu par la voie la plus odieuse. Ils sont les avatars d’une collusion méphistophélique entre l’Islam radicale et la délinquance. Sans quoi, il faut nous expliquer  pourquoi ils sont presque  tous, issus de l’immigration maghrébine ou africaine, qu’ils dépassent exceptionnellement les vingt cinq ans et qu’ils soient tous fichés  comme « connus des services de police ». Ils ont tous slalomé, après leur échec scolaire, entre la délinquance et la prison. C’est ne pas les absoudre que de dire cela. C’est pour saisir en quoi ils sont les cibles favorites des idéologues de cette asymétrique guerre à outrance. Ce n’est pas l’Islam qu’ils aiment. C’est la possibilité d’action qu’il est le seul à offrir aujourd’hui. Avec, en prime, une possibilité de rédemption. La promesse d’absolution à la condition de réaliser le funeste et ravageur sacrifice. La collusion entre l’l’Islam radical et la délinquance a fécondé une barbarie apocalyptiques jamais atteinte. Et rien ne semble endiguer l’horreur.
A supposer que le voyage dans l’au-delà tienne ses promesses. A supposer que le vœu de jouir de soixante-dix vierges,  ne soit qu’un improbable désir à la débauche et à l’orgasme sans limite. Est-ce là le sens d’une religion ? Quid du spirituel dans ces équarrissages sacrificiels. Quid du sens même de la compassion dans ce « nettoyage des kouffars » et des mécréants? Quid de la miséricorde dont le texte sacré est truffé, à commencer par les qualités premières d’Allah. Il y a un vice de forme quelque part.
Ceux qui nimbent  l’Islam d’un voile d’innocence et qui prêchent que celui-ci n’à rien avoir avec ces abjections, doivent nous expliquer pourquoi ces jeunes répondent, avec discipline, aux injonctions d’Abou Mohamed Al Adanini plus qu’ils n’entendent les leurs.  Comment des jeunes, « avec un cerveau vide comme un cendrier », sans loi, mais avec une nouvelle foi, exécutent un ordre aussi fou que péremptoire qui les somme de « tuez les avec des couteaux, crachez leurs au minimum à la figure, mais désavouez-vous d’eux ».
Face à cet usage totalitaire d’une religion, les responsables de l’Islam en Europe doivent nous expliquer leur asthénie et nous traduire leur aphonie. Les gouvernements de France et de Belgique doivent nous justifier pourquoi ils ont tellement essentialisé l’immigration au point de faire des imams autoproclamés leurs seuls interlocuteurs.
La vérité de l’Islam  en Europe est dramatique. C’est un Islam confisqué par des incultes. Il est pauvre, balkanisé et mercantile avec des leaders sans leadership rivalisés par des dealers qui s’en sont emparés pour en faire un commerce de la mort. En France, en Belgique ou aux Pays-Bas, les responsables autoproclamés de l’Islam font carrière, fortune et commerce avec la foi des gens.  « L’Islam des Darons », comme l’a expliqué Gilles Kepel, n’a plus aucune espèce de prise sur la dérive meurtrières des soldats d’Allah. L’Islam « Blédard » ne peut rien contre l’Islam 4G trusté par les nouvelles générations nihilistes. La France en vit les affres aujourd’hui. Et la France fulmine. Avec le risque que  tout cela finisse mal. Non pas dans les urnes. Mais dans la rue.


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"L’islam suicidaire’’, un texte d’une explosive beauté. Slogan destructeur ou triste réalité ?

par maidoc25  (son site)  
mercredi 29 juin 2016
AGORAVOX

 

C’est une analyse faite au scalpel du chirurgien, doublée par les mots percutants d'un esthète sociologue. Un pensum ciselé-mains, un uppercut digne de Mohamed Ali Clay ! Ce sont aussi les échos stridents et les cris d'une scie d'acier. Le brouhaha éperdu, mais vrai, de trois générations, tronquées, trompées, déracinées d’émigrés.
 Ce sont les exhortations têtues d'une couche déstabilisée, qui jaillissent entre les lignes de ce texte de M Ajbali, où il maudit superbement les actes des assassins-suicidaires.

C’est une civilisation, une culture, une résistance, une époque, une religion, c’est aussi un espace et des nations-états, minés et laminées.
Ces souffrances, morales ou intellectuelles, de gens hors repères, sont celles des millions de marocains, déracinés économiques, ouvriers et techniciens, qui rapportent sentiments et argent, leurs économies qu’ils dépensent ou placent dans leur premier pays, pour une retraite partagée entre leurs deux mondes !
Cette couche de ‘’réfugiés’’, spoliée, stigmatisée et moquée, est régulièrement narguée pour le récessus vestigial de ses crédos antiques et de ses référentiels nationalistes vrais. Cette tranche d’émigrés, voit impuissante ses plus jeunes fils, dévoyés et méprisés, abâtardis entre plusieurs langues. Ces jeunes délurés ou pommés, apostats ou zélotes convertis à la hâte, cherchent vengeance contre leurs hôtes, face à leurs narquois mépris structurel. Leurs concitoyens autochtones, sont suffisants et arrogants derrière leurs fières identités et ils s’affichent face à eux comme des êtres supérieurs. Ne sont-ils pas les descendants richissimes et cultivés, de ces past-seigneurs des colonies, qui gardent leurs attaches dans leurs serres, diriez-vous ? Ne sont-ils pas les vainqueurs de la deuxième guerre mondiale ! Auto-flatteries, gargarismes et flagorneries !
Cet état de fait, une autosuffisance, défie cette couche de déçus, qui voit les jeunes devenir extrémistes dans leur recherche ratée des repères. Celles éperdues de leurs racines perdues, entre autres passifs de la mal-vie. S’ils aspirent à la simple vengeance des classes, ils maugréent et peinent, faute d’accéder à plus haut, face aux dénis.
Voici que depuis deux ou ans qu’un exploit, extrémiste, s'offre à eux. Il répond à la reconnaissance de leurs forces de caractère et de militance. La révolte face à l'ennemi conjuré,. Celui néanmoins au flanc duquel ils vivent, alors qu’il les exècre et les défie ! Une jactance que ces égarés relèvent. Un défi d’une atrocité extrême, faite de démence, qui signifie pour eux l’acceptation finale du suicide. Un geste mortel et criminel, qu’ils savent terroriste mais qu’ils estiment vengeur ! Là où ils ne font plus que végéter entre les drogues, les larbins et les rapines, ils voient une autre issue ! Kamikazes, martyrs, héros ! Les voilà fanatisés à l’extrême, daéchisés, face aux forces de répulsion qui les ont de toujours rejetés. Anoblis, honorés, ils sont reconsidérés devant leurs propres yeux, et ce contre la dynamique de marginalisation, établie depuis un siècle et qui les a humilié quotidiennement.
Là, au sein de ces ruines sociologiques, dans ces champs périurbains et ces bas-quartiers, où cumulent les sentiments de répulsion et s’amoncèlent les lois du mépris. Paupérisés, (relativement) incultes, les voilà devenus d'ignares vengeurs. Ceux d'une culture pour le moins fanatisée, une déviance instrumentalisée, par cet opium des peuples, la religion. Ils accèdent au suicide vrai des faux militants qu’ils furent. Et ils portent en eux la tenue ou le masque des résistants à toutes ces valeurs qui les amoindrissaient. Ils sont antisionistes, antiaméricains, anti-occidentaux, anti-riches, anti-libertés, anti-démocratie, anti-pauvreté, anti-injustice, anti tout.
De fallacieux arguments, pense-t-on, pour de fallacieux résistants, il est vrai ! Ils sont le cliché raté, les antonymes d'une nation, éperdue et en peine, incapable de retrouver le brillant médiéval de sa civilisation passée.
 
Hélas cette comptabilité nous met en porte-à-faux, une porte à fous, avec autant de ratés, qui sont en fait aussi les nôtres. On doit s’en détacher pourtant. Car ces combats sont difficiles, anachroniques, lointains et inaccessibles, inopportuns et contreproductifs. Nous avons des horizons plus pacifiques à gagner pour nous développer, grâce aux meilleurs de nos émigrés, là justement. Et ils font honneur au pays maghrébin, en excipant de leurs valeurs et modernes vertus. De leur islam du juste milieu, raisonné, réadapté et équilibré.
Cette admonestation, n’est-elle pas un aveu de faiblesse et de désarroi ? Une déclaration critique, où le penseur lance sa part d’excommunications, afin de conjurer les implications ? Tel un poids dont il veut se libérer, avec nous, ces slogans dénonciateurs veulent casser des chaînes et faire aveu d’impuissance. Une disculpation, pour s’innocenter ! Il interpelle et indexe la démence déphasée et fatidique de certains Libertadors. Ses imprécations stigmatisent les terroristes et les kamikazes et à travers ces prosélytes, leurs suppôts et leurs séides. Les fanatiques, néo-libérateurs préfabriqués et reflexes, leurs zélotes conjurés, se sont trompés d’époque et de moyens de combat !
Ces chiffres et ces noms, ceux des rebelles devenus des maudits, sont ceux aussi des victimes, collatérales des guerres du Moyen-Orient. Ils doivent nous faire penser à nous défaire de ces étiquettes morbides et de ces combats individuels ou d’appartenance mercenaire, qui ne sont pas les nôtres, ni ceux de notre idéal ! Nous sommes pour la dialectique, diplomatique, et non le lâche défaitisme, et ce dans le cadre de la respectabilité, de la dignité et de la paix. Ici et au Moyen-Orient, sur ces terres prophétiques, pétrolifères et de bellicismes volcaniques.
 
Dr Idrissi My Ahmed , Kénitra, le 18 juin 2016

 
 

Rédigé par Jean Maïboroda le Samedi 2 Juillet 2016 à 10:49