blocnotes

Bolloré coupe la tête des éditions Grasset.


Franck Martin

Celui qui a le pouvoir de nommer les choses impose sa façon de penser, sa vérité, fut-elle anti-scientifique ou « parallèle ».


Nominalisme contre universalisme

Athée militant, je n'oublie jamais les premiers mots de La Genèse :

 

« Au commencement était le Verbe. Et le verbe était Dieu. »

 

Ni la chanson de Bob Dylan :

« God gave names to all the animals
In the beginning, in the beginning...»

 

Savoir si le nom crée la chose est un débat aussi vaste que la querelle des Universaux.

Certes le concept de cheval ne mord pas !

Mais il n'est pas inutile de rappeler que l'usage du mot génocide n'est pas innocent pour décrire les crimes de guerre d'Israël, pas plus que le mot de "résistants" pour qualifier les terroristes du Hamas.


Imposer ses propres éléments de langage dans les médias, qui forment l'opinion publique, est une arme politique majeure. 


Pas de victoire politique sans domination du champ culturel

 

Gramsci le disait déjà : la victoire politique est impossible si on ne gagne pas d'abord la bataille culturelle ( au sens large de conception du monde, de Weltanschauung ) dans toutes les couches de la société.

Depuis les années 70, cette idée gramscienne a fait florès dans l'intelligentsia d'extrême droite, relancée et magnifiée par Alain de Benoist, lors de l'émergence de la Nouvelle Droite. 

Auparavant, la dystopie de Georges Orwell avait brillamment illustré le pouvoir de la "novlangue" dans l'univers terrifiant de 1984, le roman qui l'a rendu mondialement célèbre.


 


De Trump à Bolloré

Aujourd'hui, Trump s'attaque à tous les savoirs, asservit les universités, débaptise le golfe du Mexique, interdit l'usage de mots jugés "woke" dans l'écrit administratif et s'autorise de "vérités parallèles" pour faire du mensonge une arme de destruction massive du débat démocratique.

 

Avec CNEWS, le Journal du Dimanche, Vivendi, Hachette, Vincent Bolloré construit  le système économique le plus puissant dans la diffusion du carburant idéologique alimentant le moteur politique de l'extrême droite.

 

Dans les années trente, face à la montée du fascisme, on a pu déplorer la «Trahison des Clercs »...  (1927/Julien Benda)

 

Aujourd'hui, au pays des Lumières,  il faut saluer le courage des écrivains qui ont quitté la maison d'édition  Grasset pour la défense de la liberté de penser, d'écrire ce que l'on pense ou que l'on rêve, de le partager par la publication dans une maison d'édition libre et indépendante qui choisit ses auteurs pour leur talent et non pour diffuser la propagande de Sarkozy, Bardella et de Xenia Fedorova, l'ancienne patronne de Russia Today, média russe de propagande interdit par l'Union européenne.

Bien entendu, liberté d'expression oblige, il n'est pas question de s'opposer à la publication par Fayard et désormais Grasset, des auteurs d'extrême-droite.


La gauche s'honorerait... de proposer une clause de conscience pour les auteurs

Tout organe de presse suit une "ligne éditoriale".
Le respect de cette ligne éditoriale est considéré par le Code du Travail comme faisant partie des "intérêts moraux" du journaliste

En  cas de changement de ligne éditoriale, notamment lors du rachat du journal ou du remplacement du directeur de publication, les journalistes sont protégés par une "clause de conscience" qui leur permet de démissionner sans préavis, en bénéficiant d'indemnités spécifiques et de la protection sociale  
Le Code du travail prévoit trois cas spéciaux de rupture à leur initiative : la cession du journal ou du périodique, la cessation de la publication, et le changement notable dans le caractère ou l’orientation du titre lorsqu’il porte atteinte à l’honneur, à la réputation ou, plus largement, aux intérêts moraux du journaliste.  
Cette clause de conscience a permis de protéger des rédactions entières à l'époque où Robert Hersant, surnommé le Papivore, rachetait des titres de presse à tour de bras. 
La gauche s'honorerait de prévoir, dans les contrats d'édition conclus entre un auteur et sa maison d'édition, une clause de conscience permettant aux auteurs de récupérer leurs droits d'auteur.



 




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