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Dans la marmite aux potins : Alain Le Vern


Franck Martin


La marmite aux potins

C'est peu dire que la démission d'Alain Le Vern fait bouillir la marmite aux potins. Le geste est rare, il est normal que chacun s'interroge. Un homme politique consacre l'essentiel de sa vie à la conquête et à l'exercice du pouvoir. Pour les esprits simples, il est littéralement inconcevable qu'il abandonne ces conquêtes, le fruit de son ambition, sans y être obligé ou sans contrepartie. Et chacun y va de sa petite théorie, de son petit complot, de la confidence, de son tuyau de troisième main, de son explication par la bande du billard, le coup fourré politicien. Depuis jeudi, je ne compte plus les petits malins qui disent connaitre l'homme... qui connait l'homme... qui connait les intentions réelles d'Alain Le Vern... mieux qu'Alain Le Vern !
Alain Le Vern refuse de présider au déclin de son oeuvre
Alain Le Vern refuse de présider au déclin de son oeuvre

Le "politico-bashing"

Le président du conseil régional est un homme considérable auquel le minuscule élu que je suis ne saurait se comparer. Mais j'ai connu la même situation il y a quelques mois, lorsque, sans que rien ne m'y pousse que l'amitié et l'esprit d'équipe, j'ai confié la présidence de l'agglomération Seine-Eure à mon ami Patrice Yung. J'ai tout entendu, du franchement drôle à l'odieux, en passant par les commentaires les plus ineptes. L'intense relation passionnelle d'amour-haine que les Français ont avec la politique, qu'ils vitupérent sans pouvoir s'en passer, les empêche de croire qu'un homme politique puisse tout simplement dire ce qu'il pense. Pour les petits malins, la dignité, la simplicité, le sérieux de l'explication donnée par Alain Le Vern cache forcément quelque chose...

Laissons les fouineurs fouiner... et écoutons l'intéressé !

Je fais confiance à l'homme et je laisse les fouineurs fouiner. D'autant plus que les propos d'Alain Le Vern, pris au pied de la lettre, en disent long, très long sur les raisons de son départ. Nul besoin de chercher un complot : tout est dit. Personne ne contestera l'engagement total, le travail acharné du président de la Région dans l'exercice des mandats que les électeurs lui avaient confiés. Le bilan qu'il en tire est explicite : il a donné le meilleur de lui-même à la Région, il a réussi à faire de sa Région la meilleure possible. Il a 65 ans et la lucidité de savoir que nul n'est irremplaçable. Il veut partir en pleine réussite. Il dit qu'il veut tourner cette page et s'ouvrir à d'autres horizons.
Pourquoi ne pas le croire ? Ne pas faire confiance à sa sincérité ? Je le crois d'autant plus que, fidèle à sa réputation de bon soldat du parti socialiste, Alain Le Vern réussit le tour de force de mettre en lumière le meilleur de son action, le meilleur de la situation, sans cacher - et c'est là le fond du problème - que selon lui, le meilleur ne sera plus possible. Après avoir porté la Région - selon lui - au sommet du possible, il ne veut pas s'obstiner dans une situation future où ce qui a été possible hier... ne le sera plus demain.

Ne pas présider au déclin normand...

Et c'est là où, à mon tour, je risque une interprétation personnelle... Elle peut être démentie demain, mais elle s'appuie sur le communiqué et les déclarations du président de Région.
Alain Le Vern s'en va parce qu'il ne veut pas être un président affaibli. Les lois relatives à la décentralisation n'ont pas abouti au moindre transfert de pouvoir de l'Etat vers les collectivités territoriales, hormis la gestion des fonds venus de l'Europe. L'autonomie financière des Régions reste un voeu pieux. Le chassé-croisé des compétences aboutit à un redécoupage des missions selon une carte qui - c'est le moins qu'on puisse dire - n'est pas la tasse de thé d'Alain Le Vern et qui est loin des souhaits qu'il avait exprimé durant la discussion législative. Tout le monde sait que la loi contre le cumul des mandats vise explicitement à affaiblir les élus locaux de son gabarit. Enfin, l'émergence des métropoles ne le faisait pas danser de joie. Peut-être a-t-il, sur ce point, compris le bien-fondé des partisans de la Grande Normandie : l'inévitable - et bénéfique - création d'une métropole à Rouen et ultérieurement au Havre et à Caen va réduire dramatiquement le pouvoir des deux présidents des mini-Normandie.
La décision d'Alain Le Vern est courageuse. Il l'explique en disant qu'il avait connu et donné le meilleur. Ce qui veut dire, en creux, qu'il ne veut pas présider au déclin de son oeuvre.




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