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Silvia Salis, maire de Gênes, l'anti-Meloni


Franck Martin

Quand Gênes fait parler le monde : le nom de Silvia Salis, 40 ans, maire de Gênes est aujourd’hui sur toutes les lèvres.

​À l’étranger, le quotidien britannique The Guardian la dépeint comme une icône progressiste italienne. Quelques semaines plus tôt, l’agence de presse Bloomberg News l’avait décrite comme « l’Anti-Meloni ».

Dimanche dernier, elle a couru le semi-marathon organisé dans sa ville, près d’un an après avoir remporté les élections municipales, en mai 2025. Souriante, elle se départit rarement de son calme et fait preuve d’un enthousiasme et d’une empathie qui ne vacillent jamais, y compris face aux attaques les plus sordides.

Et tandis qu’en Italie, le débat consiste surtout à tenter de comprendre son positionnement politique – progressiste, centriste, de centre gauche ou de gauche – ou à évoquer son apparence et ses tenues, c’est à la faveur d’un concert de musique techno organisé sur la piazza Matteotti, à Gênes, que Silvia Salis est devenue un véritable mème.


Un programme politique clair : sécurité, santé, travail, pression fiscale

En Italie, il y a beaucoup de débats pour déterminer si vous êtes du centre, du centre gauche ou de gauche. Alors, essayons de revenir aux points principaux de votre action comme maire au cours de ces dix premiers mois, avec, si vous le voulez bien, un commentaire de votre part.
Très bien, je suis prête.

Vous avez inscrit à l’état civil deux mères homoparentales, malgré les limites imposées par le gouvernement actuel.
Ce n’est pas une concession, c’est simplement quelque chose qu’un jugement a rendu possible. Je n’ai pas été magnanime, j’ai permis l’exercice d’un droit. Et puis ces enfants, ces filles et ces garçons de couples homoparentaux, existent indépendamment, que la commune signe ou non un document.

La signature de la commune permet simplement de protéger ces enfants et leurs familles. Je l’ai toujours dit : je suis mère de famille, catholique, mariée et hétérosexuelle, mais je ne crois pas que mon modèle soit le seul ni qu’il soit meilleur que les autres.

La commune est laïque, l’administration est laïque, le pays est laïque.

Autre aspect de votre action : la mise en œuvre d’un salaire minimum.
Mais c’est une évidence : les effets positifs du salaire minimum sautent aux yeux dans des pays comme l’Espagne, où il a été appliqué. Et, sincèrement, comment peut-on encore débattre de cela ?

Avec la pression fiscale qui existe. Avec la réalité de ces nouvelles générations qui seront les premières à ne pas pouvoir s’offrir un logement alors même qu’elles travaillent.

Dans cette perspective, évidemment, la commune ne peut faire qu’une petite part, parce que c’est une problématique nationale. Mais nous l’avons fait : dans tous les marchés publics, nous avons garanti une obligation de salaire minimum.

Vous vous êtes exprimée ouvertement sur la Palestine et sur Gaza, en parlant de Génocide.
Et j’ai bien fait. Comment rester indifférente ?

Le maire doit exprimer l’identité de sa communauté. Et c’est une idiotie de penser que votre position de maire ou de ville ne change rien. Gênes, en plus, est un symbole, l’un des plus grands ports de Méditerranée, sa position est importante.

Vous avez aussi soutenu le départ de la Flottille.
Là encore, c’est l’identité culturelle de Gênes. Une identité qui n’est pas liée aux partis politiques.

Et ce soir-là, dans les rues de la ville, il y avait des dizaines de milliers de personnes. Il faut en tenir compte.

Je vous rappelle que lors du récent référendum [sur la réforme de la magistrature] le non a obtenu 64 %, le oui 36 % à Gènes. C’est beaucoup. Il est important de tenir compte de la ville et du pays qui vous entourent.

Vous vous êtes également battue pour l’éducation sexuelle et affective à l’école, autre sujet sensible pour le gouvernement actuel.
Écoutez, cela me désole que l’autre camp politique fasse tant d’histoire pour des questions qui devraient aller de soi. Ces heures d’éducation ne sont pas une obligation, mais un outil.

Je crois que bien gouverner une ville ou un pays, c’est fournir aux personnes les outils pour qu’elles se sentent vues, comprises et entendues. Ensuite, chacun est libre de les utiliser ou non.

Et surtout, quand on gouverne, il faut abandonner la conviction que son propre exemple, sa propre vie, sa propre manière d’être sont les meilleurs. Parce qu’alors, on ne rend plus service à la collectivité.

 Lors d’un dîner, à Milan, vous avez déclaré que votre programme politique s'articule autour de quatre thèmes : sécurité, santé, travail, pression fiscale. Commençons par le premier : la sécurité.

Le gouvernement actuel répète toujours que tout va bien, puis il s’en prend aux maires à propos de la sécurité dans les villes, parce que celles-ci sont majoritairement gouvernées par le centre gauche. Mais la sécurité dans les villes ne dépend qu'à 20 % de l’administration municipale.

Tout le reste, c’est du ressort du gouvernement. Or, les investissements dans les forces de l’ordre ont diminué au lieu d’être renforcés. Quant à la police municipale, elle est en sous-effectif et moins bien payée que les autres forces de l’ordre. Il faut plus de moyens et moins de propagande.

Parlez-nous de santé.
En Italie, des millions de personnes ont renoncé à se soigner. Et les premiers centres privés conventionnés pour la chimiothérapie et les soins oncologiques s’apprêtent à ouvrir. C’est une immense faille : l’ouverture d’une filière privée pour certains types de pathologies extrêmement graves.

Je n’ai rien contre la santé privée, mais il faut que la santé publique fonctionne, qu’elle garantisse la santé des citoyens. Sinon, l’État faillit à sa mission.

Le travail est votre troisième point.
Sur la question du travail, le gouvernement manipule les chiffres à tort et à travers. Mais les chiffres, il faut les étudier de près. Certes, l’emploi a augmenté, mais qu’est-ce que c’est que ce travail qui ne vous permet même pas de payer votre loyer ?
On doit parler de la qualité du travail et du salaire minimum.

En matière de pression fiscale : celle-ci s’élève à 43,17 % en Italie [soit 0,3% de plus que la France], un niveau jamais atteint depuis 2014.
C’est toute la propagande de la droite : le centre gauche voudrait plus d’impôts. Mais..

Mais ?
Cette même droite a porté la pression fiscale à un niveau qu’elle n’avait jamais atteint. Sans parler du vrai problème que représente l’évasion fiscale. Le gouvernement a tout fait pour assouplir les normes antiblanchiment, mais les impôts doivent être payés, parce que si nous les payons tous, nous en paierons moins, et la santé, la sécurité, le travail et la pression fiscale s’en trouveront améliorés.


Au pays d'Aldo Maccione, les machos l'appellent Barbie...

Cette femme de quarante ans est une ancienne athlète, qui a été titrée au lancer de marteau, avant de diriger les instances sportives nationales. Silvia Salis a un fils de deux ans et un mari, Fausto Brizzi, qui est réalisateur, écrivain et scénariste. 

Quelle est la leçon la plus importante que vous ayez apprise du sport ?
Qu’il faut respecter ses adversaires. Parce que ce sont vos adversaires qui vous définissent. Parce que si vous ne les respectez pas et qu’ils gagnent, alors vous valez encore moins. C’est une chose qui me manque beaucoup en politique.

Dans le sport, il n’y a que le mérite. Tu lances un mètre plus loin ? Tu es meilleur que moi. Et personne ne peut t’attaquer en disant que tu es une Barbie.

Vous sentez-vous parfois seule dans votre rôle de maire ?
Le sport m’a aidée en cela. Vous avez une grande équipe, mais sur le terrain vous êtes seule. En politique, la décision finale m’appartient, mais j’ai autour de moi une équipe vraiment bonne. Une équipe capable de me soutenir, me protéger et m’épauler. Il faut s’entourer de personnes qui travaillent pour votre bien.

Certains vous appellent Barbie. Et vous avez subi beaucoup d’attaques à cause d’une photo où vous apparaissez pieds nus, ce qui permettait de voir la marque de vos chaussures, des Manolo Blahnik à 1200 euros. 

Tout d’abord, il n’y a rien de mal à s’acheter avec ses propres moyens ce qui vous fait plaisir. 

Mais bon, c’est toujours la même histoire: pour rabaisser une personne, surtout lorsqu’il s’agit d’une femmeon ne discute pas du fond, on regarde ses vêtements et son physique.

Je suis habituée à tout cela, et cela me semblait même assez normal pendant la campagne des municipales. Je me suis même dit : mais qu’ils sont faibles, comment peuvent-ils penser gagner avec de tels arguments ? Et, à tort, j’imaginais qu’au niveau national, la droite utiliserait d’autres thèmes. Mais non, c’est exactement pareil.

Sauf que je vais vous révéler un secret : cela ne marche pas ! 
Les gens s’en fichent.
Il est temps de comprendre qu’on peut être pour la justice sociale, pour les droits des travailleurs, pour la réduction des inégalités sociales, et en même temps ne pas se refuser la liberté d’acheter quelque chose avec son dû.
Et si tout ce qu’ils ont trouvé sur moi, c’est une photo avec une paire de chaussures, je pense que ça veut dire qu’on peut parler d’autre chose.
 


Vulgarité en politique et galerie des horreurs !

Vous vous êtes souvent élevée contre la vulgarité et la démagogie du langage politique. Dans une émission de télévision vous avez défendu Elly Schlein, la patronne du Parti Démocrate, face au maire de Trieste, Roberto Dipiazza, qui l’avait qualifiée de « sorcière » dans une publication sur les réseaux sociaux.
Voilà, c’est exactement ce dont je parlais tout à l’heure. Il ne s’agit pas seulement de sexisme.

Le problème, c’est que si sur Internet, Tartempion me dit que je suis une Barbie sans cerveau, on se dit : bon, voilà ce qui arrive quand on donne à chacun le pouvoir de salir publiquement.

Mais lorsque vous recevez ces mêmes attaques de la part de personnes qui sont des représentants de la République, là c’est franchement décevant. Ce qui m’offense, ce n’est pas d’être qualifiée de Barbie ou de sorcière, c’est qu’un élu de la République tombe dans une telle bassesse alors qu’il représente ses concitoyens.

Le comportement doit changer.

 

J’aimerais maintenant avoir votre opinion sur quelques figures politiques clés du paysage contemporain. Commençons par le plus controversé, Donald Trump.
Trump semble tout droit sorti d’un épisode de la série dystopique Black Mirror. Je crois qu’aucun d’entre nous n’aurait pu imaginer, dans sa vie, voir un président des États-Unis de ce genre.

Benjamin Netanyahou.
Je le mets avec Trump, mais à un niveau inférieur. Parce qu’il est aussi plus méchant.

Vladimir Poutine.
Mais là, c’est la galerie des horreurs. C’est le mal absolu. Il ne manque plus qu’Orbán sur la liste.

Changeons donc de registre. Sergio Mattarella. Le président Mattarella est le rempart de la respectabilité de notre République.

Giorgia Meloni.
C’est une femme politique déterminée, avec des positions très éloignées des miennes. Mais cela reste une femme qui a accompli un grand parcours politique.

Matteo Renzi.
En tant que président du Conseil, il a marqué une saison de grands changements. Il a été un président du conseil jeune et progressiste, puis, comme il le dit lui-même, il n’a pas su tirer les bonnes leçons des réponses qui lui arrivaient du pays. Ce n’est pas simple, il faut le reconnaître.


 


Femmes de pouvoir, femmes au pouvoir

Il se passe quelque chose de très étrange chez beaucoup de femmes qui accèdent aux plus hautes fonctions politiques. Je pense à la Première ministre japonaise, aux femmes de l’administration Trump, mais aussi à Marine Le Pen   en France et à Alice Weidel en Allemagne. 
​Toutes sont des figures puissantes qui semblent pourtant se comporter comme, voire pire que, les hommes conservateurs qui les ont précédées…

Lorsqu’une femme arrive au pouvoir, elle devrait se souvenir de toutes les autres femmes qu’elle. Parce que la question des droits des femmes, du féminisme, n’est ni de gauche ni de droite. Elle concerne tout le monde.

Je reste sidérée quand je rencontre une femme qui me dit : « Moi, je ne suis pas féministe. » Mais comment est-ce possible ?

Le féminisme ne retire aucun droit à personne, il veut donner aux femmes les mêmes opportunités qu’aux hommes. Et puis parlons des quotas féminins. Comment être contre les quotas féminins ? Vous connaissez ces petites phrases que certains hommes vous sortent : « Les femmes compétentes doivent gagner leur place, il ne faut pas la leur offrir. »

C’est une énorme imposture : si c’était vrai, puisqu’il y a si peu de femmes en politique, dans les entreprises publiques ou semi-publiques, dans le monde de l’entreprise, alors cela voudrait dire qu’il y a vraiment très peu de femmes compétentes.

La vérité est ailleurs : sans représentation, sans quotas réservés aux dirigeantes sportives, par exemple, j’aurais difficilement eu un rôle au Comité national olympique italien. Les quotas féminins nourrissent un cercle vertueux. Et ce n’est pas seulement une question culturelle, c’est surtout une question économique.

En Italie, nous avons l’un des écarts salariaux les plus élevés d’
Europe  . Et si, en tant que femme, vous gagnez moins, qui dans le couple quittera son travail à l’arrivée de l’enfant ? C’est vous.

Et vous vous exposez donc à moins de liberté, à une violence domestique et économique. Et, à un âge avancé, vous risquez la pauvreté, parce que si vous vous retrouvez seule, votre retraite ne vous permettra pas de vivre.

Il se passe quelque chose de très étrange chez beaucoup de femmes qui accèdent aux plus hautes fonctions politiques. Je pense à la Première ministre japonaise, aux femmes de l’administration Trump, mais aussi à Marine Le Pen   en France et à Alice Weidel en Allemagne. 
​Toutes sont des figures puissantes qui semblent pourtant se comporter comme, voire pire que, les hommes conservateurs qui les ont précédées…

Lorsqu’une femme arrive au pouvoir, elle devrait se souvenir de toutes les autres femmes qu’elle. Parce que la question des droits des femmes, du féminisme, n’est ni de gauche ni de droite. Elle concerne tout le monde. Je reste sidérée quand je rencontre une femme qui me dit : « Moi, je ne suis pas féministe. » Mais comment est-ce possible ?

Le féminisme ne retire aucun droit à personne, il veut donner aux femmes les mêmes opportunités qu’aux hommes. Et puis parlons des quotas féminins. Comment être contre les quotas féminins ? Vous connaissez ces petites phrases que certains hommes vous sortent : « Les femmes compétentes doivent gagner leur place, il ne faut pas la leur offrir. »

C’est une énorme imposture : si c’était vrai, puisqu’il y a si peu de femmes en politique, dans les entreprises publiques ou semi-publiques, dans le monde de l’entreprise, alors cela voudrait dire qu’il y a vraiment très peu de femmes compétentes.

La vérité est ailleurs : sans représentation, sans quotas réservés aux dirigeantes sportives, par exemple, j’aurais difficilement eu un rôle au Comité national olympique italien. Les quotas féminins nourrissent un cercle vertueux. Et ce n’est pas seulement une question culturelle, c’est surtout une question économique.

En Italie, nous avons l’un des écarts salariaux les plus élevés d’Europe  . Et si, en tant que femme, vous gagnez moins, qui dans le couple quittera son travail à l’arrivée de l’enfant ? C’est vous.

Et vous vous exposez donc à moins de liberté, à une violence domestique et économique. Et, à un âge avancé, vous risquez la pauvreté, parce que si vous vous retrouvez seule, votre retraite ne vous permettra pas de vivre.

 

 
vivre.
 

 

 





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