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Trump nous emmène-t-il vers une crise financière sans précédent ?

Trop d'éco tue l'écho, mais un peu d'éco, c'est OK !


Franck Martin

Depuis les accords de la Jamaïque 1976, la stabilité du dollar, monnaie de réserve mondiale, ne repose plus sur l'or mais sur la confiance des marchés.

En 2026, pour financer un déficit de 5,8 % de leur PIB les Etats-Unis doivent emprunter 166 milliards de dollars par mois. La France aussi creuse un déficit de 5,8 % de son PIB. Mais le volume n'est pas le même !

Pour combler un déficit qui s'approche de 2 000 milliards de dollars Les États-Unis empruntent chaque mois presque l’équivalent du déficit public annuel français.

Un chiffre qui donne le vertige.

Car, depuis que le dollar n'est plus convertible en or, tout le système monétaire international est basé sur la crédibilité de la politique économique US, gage de la stabilité du dollar.

Or, la confiance c'est comme la mer : elle parait solide jusqu'à l'heure où elle se retire.


Dette américaine : le dollar sans l’or, la confiance sans filet

 Les États-Unis vivent à crédit. Ce constat n’est pas nouveau. Ce qui l’est davantage, c’est l’ampleur du déséquilibre en temps de paix, hors grande récession et hors pandémie.

En 2026, Washington devrait dépenser environ 7 400 milliards de dollars pour 5 600 milliards de recettes, soit un déficit proche de 1 900 milliards de dollars selon le Congressional Budget Office.

Rapporté à la taille de l’économie américaine, cela représente 5,8 % du PIB

Le déficit annuel est financé par l'emprunt. Les marchés et le Trésor US anticipentun besoin de financement voisin ou supérieur à 2 000 milliards de dollars sur l’exercice budgétaire. 
Deux mille milliards de dollars, c’est environ 166 milliards par mois. Ce chiffre donne le vertige, non parce que les États-Unis seraient demain matin en cessation de paiement, mais parce qu’ils doivent continuellement convaincre le monde d’acheter leur dette.

Le Trésor le fait en émettant des titres : bons du Trésor à court terme, notes, obligations. Cette mécanique fonctionne tant que les investisseurs considèrent la dette américaine comme un actif sûr par excellence.

Mais elle repose sur une matière fragile : la confiance. 


Histoire d'un privilège : de Bretton Woods aux accords de la Jamaïque

 Cette confiance a une histoire. En 1944, les accords de Bretton Woods organisent le système monétaire international d’après-guerre. Les monnaies sont arrimées au dollar, et le dollar est lui-même convertible en or au prix fixe de 35 dollars l’once. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale naissent dans ce cadre.

L’objectif est d’éviter le chaos monétaire des années 1930 : dévaluations compétitives, guerres commerciales... C'est l'époque de la Grande Dépression, aux Etats-Unis comme en Europe.

Mais ce système contient une contradiction : pour alimenter le commerce mondial, il faut des dollars ; mais plus les États-Unis émettent de dollars, plus la promesse de conversion en or devient douteuse.

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, les déficits américains, la guerre du Vietnam et les tensions sur les réserves d’or rendent le système intenable.

En 1971, Richard Nixon ferme le “guichet de l’or” : le dollar cesse d’être convertible. Bretton Woods s’effondre de fait.

Les accords de la Jamaïque, en 1976, entérinent ce basculement. Ils légalisent les changes flottants, abolissent le prix officiel de l’or et sortent progressivement l’or du cœur du système monétaire international.

À partir de là, le dollar n’est plus garanti par un métal. Il est garanti par la puissance américaine, la profondeur de ses marchés financiers, son armée, son droit, sa banque centrale et l’habitude du monde entier de commercer et d’épargner en dollars.


Un immense privilège... fondé sur une confiance qui s'effrite

C’est ce qui donne aux États-Unis leur privilège immense : ils peuvent emprunter dans leur propre monnaie, auprès du monde entier. Le dollar reste la première monnaie de réserve internationale :  il représentait encore 56,77 % des réserves de change mondiales au quatrième trimestre 2025. 

Mais ce privilège n’est pas un chèque en blanc. La dette fédérale brute américaine dépasse désormais 38 900 milliards de dollars. La dette détenue par le public vient, elle, de franchir le seuil symbolique de 100 % du PIB.

Ce niveau n’est pas inédit dans l’histoire américaine — l’après-Seconde Guerre mondiale avait connu des sommets comparables — mais il est exceptionnel hors guerre totale. 


Le danger n'est pas seulement comptable...

C’est pourquoi les "faucons budgétaires" comme on dit aux USA parlent d’un niveau “effrayant”.

Ces think tanks, économistes et élus obsédés par la soutenabilité de la dette — alertent depuis des années sur la dérive des déficits fédéraux. Parmi eux, le Committee for a Responsible Federal Budget, présidé par Maya MacGuineas, voit dans la banalisation des déficits à 2 000 milliards de dollars le signe d’une perte de discipline budgétaire devenue dangereuse.

Les “faucons budgétaires” américains ne sont pas des révolutionnaires : ce sont les vigies austères de Washington. Ils ne crient pas à la fin du dollar demain matin, mais à l’érosion lente du privilège américain.

Leur obsession : rappeler qu’un empire peut vivre longtemps à crédit, mais qu’il finit toujours par payer ses intérêts.

Dans le passé récent, les déficits géants s’expliquaient par des chocs majeurs : guerre mondiale, Grande Récession, Covid. En 2020, le déficit avait atteint 16 % du PIB, conséquence directe de la pandémie et des plans de soutien.

En 2026, le déficit reste massif alors même que les États-Unis ne sont pas officiellement plongés dans une crise comparable. 

Le danger n’est donc pas seulement comptable. Il est politique et monétaire.


La solidité du système monétaire dépend de la crédibilité américaine

Depuis les accords de la Jamaïque, il n’existe plus d’ancre-or dans le système monétaire internation. La véritable ancre du système, c’est la crédibilité américaine. Or, “la politique économique de Trump est catastrophique”

Si Washington donne le sentiment de traiter son déficit comme une variable secondaire, si les baisses d’impôts non financées, les dépenses obligatoires, les intérêts de la dette, les paris protectionnistes ( droits de douane...) et les dépenses militaires s’additionnent sans stratégie, alors... 
La question n’est plus seulement :“Combien les États-Unis peuvent-ils emprunter ?” Elle devient : “Combien de temps le monde acceptera-t-il de financer cette trajectoire sans exiger une prime de risque insoutenable ?”

Voilà le cœur du problème. L’Amérique peut encore emprunter. Elle emprunte même mieux que tout le monde. Mais depuis Bretton Woods et la Jamaïque, le dollar ne repose plus sur l’or. Il repose sur la confiance. Et la confiance, comme la mer, paraît solide jusqu’au moment où elle se retire.


À l’échelle américaine, le vertige est mensuel : environ 166 milliards de dollars d’emprunts nets par mois. C’est, à l’ordre de grandeur près, l’équivalent du déficit public annuel de la France, qui a atteint 168,6 milliards d’euros en 2024. Autrement dit, ce que la France creuse en une année, le Trésor américain doit le lever en un mois.

Encore plus sec :

Les États-Unis empruntent chaque mois presque l’équivalent du déficit public annuel français. Voilà la mesure du gouffre



Vendredi 8 Mai 2026

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