L'administration ne tape pas au hasard. Elle teste méthodiquement la résistance des murs porteurs de la maison démocratique.
• Troller le Congrès (Le hold-up budgétaire)
Pourquoi s'embêter avec le pouvoir législatif quand on peut simplement couper les vivres ?
Fin janvier 2025, l'Office of Management and Budget (OMB) publie le mémo M-25-13, ordonnant une "pause" des obligations et décaissements d'aides fédérales (subventions, prêts).
C'est une usurpation pure et simple du pouvoir du Congrès. Face au tollé, l'administration annule formellement le mémo le lendemain. Sauf que la justice découvre que des gels similaires continuent d'être appliqués en douce.
En mars 2026, la Cour d'appel du Premier circuit confirme le blocage de ces pratiques , mais le chaos administratif a déjà été instillé avec succès.
• Troller les contre-pouvoirs privés (La mafia en col blanc)
C'est ici que l'État de droit vacille de la manière la plus glaçante. L'exécutif a émis des décrets ciblant spécifiquement des cabinets d'avocats majeurs (Perkins Coie, WilmerHale, Jenner & Block, Susman Godfrey).
Le but ? Leur couper l'accès aux contrats fédéraux, suspendre leurs habilitations de sécurité et limiter leur accès aux bâtiments au prétexte de leurs orientations "partisanes" ou de leurs clients.
Les juges de district ont foudroyé ces ordres, les qualifiant d'atteintes "flagramment inconstitutionnelles" au Premier amendement et de représailles politiques. En mars 2026, face à un appel perdu d'avance, le Département de la Justice (DOJ) abandonne les poursuites.
Une grande victoire pour les avocats ?
Juridiquement, oui. Pratiquement, l'administration a prouvé qu'elle n'hésiterait pas à utiliser la puissance de l'État pour harceler le secteur civil et imposer une orthodoxie politique, créant un chilling effect (effet dissuasif) massif sur toute la profession.
• Troller les États (Le fichier électoral)
Le DOJ a lancé une vaste offensive au printemps 2026 en attaquant 30 États et Washington, D.C., exigeant qu'ils remettent l'intégralité de leurs listes d'électeurs non expurgées (incluant les dates de naissance, les numéros de permis et les quatre derniers chiffres du numéro de sécurité sociale).
En avril 2026, plusieurs tribunaux fédéraux, dont l'Arizona sous la plume d'une juge pourtant nommée par Trump, ont sèchement rejeté ces demandes avec préjudice, invoquant la souveraineté des États et la confidentialité.
Victoire totale de la décentralisation ? Regardez de plus près.
Si le DOJ a accumulé les défaites dans les tribunaux bleus et violets, il a tout de même réussi à obtenir des engagements de transmission de données ou des transactions avec au moins 13 autres États, souvent conservateurs (comme l'Oklahoma).
Le blocage juridique partiel masque une redoutable efficacité politique : la centralisation fédérale a avancé là où elle le pouvait, procès gagné ou non.
• Le musée des absurdités temporelles et spatiales
Pour parfaire ce tableau d'un gouvernement qui opère par friction constitutionnelle, il faut observer le niveau de créativité déployé pour justifier l'injustifiable.
D'un côté, nous avons le voyage dans le temps. Pour procéder à des expulsions sommaires et massives sans s'embarrasser de la procédure régulière (le Due Process) ou de l'Habeas Corpus, l'administration a ressuscité l'Alien Enemies Act, une loi rédigée en... 1798.
Utiliser une loi de guerre d'il y a plus de deux siècles pour gérer des civils en temps de paix au XXIe siècle est juridiquement ubuesque. Les cours inférieures s'en sont d'ailleurs étranglées, bloquant ou encadrant les expulsions.
Mais c'était sans compter sur la Cour suprême qui, via son fameux shadow docket, a levé les injonctions sans même fournir d'argumentaire détaillé, permettant aux expulsions de se poursuivre pendant l'appel.
De l'autre côté, nous avons l'opportunisme de la brique.
Suite à une tragique fusillade au Washington Hilton le 25 avril 2026, l'administration a soudainement invoqué l'urgence de la "sécurité nationale" pour justifier... la construction en force d'une immense salle de bal bunkerisée à la Maison-Blanche, sans l'aval du Congrès.
Un prétexte si grossier que le juge Richard Leon (D.D.C.) a dû émettre une injonction préliminaire exigeant l'arrêt des travaux (mars-avril 2026), rappelant avec exaspération qu'à moins que le Congrès ne bénisse ce projet, la construction devait s'arrêter.
Le ridicule de la situation n'a d'égal que l'énergie dépensée par le DOJ pour faire appel de cette décision.