ARELACOR

La Cafète philosophique
Pour sensibiliser le public le plus large à la connaissance du monde antique – sa civilisation, sa culture, ses idées - l’ARELACOR en partenariat avec la Compagnie de l’Ane Vert, propose aux élèves des lycées de l’académie des interprétations théâtrales d’œuvres de l’antiquité, précédées d’une présentation de leur contexte culturel et historique.

Ces projets sont financés par l'Académie de Corse et la CTC, mis en scène et interprétés par des intermittents du spectacle.

Ces interventions sont préparées en amont avec les différents enseignants des classes concernées, pour leur permettre d’effectuer auprès de leurs élèves un premier « débroussaillage ».
Leurs buts : montrer que les interrogations et les comportements des athéniens du Ve siècle sont toujours les nôtres, amener chacun d’entre nous à poursuivre son questionnement, sa réflexion sur soi et sur le monde.

Les œuvres : la première œuvre théâtralisée fut le Criton, de Platon. Le thème de réflexion s’articulait autour des Lois : faut-il les respecter, même si la Cité nous condamne injustement ? les Lois sont-elles bonnes ?…
L'oeuvre suivante fut la mise en scène de Médée, d’Euripide, et l’étude de la passion. La tragédie antique est-elle morte avec Euripide comme le souligne Nietzsche ? Cette question nous a conduits à nous interroger sur le sacré dans la tragédie antique


Bernard Bouisset Lundi 24 Janvier 2005
 ELECTRE

Bernard Bouisset Dimanche 23 Janvier 2005
Bernard Bouisset Samedi 22 Janvier 2005
CRITON

Bernard Bouisset Jeudi 20 Janvier 2005
Une Médée inaccessible
Une Médée inaccessible
  • Présentation du projet
    L’association ARELACOR, qui réunit les professeurs de langues anciennes de l’académie de Corse poursuit ses actions intra et extra-muros pour sensibiliser le public le plus large à la connaissance du monde antique, sa culture, sa civilisation, sa pensée.

    Après avoir abordé le thème de la citoyenneté par le dialogue de Platon Criton, où le philosophe Socrate, injustement condamné, accepte avec sérénité la sentence des lois, la Cafète philosophique a décidé de poursuivre, en partenariat avec la Compagnie de l’Ane Vert, son apprentissage de la sagesse et de la connaissance de soi, par un nouveau retour vers le Vème siècle, en abordant une réflexion sur la passion.

    Quel philosophe, quel mouvement de pensée, de l’Antiquité à nos jours, a omis de se pencher sur la passion, tantôt pour en dénoncer les ravages, tantôt pour en célébrer les bienfaits ? Tot homines, tot sententiae, jamais ce dicton n’aura paru aussi vrai concernant cette inclination qui s’exagère, ce dérèglement de la raison.

    On constate pourtant depuis quelque temps la quasi-disparition du terme passion dans le vocabulaire de la psychologie contemporaine, qui utilise bien plus volontiers les concepts de tendance, d’affect ou de pulsion. Serait-ce parce que son emploi recèle un élément qui s’apparente à un jugement de valeur, répudié aussi bien dans l’esprit d’une méthodologie expérimentale que par les tenants d’une psychanalyse d’orientation positiviste ?

    Dès le départ de la longue élaboration philosophique de la passion, le pathos aristotélicien est la cause de toutes les variations des hommes dans leurs jugements. Les stoïciens avaient défini la passion comme tendance tyrannique, mouvement déraisonnable de l’âme et contraire à sa nature. La passion irait en effet de pair avec une détérioration de la volonté dans la poursuite de ses fins ; elle serait marque de ce qui en l’homme ressortit à la matière, source de passivité et puérile dépendance.
    Chez nous, Descartes, lui, considère que la passion est une surprise de l’âme par le corps, un tumulte d’origine physique auquel le concours de la volonté fait défaut ; pour Kant elle s’avère le fondement de l’impuissance du sujet à saisir le vrai quand bien même elle contribuerait accidentellement à son approche.
    Il a fallu attendre le XlX ème siècle pour aboutir à cet éloge célèbre de la passion : « Rien de grand n’a jamais été accompli, ni ne saurait s’accomplir sans passion. » , et à la position de Kierkegaard qui définit comme passion toute existence digne de ce nom : « Il est impossible d’exister sans passion », parce que seul un intérêt passionné peut vouer le sujet à exister pleinement, c’est à dire à pénétrer son existence par la conscience, et que, indissociable du doute, elle constitue le seul mode d’accès à la vérité. Plus près de nous, reprenant en cela le sentiment exprimé par Bossuet « Otez l’amour, il n’y a plus de passion ; posez l’amour, vous les faites naître toutes », Freud s’est appliqué à montrer que si toute passion tire en effet sa force de l’amour, c’est qu’aucune ne saurait s’expliquer sans référence aux positions occupées par la libido.
  • Actions
    Ce projet dont l’objectif est d’illustrer par le théâtre la concrétisation d’une passion, s’articulera autour de la représentation d’extraits de la pièce d’Euripide, Médée. Le choix aurait assurément pu se porter sur d’autres héros ou héroïnes de la tragédie antique.
    La jeunesse, pleine d’enthousiasme –remplie de ce souffle divin, au sens étymologique-, et donc prête à s’enflammer, à agir et à réagir avec force, surtout s’il s’agit d’amour, se verra proposer l’exemple d’un personnage dont on connaît les actes horribles que la passion amoureuse (?) lui fit commettre : Médée jadis a trahi sa patrie, ensanglanté sa famille pour sauver la vie de Jason venu en Colchide conquérir la Toison d’or. Au moment où la pièce commence, Jason abandonne Médée pour épouser la fille de Créon, souverain du pays de Corinthe. Médée, aussi excessive dans la haine qu’elle l’était dans l’amour, se venge de l’infidèle en faisant périr la jeune épouse, le roi son père et ses propres enfants.
    Beaucoup s’accordent à reconnaître dans cette tragédie, l’œuvre maîtresse d’Euripide, et peut être du théâtre grec tant cette femme abandonnée suscite chez le spectateur horreur, parce qu’elle se fait criminelle, et pitié tant elle est déchirée de douleur.
    Comme Phèdre, elle descend du Soleil ; sans doute est ce là la source de son orgueil. Elle domine de toute sa magie les êtres qui l’entourent, et leurs vies ne sont que des jouets pour ses passions exaspérées.
  • Objectifs
    Ils se situent à un double niveau.
    Un aperçu de ce genre littéraire qu’est la tragédie au Vème siècle et, d’une manière plus large, du théâtre de l’Antiquité.
    Un survol des différentes conceptions de la passion à travers les époques, et l’évolution de la perception d’un tel mouvement de l’âme.
    Ces deux objectifs devant conduire chacun des lycéens à approfondir la connaissance de leur moi, la perception de leurs actes.
    Médée, personnage hors du commun, implacable comme le dieu dont elle est issue, ne peut que susciter des questionnements riches d’interprétation par ses actes accomplis sous l’emprise de la passion. Médée doit-elle être condamnée ?
  • Réalisation

    Les représentations théâtrales d’extraits choisis seront effectués par les intermittents du spectacle de La Compagnie de l’Ane Vert.
    La démarche pédagogique sera pilotée par des enseignants avec le concours des membres de l’association ARELACOR. Les professeurs des classes concernées seront associés à ce projet de façon que la représentation s’effectue à la suite d’un travail en amont effectué dans la classe.
    Un travail en étroite collaboration sera mené avec l’inspection régionale de Lettres de l’académie de Corse.

Bernard Bouisset Vendredi 7 Janvier 2005
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