FAKE NEWS ET PROJET DE LOI LIBERTICIDE
http://www.lejdd.fr/politique/francoise-nyssen-sur-les-fake-news-notre-meilleure-protection-cest-les-journalistes-3600074

La ministre de la Culture Françoise Nyssen  a expliqué devant les Assises du journalisme , jeudi, les contours de la future loi contre les "fake news". L'occasion d'évoquer devant les journalistes réunis à Tours "le combat dans lequel nous nous retrouverons toujours côte à côte, quoiqu'il arrive : la défense de notre démocratie". "Elle est aujourd'hui mise à mal par des dictateurs, par la privation de parole [...] Notre démocratie est menacée aussi par les fausses nouvelles, les fake news", a souligné la ministre. "Ces phénomènes nous mettent au défi : responsables politiques, journalistes. Parce qu'ils alimentent la défiance."








Les médias officiels et les médias mainstream seront à l’abri de la loi liberticide en préparation. Chacun sait qu’en matière de « fausses nouvelles » ils sont vierges de toute suspicion en ce qui les concerne et ont, par contre, un œil parfaitement exercé pour, à l’image des « décodeurs » du Monde, débusquer celles des médias alternatifs.
Le site Herodote.net nous livre  opportunément, à propos de "fake news"  un  article exhaustif signé  Joseph Savès
Nous ferons suivre cet article d'un panorama particulièrement "éclairant" du paysage médiatique français, tiré de
http://nrt24.ru/fr
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1. Article tiré de :
HERODOTE.NET
https://www.herodote.net/Fake_news_contre_mensonges_d_etat-synthese-2369-506.php


 

« Fake news » contre mensonges d'État



Un nouveau terme est entré dans le langage médiatique : « fake news ». C’est une façon « branchée » de désigner les bobards, contre-vérités et rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux : facebook, youtube etc. Faut-il s’en plaindre ?

Internet n’a pas inventé les mensonges et force est de constater que les plus dangereux ne sont pas ceux qui circulent anonymement sur les réseaux sociaux mais ceux qui sont proférés de façon très officielle par les gouvernements avec le concours des médias institutionnels.

                                                                                                                                                                                                                       Joseph Savès



 

Bobards sans conséquence

Le phénomène facebook a fait tomber la barrière qui séparait encore il y a peu vie privée et vie publique. Le réseau social né à Harvard en 2004 compte d’ores et déjà un milliard d’utilisateurs actifs.

Il conduit des adolescents à exposer leur vie intime sur la Toile à leurs risques et périls et certains y laissent la vie quand des partenaires indélicats ou jaloux exposent des photos ou des vidéos compromettantes. Ces faits divers tragiques constituent une violation de la vie privée et sont réprimés à ce titre.

Mais facebook, ce sont aussi des « communautés » virtuelles réunies par un intérêt commun et au sein desquelles circulent des informations plus ou moins fantaisistes, les fameuses « fake news ».

Pour retenir l’intérêt des internautes, ces informations doivent surprendre et donc se démarquer des informations communes, sans s’embarrasser de vérifications. Elles doivent surtout répondre aux attentes de la communauté et dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre et de croire. Ainsi sont réunis les deux ingrédients des « fake news ».

C’est comme cela que par exemple les « communautés » musulmanes font circuler avec un certain succès l’idée que Mahomet, nom donné en français au prophète de l’islam, serait une déformation dépréciative de son nom arabe. La réalité historique est autrement plus simple : Mahomet dérive de Mehmet, nom donné par les Turcs au prophète (les Perses l’appellent quant à eux Mahmoud et les Sahéliens Mamadou).

Plus près de nous, le 4 mai 2017, le débat de l’entre-deux-tours des présidentielles françaises a donné lieu à une sortie inattendue de la candidate Marine Le Pen. Déstabilisée, elle a relayé une rumeur propagée sur les réseaux sociaux et lancé à son rival : « J'espère qu'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas… » Emmanuel Macron a gardé son calme et l’on peut penser que le bobard ne lui a pas fait perdre une voix.

De la même espèce est la calomnie à l’encontre du leader socialiste Léon Blum, selon laquelle celui-ci mangeait dans de la vaisselle en or. Diffusée par la presse de droite dans les années 1930, elle n’atteignait que ses opposants et suscitait des haussements d’épaule chez les autres car elle ne reposait sur aucun fondement sérieux.

On peut classer dans la même catégorie des bobards sans conséquence les rumeurs de la Première Guerre mondiale selon lesquelles par exemple les « Boches » coupaient les mains des enfants.

Les citoyens croyaient-ils à ces bobards diffusés par les journaux et les cartes postales ? C’est peu probable car ils ne reposaient sur aucun élément avéré. D’ailleurs, on eut vite fait de les qualifier de « bourrage de crâne ». Mais on laissait dire car ces bobards remplissaient une fonction symbolique en légitimant l’effort de guerre et la solidarité de tous contre l’ennemi commun. De la même façon que les « fake news »d’aujourd’hui, ils soudaient les membres de la communauté dans la haine de l’adversaire.

Face à Staline et Mahomet, même aveuglement

Après la Seconde Guerre mondiale, l’intelligentsia occidentale a témoigné d’un aveuglement maladif vis-à-vis de la réalité soviétique. Ainsi, lors du procès Kravchenko, en 1949, des personnalités aussi réputées que le Prix Nobel Frédéric Joliot-Curie, Louis Aragon, Julien Benda ou encore Vercors sont venus dire à la barre le dégoût que leur inspirait l'accusé, coupable d’avoir médit sur l’Union soviétique.

Comme les islamistes d’aujourd’hui, ces intellectuels étaient enfermés dans leurs certitudes, inaccessibles au doute cartésien et à la recherche de la vérité. Et face à leurs contradicteurs, ils cherchaient un réconfort au sein de leur groupe.

Les demi-vérités tuent

Si les bobards et les « fake news » n’ont jamais à notre connaissance cassé une réputation, c’est parce qu’ils ne reposent sur aucun élément de vraisemblance. Ils ne réjouissent que les convaincus et suscitent chez les autres des haussements d’épaules.

Il en va autrement des lettres anonymes d’antan ou des demi-vérités qui circulent aujourd’hui dans la presse et sur internet. Leur violence vient de la part de vérité qui rend leur contenu plausible. Elles peuvent en conséquence causer des torts irréparables aux personnes visées, comme on le voit dans le film Le Corbeau d’Henri-Georges Clouzot (1943).

Les demi-vérités ou demi-calomnies diffusées dans la bonne presse ont, bien avant l’ère internet, brisé des réputations et des vies. Comme les lettres anonymes, elles ont une issue fatale parce qu’elles contiennent une part de vérité qui leur apporte de la vraisemblance.

C’est le cas du « prêt gratuit » octroyé par l’homme d’affaires Roger-Patrice Pelat en 1986 au ministre Pierre Bérégovoy pour l’achat d’un appartement. Révélé par Le Canard Enchaîné le 1er février 1993, il laissait planer un doute sur la probité du Premier ministre de François Mitterrand alors qu’une enquête approfondie aurait montré l’absence d’intention délictueuse.

Patriote et républicain, qui plus est déprimé par l’échec de son camp aux législatives, Pierre Bérégovoy ne supporta pas que son honneur soit mis en cause. Il se suicida le 1er mai 1993.

Comment ne pas faire le rapprochement avec une autre affaire, le suicide de Roger Salengro  ? Ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Léon Blum, il fut accusé d’avoir déserté vingt ans plus tôt, pendant la Grande Guerre. Il est vrai qu’il avait été capturé par l’ennemi mais c’était en tentant de récupérer le corps de l’un de ses compagnons d’armes, avec l’accord de son chef…

Plus loin dans le temps, songeons à la reine Marie-Antoinette, dont les maladresses firent le miel de ses ennemis. Elle avait renoncé, par souci d’économie, à une somptueuse rivière de diamants. Mais les bijoutiers vendirent ensuite ce collier à un soupirant de la reine sans que celle-ci le sût. Le scandale retomba sur elle et ternit à jamais sa réputation.

L’affaire du collier  lui coûta beaucoup plus que l’accusation d’inceste proférée lors de son procès. Par son outrance, cette accusation sans fondement lui valut au contraire l’indulgence du public… pas assez cependant pour obtenir son acquittement.

Mensonges d’État et propagande

Plus que des rumeurs et des bobards sans conséquence, plus que des demi-vérités qui peuvent tuer, l’Histoire nous invite à nous méfier des mensonges d'État. Dans leur version la plus anodine, ils relèvent de la propagande avec l’inconvénient qu’ils entament la crédibilité des autorités.

Ainsi en a-t-il été du « nuage de Tchernobyl ». Le 26 avril 1986, l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl a entraîné des mesures urgentes de prévention partout en Europe. Partout… sauf en France.

Le président Mitterrand et son Premier ministre Jacques Chirac ne tenant pas à affoler la population ni se mettre à dos le lobby nucléaire, il s’en est suivi une politique de désinformation qui relève du mensonge d’État. Le 28 avril 1986, alors que le nuage radioactif se déplaçait vers l’Europe occidentale, le professeur Pellerin tenait un discours rassurant à la télévision : « Ça ne menace personne actuellement sauf dans le voisinage immédiat de l’usine et encore c’est surtout dans l’usine que les Russes ont admis qu’il y avait des personnes lésées. » Deux jours plus tard, le mensonge d’État s’enclenchait véritablement à travers les informations fournies par la météo nationale et répercutées par la présentatrice d’Antenne 2 : « En France, l’anticyclone des Açores restera suffisamment puissant pour offrir une véritable barrière de protection ; il bloque en effet toutes les perturbations venant de l’Est. » C’était la fameuse théorie du nuage de Tchernobyl s’arrêtant à la frontière française qui prend corps. On sait aujourd’hui qu’il n’en a rien été et que la France a été affectée comme ses voisins immédiats.

Plus sordide est le mensonge du gouvernement espagnol relatif à l’attentat de la gare d’Atocha, le 11 mars 2004. Ce jour-là, plusieurs bombes ont tué 191 personnes et en ont blessé deux mille. Très embarrassé du fait de son engagement en Irak, le Président du Conseil José Maria Aznar a attribué le crime aux Basques de l’ETA, bien que ceux-ci n'aient jamais pratiqué d'attentat de masse et s'en soient tenus à des attentats ciblés. L’enquête a plus tard conduit à l’arrestation de 29 islamistes en lien avec al-Qaida… et à la défaite du Premier ministre et de son parti.

Entre propagande de guerre et autojustification, l’affaire Jessica Lynch relève du même niveau de mensonge que précédemment. Elle débute le 23 mars 2003 quand la soldate Jessica Lynch est capturée par les forces irakiennes. Dès le mois suivant, les médias américains, aussitôt relayés dans le monde entier, relataient son calvaire et sa libération épique : après avoir résisté jusqu’à l’épuisement de ses munitions, elle aurait été blessée par balle, poignardée, brutalisée par un officier irakien etc.

Une semaine après, des unités d’élite américaines investissaient l’hôpital de Nassiriya où elle était retenue et la ramenaient au Koweit. Une vidéo diligemment fournie par la Maison Blanche enregistrait l’exploit pour la postérité.

Las, dès le 9 avril 2003, les forces américaines ayant envahi l’Irak, des journalistes sourcilleux se rendaient à l’hôpital de Nassiriya et découvraient une réalité très différente : la jeune fille avait été capturée après être tombée de son camion ; gravement blessée dans sa chute, elle avait été soignée le mieux possible par les médecins irakiens. Ceux-ci avaient ensuite tenté de la restituer aux Américains mais avaient dû rebrousser chemin sous un feu nourri. Enfin, quand le commando américain avait investi l’hôpital, il n’avait pas eu à combattre, les soldats ennemis s’étant retirés depuis déjà plusieurs heures. La vidéo de la Maison Blanche était un montage façon Hollywood.

Hollywood, justement, se prête à bien d’autres formes de propagande que l’on peut juger plus anodines. Par exemple l’héroïsation des soldats américains dans la Seconde Guerre mondiale. Parmi les exemples les plus culottés, relevons le film U-571 (2000). Il raconte la capture en 1942 d’un sous-marin allemand. Grâce à sa machine Enigma, les Alliés vont pouvoir décrypter les échanges radio de l’armée ennemie. L’exploit est véridique à ce détail près qu’il a été commis par la Royal Navy et non par la marine américaine comme dans le film.

Nécessités de la guerre

On peut admettre que les nécessités de la guerre justifient le mensonge. Tous les coups sont permis quand il s’agit d’économiser la vie de ses soldats et de s’assurer la victoire.

C'est le Lusitania, présenté par les Américains comme un paquebot civil alors qu'il était chargé d'armes et d'explosifs à destination des Alliés. Coulé par un sous-marin allemand en 1915, il va servir deux ans plus tard de prétexte à l'entrée en guerre des États-Unis aux côtés des Alliés.

C'est Fortitude  en 1944, une très belle opération d'intoxication destinée à faire croire aux Allemands que le débarquement allié aurait lieu dans le Pas-de-Calais.

Moins justifiable est l'argumentaire du président Truman relayé par la presse occidentale à propos d'Hiroshima et Nagasaki, selon lequel ces drames auraient évité le sacrifice d'un million de soldats américains… alors que dans toute la guerre du Pacifique, quand le Japon était au meilleur de sa forme, les États-Unis n’avaient perdu qu’une centaine de milliers d’hommes.

On sait que les Japonais étaient disposés à capituler dès avant le bombardement d’Hiroshima, à la seule condition que l’empereur soit maintenu en place. En lâchant des bombes atomiques sur le Japon, les dirigeants américains ont surtout voulu impressionner leur allié et néanmoins rival, l’Union soviétique, dans la perspective des conflits à venir.

Cela nous amène à la catégorie la plus redoutable des mensonges d’État...

Mensonges d’État et crimes de guerre

Plus grave que tout en matière de mensonge et de fausses nouvelles, c’est quand celles-ci ont pour objectif une guerre d’agression. Là, comme on dit dans les Tontons flingueurs, c'est du lourd ! On est très loin des « fake news » de quelques tordus d'internet.

Nous avons relevé deux cas de la sorte dans l’Histoire européenne. Faut-il s’en étonner ? Ils nous viennent de deux grands dirigeants réputés pour leur dureté : Bonaparte et Bismarck.

 

En 1797, le général Bonaparte, vainqueur des Autrichiens en Italie, cherche une contrepartie à leur offrir en échange de la cession de la Belgique. Pourquoi pas la République de Venise ? Le problème est que Venise s'est jusque-là prudemment tenue à l'écart des coalitions contre la France et rien ne saurait justifier sa disparition en tant qu'État souverain.

Qu'à cela ne tienne ! Un agent secret au service de Bonaparte produit un faux appel du Grand Conseil de Venise à l'adresse des habitants de Vérone pour qu'ils se soulèvent contre la garnison française établie dans la ville. Le soulèvement ne réussit que trop bien  et 400 soldats français qui étaient soignés dans l'hôpital local sont massacrés par la populace. C'en est assez pour que Bonaparte adresse un ultimatum à la Sérénissime et occupe son territoire. Il peut dès lors la livrer sur un plateau aux Autrichiens et signer avec eux le traité de Campoformio.

L'autre cas est mieux connu des Français (faut-il s'en étonner ?). En 1870, le chancelier Bismarck ambitionne de réaliser l'unité de l'Allemagne autour de la Prusse par une guerre commune contre la France. Pour cela, iI se saisit d'une banale querelle diplomatique à propos de la succession sur le trône d'Espagne et propose la candidature d'un prince prussien. Le roi Guillaume 1er, qui ne veut pas de querelle avec la France, réprouve cette candidature. L'ambassadeur de France à Berlin commet la maladresse de lui demander confirmation de son refus à Ems, où le roi prend les eaux.

Bismarck va habilement caviarder la dépêche  qui fait état de cette rencontre avant de la livrer à la presse. Les opinions publiques française et allemandes vont se déchaîner et conduire en trois jours à la déclaration de guerre tant souhaitée. Il en résultera trois guerres franco-allemandes, dont deux mondiales (*).

Les autres affaires relèvent des États-Unis. Cela commence en 1845 quand le président James Polk ordonne à une patrouille américaine de pénétrer sur le territoire mexicain. La patrouille est interceptée par l'armée mexicaine. Il s'ensuit des morts des deux côtés et le président appellera aussitôt le Congrès à voter une « guerre commencée par le Mexique ». Ce sera une promenade militaire  qui se soldera par l'annexion du Nouveau-Mexique, de l'Arizona, de la Californie etc. Excusez du peu. De tous les représentants, Abraham Lincoln sera le seul à protester. Il y perdra son siège.

Rebelote en 1898 pour s'emparer de Cuba et des dernières colonies espagnoles. Un cuirassé ayant explosé  en rade de la Havane, la presse américaine, dont le célèbre William Randolph Hearst (« Citizen Kane ») accuse les Espagnols d'avoir déposé une bombe sur le navire. Il s'ensuit une nouvelle promenade militaire... et l'on apprendra bien plus tard que le cuirassé a été victime d'une banale explosion de chaudière.

D'une nature mensongère légèrement différente est l'insurrection « spontanée » déclenchée en 1903 dans la ville de Panamá, alors sous souveraineté colombienne, pour amener l'isthme à se rendre indépendant. Ainsi les États-Unis ont-ils pu assurer leur mainmise sur le territoire du futur canal.

Plus près de nous, la prétendue attaque de deux destroyers  dans le golfe du Tonkin en août 1964 a fourni au président Lyndon Johnson le prétexte à des raids aériens sur le Nord-Vietnam. Avec au final, une décennie plus tard, une humiliation dont le pays aura le plus grand mal à se remettre.

En 1985, pour justifier une intervention armée contre les sandinistes, un mouvement d'extrême-gauche porté au pouvoir par les électeurs nicaraguayens, le secrétaire d’État américain George Schultz osait affirmer devant le Congrès : « Le Nicaragua est un cancer qui s’insinue dans notre territoire, il applique les doctrines de Mein Kampf et menace de prendre le contrôle de tout l’hémisphère ».

Enfin, chacun garde en mémoire les mensonges qui ont accompagné la guerre du Golfe  en 1991, avec le récit par une infirmière koweitienne, devant le Congrès américain, des sévices des troupes irakiennes et notamment du meurtre de nourrissons dans les maternités. Retransmis sur toutes les chaînes de télévision, ce « témoignage »a permis de mobiliser l'opinion internationale contre Saddam Hussein. Il s'est avéré plus tard que cette « infirmière » n'était autre que la fille de l'ambassadeur koweïtien à Washington.

Le dictateur irakien, auquel on attribuait sans sourciller la « quatrième armée du monde » (sic), était encore quelques mois plus tôt un allié de l'Occident contre l'Iran et l'on fermait les yeux sur ses attaques à l'arme chimique contre son propre peuple !

Last but not least, en avril 2003, Washington et Londres sont entrés à nouveau en guerre contre l'Irak au motif que le régime de Saddam Hussein aurait détenu des « armes de destruction massive » dangereuses pour la paix du monde. Le Secrétaire d'État Colin Powell s'est prêté au jeu en montrant au Conseil de Sécurité de l'ONU, le 5 février 2003, une ampoule de poudre blanche supposée être de l'anthrax (dangereux poison) comme preuve de l'existence de ces armes.

La suite a prouvé de façon certaine que ces armes n'existaient pas ou avaient été détruites depuis belle lurette. De ce grossier mensonge d'État a résulté la ruine de tout le Moyen-Orient, du Pakistan à l'Égypte, et le réveil de la guerre séculaire entre chiites et sunnites.

Raison garder

L'Histoire et l'actualité montrent que la liberté d'expression et la vérité sont davantage menacés par les dirigeants de certains États, fussent-ils démocratiques, que par les bobards qui circulent sur internet et ailleurs.

Quel crédit accorder à la Maison Blanche quand tant de fois les présidents américains ont été pris en flagrant délit de mensonge sur des questions stratégiques ? En matière de commerce et de finance (négociations sur le CETA  par exemple), quelle confiance accorder à l'Union européenne, adepte de l'omerta et des manœuvres de couloir ?...

Ces mensonges d'État et ces silences contribuent aux rumeurs de complots et nourrissent les « fake news ». L'antidote pourrait se trouver dans une absolue liberté d'expression (hormis la diffamation et l'insulte).

Si les médias se montrent ouverts au débat et à la critique, s'ils acceptent d'aborder les sujets qui fâchent, s'ils se gardent de diaboliser les opposants à la ligne officielle, on peut légitimement penser qu'il n'y aura plus d'espace pour les « fake news ». Mais nous en sommes encore loin. Un exemple parmi d'autres, qui nous a particulièrement frappé : Le Monde du 20 mars 2017 a pu consacrer un dossier très étoffé à l'antisémitisme dans la France d'aujourd'hui sans écrire une seule fois les mots islamiste, islamisme, islam, musulman etc. Troublant déni de réalité.


 

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FAKE NEWS ET PROJET DE LOI LIBERTICIDE
 
2. http://nrt24.ru/fr/news/le-pouvoir-dinfluence-delirant-des-dix-milliardaires-qui-possedent-la-presse-francaise
  14 février 2018

LE POUVOIR D’INFLUENCE DÉLIRANT DES DIX MILLIARDAIRES QUI POSSÈDENT LA PRESSE FRANÇAISE

Dix milliardaires ont pris le contrôle d’une grande partie des médias français. Ces oligarques, venus du BTP, de l’armement, du luxe ou de la téléphonie, ont accaparé les grands quotidiens nationaux, les chaînes de télévision et les radios, pour asseoir leur influence. Avec à la clé, conflits d’intérêts, censures, pressions, licenciements, ingérence malsaine... Cette concentration des moyens de production de l’information entre les mains de quelques uns met en péril l’indépendance de la presse dans notre pays. Et porte ainsi atteinte au fonctionnement démocratique. Comment garantir la liberté de l’information et le pluralisme de la presse ? Résumé d’une situation critique, à l’occasion de la campagne #LibertéEgalitéInformés.

À qui appartient la presse française ?

Le secteur de la presse en France est un grand Monopoly. Tout s’achète, tout se vend, les journaux, les télés, les radios. Quelques milliardaires se partagent le gâteau. Résultat : 90 % des quotidiens nationaux vendus chaque jour appartiennent à 10 oligarques ! D’après les calculs de Basta !, les mêmes possèdent des télévisions et radios qui totalisent respectivement 55% et 40% des parts d’audience [1 ]. Vous avez donc une grande probabilité de lire, regarder ou écouter chaque jour des médias qui appartiennent à ce petit cercle de milliardaires.


Cela pose plusieurs problèmes. La concentration d’abord. Est-il sain qu’une si grande part de la presse appartienne à quelques personnes, richissimes, faisant partie d’une caste de privilégiés ? L’indépendance, ensuite. Est-il normal que les principaux médias français de notre pays soient entre les mains de marchands d’armes, d’entreprises du luxe, du BTP, de la téléphonie, de banquiers ou de fabricant de toilettes ? Comment ces propriétaires peuvent-ils concilier liberté de l’information et intérêts privés ? Comment TF1, BFM-TV, Le MondeLibération peuvent-il produire en toute indépendance des enquêtes sur le secteur de la téléphonie, quand leurs propriétaires sont les patrons de Free, Bouygues Telecom et SFR ? Comment les journalistes du Figaro peuvent-ils porter un regard critique sur la politique de défense de la France, quand le propriétaire de leur journal vend des avions de chasse à l’État français ? Enfin, cette situation ne peut qu’encourager la reproduction d’un système économique qui assure la continuité des intérêts financiers de cette petite classe de possédants. Ils constituent une véritable communauté d’intérêt ! Et ce qui motive de riches patrons à créer des conglomérats médiatiques – qui ne rapportent pas vraiment d’argent – c’est d’abord la possibilité d’acheter de l’influence.

Qui sont ces 10 milliardaires ?

Ils sont cinq à faire partie du cercle des dix premières fortunes de France : Bernard Arnault, PDG du groupe de luxe LVMH (patron des Echos, du Parisien), Serge Dassault (Le Figaro), François Pinault (Le Point), Patrick Drahi, principal actionnaire de SFR (LibérationL’Express, BFM-TV, RMC), Vincent Bolloré (Canal+). On trouve ensuite Xavier Niel, patron de l’opérateur de téléphonie Free et 11ème fortune de France, qui s’est associé avec Pierre Bergé, héritier du couturier Yves Saint-Laurent, et avec le banquier Matthieu Pigasse, pour devenir propriétaire du groupe Le Monde (L’Obs, Télérama, La Vie...). Matthieu Pigasse possède également Radio Nova et l’hebdomadaire Les Inrocks.

Martin Bouygues, 30ème fortune de France, est propriétaire du groupe TF1. La famille Mohn, qui contrôle le groupe allemand Bertelsmann [2 ], est propriétaire de M6, RTL, GalaFemme actuelleVSDCapital,… Viennent ensuite Arnaud Lagardère, propriétaire d’Europe 1, Paris Match, du JDD, de Virgin radio, RFM, Télé 7 jours, et Marie-Odile Amaury, qui possède L’Equipe (et dont le groupe est, par l’une de ses filiales, organisateur du Tour de France notamment). Petite précision : ces deux derniers ne sont « que » millionnaires, avec tout de même une fortune évaluée entre 200 et 300 millions d’euros. A ce « Top 10 », on pourrait aussi ajouter la famille Bettencourt qui finance le journal ultra-libéral L’opinion. Ou le milliardaire d’origine libanaise Iskander Safa, 71ème fortune de France et propriétaire du très réac Valeurs actuelles.


Conflits d’intérêts en pagaille

Quelles sont les conséquences sur l’indépendance des médias ? Un mélange des genres pour le moins douteux, qui peut mettre les journalistes en porte-à-faux. Comment TF1 pourrait-il produire des enquêtes critiques sur les abus des partenariats publics-privés (PPP) quand son propriétaire, Bouygues, fait partie des multinationales du BTP qui bénéficient de ces juteux contrats ? Autre exemple : comment un média peut-il s’intéresser de près aux affaires d’évasion fiscale quand son patron manifeste un attrait prononcé pour les paradis fiscaux ? C’est la question que doivent se poser les journalistes de BFM-TV à chaque nouveau scandale fiscal.

Leur boss, Patrick Drahi, a échafaudé, à partir de sa holding personnelle, un opaque et complexe montage de filiales et de trusts, dispersés au sein de paradis fiscaux notoires : Guernesey, Suisse ou Luxembourg. Comment BFM évoque-t-elle le scandale des Panama Papers, dans lequel apparaît le nom de Patrick Drahi ? « Vous avez vu la réaction des gens qui ont été cités ? Ils se défendent c’est normal. Patrick Drahi, par exemple, qui reconnaît avoir une société, mais rien d’illégal. (…) Est-ce que finalement c’est la bonne méthode de jeter en pâture des noms de personnalités, sans qu’elles aient vraiment la possibilité de se défendre ? »explique  ainsi l’animateur Olivier Truchot dans son émission BFMStory...

Voir l’organigramme de l’empire industriel de Patrick Drahi, réalisé par l’économiste Benoît Boussemart et publié par Le Canard enchainé (Cliquez ici  pour voir  en grand) :


Autre problème, les proximités entre patrons de presse et politiques. C’est Nicolas Sarkozy, proche de Bernard Arnault, qui annonce  en 2007 aux journalistes des Echosle nom de leur nouveau patron ! Car ces richissimes propriétaires de presse entretiennent quelques affinités avec des responsables politiques : lors du mariage de Nicolas Sarkozy avec Cécilia Ciganer-Albéniz, les deux témoins sont… Bernard Arnault et Martin Bouygues. C’est sur le yacht d’un autre ami, Vincent Bolloré, que Nicolas Sarkozy choisit d’aller se reposer après son élection en 2007. « Arnaud est plus qu’un ami, c’est un frère »déclare  encore Nicolas Sarkozy à propos de l’héritier Lagardère. Enfin, il compte Serge Dassault parmi les clients de son cabinet d’avocats. La moitié de ces dix propriétaires de presse sont des proches de l’ancien président. Bref, question indépendance, on repassera !

Quel que soit l’impact réel de ces connivences et les éventuelles pressions, les dégâts du soupçon – le fait que ces riches patrons se trouvent en conflit d’intérêts, en situation de pouvoir abuser de leur position pour leur intérêt propre – sont bien là. Cette simple suspicion produit une délégitimation du secteur de la presse. Conséquence : seuls 34% des Français estiment que les médias fournissent des informations dignes de confiance. Plus de deux tiers des Français pensent que les médias subissent des pressions commerciales ou politiques qui impactent les informations délivrées [3 ].

Licenciements et coups de pression

Lorsqu’on est journaliste, peut-on travailler en toute indépendance dans cette situation ? Quelques exemples – la face visible de l’iceberg des pressions souterraines ! – montrent que ce n’est pas le cas : l’ingérence de ces patrons est bien réelle. Certains ont une fâcheuse tendance à faire le ménage en arrivant, pour mettre à la tête des médias des dirigeants compatibles avec leurs intérêts, avec pour mission de purger les rédactions. Un cas d’interventionnisme remarqué fut la nomination de Guillaume Zeller, catholique traditionaliste, comme directeur de l’information du groupe Canal+, par Vincent Bolloré. Ce dernier semble vouloir actuellement enterrer Canal+, après avoir vidé de ses forces vives la rédaction d’iTélé, rebaptisée CNews, après la plus longue grève de l’histoire de la télévision.

Il semble ne plus y avoir de limites à ce « grand ménage ». En 2016, Aude Lancelin, directrice adjointe de la rédaction de L’Obsest licenciée  pour des raisons politiques. En 2017, Olivia Recasens, directrice adjointe de la rédaction du Point, est limogée  du jour au lendemain, pour faute grave, et pour des motifs réels tout aussi inavouables. Autant de coups de pression, qui envoient un message clair aux rédactions : pas de vagues, rentrez dans le rang !

Ingérence et censures

Le patron de M6, Nicolas de Tavernost, avoue  avoir exercé des pressions sur les journalistes de la chaîne pour « ne pas contrarier des clients ». Il explique ainsi avoir censuré une émission de Capital sur la téléphonie. Autre cas notable, la censure  par Vincent Bolloré d’une enquête sur le Crédit mutuel, qui devait être diffusée par l’émission « Spécial investigation » sur Canal+. Un simple coup de fil a suffi pour contenter la banque, partenaire de Vincent Bolloré, qui ne voulait pas voir sortir cette enquête. Reporters sans frontières et le collectif « Informer n’est pas un délit » dénoncent  par ailleurs la censure et la déprogrammation de quatre documentaires qui devaient être diffusés par Canal+.

Un autre risque, plus pervers car plus discret, est l’autocensure de journalistes. Des journalistes qui veulent bien faire leur métier, mais qui n’osent plus proposer des articles sur des sujets sensibles, ou qu’ils savent problématiques pour le propriétaire de leur média. Sans compter les pressions économiques, avec les suppressions de postes et des moyens nécessaires à tout travail d’enquête. Promouvoir des logiques managériales « musclées », imposer des contraintes économiques fortes sur la production de l’information, précariser les rédactions mises en permanence sur la sellette, bref, promouvoir une information low cost, est aussi une forme de censure.

A cette liste des moyens de censure, il faudrait ajouter les « poursuites baillons », dont l’objectif est de dissuader les médias de s’emparer de certaines affaires (lire notre article « Bolloré, la presse et les poursuites ‘homéopathiques’ en diffamation  »). Ou les mesures de rétorsion, comme celle de Bernard Arnault, ulcéré par le titre « Casse-toi, riche con » de Libération, lors de sa demande de naturalisation en Belgique en 2012, et qui décide de couper  les budgets de publicité alloués par le groupe LVMH au quotidien.

Comment cela évolue-t-il ?

Pas vraiment vers davantage de pluralisme ! En quelques mois, en 2015, on a vu le rachat par Patrick Drahi de Libération et du cinquième groupe de presse magazine en France, Express-Roularta, ainsi que sa prise de participation (à 49%) dans NextRadioTV (BFMTV, RMC). A la même période, Bernard Arnault, déjà propriétaire des Échos, rachète Le Parisien et Aujourd’hui en France, le groupe Le Monde rachète L’Obs, et Vincent Bolloré prend le contrôle de Canal +, via Vivendi. Des banques sont également entrées dans ce jeu de Monopoly. Le Crédit mutuel est ainsi devenu en dix ans l’unique propriétaire du groupe EBRA, premier groupe de presse quotidienne régionale, implanté dans l’Est de la France (Le Dauphiné libéré, Le Progrès, Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est républicain…[4 ]. Et le Crédit agricole est devenu actionnaire de journaux régionaux, comme La Voix du Nord et Le Courrier picard (via le groupe belge Rossel).

Ce petit milieu multiplie les participations croisées [5 ]. En parallèle de cet accaparement, ces milliardaires ont mis la main sur l’ensemble de la chaine de production. Exemple avec les entreprises de production de contenus : c’est Lagardère qui produit pour France 5 les émissions « C dans l’air », par l’intermédiaire de sa société Maximal Productions. Ces oligarques sont aussi propriétaires des « tuyaux » de diffusion, comme les « box » (FreeBox, Bbox, Box SFR) qui permettent la diffusion dans tous les foyers de France d’internet et de la télévision. Une intégration « verticale » qui concentre la diffusion d’une grande part de l’information entre les mains de ceux qui détiennent les clés de sa production.

L’information devient ainsi un produit comme les autres : l’opérateur de télécoms SFR propose ainsi une box Internet « à partir de 19,99 euros par mois », avec, pour le même tarif, l’abonnement numérique à 18 journaux. « Une machine à tuer le journalisme de qualité »estime  Le Point. Un peu comme un cadeau bonus. On achète le tuyau – une connexion web – et on gagne en prime un produit secondaire, des médias.

En quoi cela nous concerne tous ?

On pourrait se dire que chaque société a les médias qu’elle mérite. Ou que chacun lit, écoute, regarde ce qu’il veut. Que tout le monde peut faire son propre tri dans le flot médiatique. Sauf que les médias ne sont pas un business comme un autre. Défendre l’indépendance de la presse, ce n’est pas un combat « corporatiste », un « truc de journalistes » qui se battraient pour leur outil de travail. Il ne peut pas y avoir de démocratie forte, voire même de démocratie tout court, sans citoyens informés, et bien informés. L’information est un bien public. Autant de médias sous contrôle d’une petite oligarchie, véritables chiens de garde du néolibéralisme, c’est une atteinte à nos libertés fondamentales.

Cette situation n’est pas une fatalité. Lutter contre tout ce qui encourage la concentration des médias et leur financiarisation est possible (voir les propositions de la campagne #LibertéEgalitéInformés). On pourrait mettre en place des dispositifs anti-concentration plus exigeants. Ou interdire le contrôle de médias par des entreprises qui dépendent de marchés publics – Bouygues, Dassault,... – comme le propose l’association Acrimed. Ou conditionner le versement des aides à la presse aux médias qui ne sont pas détenus par des milliardaires, dont les intérêts principaux ne sont pas dans le secteur de la presse. Voire même, soyons fous, limiter ces aides aux médias à but non lucratif, qu’ils soient privés, coopératifs ou associatifs.

Il est nécessaire que ces propositions et réformes salutaires – ou d’autres ! – soient discutées et débattues. Mais aussi les conditions qui favoriseront l’émergence, le développement et la consolidation de médias indépendants, pour garantir le pluralisme de l’information en France. Défendre et faire vivre une presse libre ne semble malheureusement pas une priorité pour bon nombre de candidats à l’élection présidentielle.

Et en plus ces médias sont gavés d'argent public (voir les chiffres).

Agnès Rousseaux



Rédigé par Jean Maïboroda le Lundi 12 Février 2018 à 18:43