II faut choisir : ça dure ou ça brûle ; le drame, c'est que ça ne puisse pas à la fois durer et brûler. A. Camus

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Lundi 12 Février 2018

Régis Debray, à travers son dernier ouvrage Le nouveau pouvoir, nous prouve qu'il existe encore des contre-pouvoirs à l'avènement de la philosophie du milieu... Que cache le phénomène de l'ascension si fulgurante d'Emmanuel Macron ?


A propos d'Emmanuel Macron et le néo-protestantisme...
La promesse de ce livre était séduisante : comprendre le phénomène Macron à travers le spectre de l’avènement du néo-protestantisme.

Mais, si la verve érudite de Régis Debray est là pour nous arracher quelques sourires, à aucun moment est clairement défini ce qu’est le néo-protestantisme. D’ailleurs, à la fin du livre, on a plutôt l’impression qu’il s’agit davantage d’un règlement de comptes avec Paul Ricœur qu’avec le néo-protestantisme… Une raillerie de la philosophie du milieu qui refuserait les contradictions.

Régis Debray s’amuse plutôt à nous décrire le néo-protestantisme à coups de clichés. Il se moque de la nouvelle évangélisation de l’esprit faussement cool des start-up et de la bienveillance. Il voit derrière le néo-protestantisme l’esprit de la mondialisation, de la culture dominante anglo-saxonne protestante, une uniformisation du monde. Cette culture anglo-saxonne engendrerait l’individualisme, la baisse de l’importance du politique avec une approche managériale du traitement des sujets politiques, ainsi que l’obsession de la transparence. Selon lui, la transparence est un phénomène protestant ! « Les pays issus de la Réforme ont un avantage sur leurs voisins, plus arriérés : ils ne mettent pas de volets aux fenêtres. La vertu cultive les maisons de verre, le vice, les maisons closes (les prostituées à Amsterdam sont en vitrine) ».

« Nous étions en France catho-laïques. Pouvons-nous troquer sans regret la virtù contre la vertu ? That is the question ». La nuance entre virtù et vertu est importante. Le mot latin virtus signifie force, courage, il dérive de vir, homme. La vertu impose au contraire une vision du bien plus totalitaire. La virtù au sens de la Rome antique reflète plutôt la volonté de puissance de Nietzsche, la contradiction entre Apollon et Dionysos, l’ordre contre le chaos. Or la vertu au sens protestant embrasse l’ordre harmonieux d’Apollon, en niant les forces souterraines de Dionysos. Dans la vertu, nous n’avons plus de dialectique, une dynamique de la positivité de la négativité. C’est une autre vision du désir, qui n’a plus le droit de manquer sa cible. « Quand le wishful thinking en vient à gommer l’irréductible des rapports de force en ce bas monde, n’est-ce pas courir le risque de survoler une jungle en ignorant la loi de la pesanteur ? ». Vaste débat…

Il est vrai que la désintermédiation numérique a en apparence allégé la loi de la pesanteur… Mais, peut-on pour autant affirmer que le néo-protestantisme est à l’origine de la désintermédiation numérique et qu’il « abolit les hiérarchies ». « Le client est roi, et non plus Dieu ».

Cette victoire de l’homo economicus sur l’homme politique qui l’avait auparavant remporté sur l’homme religieux, irrite Régis Debray. L’histoire collective a disparu et est remplacée par des visions court-termistes comme le monde des start-up et de la disruption. Selon lui, Emmanuel Macron est un « homme qui veut rechercher une profondeur de temps, mais son milieu ne peut que l’en empêcher ». Parce que son maître à penser est Paul Ricœur, un philosophe du milieu. On se doute que le « juste milieu » ne s’ajuste pas du tout avec la personnalité de Régis Debray.

Mais, faut-il une mythologie, des symboles pour échapper à l’individualisme comme le pense Régis Debray ? Paul Ricœur verrait-il ce besoin de mythologie comme un abus de mémoire, une mémoire manipulée ? C’est une vision narrative et sélective d’un récit, plus proche de la virtù romaine que la vertu du juste milieu.

« Un vivre ensemble sans rien qui dépasse ». Régis Debray a des intuitions fulgurantes, probablement visionnaires, mais qui méritent d’être davantage explicitées pour gagner en crédibilité. Sa dénonciation de la transparence a cependant du sens concernant la protection des données personnelles. Les personnes désireuses de protéger leurs données personnelles n’ont pas forcément des choses à cacher… Pour vivre heureux, ne dit-on pas qu’il faut vivre caché et cultiver son jardin secret ?

Alors conservons encore quelque peu des rideaux à nos fenêtres…


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 12 Février 2018 à 22:18 | Commentaires (0)

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Dimanche 23 Avril 2017

A l'ère de l'hypermodernité, notre société aurait-elle besoin de pessimistes mélancoliques comme Arthur Schopenhauer ou Michel Houellebecq pour la rappeler à l'ordre ?
Trop d'excès, d'absurdités, de médiocrités, de pensées vides... Nous nous consumons sans modération. "Schopenhauer l'expert en souffrance, le pessimiste radical, le solitaire misanthrope" est une lecture réconfortante pour Michel Houellebecq, écrit Agathe Novak-Lechevalier dans la préface de En présence de Schopenhauer, publié début 2017 par Houellebecq. Mais le serait-elle aussi pour nous ?


Schopenhauer, Houellebecq, les pessimistes ont-ils le vent en poupe ?
Pourtant, je n'ai pas toujours été tendre avec notre philosophe allemand, en témoigne l'article polémique que j'avais écrit sur sa misogynie en 1996, Schopenhauer, la haine des femmes ou de sa mère, qui a tant provoqué de réactions sur mon blog lorsque je l'ai re-diffusé en 2007 (cliquer ici pour visualiser l'article). Franchement, je ne sais pas si le fait d'avoir eu une mauvaise mère tend à transformer les enfants en des êtres plus pessimistes qua la moyenne. La mélancolie proviendrait-elle d'un bébé non désiré dans le ventre de sa mère ? Prédisposition de certains gènes ? Qu'importe, je ne me livrerai pas à une analyse psychologique de Houellebecq. Pourquoi certains sont plus pessimistes (ou réalistes) que d'autres, mais ce n'est pas le sujet de cet article. La question est plutôt de savoir ce que peut nous apporter le pessimisme, et notamment la philosophie des penseurs dits "nihilistes". Même si je suis toujours du côté de l'optimisme et pense comme Alain que l'optimisme est de volonté et non pas d'humeur, je ne néglige pas ce que nous disent les moins "joyeux", au contraire.

Toute l'œuvre de Houellebecq respire le pessimisme de Schopenhauer, ce philosophe allemand connu pour sa théorie où la vie oscille entre l'ennui et la souffrance. Pas de place à l'euphorie. La force de Schopenhauer réside selon moi dans son style. Certains philosophes ont parfois plus du succès grâce à leur style que par l'originalité de leurs pensées. Mais, le style n'est pas anodin : il "reçoit la beauté de la pensée". Le style est la silhouette de la pensée. "La première règle d'un bon style : c'est qu'on ait quelque chose à dire". Et la force des romans de Houellebecq est qu'il sait décrire avec pertinence les travers de notre société.

Dans Soumission, le personnage principal du roman de Houellebecq "s'attend à une vie ennuyeuse mais calme, protéger des grands drames historiques". Cela rappelle le pessimisme fataliste du philosophe batave "Tu n'as aucune chance, mais saisis-là !".

La rencontre de Houellebecq avec Schopenhauer se déroula dans une bibliothèque du 7ème arrondissement, avec plus précisément la lecture du livre Aphorismes sur la sagesse dans la vie. Après s'en être un peu distancé par une période "positiviste" inspirée par Auguste Comte, Houellebecq revient à son premier coup de cœur et nous explique pourquoi à ses yeux "l'attitude intellectuelle de Schopenhauer reste un modèle pour tout philosophe à venir; et aussi pourquoi, même si l'on se retrouve au bout du compte en désaccord avec lui, on ne peut qu'éprouver à son égard un profond sentiment de gratitude". Car comme l'écrivait Nietzsche, écrire sur le "fardeau de vivre" est une façon de s'alléger.

La prouesse du philosophe allemand selon Houellebecq est qu'il a parlé de ce dont on ne peut parler : "il va parler de l'amour, de la mort, de la pitié, de la tragédie et de la douleur ; il va tenter d'étendre la parole à l'univers du chant". Grâce à cela, il est une référence pour les romanciers, les musiciens et les sculpteurs. "L'univers des passions humaines est un univers dégoûtant, souvent atroce, où rôdent la maladie, le suicide et le meurtre". Il a ouvert ainsi à la philosophie "des terres neuves" et est devenu le "philosophe de la volonté".

Schopenhauer prône pour la contemplation désintéressée, qui provoque l'émerveillement. C'est en somme un anti-Narcisse. "L'homme ordinaire, ce produit industriel de la nature (...) est incapable, au moins de manière soutenue, de cette perception purement désintéressée qui constitue la contemplation". Avoir une "faculté de perception pure qu'on rencontre dans l'enfance, la folie ou la matière des rêves", voilà ce qui constitue une contemplation paisible, "détachée de toute réflexion comme de tout désir", L'esthétique de Schopenhauer est une sorte de "bouddhisme sur l'Occident".

"Quelle exécrable chose que cette nature dont nous faisons partie !", écrit Schopenhauer à la suite d'Aristote. L'argent et la renommée sont un leurre selon lui. Pourtant notre société actuelle excelle dans ces domaines. "Il est donc facile de voir à quel point notre bonheur dépend de ce que nous sommes, de notre individualité, alors qu'on ne tient compte le plus souvent que de notre destin, de ce que nous avons, ou de ce que nous représentons".

Il reconnaît néanmoins que parfois il existe des bonheurs imprévus, des "petits miracles". "La peinture peut générer un émerveillement, un regard neuf porté sur le monde. Mais seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain". "Le passé est toujours beau, et le futur aussi d'ailleurs, il n'y a que le présent qui fasse mal, qu'on transporte avec soi comme un abcès de souffrance qui vous accompagne entre deux infinis de bonheur paisible".

Le bonheur est peut-être subrepticement possible, mais à condition de réussir à s'affranchir d'un travail routinier et alimentaire. "Entre celui qui a mille livres de rente et celui qui en a cent mille, la différence est-elle infiniment moindre qu'entre le premier et celui qui n'a rien. Mais la fortune patrimoniale atteint son plus haut prix lorsqu'elle échoit à celui qui, pourvu de forces intellectuelles supérieures, poursuit des entreprises qui s'accordent difficilement avec un travail alimentaire : il est alors doublement favorisé du destin et peut vivre tout à son génie".

Nous pouvons comprendre le coup de foudre de Houellebecq pour Schopenhauer, qui est une façon de se couper de la frénésie ultraconsumériste et de renouer avec des vraies préoccupations d'esthète et de poète. Une parenthèse plus que salutaire. Certes, les monde est absurde, mais n'est-ce pas à nous d'y trouver du sens ? Le problème de la philosophie de Schopenhauer, et en général des nihilistes, est qu'elle s'arrête à une description froide du monde, mais ne permet pas de la dépasser. Tout comme les romans de Houellebecq, il n'y a pas d'issue possible.

Les pessimistes restent néanmoins attachants, car ils ont une authenticité qui est devenue rare. Nous savons que dans leur regard mélancolique, il y a une part de vérité. Autant l'affronter, plutôt que de l'anéantir. Cela me rappelle les propos de Roland Jaccard dans son excellent essai Le cimetière de la morale, "La mégalomanie galopante est une maladie qui affecte bien des écrivains. Ceux que j'ai conviés au Cimetière de la morale ont été miraculeusement épargnés par ce virus, et c'est, sans doute, ce qui rend leur présence tout à la fois si insolite et si attachante".

Le pessimisme a au moins une vertu : celle de ne pas se prendre au sérieux.

En présence de Schopenhauer, Michel Houellebecq, L'Herne, 2017, 91 pages, 9€.

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 23 Avril 2017 à 17:49 | Commentaires (0)

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Dimanche 8 Mai 2016

A l'ère de l'hyperstimulation, on a parfois l'impression que tous nos enfants sont hyperactifs. Que la concentration est en train de se laisser grignoter par des envies féroces de zapping. Zapper, un terme qui fait peur aux parents soucieux d'immobiliser l'attention de leur enfant !
Afin d'aider son enfant à se concentrer, il faut préalablement identifier sa forme de concentration : visuelle ou auditive.


Se concentrer, oui mais avec quel cerveau ? Le gauche ou le droit ?
Chacun d'entre nous utilise bien entendu ses deux hémisphères du cerveau, mais nous en avons toujours un des deux qui prédomine. Les cerveaux droits sont plutôt visuels et ont une appréhension globale des informations, alors que les cerveaux gauches sont plutôt dans l'auditif et analysent les données avant de les enregistrer. C'est ce qu'explique très bien la pédiatre Edwige Antier dans son livre J'aide mon enfant à se concentrer. Cela est particulièrement intéressant à savoir pour l'apprentissage de la lecture, car les cerveaux droits retiennent le mot dans sa globalité, plutôt qu'une succession de lettres. Les enfants avec une dominante du cerveau gauche sont généralement plus posés et à l'aise en classe. D'ailleurs, pour ces enfants, Edwige Antier précise que les relations avec les professeurs sont souvent plus apaisées, eux-mêmes fonctionnant plutôt avec leur cerveau gauche.

Petite question que l'on peut se poser du coup : l'école et sa pédagogie sont-elles adaptées aux enfants à dominante cerveau droit ?

Pour en savoir plus sur la concentration des enfants et surtout tester ce qu'il faut faire (et ne pas faire) pour améliorer leur concentration, je vous invite à lire sans tarder ce livre !

J'aide mon enfant à se concentrer, Edwige Antier, Robert Laffont Documento, 241 pages, 7,90 euros.

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 8 Mai 2016 à 21:51 | Commentaires (3)

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Mardi 26 Avril 2016

N'avez-vous jamais ressenti le besoin de vous rendre dans un musée pour suspendre le temps et arrêter l'avancée inexorable du stress ? Ou tout simplement de contempler de belles photos sur Instagram ou Facebook ? Eh bien ce n'est pas une activité futile car il a été récemment prouvé que cela réduisait le taux de cortisol.


Photo Alain Leprince Musée La Piscine - prestation des étudiants de l'ESAAT de Roubaix au musée La Piscine
Photo Alain Leprince Musée La Piscine - prestation des étudiants de l'ESAAT de Roubaix au musée La Piscine
Selon une récente étude de l'Université de Bologne, les œuvres d'art ont le pouvoir de réduire le stress, ce qui confirmerait les bienfaits de l'art thérapie. Il a été demandé en effet à une centaine de volontaires de visiter un sanctuaire religieux pendant 2 heures où se trouvaient des peintures de la Renaissance, dont une fresque de 6032 m2. Leur salive a été prélevée avant et après la visite afin de mesurer l'évolution du taux de cortisol. Une baisse de 60% du taux de cortisol a été observée.
C'est une bonne nouvelle mais précisons que lors de la visite, les participants ont dû monter 200 marches, ce qui a pu aussi agir sur le stress. Par ailleurs, il s'agissait d’œuvres de la Renaissance, on peut également se poser la question : est-ce que toutes les œuvres d'art ont le même effet ?
Nous savons aussi que la lecture est un effet anti-stress puissant, au même titre que le sport et que les couleurs ont un pouvoir insoupçonné sur notre humeur (cf. notre article sur le livre l'étonnant pouvoir des couleurs http://www.wmaker.net/philobalade/L-etonnant-pouvoir-des-Couleurs-dommage-que-le-rose-soit-reserve-aux-filles-_a69.html
Dans ces temps où le burn-out cherche des proies faciles, autant combattre le stress en se cultivant sagement...

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Mardi 26 Avril 2016 à 23:16 | Commentaires (0)

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Samedi 19 Décembre 2015

Le 11 novembre, comme Facebook, mon anti-alzheimer, me le proposait gentiment, j'ai rediffusé l'article que j'avais écrit en 2012 La culture rock, un mode de pensée aussi révolutionnaire que la psychanalyse, soit 2 jours avant la tuerie du Bataclan. Mauvais pressentiment ou pur hasard ? Qu'importe... Ecouter du rock reste une façon saine et artistique d'affirmer son goût pour la liberté et l'anticonformisme. Ce genre musical impétueux qui ne veut jamais se soumettre est aussi un excellent remède pour exorciser ses névroses.


Photo Jesse Hugues (Eagles of death metal) credit-boris-allin
Photo Jesse Hugues (Eagles of death metal) credit-boris-allin
Le rock, un bon remède contre la névrose narcissique ?

Comme l'explique Francis Métivier dans son essai Rock'n philo*, le rock surfe merveilleusement bien sur la dichotomie du "moi", un moi haïssable qui cherche à se dépasser. Le rock aide à dépasser le narcissisme propre à l'adolescence. Je me rappelle d'ailleurs d'un cours de terminale de mon ancien excellent professeur de philosophie qui m'avait marquée à ce sujet : pour nous expliquer la philosophie de Hegel, il avait utilisé la métaphore d'un chanteur de rock. D'après lui, un rocker qui avait survécu à ses 30 ans avait nécessairement dépassé son narcissisme. Or notre société souffre en ce moment de nombreux narcissismes. Le narcissisme non dépassé peut conduire à des catastrophes, comme celle que l'on vient de vivre ces derniers jours. Samuel Dock, dans son article "Attentats de Paris : Samuel Dock, Psychologue clinicien témoigne", pointe justement du doigt le problème de notre société qui engendre des générations narcissiques. Pourquoi faut-il se méfier du narcissisme ? Les individus qui vivent une grosse carence narcissique peuvent se retourner vers des idéologies totalitaires qui promettent de briser le système. Or les chansons de type "I'm a loser baby" de Beck permet de tuer métaphoriquement son « moi idéalisé » pour mieux se connaître et devenir ce que l'on est vraiment. Les chansons servent toujours de catharsis pour nous aider à progresser et à sortir de nos schémas de pensée obsessionnelle.

Le rock aime le paradoxe, ce que ne tolère pas les idéologies totalitaires

"Il y a des gens rock qui ne jouent pas du rock and roll : Jean-Paul Sartre n'a rien à voir avec le rock et pourtant il est rock ! C'est pour cela que, finalement, je crois qu'il s'agit d'une culture.", disait Pete Townshend de The Who. Jean-Paul Sartre, un rocker ? Ce n'est pas vraiment l'image qui nous avons naturellement du philosophe de La nausée. Mais en y réfléchissant bien, notre philosophe existentialiste savait parfaitement jongler avec les paradoxes. Or, le rock aime s'amuser des paradoxes, remettre en cause les notions du bien et du mal, bousculer les idées reçues à travers des guitares dissonantes. Le rock ne supporte pas le côté absurde de l'existence, en cela il est proche aussi de la sensibilité d'Albert Camus et de son Homme révolté. " Je me révolte, donc nous sommes".

Malheureusement, les victimes du Bataclan et des terrasses du 10 et 11ème arrondissements ont vu leur vie brisée par des extrémistes narcissiques qui auraient mieux fait de se rebeller contre eux-mêmes... La vie reste absurde.

Méfions-nous des gens qui ne comprennent pas le second degré et ne savent pas accepter l'échec. Pour cela, rien de tel qu'un petit rock, comme "Creep" de Radiohead, pour sortir de soi et fuir sa mauvaise conscience.

Une pensée émue pour toutes ces victimes qui aimaient la vie.

"Let's rock your mind"*



* Rock'n philo, Francis Métivier, Breal.


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Samedi 19 Décembre 2015 à 16:01 | Commentaires (0)

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Samedi 4 Avril 2015

Lors du dernier salon du livre à Paris, Christophe André a animé une conférence avec Florence Servan-Schreiber sur le thème "Le bonheur ne tombe pas tout cru dans la bouche des enfants". Certes, le bonheur est un dur à cuir et ne tombe pas tout cru, mais les enfants par leur spontanéité et leur capacité à vivre l'instant présent, ont plus de talent pour le bonheur que les adultes. Ce qui manque souvent aux adultes : la capacité à s'émerveiller. Christophe André a raison de remercier Bach de l'émerveillement que lui procure sa musique. Car si Bach était allé boire des bières au lieu de composer, cette musique ne serait pas là pour enchanter nos oreilles. "C'est le problème de notre société qui est dans l'hyperstimulation mais oublie de nous faire apprécier les choses simples". Mais nous sommes libres de choisir. S'émerveiller. Réenchanter le monde avec ce que l'humanité nous a légué et continuer à créer. Nous sommes comme des "poupées russes", où l'enfance constitue notre première couche. En vieillissant, certains s'attendrissent et d'autres au contraire s'endurcissent. Mais que sépare ces individus ? Le regard sur la vie ?


L'hyperstimulation ne doit pas nous faire oublier le goût des choses simples
Christophe André annonce en préambule qu'il n'a jamais été naturellement doué pour le bonheur. Qu'il n'a d'ailleurs pas toujours compris l'engouement des philosophes pour la joie (en témoigne le dernier roman de Charles Pépin, La joie). Nous ne sommes pas tous formatés pour être heureux, d'où la nécessité de se centrer sur nos émotions positives. Ce qui va dans le sens du livre de Florence Servan-Schreiber "3 Kifs par jour". Il faut se muscler et s'exercer à la gratitude. Merci pour ce bon repas, merci pour cette conversation passionnante, merci pour ce sourire, merci pour cette petite attention... Bref, savoir dire merci et être reconnaissant, sont autant de petits pas pour se diriger vers le bonheur. D'ailleurs, C. André nous conseille le livre "Love 2.O" de Barbara Fredrickson, la "rock star" des émotions positives aux Etats-Unis.

Afin de nous exercer aux émotions positives, Florence Servan-Schreiber a alors demandé à la salle quelles avaient été nos émotions positives de la journée. On s'en rendu compte que finalement elles étaient simples et nombreuses. D'ailleurs, celui qui a pris la parole dans la salle n'était autre que le père de Florence, Jean-Louis Servan-Schreiber, qui était heureux que sa femme Perla lui ait préparé un gâteau avec amour le matin même. Le père de "Psychologies Magazine" nous donne une belle leçon de simplicité et de gratitude. Cet esprit de gratitude qui est tellement éloigné des héros houellebecquiens lassés de tout.

Alors à la question "Qui nous fera voir le bonheur", le titre du dernier livre de Christophe André et de Martin Steffens, nous avons juste envie de répondre "merci".
Merci pour ce moment !

Livres à lire pour développer ses émotions positives :
- Love 2.0, Barbara Fredrickson
- 3 kifs par jour, Florence Servan-Schreiber
- Qui nous fera voir le bonheur, Christophe André et Martin Steffens (livre qui sera prochainement commenté sur le blog)


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Samedi 4 Avril 2015 à 12:28 | Commentaires (0)

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Mercredi 1 Avril 2015

Contrairement aux bobos qui se racontent des histoires et les hipsters qui se prennent pour des artistes, les botulistes assument leur névrose imaginative tout un cultivant un humour décoiffant. Pourquoi être soi-même ? Halte à l'authenticité, place à la créativité !


les botulistes, la nouvelle tendance qui va détrôner les bobos et les hipsters...
Cette nouvelle tendance vient de faire des ravages en Californie. Les early adopters californiens (toujours très en avance sur l'innovation) ont immédiatement adopté l'esprit new age décalé de Jean-Baptiste Botul (philosophe des années 30 et créateur en personne de la tendance botulienne), qui pour eux incarne avec classe l'ironie du pays de Voltaire. Ils organisent désormais chaque jeudi soir des apéros avec concours de botulèmes (phrases célèbres déformées à la sauce socratique). La sexualité de Kant raconté par Botul les a fait mourir de rire, quant au démon de midi de Nietzsche, les Californiens ont pris le problème très au sérieux et ont reconnu qu'ils avaient tous un côté Nietzschéen en eux et que désormais ils auraient toujours sur leur chevet un gai savoir. Grâce à Botul, la philosophie prend un nouveau tournant au pays du botox et des start up. Elle combat la cellulite de la pensée et détend les névroses du corps.
Pour en savoir plus sur le botulisme : http://www.botul.fr/

Joyeux Poisson d'avril !!

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Mercredi 1 Avril 2015 à 22:34 | Commentaires (0)

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Mercredi 7 Janvier 2015

Hommage aux victimes de Charlie Hebdo, qui ont su utiliser l'humour comme une arme intelligente pour faire vivre la liberté d'expression et n'ont pas cédé à la peur. Deux ans plus tôt, Charb, confiait au Monde lors d'une interview « C'est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux. ».


Charb
Charb
Cette phrase courageuse est un bel écho à l'Homme révolté d'Albert Camus, ce livre qui avait d'ailleurs valu à ce dernier une brouille irrévocable avec Sartre. Les extraits de cet ouvrage n'ont pourtant pas pris une ride : "Dans l'épreuve quotidienne qui est la nôtre, la révolte joue le même rôle que le "cogito" dans l'ordre de la pensée : elle est la première évidence. Mais cette évidence tire l'individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur. Je me révolte, donc nous sommes."
Par leur esprit satirique de rébellion et leur refus de se soumettre, ces dessinateurs et journalistes nous ont tiré de notre solitude.

Merci pour votre courage.

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Mercredi 7 Janvier 2015 à 23:50 | Commentaires (0)

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Dimanche 4 Mai 2014

D'après certains économistes (en particulier Andrew E. Clark), le critère qui influerait le plus dans la capacité à être heureux dans les pays riches serait l'âge, et non pas la situation professionnelle, familiale ou le fait d'être un homme ou une femme.


40-50 ans, la tranche d'âge du plus grand mal être ?
En effet, le bien être en Occident suivrait une courbe en U, dénommée la courbe du "sourire" : en hausse à l'adolescence, elle chuterait progressivement à son plus bas à 50 ans, pour mieux renaître et atteindre l'extase vers 60 ans. La tranche d'âge des 40 -50 ans serait la période la plus difficile à vivre, un cap à franchir. Pourquoi cette période charnière des 40 ans ? Peut-être un effet "génération sandwich". En Afrique, la courbe serait plate et au Moyen Orient, déclinante. Ce n'est malheureusement pas non plus une courbe universelle !

Bonne nouvelle alors pour les pays occidentaux : le vieillissement permettrait d'être plus heureux. Cette courbe devrait donc contribuer à redonner le sourire à ceux qui connaissent la crise de la quarantaine :-)


Source du graphique :
Le Point, 1er mai 2014, Dossier "25 recettes pour être heureux", p. 61.

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 4 Mai 2014 à 12:19 | Commentaires (0)

Le titre "La femme parfaite est une connasse" (de A.S et M.A Girard) sorti en 2013 est racoleur. Bien entendu, ce livre très léger ne vous apportera aucune réponse. Sinon quelques minutes de rire. Juste un petit "shooter" d'humour très chicklitt pour attaquer la nouvelle année sans culpabilité.

Personnellement, je l'ai lu déjà d'une part parce qu'il est court et pas cher (avouons-le, je ne vais pas faire ma "connasse") et d'autre part, parce qu'il correspond à un phénomène de société (occidentale) où les femmes commencent à être plus performantes que les hommes.


"La femme parfaite est-elle une connasse ?", 277 commentaires clients sur Amazon, un vrai débat qui s'annonce pour 2014...
L'image de la femme parfaite rôde ainsi dans tous les magazines et devient limite oppressante pour les femmes qui souhaitent juste être "normales". Mais quelle est aujourd'hui la norme ? Dans le magazine CLES de juillet dernier, un article titré "Il vaut mieux naître fille", on y apprend qu'en 2009, les femmes sont aux Etats-Unis majoritaires sur le marché de l'emploi et le nombre de celles qui gagnent plus de 100 000 dollars par an augmente plus vite que pour les hommes. En 2028, le revenu moyen de l'Américaine dépasserait celui de l'Américain. Autre chiffre révélateur pioché dans un article sur les "panks", aux USA, 42% des femmes entre 14 et 44 ans n'ont pas d'enfant. Aussi, quand on voit à la une d'un magazine, la photo sexy de Marissa Mayer, PDG de Yahoo, brush parfait et bouts pointus, on se dit que les femmes mettent la barre encore plus haut que les hommes... On regrette déjà l'image du bon père de famille. Cette tendance à l'over-contrôle, à la surperformance, est carrément inquiétante.

Ce qui est alors rassurant en lisant "La femme parfaite est une connasse", est de se rendre compte que l'on a toutes en nous une des particularités de la femme parfaite. Certaines achètent du bio, d'autres bricolent, portent des talons de 15 cm, sont organisées, savent faire des cupcakes, n'ont pas de cellulite, ne lisent jamais Voici, ont réussi à se marier, ont des beaux enfants... Ce qui est en revanche impossible c'est de réunir toutes ces qualités dans la même femme. Respirez, la femme parfaite n'existe pas. Et il y a donc très peu de connasses !

Mais ce qui est surtout amusant est de voir sur Amazon les réactions de certaines femmes qui ont pris ce petit opuscule un peu trop au sérieux et qui se sont senties attaquées :

"D'après les dires des auteures vu sur un plateau de télé, ce livre expliquait à la femme lambda (moi!) comment surmonter ses très nombreux complexes face à la femme parfaite (Kate Moss) je me suis donc dit que ce livre allait me remonter le moral. Que nenni! Ce livre attaque des femmes comme moi : je ne bois pas, je ne fume pas, je ne sort pas en boite, je sais cuisiner, j'ai un mari gentil depuis 25 ans, mes enfants sont casés et ont un bon métier et je n'ai pas une "vie de m****". Pour elle, je suis donc une connasse, lol. Pourtant j'ai un physique plutôt commun et je suis un peu boulotte. Alors quid!"

"Plus sérieusement je me suis dit "oh chic un livre qui va démonter un peu toutes ces poufs qui s'y croient à vouloir se la jouer starlette", pour moi c'était ça être une connasse!
En fait non: être une connasse c'est avoir une vie normale (ou, selon les auteures, une vie de m***!) une relation sérieuse, ne pas coucher le premier soir avec le premier mec rencontré lors d'une rencontre en boîte alors qu'on est bourrée (car il faut forcément être bourrée pour ne pas être une connasse), avoir un talent quelconque aussi basique que "savoir cuisiner autre chose que du micro-ondable"...
"

"Je pensais rire mais cette femme est haineuse en fait. Pour écrire son bouquin elle a listé tous les défauts qu'il est possible d'avoir (quand on est parisienne et victime de la mode, fumeuse, buveuse, jalouse, avec une bande de vraies fausses copines pourries etc). Et ensuite, elle a décidé que tout le monde ou presque était comme ça. Et que donc toutes celles qui n'avaient pas ces défauts là étaient des connasses. Voilà c'est ça le principe du bouquin."

(source : http://www.amazon.fr/product-reviews/229005948X/ref=dp_top_cm_cr_acr_txt?ie=UTF8&showViewpoints=1)

Les femmes ne sont décidément pas prêtes à se mettre d'accord sur ce que devrait être la perfection... et heureusement ! Restons libres de penser comme on a envie et détendons-nous.

Bonne année 2014 en toute décontraction !


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 5 Janvier 2014 à 18:14 | Commentaires (0)

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Descartes n'était pas Vierge, un livre décalé sur les philosophes décrits par leur signe astrologique, pour mieux se connaître en philosophant. Pour en savoir plus, cliquer sur l'image ci-dessous.







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