II faut choisir : ça dure ou ça brûle ; le drame, c'est que ça ne puisse pas à la fois durer et brûler. Albert Camus

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Dimanche 11 Octobre 2020

A chaque séparation, l’être humain ressent la perte d’un petit bout de soi. Ces séparations qui sont autant de deuils de soi-même. Oui, mais de quel « moi » s’agit-il ? Les séparations ne font-elles pas partie d’un long processus d’accouchement de soi ? Notre première séparation, nous la vivons à notre naissance : on est arraché du ventre de notre mère. Et pourtant, cette séparation laisse place à la vie. La vie démarre bel et bien dans la séparation. Ce livre d’Anne-Laure Buffet tente de transformer notre regard sur ces moments compliqués de la vie, qui sont autant de ponts nécessaires pour s’accomplir. Notre vie est un tissage de liens et de séparations pour nous aider à grandir.


Ces séparations qui nous font grandir
Cette première déchirure qu’est la naissance fait écho à un roman de cette rentrée littéraire (très ordinaire), La vie ordinaire d’Adèle Van Reeth :
« Je vais me séparer de toi. Toi qui n’as rien connu d’autre que l’intérieur de mon ventre, tu vas affronter l’air et l’espace. Tu vas sortir de moi ce sera le traumatisme initial ».
« Ta naissance sera une rupture ».
« De cette distance naîtra notre rencontre ».

C’est cette distance, cette rupture du cordon, qui permet à une mère de découvrir le visage de son bébé. Pas de rencontre sans séparation, telle est la vérité que nous avons du mal à accepter et que les poètes nous aident à surmonter. Comme l’écrit Laurence bouvet, « Être vivant c’est être séparé ».
Anne-Laure Buffet souhaite démontrer dans cet essai résolument optimiste et au ton spinoziste que toutes les séparations, de quelque nature que ce soit, rupture amoureuse, déménagement, changement d’emploi etc., sont autant de renaissances. La séparation, bien que vécue comme une amputation de soi et une condamnation, ouvre la voie vers une plus grande liberté, celle d’être soi. L’auteur rend d’ailleurs un hommage aux poètes qui ont le talent et la lucidité pour transmettre ce qu’il y a de plus indicible dans une séparation.

La rupture, la voie de la transformation
Refuser les séparations, cela revient à entretenir des relations de dépendance avec les autres. Et une relation distante avec soi-même. Être dépendant affectivement symbolise un refus de grandir. Ce lien entre dépendance et refus d’être soi rappelle le livre Guérir de nos dépendances, précédemment chroniqué dans La Cause Littéraire (2018) : les addictions sont souvent le refus de quitter le cocon maternel. La dépendance humaine repose sur un curieux paradoxe : « Je dépends d’un autre pour devenir moi-même…, mon autonomie dépend de son état mental » (Guérir de nos dépendances, Pascale Senk et Frédérique de Gravelaine). Dépendre pour être libre, telle est la situation de départ d’un enfant. On ne naît pas indépendant.
D’ailleurs, comme le souligne Anne-Laure Buffet, plus on est confronté à la tyrannie d’un moi idéal, plus on cherche de l’aide dans des remèdes extérieurs. Or ces « colmatages », ces petites dépendances, accentuent la perte de l’estime de soi et conduisent à un cercle vicieux.

Aimer, une manière de combler ses manques réciproques ?
Le vécu de la première séparation est assez déterminant… La première séparation avec sa mère détermine notre capacité à accepter les suivantes. Le schéma des répétitions amoureuses est souvent une conséquence d’un lien primaire mal enclenché. Une rencontre, ce sont deux inconscients qui se reconnaissent. On se choisit pour combler ses manques réciproques. Nous prenons alors des risques limités. Nous cherchons parfois à réparer le couple de nos parents que nous cherchons paradoxalement à fuir.
Nous refusons souvent les séparations car nous sommes sous l’emprise de la société, du regard de notre famille. Il est nécessaire de prendre de la distance avec la stigmatisation de certains comportements et développer son esprit critique.
Pour aimer de façon authentique sans reproduire nos liens primaires, il faut accepter l’imperfection. Le wabi-sabi, art japonais, consiste à célébrer la beauté des choses imparfaites. Oui, on peut être content, en se « contentant » de ce que l’on a. Savoir « se contenter » est une vertu, n’en déplaisent aux ambitieux égotiques. C’est une forme de bienveillance envers soi-même et envers les autres, du narcissisme « altruiste » (petit clin d’œil à Auguste Comte qui a inventé cette notion).
En acceptant les séparations et notre « moi » encore inachevé et en devenir, il nous est alors possible de devenir ce que l’on est et de se préparer à des amours qui nous grandissent.

La séparation semblable à l’angoisse de la mort
« Tout notre mal vient de ne pouvoir rester seuls » (Labruyère)
La vie est construction de liens et lorsqu’ils se dénouent, l’angoisse de se retrouver seul nous confronte à l’idée de mort. Or comme le rappelle pertinemment l’auteur, il faut discerner la peur, de l’angoisse et de l’anxiété. Selon Heidegger, l’angoisse n’a pas d’objet. Elle se raccroche au non sens de l’existence, au vide. Il s’agit d’une perte de repère qui nous aliène. La peur est au contraire précise et a un objet, à la différence de l’angoisse qui est indéterminée. « L’angoisse nous rend étranger à nous même ». Ce vide existentiel peut s’exprimer de différentes façons : une quête de sens ou s’affirmer dans des formes très primaires comme la recherche du pouvoir, avec sa version la moins subtile qui est celle de gagner beaucoup d’argent. Se séparer revient alors à savoir gérer cette angoisse de la mort. Trouver du sens, ne pas céder à la satisfaction facile d’un désir éphémère, peuvent aussi nous mener vers la joie profonde que prône Spinoza. Eprouver la joie d’être soi affaiblit nos angoisses.

Comme nous le conseille Anne-Laure Buffet, pour affronter les séparations et mieux les accepter, rien de tel qu’aiguiser son esprit critique pour ne pas subir d’aliénations avec son vrai « moi ».

L’aliénation reste la pire forme des séparations…

Ces séparations qui nous font grandir, Anne-Laure Buffet, 2020, 170 pages, 18 €


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 11 Octobre 2020 à 10:35 | Commentaires (2)

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Samedi 25 Juillet 2020

Pendant le confinement, cette sorte de trêve dans l’urgence de nos sociétés modernes, j’ai pris plaisir à découvrir la pensée novatrice de Carl Gustav Jung et l’appétence de Victor Hugo pour le monde invisible. Peut-être que le point commun entre Victor Hugo et Jung ne saute pas aux yeux instantanément… Pourtant le jeu d’ombre et lumière dans les poèmes de V. Hugo évoque la part d’ombre chère à Jung qu’il nous faut affronter. Ou encore notre contradiction entre l’anima et l’animus, cette dialectique du moi. Nous sommes contradiction. Notre cheminement doit s’évertuer à la dépasser et à atteindre enfin la réconciliation entre notre inconscient et notre conscience. Atteindre cette force du surhomme ou encore la joie spinoziste.


Comment Victor Hugo et C.G Jung m’ont déconfinée
Alors que la psychanalyse subit actuellement des critiques acerbes de la part de certains scientifiques ou autres intellectuels athées, elle demeure cette formidable théorie qui accepte notre part d’ombre, ce mystère d’un inconscient qui constitue notre identité mais qui vit caché. La psychanalyse a toujours dérangé les rationalistes. C’est un affront à leur envie de tout maîtriser. Jung écrit dans son Essai d’exploration de l’inconscient : « La psychologie est une science des plus jeunes et parce qu’elle s’efforce d’élucider ce qui se passe dans l’inconscient, elle se heurte à une forme extrême de misonéisme ». Le misonéisme est une peur profonde de la nouveauté. Ce misonéisme, même en 2020, est encore très prégnant. Nous sommes en 2020 sur le point de prendre un virage pour un nouveau monde moins matérialiste et nous sentons des résistances de toutes parts. L’ancrage dans une pensée rationaliste est difficile à assouplir.

A la différence de Freud qui considérait la religion comme un phénomène névrotique, Jung, tout comme Nietzsche, affirme que nous avons besoin d’illusions. La religion ne serait pas qu’une sublimation, mais une force au même titre que le désir sexuel. Ainsi, contrairement à Freud, Jung n’explique pas tout par le désir sexuel et c’est en cela que son éclairage est essentiel dans l’époque que nous vivons. La théorie de Jung, moins « matérialiste » et plus symbolique, peut faire prendre un virage très intéressant à la psychanalyse. La religion est selon Jung ce qui nous relie à l’universel, le sens de l’intrication universelle. Le concept du processus d’individuation de Jung consiste à créer une relation consciente avec notre inconscient.

Victor Hugo, comme Jung, était très ouvert aux différentes théories ésotériques. Les signes du ciel n’étaient pas des plaisanteries pour l’auteur des Misérables. Nous apprenons dans un livre écrit par Henri Gourdin sur sa fille Léopoldine que Victor Hugo avait créé sa propre religion, à la confluence de plusieurs obédiences, théories occultes, une sorte de « syncrétisme orageux ». Il « picorait dans toutes les traditions et les religions » : Tarot, Kabbale, arithmosophie (science occulte des nombres) et l’astrologie. Ce goût pour les nombres rappelle l’aspect sacré des chiffres des Pythagoriciens que Jung considérait. Le système cosmogonique de Victor Hugo naît en 1830 quand Léopoldine a 6 ans. Dans Odes et Ballades, V. Hugo souhaite « voir dans les choses plus que les choses ». Il cherche le monde invisible. Car dans l’invisible, V. Hugo y perçoit l’éternité. Mais attention, V. Hugo sait qu’entreprendre des voyages obscurs peut semer la tempête et nous rendre « pâle ». V. Hugo a créé sa propre religion, sans frontières. « La religion n’est autre chose que l’ombre portée de l’univers sur l’intelligence humaine ». « La forme de cette ombre varie selon les angles divers de la civilisation de l’homme ».

Notre société occidentale a certes voulu détruire les dieux et les démons de notre religion chrétienne… Mais les dieux et les démons de l’homme moderne n’ont pas du tout disparu, ils ont simplement changé de nom. Ce qui peut expliquer un déploiement important de névroses qui créent des addictions. Jung s’est toujours méfié de la puissance d’un Etat, du concept d’un homme « moyen » ou « statistique ». La société moderne nie les profondeurs individuelles et les collectives. Or il nous faut rester en contact avec les réalités archétypiques. Heureusement les rêves et notre intuition nous reconduisent à eux.

Dans l’univers des primitifs, les choses ne sont pas aussi séparées par des frontières que dans nos sociétés rationnelles. Nous vivons trop dans un monde « objectif ». Il y manque selon Jung « l’aspect coloré et fantastique ». La conquête de notre monde civilisé s’est construite au prix d’énormes pertes. Nous avons dépouillé toutes les choses de leur mystère et de leur « numinosité ». Coupé du monde psychique souterrain, le mot « matière » reste un concept « purement sec ». Le processus individuation permet grâce à l’interprétation des symboles de réconcilier les contraires dans la psyché.

Les « vrais » cartésiens ne sont pas forcément en antinomie avec la pensée Jungienne. Rappelons que Descartes eut lui-même une expérience mystique, un rêve qui lui révéla l’arbre de la science. D’ailleurs, étymologiquement, Inventer veut dire « trouver ». Rien n’est plus vulnérable qu’une théorie scientifique, car elle n’est qu’une tentative éphémère d’expliquer les faits…

Les pistes de décloisonnement que nous proposent à la fois Jung et Victor Hugo sont foisonnantes et passionnantes. Tout comme l’univers de la poésie. La poésie nous propose une ouverture sur le monde invisible. La poésie romantique ainsi que le mouvement surréaliste nous invitent à dépasser nos croyances limitées par une perception du monde trop objective. Le surréalisme a glorifié le hasard, ce hasard qui n’en est peut-être pas un et qui nous renvoie au concept des synchronicités de Jung. Comme le suggère Eric Naulleau, le hasard des rencontres peut changer votre vie : la poésie peut affleurer partout. Etre ouvert au hasard, repérer les synchronicités, nous aident à développer notre 6ème sens du bonheur. (cf. article sur la mélancolie https://www.wmaker.net/philobalade/La-melancolie-un-prelude-a-l-optimisme_a91.html)://


Le pire des confinements est celui qui consiste à nier notre profondeur et notre moi invisible…



Comment Victor Hugo et C.G Jung m’ont déconfinée
Pour aller plus loin :
- Essai d’exploration de l’inconscient, C. G Jung
- Lépoldine, l’enfant muse de Victor Hugo, Henri Gourdin
- La religion nouvelle : pensée religieuse de Victor Hugo, François Renard

Comment Victor Hugo et C.G Jung m’ont déconfinée

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Samedi 25 Juillet 2020 à 11:19 | Commentaires (0)

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Dimanche 26 Mai 2019

Derrière l’image d’Épinal d’une mère parfaite, aimante et bienveillante, Anne-Laure Buffet nous ramène vers la face sombre des mères qui blessent. Et de ce fait décomplexe les mères, découragées de ne pas se conformer à l’image sociétale de la mère idéale. Rassurons-nous, la mère parfaite n’existe pas. Anne-Laure Buffet, dans son livre Les mères qui blessent décomplexe les mères et d’ailleurs démontre que rechercher la perfection est un leurre dangereux...


Les mères parfaites n'existent pas
On attribue à la mère toutes les vertus du monde. Cette image de mère exclut la femme, or n’est-on (et non pas naît-on, car cela est un autre sujet...) pas femme avant d’être mère ? Et même n’avons-nous pas été un enfant ? Or « L’amour maternel n’est qu’un sentiment humain, il est incertain, fragile et imparfait. Contrairement aux idées reçues, il n’est peut-être pas inscrit profondément dans la nature féminine » (Elisabeth Badinter). Les injonctions sociales sur la mère sont pléthores alors que sur la femme, moins…

La mère parfaite n’existe pas, sauf dans sa tête. Il y a une multiplicité de façons de blesser son enfant... Qui n'a jamais rencontré une mère sacrificielle, qui fait remarquer qu’elle a tout sauvé. Elle est parfaite dans la victimisation. La mère immature, quant à elle, ne veut pas savoir et ce n’est jamais de sa faute. La mère narcissique utilise son enfant comme un moyen, il est le prolongement d’elle-même.

« Une relation toxique permet la domination de l’un par l’autre, en instillant de façon régulière et répétitive des injonctions visant à réduire et même détruire celle ou celui qui supporte ces injonctions. » Les relations toxiques sont souvent traumatisantes et blessent l’enfant intérieur qui est en nous.

Comment faire alors le deuil d’une mère toxique ? Parler de deuil, c’est évoquer de nombreuses émotions qui se succèdent. Faire le deuil de la mère idéalisée... « Le pardon à soi-même nettoie la douleur et l’aigreur ». Car « La rancœur c’est un locataire qui occupe ton cerveau sans payer de loyer ». Jérôme Leroy.

Ce livre permet de décomplexer les mères qui souhaitent offrir le meilleur à leurs enfants et de rassurer « l’enfant intérieur » de ceux qui n’ont pas eu la chance d’avoir des mères aimantes.

Devenir mère demande d’accepter d’être blessée sans être effondrée.

Les mères qui blessent, Anne-Laure Buffet, 2018, Editions Eyrolles, 163 pages, 18 €

Anne-Laure Buffet est thérapeute, formatrice spécialisée dans l’accompagnement des victimes de violences psychologiques et conférencière. Elle a créé l’association Contre la violence psychologique.

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 26 Mai 2019 à 09:35 | Commentaires (0)

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Samedi 17 Novembre 2018

Récemment, j’ai pris plaisir à me plonger dans deux livres a priori diamétralement opposés : Remèdes à la mélancolie (2016) d’Eva Bester et Le pouvoir de l’optimisme (2018) de Christelle Crosnier. La mélancolie peut sembler une force antagoniste à l’optimisme, mais la bile noire est peut-être juste le signe que nous ne sommes pas dans la bonne direction. Ce jet noir attend alors d’être transformé.

La mélancolie est peut-être le préambule nécessaire à l’optimisme. Tout dépend comment est surmontée l’épreuve de la mélancolie. Comme l’écrit Eva Bester « Nous avons à chaque seconde la possibilité de nous diriger vers la construction, l’effort, la création, ou vers l’inclination naturelle de l’homme : la passivité, le chaos, la destruction. Se diriger vers la joie est un labeur ». Tout est question de persévérance.

Alors, au travail !


La mélancolie, un prélude à l’optimisme ?
Tout d’abord, constatons qu’il existe une différence notable entre le sens littéraire de la mélancolie et sa définition médicale. Pour les médecins, la mélancolie est une maladie maniaco-dépressive, sans aucune connotation poétique. En littérature, il s’agit plutôt d’une tristesse légère, une nostalgie inspirante comme une douce saudade (sens Brésilien). C’est le vague à l’âme qui pousse à la réflexion ou à la créativité. Les poètes maudits en sont les fers de lance. Pour Baudelaire, la joie était tout simplement vulgaire. Il y a du mystère dans la mélancolie nonchalante et grise. « Le bonheur d’être triste », comme dirait Victor Hugo. C’est aussi un sens de l’esthétique, comme le soulignait Kant, la mélancolie peut aider à atteindre le sentiment du sublime.

Mais derrière ce beau tableau esthétique de la mélancolie, il n’en reste pas moins que le spleen comporte une grande part de narcissisme. Ce peut être le symptôme d’un trop plein de soi. Dans La culture du narcissisme, Christopher Lasch alerte sur le fait que la mélancolie est souvent le signe d’un excès de soi. « C’est de trop s’intéresser à soi-même » qui provoque la mélancolie, comme le rappelle Geneviève Brisac dans l’émission d’Eva Bester. Travailler permet de s’ouvrir aux autres et de s’éloigner de soi-même. Avoir des passions « bonnes » est aussi un bouclier efficace contre les pentes descendantes de la mélancolie.

On pourrait penser que l’intérêt que l’on porte actuellement à la découverte de soi-même, au développement personnel, représente un repliement sur soi dangereux. Certains raillent le succès de la psychologie positive. Or cette dernière nous pousse à avoir confiance dans les autres pour avoir confiance en soi. L’optimisme est une ouverture vers les autres. C’est le contraire du repli sur soi. Pour être optimiste, il faut reconnaître la force du présent, la beauté de l’existence, être dans la gratitude. L’action nous sort de soi.

La mélancolie est plutôt associée à un état de contemplation. Tout ce qui est régressif permet de lutter contre la mélancolie car l’enfance vit dans l’instant présent. Alors que le mélancolique est souvent tourné vers le passé ou l’avenir.

Pour Nietzsche, il y a aussi le rire, le rire des hommes supérieurs. Nietzsche est le plus cité dans l’émission. Car il est l’un des philosophes qui connaît le mieux nos parts d’ombres et nous invite à les dépasser, à éjecter le ressentiment, à refuser la tentation nihiliste. Il nous propose 3 boucliers contre la mélancolie : le rire, l’art et la connaissance.

Vivre dans le surréalisme peut également nous aider à nous extraire d’un quotidien trop lourd, comme le suggère Eric Naulleau. Le hasard des rencontres peut changer votre vie : la poésie peut affleurer partout. Etre ouvert au hasard, repérer les synchronicités, nous aident à développer notre 6ème sens du bonheur.

Alors comment lutter en synthèse contre la mélancolie ? La potion est assez simple. Quelques ingrédients pour démarrer : être dans l’instant présent, s’ouvrir aux autres, remercier la beauté, s’ouvrir au hasard, rire et travailler.
Puis, faites comme Robin S. Sharma : devenez un « paranoïaque inversé », c’est-à-dire quelqu’un qui imagine que le monde conspire à faire de belles choses pour vous…

Pour en savoir plus :
- Remèdes à la mélancolie, Eva Bester, 2016, Autrement
- Le pouvoir de l’optimisme, Christelle Crosnier, 2018.


Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Samedi 17 Novembre 2018 à 18:50 | Commentaires (0)

Ca y est, c'est la rentrée,l'automne sifflote et a balayé d'un revers de main la légèreté de l'été... Mais n'oublions pas si vite l'été et son charme naturel. L'été, c'est souvent l'occasion de renouer avec la nature, de contempler les beaux pins parasols, de humer les plantes aromatiques, d'essayer de "nommer" ces éléments de la nature que l'on néglige tellement dans nos vies trépidantes de citadins, malgré nos quelques virées dans les marchés bio. Il est vrai que renouer avec le potager devient une tendance montante. Est-ce que certaines tendances "bobo" de nos centre-villes proviendraient de notre nostalgie de la paysannerie ?


Quel est selon vous le bouleversement du XXème siècle que l'on a tendance à sous-estimer ?
Je n'en avais pas conscience avant d'ouvrir une revue dénommée "Pan"(un magazine authentiquement "terroir" que je conseille) avec une interview fort intéressante de Michel Serres qui rappelle que l'évolution de la paysannerie reste le plus grand évènement historique de ces 50 dernières années, passée de plus de 50 % à 1900 à 1 % aujourd'hui. Cette évolution n'est pas neutre, même notre vocabulaire s'en est trouvé modifié. 2000 mots paysans ont disparu de notre paysage. Même si pour Michel Serres "la nostalgie du temps passé, c'est la caractéristique du vieux con", ce dernier tient à faire remarquer que cette fin de la paysannerie a mis tout de même fin au néolithique, soit une période de 10 000 ans ! Avant, le paysan était sédentaire pour labourer son champ. Maintenant les publicitaires ont inventé la notion de "nomade". L'invention de la péridurale irait d'ailleurs de pair avec la fin de la paysannerie, car elle a mis fin à la souffrance de l'enfantement de l'homo sapiens.

Quid du fameux "bon sens paysan" ? Qu'est-il devenu ? Contrairement aux croyances, celui-ci n'est pas inné. Il est le fruit de l'expérience. Attendre d'avoir de l'expérience avant de croire que l'on sait... pourrait également nous aider à renouer avec l'esprit paysan.

Henri Combret, spécialiste du garbure et du terroir, invite également le consommateur actuel à s'indigner : "se contenter d'une assiette de salade en sachet avec quatre gambas congelées des œufs durs et quatre tomates inbouffables", c'est inadmissible. "Quand on lit "fait maison" sur la carte d'un restaurant, c'est de l'industriel à 70 %". Pourquoi ne pas s'en indigner ? Même les étoilés auraient intérêt à être interpellés plus souvent par les clients, mais ces derniers répondent toujours qu'ils sont satisfaits de peur de passer pour des cons d'avoir payé 100 euros...

Alors pour cette rentrée, essayons de retrouver en nous "notre bon sens paysan" et arrêtons de bouffer des surgelés (surtout au restaurant ! Sinon autant inviter notre ami "Picard" !)pour essayer de se remettre petit à petit de cette fin du néolithique si brutale...

Source :
Pan la revue de l'esprit paysan volume 1


www.espritpaysan.fr




Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Mardi 17 Septembre 2013 à 22:28 | Commentaires (0)

La dernière fois, je vous avais promis que je vous proposerai un test pour savoir si vous êtes plus proche de Dionysos ou d'Apollon, au regard de la fameuse théorie de Nietzsche développée dans la Naissance de la tragédie. Histoire de faire plus ample connaissance avec vous-même et le philosophe inventeur du surhomme !


Joyeux comme Nietzsche ou serein comme Platon, faites-le test !
Seule contrainte pour faire le test : avoir un compte sur Facebook. En effet, le quizz a été programmé sur cette application.

Pour faire le test, copiez le lien suivant dans votre navigateur :

http://apps.facebook.com/d-couvrez-qu-faeejj/take?force=1


Si vous n'avez pas de compte, vous pouvez toujours en créer un très facilement sur facebook.

Dionysosement vôtre,

MR

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Mardi 27 Janvier 2009 à 22:39 | Commentaires (1)

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Lundi 17 Mars 2008

Le Salon du livre est la plus grande librairie que l'on puisse trouver en France… Et pour cela, on y fait toujours des rencontres livresques intéressantes, voire surprenantes et drôles. J'y ai trouvé un guide tout à fait adapté pour mon cerveau féminin : "Le petit guide du Rugby pour LES FILLES".


Juste pour le 'fun' : le rugby pour les nulles…
Tout papillonnant de rose, d'illustrations déjantées, je me suis jetée sans hésitation sur cette acquisition fort utile, pour essayer de "démêler" les règles tortueuses du rugby… Grâce à Stéphania Franchitto, je comprends pourquoi il n'est pas facile de comprendre les règles ovales, car elles sont douloureuses… Un livre assurément drôle, où AOC signifie Appellation Ovale Contrôlée, et où les femmes peuvent choisir leur rugbyman selon leur position sur le terrain : talonneur, pilier, deuxième ligne… De quoi vous donner des ailiers pour les prochains matchs !

A quand le petit guide de la philosophie pour les filles ?!

Le petit guide du rugby pour les filles, Stephania Franchitto, Editions Mango, 2007, 8 euros.
Son blog : www.rugbypourlesfilles.blogspot.com

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Lundi 17 Mars 2008 à 22:32 | Commentaires (1)

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Mercredi 2 Janvier 2008

Le bonheur, en tant que marque, appartient peut-être à Nestlé (comme nous le rappelle cyniquement le roman 99 francs de Beigbeder). Mais, le vôtre, à qui appartient-il ?


2008 : le bonheur vous appartient…

Dans tous les cas, pas à Michel Houellebecq, qui préfère vous dissuader d'espérer "N'ayez pas peur du bonheur, il n'existe pas" ! Dans la lignée de Schopenhauer, certains écrivains estiment que la recherche du bonheur est une "mégalomanie galopante" (Roland Jaccard, Le cimetière de la morale). Faut-il alors renoncer au bonheur ?

Il est clair qu'il est préférable d'éviter l'engrenage que dénonce Pascal Bruckner dans L'euphorie perpétuelle, le bonheur n'est pas un devoir… La tyrannie des "ça va ?", la recherche du bien être, le refus de la frustration, l'utopie du fun, sont-ils les meilleurs moyens d'atteindre le bonheur ? Ce sont des bonheurs court-termistes. Christophe André les classe dans la catégorie "Bonheur d'action". Le danger de ce type de bonheur est de conduire à une certaine superficialité. C. André distingue dans Vivre heureux, quatre types de bonheur :
- le bonheur d'action, celui éprouvé lors d'une fête par exemple
- le bonheur de satisfaction, lorsque l'on a atteint un objectif après plusieurs années de dur labeur
- le bonheur de maîtrise, lorsque l'on excelle par exemple dans un domaine sportif
- le bonheur de sérénité, qui s'éprouve dans la contemplation

Ces quatre formes de bonheur sont aussi utiles les unes que les autres, le tout est de savoir bien les doser. A vous, de voir laquelle a été prépondérante en 2007…

Un point positif à noter : le bonheur est multiple. Il est finalement très vaste. Chaque philosophe a sa propre conception du bonheur. En voici, quelques unes pour vous permettre d'aborder l'année 2008 avec plus de recul…


Aristote : "Faisons toujours mieux" (Philips)
Le bonheur repose avant tout sur la vertu : une vie active conforme à la vie contemplative. Pour être libre, il faut s'élever et dépasser notre condition d'homme.

Epicure : "C'est avec l'esprit libre que l'on avance" (Gan)
Pour être serein, il faut échapper au manque. Halte à l'inflation du désir ! Eviter d'entretenir des désirs insatisfaits. Chasse aux désirs superflus. Gagnez en légèreté !

Freud : "Just do it" (Nike)
Le bonheur repose avant tout sur le principe du plaisir. C'est un bonheur fragile, car facilement frustrant…

Hume : "Nous, c'est le goût" (Quick)
Hume préconise un bonheur par l'esthétique. Les arts nous préparent à des émotions douces et tendres, au contraire de l'intérêt calculateur. Ils nous détournent de la précipitation des affaires. L'art, la lecture, sont des loisirs que nous pouvons maîtriser, et qui nous font ressentir la beauté de l'existence. Pas la peine de s'en priver…

Rousseau "Qui sème les fleurs récolte la tendresse" (Interflora)
Rousseau est un adepte de l'état de nature. Il ne recherche pas la modernité. Plus le temps est lent, plus nous touchons à des petits bonheurs très précieux. Le bonheur de vivre en respectant sa nature…

Voltaire "La vie n'est pas en noir et blanc, elle est en or "(Dior j'adore)
Voltaire est de ceux qui pensent que le raffinement augmente le bonheur des hommes. Le bonheur existe bel et bien sur terre. "Croyez moi, il n'y a de bonheur dans ce monde , pour notre corps, que d'avoir ses cinq sens en bon état et, pour notre âme, que d'avoir un ami, tout le reste n'est que chimères".

Camus "Restez rebelle." (Seat)
Chez Camus, on ne peut être réellement heureux que si l'on accepte l'idée de la mort. "Il n'y a pas d'amour de vivre, sans désespoir de vivre". Le bonheur est possible lorsque l'homme est en accord vrai avec l'existence qu'il mène. Coupé de ses illusions, l'homme est alors plus réceptif à la beauté. Pas de bonheur d'intérieur chez ce cœur révolté… Il ne faut pas avoir peur de ses contradictions. La vie est paradoxale.

Nietzsche "Be good. Be bad. Be you" (Calvin Klein)
N'écoutez pas les autres : devenez ce que vous êtes… Arrêtez de culpabiliser : le plus grand bonheur est dans l'oubli. Ne ruminez pas !

Kant "You can" (Canon)
Le bonheur ne doit pas être recherché, seule compte la morale. Soyez vertueux, le bonheur viendra après… Suivez l'impératif catégorique…

Pascal "C'est bon d'avoir les boules" (knackis ball)
Le bonheur dans le divertissement est une fuite en avant. Cela ne résout rien. Il faut apprendre à rester seul et calme. Trouver la foi qui est en soi…

Spinoza "Il y a certaines choses qui ne s'achètent pas" (Mastercard)
Spinoza, bien que défendeur de l'amour et de la joie, ne pousse pas à l'appétit grossier et sensuel. Il faut déjà savourer et se réjouir de ce qui existe. L'espérance ou la crainte éloignent du bonheur. Le désir ne doit pas être manque, mais puissance.


Conclusion : les gens heureux sont souvent ceux qui ont les attentes les plus faibles…

Mais, il ne faut jamais renoncer !

Meilleurs vœux de bonheur pour cette nouvelle année…



Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Mercredi 2 Janvier 2008 à 14:57 | Commentaires (4)

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Samedi 11 Août 2007
Un été certes hérissé... Mais fort ELEGANT
Voire SYMPATHIQUE...
Comme ce n'est pas dans le gris haussmannien que nous allons trouver le soleil… Il faut bien se secouer pour créer une petite atmosphère chaleureuse. Chose dit, chose faite !

Je viens d'acheter le dernier album de Pink Martini, "Hey Eugene", qui dans une fluidité musicale, nous invite à une escapade multiculturelle… Un disque tout à fait adapté pour lire le dernier prix de libraires 2007 : L'élégance du hérisson, de Muriel Barbery. Je voulais attendre sa sortie en poche, mais je n'ai pas pu résisté à l'élégance du style. 20€, m'en coûta… Mais sincèrement, dès les 1ères pages, ce roman philosophique les vaut largement.
C'est l'histoire de 2 vies qui se télescopent : celle d'une concierge d'immeuble, avec les clichés sociaux qu'elle se doit de respecter, et celle d'une fille de bourgeois élitistes, ayant peur de tomber dans "le bocal". Que signifie ce fameux bocal ? Ce n'est rien d'autre que la vie des adultes, la course à la réussite, qui devient vite insalubre. Elle a donc pour projet de se suicider. Une adolescente qui a pour dessein de se suicider… Ce n'est certes pas tellement l'histoire qui est originale, mais la façon de regarder le monde dans lequel on vit, et de semer par-ci par-là, des phrases qui interpellent comme "personne ne semble avoir songé au fait que si l'existence est absurde, y réussir brillamment n'a pas plus de valeur que d'y échouer". Bien que je trouve cette phrase, dangereuse car potentiellement nihiliste, il faut reconnaître qu'elle est bien construite !
Bref, ce roman philosophique est une valeur sûre !
J'y apprends en plus des nouveaux mots comme "hubris". Hubris vient du grec et vise un comportement démesuré, provoqué par un excès d'orgueil. Ce nouveau mot m'a d'ailleurs fait découvrir un blog fort nourrissant : le blog du garde-mots, http://blog.legardemots.fr .

Pour en revenir à l'hérisson, si vous êtes friand de phrases piquantes, profitez de votre été pour faire le stock d'expressions chic et choc pour la rentrée… Au lieu de dire par exemple, qu'une de vos connaissances est "pompeuse", vous direz plus élégamment qu'elle "n'est pas une lumière, mais très éduquée"…

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Samedi 11 Août 2007 à 16:19 | Commentaires (5)

I phil good !

Dimanche 24 Juin 2007

Probablement parce que nous voulons le beurre et l'argent du beurre…

Mais pas que ça !


Pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre ?

Enfin un livre qui vient nous expliquer la satanée loi de Murphy ! Celle contre qui je peste à chaque fois que je choisis la queue la plus embouteillée, que je rate le train à 1 seconde près, que je tombe à côté d'un voyageur peu scrupuleux, que le rétroprojecteur ne fonctionne pas le jour où je n'ai pas prévu de supports papier… etc. etc. Des cas comme ça, nous en connaissons tous ! Grâce à ce livre, on se rend compte que cette loi dite de Murphy est bien plus psychologique, que ne le laisse supposer son nom de "loi". Un livre craquant d'exemples des plus habituels aux plus tonitruants, et drôle, qui va probablement nous faire entrevoir la loi de Murphy avec bien plus d'humour que nos sempiternels rictus colériques…
Pour l'instant, je n'en suis qu'au début du livre… Promis, je vous tiens au courant, dès que je l'aurai digéré et intégré !

"Pourquoi la tartine tombe toujours du côté du beurre", La loi de Murphy expliquée à tous. Richard Robinson, Editions Dunod.

Marjorie Rafécas
Rédigé par Marjorie Rafécas le Dimanche 24 Juin 2007 à 13:10 | Commentaires (0)



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